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	<title>Carlos ALVAREZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Carlos ALVAREZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Gala d&#8217;adieux d&#8217;Antonio Pappano &#8211; Londres (ROH)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-dadieux-dantonio-pappano-londres-roh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 May 2024 06:27:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Antonio Pappano prend la direction musicale du Royal Opera House en 2002, il a déjà derrière lui dix années à la tête de l&#8217;Orchestre de la Monnaie où il a été nommé à seulement 32 ans. Parallèlement, le chef anglais dirige l&#8217;orchestre de l&#8217;Accademia Santa Cecilia à Rome depuis 2005. Répétiteur au New York &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Antonio Pappano prend la direction musicale du Royal Opera House en 2002, il a déjà derrière lui dix années à la tête de l&rsquo;Orchestre de la Monnaie où il a été nommé à seulement 32 ans. Parallèlement, le chef anglais dirige l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Accademia Santa Cecilia à Rome depuis 2005. Répétiteur au New York City Opera à seulement 21 ans, Antonio Pappano aura donc  consacré plus de quatre décennies essentiellement au théâtre, dont plus de 700 représentations à Covent Garden, et souhaitait légitimement passer à d&rsquo;autres défis. C&rsquo;est chose faite depuis sa nomination en 2021 à la tête du London Symphony Orchestra pour succéder à Simon Rattle, comme directeur musical désigné en 2023-24, et prochainement comme chef principal à partir de septembre 2024. Choisi en octobre 2022, Jakub Hrůša le remplacera en tant que directeur musical à compter de septembre 2025, <a href="https://www.forumopera.com/breve/2024-25-covent-garden-une-saison-de-transition/">la période intermédiaire servant de transition.</a> Antonio Pappano n&rsquo;abandonne pas totalement le lyrique pour autant puisqu&rsquo;il dirigera <em>La Rondine</em> en concert avec le LSO en décembre 2024 et reviendra au Royal Opera pour <em>Die Walküre</em> en mai 2025.</p>
<p>C&rsquo;est une salle surchauffée et enthousiaste qui a donc accueilli <strong>Antonio Pappano</strong> à son arrivée en fosse. La température a encore monté de quelques degrés lorsque l&rsquo;orchestre a entamé le <em>God Save the King</em>, repris par la salle à pleins poumons, l&rsquo;hymne signalant la présence du roi Charles III, présence espérée mais <a href="https://www.forumopera.com/breve/charles-iii-ovationne-au-gala-dadieux-dantonio-pappano/">confirmée très peu de temps avant le concert</a>. Antonio Pappano ouvre le bal avec l&rsquo;ouverture des <em>Nozze di Figaro</em>, alerte mais de style traditionnel comme on s&rsquo;en doute. Le ton est donc donné, celui d&rsquo;une « folle soirée ». En effet, à quelques exceptions près, le programme sera enjoué et la soirée placée sous le signe de la fête. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">Triomphatrice de récentes <em>Carmen</em> au Royal Opera</a> (un ouvrage qu&rsquo;elle reprendra la saison prochaine), <strong>Aigul Akhmetshina</strong> est tout aussi captivante en Rosina du <em>Barbiere di Siviglia</em>, un autre de ses rôles-signatures. Sa très belle contribution au trio final du <em>Rosenkavalier</em> laisse également présager une éventuelle carrière dans les pas d’une Frederica von Stade. Elle est accompagnée du jeune <strong>Huw Montague Rendall</strong>, baryton élégant et virevoltant, particulièrement remarquable dans le duo de <em>Don Pasquale</em> où il réussit à merveille le <em>canto silábico </em>(1) aux côtés d’un <strong>Carlos Álvarez </strong>un peu moins souple : une <em>vis comica </em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/pelleas-et-melisande-rouen-un-chef-et-quatre-prises-de-role/">qu’on n’attendrait pas nécessairement d’un excellent Pelléas</a>. Le baryton espagnol est en revanche tout à fait à l’aise dans son autre scène de ce même opéra, aux côtés d’une délicieuse <strong>Lisette Oropesa</strong> en très grande forme et toujours aussi bête de scène. Le soprano sait également trouver des trésors de délicatesse pour le trio du <em>Rosenkavalier</em>. <strong>Nadine Sierra</strong> et <strong>Xabier Anduaga </strong>q<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-londres-roh/">ui ont également triomphé récemment dans <em>Lucia di Lammermoor</em> </a>se retrouvent pour deux extraits de <em>Rigoletto</em> : le quatuor du dernier acte, « Bella figlia dell&rsquo;amore » (avec Aigul Akhmetshina et Amartuvshin Enkhbat) qui met particulièrement en valeur la voix claire et bien projetée du ténor basque, et surtout le duo « Signor né principe », donné sans coupures, et conclu par un impressionnant <em>ut</em> dièse à l’unisson. Une fois de plus le soprano américain sait faire montre d’une émotion à fleur de peau. On notera une très belle Giovana en la personne de <strong>Veena Akama-Makia </strong>et la belle voix de basse de <strong>Jeremy White</strong>. Très attendu, <strong>Jonas Kaufmann</strong> chante d’abord le duo de <em>Die Fledermaus </em>aux côtés d’une <strong>Diana Damrau</strong> totalement déjantée, rare occasion de voir ces deux artistes exceller dans le registre de la comédie. On retrouve Jonas Kaufmann dans le répertoire tragique pour le dernier duo de<em> La Forza del Destino, </em>« Le minaccie, i fieri accenti », <em> </em>avec le remarquable <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong>, modèle de chant verdien<em>. </em>Un peu précautionneux, le ténor allemand ne semble pas tout à fait remis de ses problèmes de santé, mais son interprétation reste toujours un grand moment de musicalité. Le duo est suivi du trio final, qui permet d’apprécier l’excellente basse, <strong>Insung Sim</strong>, chanteur racé injustement méconnu au regard de plus de vingt années de scène. En grande forme, <strong>Sondra Radvanovsky </strong>ne fait qu’une bouchée du trio, mais c’est surtout dans le duo « Teco io sto » d&rsquo;<em>Un Ballo in maschera</em>  qu&rsquo;elle se révèle le plus excitant, ce qui augure bien de ses prochaines Maddalena di Coigny d’<em>Andrea Chénier </em>dans ces mêmes lieux fin mai. Face à ce faste vocal, le ténor britannique<strong> Freddie De Tommaso</strong> n’est pas en reste et les deux partenaires concluent leur duo passionné avec un contre-ut d’une étonnante facilité pour des voix plutôt dramatiques. Les extraits d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata </em>valent en particulier pour le magnifique violon solo de <strong>Vasko Vassilev</strong>. <strong>Ermonela Jaho</strong> est tout aussi émouvante qu’incompréhensible dans son duo de <em>Thaïs</em> aux côtés d’un <strong>Gerald Finley </strong>au français parfaitement articulé et à l’interprétation vibrante. Enfin, le vétéran <strong>Bryn Terfel </strong>aborde le « Te Deum » de <em>Tosca</em> avec un histrionisme réjouissant. Outre le « Te Deum », les chœurs du Royal Opera House sont également mobilisés pour <em>Nabucco</em>, <em>Guillaume</em> <em>Tell</em> et, plus étonnamment, <em>I Pagliacci </em>: ils  démontrent le niveau d&rsquo;excellence auquel ils sont parvenus depuis quelques années. Seconde pièce entièrement orchestrale, l&rsquo;<em>Intermezzo</em> de <em>Manon</em> <em>Lescaut</em> est un des plus beaux qui soient avec une direction au scalpel et un orchestre totalement impliqué. Enfin, le programme s’achève sur le sublime finale de <em>Guillaume Tell</em> dont Antonio Pappano fait un puissant moment d’émotion. On pourra s’étonner toutefois de l’absence de Wagner dans ce programme : une Chevauchée des Walkyries ou un simple « Winterstürme » n’auraient pas refroidi l’ambiance.</p>
