Sur les ondes lyriques en avril 2018

Par Marie-Laure Machado | sam 07 Avril 2018 | Imprimer

Bigre ! Voilà des ondes lyriques fortement italiennes pour le mois d’avril ! Non pas de cette musique italienne qui « rit toujours », comme disait l’exquisément méchant Berlioz, mais de cette musique italienne qui pleure, abondamment, parce que l’amour, parce que la guerre…


►Samedi 7 avril, 18h30 CET, WQXR : Gaetano Donizetti, Lucia di Lammermoor – New York, MET, 2018 (durée 3h27) et aussi mêmes jour et heure CatalunyaMusica, NPO4, BRKlassiket BBC3

Si ce samedi pas moins de cinq radios retransmettent la Lucia di Lammermoor du MET c’est, à l’évidence, pour son plateau vocal d’une absolue ferveur. Avec sa voix fruitée au potelé délicat, ses abbellimenti et sa ligne de chant exemplaires, Olga Peretyatko devrait être une Lucia de tendresse comme de charme. Avec ses hauts penchants romantiques, son ampleur vocale et son slancio euphorisants, Vittorio Grigolo incarnera un Edgardo poignant et l’excellent baryton Massimo Cavaletti le terrifiant mais complexe Enrico, frère de Lucia. Nos héros sont dirigés par Roberto Abbado, dans la spectaculaire et classique mise en scène que Mary Zimmermann a créée pour Natalie Dessay en 2007-2008.

►Samedi 7 avril, 20h CET, Espace2 : Pietro Mascagni, Cavalleria Rusticana, et Ruggero Leoncavallo, Pagliacci – Genève, Grand Théâtre, 2018 (durée 2h55)

L’union de Cavalleria Rusticana et de Pagliacci est déjà centenaire, grâce à un socle commun, le vérisme chantant deux drames de la jalousie au 19e siècle dans le Mezzogiorno italien, mais aussi des climats musicaux et ressorts dramatiques parfaitement hétérogènes. L’Opéra de Genève a choisi deux regards de femmes pour mettre en scène ces deux destins féminins qui subissent la loi masculine. La sicilienne Emma Dante peint « con disperazione » les tourments du chant enlacés au long lamento instrumental de Cav, quand la milanaise Serena Sinigaglia méli-mêle « con eleganza » vitalité et comique aux éruptives désespérances de Pag. Avec Oksana Volkova (Santuzza), Marcelo Giordani (Turiddu), Stefania Tocsyzka (Mamma Lucia), Melody Louledjian (Lola) et Roman Burdenko (Alfio dans Cav et Tonio/Taddeo dans Pag), Nino Machaidze (Nedda/Colombina), Diego Torre (Canio/Pagliaccio), Markus Werba (Silvio), Migran Agadzhanian (Beppe/Arlecchino), sous la direction d’Alexander Joel.

►Dimanche 8 avril, 17h CET, CatalunyaMusica : Giuseppe Verdi, Attila – Barcelone, Gran Teatre del Liceu, 2018, (durée 2h20)

►Dimanche 8 avril, 20h CET, Operavision : Giuseppe Verdi, Il Corsaro – Valencia, Palau de Les Arts Reina Sofia, 2018 (durée 2h)

►Mardi 10 avril, 20h30 CET, Culturebox : Wolfgang Amadeus Mozart, Le Nozze di Figaro – Liège, Opéra Royal de Wallonie, 2018 (durée 3h35) et aussi samedi 5 mai, 20h CET, Musiq3

Si l’esprit de la Révolution souffle en permanence dans le théâtre des Nozze, Emilio Sagi (mise en scène) le remène à sa Séville d’origine, « pour le 18e siècle, l’équivalent des îles Maldives aujourd’hui », souligne-t-il justement. Au Château d’Aguas-Frescas, sous le soleil brûlant, on danse le fandango, on s’aime, se délaisse, on se soufflette ou l’on s’embrasse. Que d’embrouillaminis ! En fin, la nuit, pour démasquer les maris volages, on se déguise puis se pardonne, dans l’ivresse du parfum des fleurs. Toujours étincelante comme divinement rythmée, la direction du maestro Chritophe Rousset enchante cette folle journée, au piano-forte et avec Mario Cassi (Conte Almaviva), Judith Van Wanroij (Contessa Almaviva), Jodie Devos (Susanna), Leon Kosavic (Figaro), Raffaella Milanesi (Cherubino), pour ne citer qu’eux.  

