Il est des artistes qui prennent le temps de savourer leurs récompenses. Adèle Charvet, elle, aurait plutôt intérêt à garder ses partitions à portée de main. À peine distinguée aux Gramophone Classical Music Awards 2026, la mezzo-soprano française poursuit une saison qui ressemble à une véritable valse aux prises de rôle.
Le 7 octobre, à Londres, son album Belle époque !, enregistré avec le pianiste Florian Caroubi pour Alpha Classics, a remporté le prix de la catégorie Song, consacrée au récital vocal. Une consécration internationale pour un duo qui cultive l’art de la mélodie française, ses raffinements, ses demi-teintes et cette science du mot juste qui ne pardonne guère l’à-peu-près. Les deux artistes ont interprété La Chanson du pêcheur de Fauré lors de la cérémonie.
Mais pendant que Londres célébrait son disque, Adèle Charvet était déjà engagée dans une tout autre aventure : Ruggiero dans Alcina de Haendel, à l’Opéra de Lille, sous la direction d’Emmanuelle Haïm et dans une mise en scène d’Ewelina Marciniak.
La chanteuse retrouvera bientôt Haendel en incarnant Nerone dans Agrippina, au Théâtre des Champs-Élysées, sous la baguette de Thibault Noally, à la tête de son ensemble Les Accents. En mai 2027, elle sera Poppea dans L’incoronazione di Poppea à Toulouse, où Emiliano Gonzalez Toro dirigera I Gemelli. Elle s’aventurera ensuite chez Verdi en abordant Maddalena dans Rigoletto, au Teatro de la Maestranza de Séville (juin-juillet 2027).
Elle confiait récemment à notre confrère Total Baroque combien ces prises de rôle pouvaient être grisantes, mais aussi exigeantes pour la mémoire, au point de lui faire confondre les intrigues d’Alcina et d’Agrippina. De quoi perdre son latin, pardon son italien, à force de fréquenter des personnages aux passions si contrariées.
Et les ambitions ne s’arrêtent pas là. Après avoir incarné Ascagne dans Les Troyens, Adèle Charvet rêve désormais de chanter Didon. Un souhait sans engagement annoncé, mais qui témoigne de son désir d’explorer de nouveaux territoires vocaux.
Le plus difficile sera peut-être de trouver le temps de poser son Gramophone Award sur une étagère.