<p>Journaliste spécialisé dans la musique classique, présentateur télé (il anime la retransmission du concert du nouvel an viennois depuis 2011) et contributeur à de nombreuses œuvres en faveur de la diffusion de la musique, <strong>Petroc Trelawny</strong> anime la soirée en vrai professionnel, avec sobriété et intelligence. Deux séries de témoignages vidéos, un brin longuets, viennent également ponctuer l’hommage au maestro. Les extraits lyriques sont joués en version semi-scénique dans un décor unique, sans saluts individuels entre les différents morceaux, ce qui accentue la fluidité de la soirée. À la fin du spectacle, Antonio Pappano est acclamé sur scène, entouré de ses solistes, des chœurs et de l’orchestre. À la surprise générale, le roi Charles alors vient en personne se joindre à l’équipe, félicitant chaleureusement un maestro tout sourire, et déclenchant une tempête d’applaudissements hystériques. Une soirée unique à tous les sens du terme.</p>
<pre>1. Dans le <em>canto silábico</em>, chaque syllabe correspond à une note. Associé à un débit très rapide, <a href="https://youtu.be/cssPOwU1jNo?t=299">comme c'est le cas dans <em>Don Pasquale</em></a><a href="https://youtu.be/Aa2_FyYMPgk?t=268"><em>, </em></a>il est supposé produire  un effet comique.</pre>
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		<title>Wiener Staatsoper 2023-24 : un festival Bartoli pour parachever la saison</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/wiener-staatsoper-2023-24-un-festival-bartoli-pour-parachever-la-saison/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Apr 2023 12:24:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Seulement 6 nouvelles productions dans la saison viennoise 2023-24. Il Trittico affichera Carlos Álvarez en Michele et Anja Kampe en Giorgetta du Tabarro. Le Grand Macabre sera mis en scène par Jan Lauwers. Franz Welser-Möst dirigera une nouvelle&#160;Turandot, mis en scène par Claus Guth, avec Asmik Grigorian et Jonas Kaufmann. Animal Farm d’Alexander Raskatov sera &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Seulement 6 nouvelles productions dans la saison viennoise 2023-24. <em>Il Trittico</em> affichera <strong>Carlos Álvarez</strong> en Michele et <strong>Anja Kampe</strong> en Giorgetta du <em>Tabarro</em>. <em>Le Grand Macabre</em> sera mis en scène par <strong>Jan Lauwers</strong>. <strong>Franz Welser-Möst</strong> dirigera une nouvelle&nbsp;<em>Turandot</em>, mis en scène par <strong>Claus Guth</strong>, avec <strong>Asmik Grigorian</strong> et <strong>Jonas Kaufmann</strong>. <em>Animal Farm</em> d’Alexander Raskatov sera mis en scène par <strong>Damiano Michieletto</strong>. Un nouveau <em>Lohengrin</em> mise en scène par <strong>Christian Thielemann</strong> avec <strong>David</strong> <strong>Butt</strong> <strong>Philip</strong> dans le rôle-titre, <strong>Georg</strong> <strong>Zeppenfeld</strong> en roi Heinrich, <strong>Malin</strong> <strong>Byström</strong> en Elsa et <strong>Anja</strong> <strong>Kampe</strong> en Ortrud. Enfin, on attendra la vision qu’a <strong>Barrie</strong> <strong>Kosky</strong> de <em>Così</em> <em>fan</em> <em>tutte</em>.</p>