►Mardi 10 avril, LaMonnaie.streaming : Pietro Mascagni, Cavalleria Rusticana et Ruggero Leoncavallo, Pagliacci – Bruxelles, La Monnaie, 2018 (durée 3h20) et encore sur Operavision

Avec ses deux bouleversantes distributions, Damiano Michieletto signe une subtile et sensible mise en scène du triple meurtre de Cav et Pag à La Monnaie. Transposés dans l’Italie des années 1960, il dynamise et colore l’obscur comme assez statique Cav par une foultitude d’actions du chœur, puis ombre le soleilleux et plus complexe Pag, joué dans une triste salle des fêtes de village. Et surtout, il y représente le théâtre et la vie qui deviennent la même chose : les spectateurs portent des masques de Commedia, Canio/Pagliaccio vit son délire de jalousie comme à travers un cauchemar filmé, entre loge et scène, avec tous les personnages. Avec Eva-Maria Westbroek (Santuzza), Teodor Ilincai (Turiddu), Elena Zilio (Mamma Lucia), Josè-Maria Lo Monaco (Lola), Dimitri Platanias (Alfio), Carlo Ventre (Canio/Pagliaccio), Simona Mihai (Nedda/Colombina), Scott Hendricks (Tonio/Taddeo), Gabriele Nani (Silvio), Tansel Akseybek (Beppe/Arlecchino), dirigés par Evelino Pido.

►Vendredi 13 avril, 20h30 CET, TeatroMassimoTV : Vincenzo Bellini, I Puritani – Palerme, Teatro Massimo, 2018

►Samedi 14 avril, 18h30 CET, WQXR : Giuseppe Verdi, Luisa Miller – New York, MET, 2018 (durée 3h28) et mêmes jour et heure sur CatalunyaMusica

« C’est oune mousicien avec oune casqué » disait avec esprit Rossini, alors à Paris, à propos de Verdi. Mais, avec Luisa Miller, notre compositeur enlève le casque, délaisse le genre patriotique et romanesque pour le drame intimiste. Dans cette mosaïque de formes belliniennes, donizettiennes et du Verdi dramatique en devenir, Sonya Yoncheva est Luisa, arabesques mélancoliques et transe désespérée dans la voix, Piotr Beczala est son Rodolfo, aux foudres amères comme au chagrin fou, et Placido Domingo, désormais baryton, a véhémence ainsi que douceur nécessaires au vieux Miller. Dmitry Belosselskiy (Wurm), Alexander Vinogradov (Walter) et Olesya Petrova (Federica) complètent cette distribution, dirigée par Bertrand de Billy, dans l’ancienne (2001) et très traditionnelle mise en scène d’Elijah Moshinsky, qui place l’action dans l’Angleterre rurale du 19e siècle.

►Dimanche 15 avril, 20h CET, France-Musique (reporté au 29 avril) : Daniel-François-Esprit Auber, Le Domino Noir – Paris, Opéra Comique, 2018 (durée 2h35)

Virevoltant, babillard, déjanté, jubilatoire... Du 100% plaisir, selon Christophe Rizoud , avec cochon animé qui salue au rideau, souligne Antoine Brunetto. Le Domino Noir, ce joyau de perle, émail et diamant du prolifique duo Auber-Scribe, est ramené à la vie par une brigade d’ingénieux poètes de mise en scène dirigés par Valérie Lesort et Christian Hecq. Grand expert de cette musique, le chef d’orchestre Patrick Davin a cornaqué tout ce petit monde, ainsi que le Chœur Accentus et un plateau vocal comme théâtral, irrésistibles, détonants : Anne-Catherine Gillet, Angèle de Olivarès virtuose, délicieuse, Cyrille Dubois, Horace de Massarena aux timbre séduisant et chant distingué, Antoinette Dennefeld (Brigitte de San Lucar), François Rougier (Comte Juliano), Marie Lenormand (Jacinthe), Laurent Kubla (Gil Perez), entre autres.

►Dimanche 15 avril, 20h CET, Radio-Rai3 : Riccardo Zandonaï, Francesca da Rimini – Milan, La Scala, 2018 (durée 2h43)

►Mardi 17 avril, 19h CET, Culturebox : Antonio Vivaldi, Orlando Furioso – Venise, Teatro Malibran, 2018 (durée 3h30 )

Dans la savante pasticceria (pâtisserie) confectionnée par le magicien Diego Fasolis (direction musicale) et la si créative équipe du metteur en scène Fabio Cesera, l’Orlando Furioso de Vivaldi, version 1727, vient d’accoster à Venise. A l’instar de la virtuosité vivaldienne, dans des décors, costumes et divers arts de scène d’une délirante splendeur, Sonia Prina, surnommée la rockeuse par Guillaume Saintagne, est le flamboyant guerrier Orlando, aimant jusqu’à la folie une Angelica de grand caractère, Francesca Aspromonte. L’enchanteresse Alcina, toute dorée, est chantée par la vaillante comme expressive Lucia Cirillo. Une Bradamante (Loriana Castellano) et un Astolfo (Riccardo Novaro) de grand style, un Ruggiero, anciennement élève de Sonia Prina (Carlo Vistoli), et le Medoro de Raffaele Pe complètent cette distribution d’icônes du baroque.