<p>Parmi les reprises, notons <em>La Sonnambula</em> de <strong>Pretty</strong> <strong>Yende</strong> avec <strong>Javier</strong> <strong>Camerana</strong>, <em>Daphne</em>, avec <strong>Hanna-Elisabeth Müller</strong>, une <em>Frau ohne Schatten</em> haut de gamme (<strong>Thielemann/Schager</strong>, <strong>van den Heever</strong>, <strong>Volle</strong>, <strong>Pankratova</strong>). <em>Guillaume Tell</em> ne sera pas moins bien servi&nbsp;; nous retrouverons autour de <strong>Bertrand de Billy</strong>, <strong>Carlos Álvarez</strong>, <strong>Juan</strong> <strong>Diego</strong> <strong>Flórez</strong>, <strong>Lisette</strong> <strong>Oropesa</strong>. Enfin <em>The Tempest</em> fera son retour, sous la direction de son auteur Thomas Adès et dans la mise en scène de <strong>Robert Lepage</strong>.</p>
<p>De belles affiches aussi concernant les récitas&nbsp;: <strong>Lise Davidsen</strong>, <strong>Anna Netrebko</strong>, <strong>Juan Diego Flórez </strong>ou encore <strong>Vittorio Grigolo</strong>.</p>
<p>Enfin un festival <strong>Cecilia Bartoli </strong>est annoncé pour juillet 2024 ; Bartoli qui sera la Cleopatra du <em>Giulio Cesare</em>, avec <strong>Carlo Vistoli </strong>dans le rôle-titre et <strong>Sara</strong> <strong>Mingardo</strong>. Un Gender-Duell nous est prévu également entre la Bartoli et <strong>John Malkovich</strong>, avant un concert de gala en juillet 2014 intitulé Farinelli and Friends. Tout est dit.</p>
<p>Le programme complet est à retrouver sur le site du <a href="https://www.wiener-staatsoper.at/die-neue-saison/">Wiener Staatsoper</a>.</p>
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		<title>A riveder le stelle, soirée exceptionnelle à la Scala de Milan —</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/a-riveder-le-stelle-soiree-exceptionnelle-a-la-scala-de-milan-un-spectacle-sous-le-signe-de-lespoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Dec 2020 04:21:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 5 novembre, face à l’ampleur de la crise sanitaire, le conseil d’administration de la Scala prenait la décision d’annuler la représentation de Lucia di Lammermoor qui devait inaugurer la nouvelle saison du théâtre. Un tel événement ne s’était plus produit depuis la dernière guerre, c’est dire l’émotion que cette nouvelle a suscitée auprès des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 5 novembre, face à l’ampleur de la crise sanitaire, le conseil d’administration de la Scala prenait la décision d’annuler la représentation de <em>Lucia di Lammermoor</em> qui devait inaugurer la nouvelle saison du théâtre. Un tel événement ne s’était plus produit depuis la dernière guerre, c’est dire l’émotion que cette nouvelle a suscitée auprès des amateurs d’opéra de la planète et en particulier du public italien pour qui la Saint-Ambroise est une date incontournable dans la vie musicale du pays. C’est pourquoi Dominique Meyer a aussitôt proposé une solution alternative pour la soirée du 7 décembre, dont les détails ont été révélés en novembre dernier lors d’une conférence de presse dont nous nous sommes fait<a href="https://www.forumopera.com/breve/7-decembre-la-scala-montre-la-voie"> l’écho&nbsp;</a>: un gala sans public mais retransmis en mondovision avec quelques-uns des grands noms actuels du lyrique. Intitulé «&nbsp;A riveder le stelle&nbsp;», comme les derniers mots prononcés par le narrateur de <em>L’Enfer</em> de Dante «&nbsp;Et par là nous sortîmes pour revoir les étoiles&nbsp;», le spectacle a été mis en images par <strong>Davide Livermore</strong>. En France, c’est sur <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/101180-001-A/soiree-exceptionnelle-a-la-scala-de-milan/">le site Arte Concert</a> ainsi que sur France Musique que l’on a pu suivre la soirée qui sera proposée à la télévision le 20 décembre sur la chaîne Arte.</p>
<p>Le programme qui aligne quelques grands «&nbsp;tubes&nbsp;» du lyrique, fait la part belle à l’opéra italien à travers Verdi, Puccini et Donizetti ainsi qu’à Giordano et Rossini dont l’ensemble «&nbsp;Tutto cangia&nbsp;» extrait de <em>Guillaume Tell</em>, conclut la soirée avec son message d’espoir en un avenir meilleur. L’opéra français est également présent avec les incontournables&nbsp;<em>Carmen</em> et <em>Werther</em> ainsi que l’opéra allemand avec un extrait de <em>La Walkyrie</em>. Enfin une page dansée tirée de Casse-Noisette évoque la musique russe. Rien de bien original, en somme, mais peut-être a-t-on retenu des airs que l’orchestre et les chanteurs connaissaient bien afin de limiter le nombre de répétitions&nbsp;?</p>
<p>Visuellement, le metteur en scène italien habille chaque morceau avec plus ou moins de bonheur. A côté de tableaux tout à fait réussis comme le second air de Butterfly sur fond d’estampes japonaises ou la habanera de Carmen, vêtue d’une robe rouge sous une pluie de fleurs, certains partis pris prêtent à sourire tels cette nuée de plumes qui enveloppent Grigolo chantant «&nbsp;La Donna è mobile&nbsp;» ou laissent perplexes comme l’air d’Amelia devant des oiseaux qui s’accumulent sur des fils électriques comme ceux d’Hitchcock ou encore ces extraits de <em>Don Carlo</em> situés à bord d’un train qui circule sous la neige au début du vingtième siècle. Plus réussi est l’air de Norina chanté à Cinecittà dans les années 50 au cours duquel Rosa Feola entourée de figurants tout droit sortis d’un péplum évolue face à la caravane de Zampano dans <em>La Strada</em>, avant de s’installer dans une Jaguar blanche pour survoler une Rome en noir et blanc comme dans <em>Vacances romaines</em>. Moins heureuse, l’idée d’intercaler entre les pages musicales des &nbsp;textes d’auteurs majoritairement italiens, déclamés par des comédiens avec parfois un ton grandiloquent.</p>
<p>&nbsp;Cependant, en dépit de ces quelques réserves, comment ne pas être admiratif devant le niveau global de ce spectacle de trois heures surtout quand on sait qu’il a été concocté en moins d’un mois&nbsp;?</p>
<p><strong>Riccardo Chailly</strong> dirige l’ensemble avec un professionnalisme et une précision remarquables tout en respectant le style de chaque compositeur. Les musiciens, masqués à l’exception des vents, sont disposés à bonne distance les uns des autres au parterre, tandis que les choristes sont placés chacun dans une loge.</p>
<p>Sur le plan vocal, pas de surprise, on l’a dit, mais de nombreuses satisfactions et quelques moments de grâce.</p>
<p>Tout commence par la voix de Mirella Freni interprétant «&nbsp;io son l’umile ancella&nbsp;» pendant le générique, malencontreusement couverte sur la fin par quelques mots de la présentatrice. Après le «&nbsp;Cortigiani&nbsp;!&nbsp;» peu nuancé de<strong>&nbsp;Salsi</strong> et&nbsp; une «&nbsp;Donna è mobile&nbsp;» routinière par <strong>Grigolo</strong>, les trois airs de Don Carlo sont magnifiquement chantés par trois des meilleurs interprètes actuels de ces personnages, le Philippe II intériorisé d’<strong>Abdrazakov</strong>, la Princesse Eboli exaltée de <strong>Garanča</strong> et surtout le Posa bouleversant de <strong>Tézier</strong> dont on ne louera jamais assez l’impeccable legato et la longueur du souffle. Les trois extraits d’<em>Un ballo in maschera</em> que l’on entend un peu plus tard n’atteignent pas les mêmes sommets&nbsp;: Si <strong>George Petean</strong> incarne un Renato grandiose et racé, <strong>Eleonora Buratto</strong> est une Amelia dépourvue de classe. Quant à <strong>Francesco Meli</strong>, malgré quelques demi-teintes bienvenues, il semble à plusieurs reprises aux limites de ses possibilités. <em>Lisette </em><strong>Oropesa</strong> séduit par la fraîcheur de son timbre et son implication dramatique même si ses moyens évoquent davantage une Norina qu’une Lucia. En Norina justement <strong>Rosa Feola</strong> affiche une voix plus ample et ronde. Passons sous silence le Siegmund d’<strong>Andreas Schager </strong>fatigué sans doute par ses Siegfried parisiens pour vanter le style impeccable de <strong>Juan Diego Flórez</strong> dont le timbre a conservé sa couleur juvénile après plus de vingt-cinq ans de carrière. Sa «&nbsp;Furtiva lagrima&nbsp;», nostalgique à souhait est un modèle de beau chant. <strong>Aleksandra Kurzak</strong> tire son épingle du jeu avec un air de Liù joliment nuancé tandis que <strong>Roberto</strong> <strong>Alagna</strong> apparemment en petite forme livre néanmoins un «&nbsp;E’ luccevan le stelle&nbsp;» poignant. <strong>Piotr Beczala</strong> propose une «&nbsp;Fleur que tu m’avais jetée&nbsp;» intelligible et de belle facture &nbsp;mais c’est son «&nbsp;Nessun Dorma&nbsp;» en fin de soirée (dans lequel il remplaçait Kaufmann souffrant) qui emporte pleinement l’adhésion. La Carmen de <strong>Marianne Crebassa</strong>, trop jeune fille de bonne famille, manque de «&nbsp;chien&nbsp;» et de tempérament. En revanche le Werther de <strong>Bernheim</strong> juvénile et passionné, doté d’une diction parfaite, n’appelle que des éloges. <strong>Carlos Alvarez</strong> interprète le credo de Iago devant une réplique de la Maison Blanche ravagée par un incendie. Si son medium manque de largeur, son interprétation sobre est tout à fait convaincante.</p>
<p>Que dire de <strong>Placido Domingo</strong> en Charles-Gérard&nbsp;? Au-delà des querelles sur l’adéquation de son timbre dans ce rôle de baryton, on ne peut qu’admirer l’insolence et la projection d’une voix homogène, exceptionnelles chez un chanteur de cet âge. Maddalena di Coigny trouve en <strong>Sonya Yoncheva</strong> une interprète émouvante à la voix solide dont les accents juvéniles évoquent la fragilité et la pudeur du personnage. Juvénile, le timbre de <strong>Marina Rebeka</strong> l’est également ce qui lui permet de camper une Butterfly tout à fait crédible au medium consistant couronné d&rsquo;un aigu rayonnant.</p>
<p>Après que les derniers «&nbsp;Vincerò! » de «&nbsp;Nessun dorma&nbsp;» ont résonné, <strong>Davide Livermore</strong> apparaît sur la scène pour évoquer la réouverture de la Scala en 1946 et notamment l’ovation faite à Toscanini de retour après un long exil avant d&rsquo;insister sur l’importance de la culture grâce à laquelle on peut espérer un jour «&nbsp;revoir les étoiles ». Enfin, six des interprètes de la soirée, secondés par l&rsquo;orchestre et les choeurs, entonnent avec ferveur le final de <em>Guillaume Tell</em>.</p>
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		<title>7 décembre : la Scala montre la voie</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/7-decembre-la-scala-montre-la-voie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Nov 2020 13:24:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme nous l’avions reporté, la Lucia di Lammermoor qui devait inaugurer la saison 2020-2021 du Teatro alla Scala le 7 décembre prochain, a dû être annulée pour cause de COVID. Dominique Meyer annonçait aussitôt un concert exceptionnel pour cette même date. Suite à la conférence de presse du 25 novembre dernier, on en sait davantage &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme nous l’avions reporté, la <em>Lucia di Lammermoor </em>qui devait inaugurer la saison 2020-2021 du Teatro alla Scala le 7 décembre prochain,<a href="/breve/ouverture-de-saison-exceptionnelle-pour-la-scala-de-milan"> a dû être annulée pour cause de COVID</a>. Dominique Meyer annonçait aussitôt un concert exceptionnel pour cette même date. Suite à la conférence de presse du 25 novembre dernier, on en sait davantage sur cet événement qui réunira une distribution de luxe sous la baguette du directeur musical, Riccardo Chailly, à la tête du chœur et de l’orchestre de la Scala. Après avoir longuement remercié