►Mardi 17 avril, 20h CET, Radio-Rai3 : Giuseppe Verdi, I Lombardi alla prima crociata – Turin, Teatro Regio Torino, 2018 (durée 3h15)

►Samedi 21 avril, 19h CET, WQXR : Thomas Adès, The Exterminating Angel – New York, MET, 2018 (durée 2h32)

►Dimanche 22 avril, 20h CET, France-Musique : Hector Berlioz, Benvenuto Cellini – Paris, Opéra Bastille, 2018 (durée 3h30)

Jeune élève, Gounod adorait écouter les répétitions des œuvres de Berlioz au Conservatoire : « je m’enivrais de cette musique étrange, passionnée, convulsive, qui me dévoilait des horizons si nouveaux et si colorés » écrivait-il. Ce qui reste vrai pour ce jaillissement audacieux, sauvage qu’est Benvenuto Cellini. Berlioz a tiré son inspiration de l’autobiographie de Cellini, qui a passionné aussi le metteur en scène Terry Gilliam. Cette production associe trois indomptables, libres dans leur art et leur époque : Cellini, Berlioz et Gilliam. Très présents sur l’ensemble de l’opéra les chœurs en imposent, proches de la perfection. De charmes lyriques en feux héroïques, le Cellini de John Osborn émeut. Tonique comme adorable Pretty Yende (Teresa), électrique et captivante Michèle Losier (Ascanio), Marco Spotti (Pape Clément VII), Maurizio Muraro (Balducci), Audun Iversen (Fieramosca) chantent dans cette folie gilliamesque, sidérante, sous la direction de Philippe Jordan.  

►Jeudi 26 avril, 19h CET, Operavision : Gaetano Donizetti, La Favorite – Florence, Maggio Musicale Fiorentino, 2018 (durée 3h20)

A Florence a eu lieu la première représentation de La Favorite dans sa version originale, chef d’œuvre français de Donizetti et un des premiers opéra du répertoire ayant pour héroïne une mezzo-soprano. De cavatines plaintives en cabalettes martiales, la direction musicale de Fabio Luisi insuffle une appréciable flexibilité dans les tempi, de la fougue, du sentiment. Baryton d’airain noir et robustesse inébranlable, Mattia Olivieri incarne remarquablement Alphonse XI. Veronica Simeoni a les rondeurs et le legato de violoncelle pour une vibrante Leonor de Guzman. Celso Albelo est un Fernand de haut-niveau, dans l’élégie comme dans l’héroïsme. Avec aussi Ugo Gugliardo (Balthazar), Francesca Longari (Inès), Manuele Amati (Don Gaspar), Leonardo Sgroi (un seigneur). Derek Gimpel reprend la mise en scène d’Ariel Garcia-Valdès (2002) : tradition et modernisme, style photographique dépouillé, costumes colorés, le drame se joue dans un décor unique, un rocher se transformant en grotte de monastère, île et Palais de l’Alcazar.

►Jeudi 26 avril, 18h CET, Arteconcert : Richard Wagner, Lohengrin – Bruxelles, La Monnaie de Munt, 2018 (durée 4h30) et aussi le 22 mai, LaMonnaie.streaming, et le 26 mai, Musiq3

Olivier Py sait concilier empathie avec l’œuvre de Wagner et discours critique sur son compte, dit en substance le chef Marek Janowski dans le magazine Classica en 2012. Pour Lohengrin, le metteur en scène revient à La Monnaie, associant histoire politique de l’Allemagne et métaphysique de l’opéra au Prélude « bleu comme l’opium » (Nietzsche). Dans un décor de théâtre en ruine, le vigoureux Eric Cutler chante son premier Chevalier au cygne et la lumineuse Ingela Brimberg sa première Elsa, Elena Pankratova  et Andrew Forster-Williams sont respectivement Ortrud et Telramund. L’hypnotique comme puissante partition de la sixième cathédrale wagnérienne est dirigée par Alain Altinoglu, directeur musical du théâtre.

►Vendredi 27 avril, 20h30 CET, France-Musique : Hector Berlioz, Requiem – Paris, Philharmonie, 2018

►Samedi 28 avril, 19h CET, WQXR : Jules Massenet, Cendrillon – New York, MET, 2018 (durée 2h47) et aussi vendredi 13 avril, 01h55 CET, RadioLiveMET

Avec tant de bonheur nous réécouterons cette tendre fleur bleue de Cendrillon (Joyce DiDonato) et son fougueux Prince charmant (Alice Coote), tressant leurs chants de poésie massenétienne. A leurs côtés, la méchante marâtre Madame de La Haltière (Stéphanie Blythe) et son mari Pandolfe (Laurent Naouri), la comique fée magicienne (Kathleen Kim), tous dirigés par Bertrand de Billy ! Montagnes d’émotion, écriture musicale multiforme, Jules Massenet a composé un conte de fées à la fois drôle et sage, ici enluminé par la mise en scène de Laurent Pelly (création en 2006 à l’Opéra de Santa Fe), aux décors de pages de livres géantes, ou multitude de toits de cheminées, aux personnages de dessins animés. L’imaginaire, le burlesque comme le lyrisme à leur zénith !

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