les sponsors restés fidèles à l’institution milanaise, le surintendant de la Scala a égrainé l’impressionnante liste de participants. Lisette Oropesa, Juan Diego Flórez et George Petean, initialement partenaires de la <em>Lucia</em>, seront bien sûr de l’événement. Participeront également&nbsp;: Marina Rebeka, Rosa Feola, Sonya Yoncheva, Camilla Nylund, Aleksandra Kurzak, Eleonora Buratto, Kristine Opolais, Elīna Garanča, Marianne Crebassa, Jonas Kaufmann, <a href="/breve/piotr-beczala-je-nirai-plus-en-italie-que-pour-les-vacances">Piotr Beczała</a>, Vittorio Grigòlo (le surintendant s’est d’ailleurs repris pour prononcer correctement l’accent sur le «&nbsp;o&nbsp;» de Grigòlo, précisant que le ténor italien y tenait beaucoup), Benjamin Bernheim, Roberto Alagna, Andreas Schager, Plácido Domingo, Ludovic Tézier, Luca Salsi, Carlos Alvarez et &nbsp;Ildar Abdrazakov. Comme le souligne Dominique Meyer, on a rarement vu une telle brochette de chanteurs alignés pour une seule soirée (et de citer le gala du centenaire du Metropolitan en 1983, et le concert pour la Casa Verdi dirigé par Claudio Abbado en 1979), surtout avec un délai de réaction aussi court (quand on voit ce qu&rsquo;a proposé l&rsquo;Opéra de Paris en s&rsquo;y prenant 350 ans à l&rsquo;avance..). Mais Dominique Meyer veut aller au-delà d’un simple concert, aussi prestigieux soit-il. Il souhaite créer de l’émotion au travers d’un spectacle qui réaffirme le haut niveau du théâtre, l’importance de l’opéra pour la société, et de la Scala pour Milan. Les principaux stylistes italiens ont ainsi été invités à habiller les interprètes. Riccardo Chailly et Davide Livermore ont donné une réalité à ce parcours souhaité par Dominique Meyer, parcours qui s’ouvrira par la «&nbsp;Maledizione&nbsp;!&nbsp;» de <em>Rigoletto </em>pour s’achever par une page de Rossini en guise de catharsis (mot qui sera prononcé trois fois au cours de la présentation, par chacun des intervenants), une ode à la liberté reconquise (on imagine bien le sublime finale de <em>Guillaume Tell</em> et l’émotion qu’il pourrait susciter en ces temps si troublés). Trois pas de ballet figureront également au programme, avec la participation du piémontais Roberto Bolle «&nbsp;<em>qui fait partie de la maison</em>&nbsp;». Dominique Meyer en a profité pour annoncer l’arrivée de Manuel Legris, nouveau directeur du ballet. Le programme musical couvre un siècle d’opéra, de <em>Guillaume Tell </em>à <em>Turandot</em>, au travers de compositeurs qui ont particulièrement marqué la maison&nbsp;: cinq pages de Verdi, trois de Puccini, trois de Donizetti, une de Rossini et une de Giordano. Les compositeurs étrangers seront représentés par Bizet, Massenet et Wagner. La progression dramaturgique sera axée sur trois duos, qui feront évoluer le récit. Riccardo Chailly a déclaré que l’opéra célébrait la simultanéité de tous les arts, et qu’il s’agissait de l’un des objectifs de ce concert. Dominique Meyer a rappelé l’importance de la Scala dans la société civile milanaise, et les interactions de l’opéra avec toutes les composantes de la société italienne. Davide Livermore a tenu à préciser que l’opéra était un art, et pas de l’<em>entertainment</em> (sic). «<em>&nbsp;L’entertainment, c’est passer un bon moment. L’art, c’est toucher l’âme des gens</em>&nbsp;». Il a évoqué les aspects sociétaux évoqués dans l’opéra, «&nbsp;<em>fabrique de songes</em>&nbsp;»&nbsp;: la lutte contre un pouvoir injuste, la pauvreté, la place de la femme (ladite place n’étant visiblement pas au sein de la conférence de presse…). Le spectacle doit trouver à résonner dans le cœur de tout italien, quel que soit sa condition sociale. Le metteur en scène «&nbsp;<em>qui a accepté le challenge en un quart de seconde</em>&nbsp;» selon Dominique Meyer, intégrera aussi la «&nbsp;<em>prose italienne</em>&nbsp;». La RAI diffusera en direct l’événement (qui est annoncé comme très long) et beaucoup de moyens techniques sont mobilisés&nbsp;: scénographie classique, digitale, réalité augmentée… Au-delà de ces prouesses, ce qui est surtout remarquable et admirable avec ce gala, c’est qu’il tranche avec ces soirées faussement luxueuses, sans contenu et sans âme, et qui ne visent qu’à remplir les caisses. Si elle est à la hauteur de ses ambitions, cette soirée promet en effet d’être un événement majeur pour la culture européenne. « La Scala is back in business ! ».</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-vienne-staatsoper-piotr-beczala-kammersanger-et-mario-au-sommet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Jun 2019 02:00:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’était annoncé, Piotr Beczala figure désormais dans l’illustre liste des récipiendaires du titre de Kammersänger du Staatsoper de Vienne. A l’issue d’une représentation de Tosca où il reprenait Mario Cavaradossi (après ses débuts dans le rôle in loco à l’hiver dernier), Dominique Meyer a salué le parcours viennois du ténor polonais dont les deux derniers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/breve/piotr-beczala-rejoint-roberto-alagna-et-jonas-kaufmann-au-pantheon-des-kammersanger">C’était annoncé</a>,<strong> Piotr Beczala</strong> figure désormais dans l’illustre liste des récipiendaires du titre de Kammersänger du Staatsoper de Vienne. A l’issue d’une représentation de <em>Tosca</em> où il reprenait Mario Cavaradossi (après ses débuts dans le rôle in loco à l’hiver dernier), Dominique Meyer a salué le parcours viennois du ténor polonais dont les deux derniers emplois disent tout l’art et le niveau auquel il s’est hissé : irradiant Maurizio dans <em>Adriana Lecouvreur</em> et désormais, nous osons l’écrire, une coudée au-dessus des autres Mario de sa génération. Les subtilités d’un Jonas Kaufmann par exemple ne lui sont pas étrangères et son chant se pare de nuances et de couleurs tantôt viriles tantôt graciles, s’aventure dans des <em>messe di voce</em> où affleure l’émotion. Piotr Beczala dispose tout autant d’un muscle solide, forgé aux quelques emplois wagnériens qu’il chante ou prépare : « la vita mi costasse » et surtout les « vittoria » du deuxième acte galvanisent. Mais au-delà de la technique, de l’adéquation vocale et d’une ligne lyrique irréprochable étendue sur un souffle généreux, le ténor convainc avant tout par la caractérisation et une justesse scénique de chaque instant : l’amoureux, le voltairien, l’homme désespéré enfin, qui croit revoir celle qui lui tombe dans les bras… ils sont tous dans sa voix et dans ses gestes sobres et véridiques. Deux autres Kammersängere devaient l’initier dans le cercle. Las, Nina Stemme souffrante aura laissé sa place à <strong>Karine Babajanyan</strong>, connue des spectateurs à Leipzig et Hanovre principalement. Son métier formé aux troupes germaniques lui assure une solide technique et déjà une fréquentation assidue du rôle. Le timbre, un rien voilé, ne manque pas d’intérêt même s’il a tendance à se durcir dans l’effort. Un effort que les moyens encore limités de la soprano rendent patent, surtout dans une salle où la fosse très peu enterrée transforme l’orchestre en un vrai obstacle à franchir. Si elle concède quelques aigus trop bas au deuxième acte, elle soigne un « vissi d’arte » poignant et fort bien coloré qui lui vaudra une longue ovation. <strong>Carlos Alvarez</strong>, deuxième KS de la soirée, joue à domicile est impose un Scarpia tout en volume, notamment dans le « Te Deum » où il ne fait qu’une bouchée de la fosse et du chœur. Il manque à cette puissance, le sadisme et la jouissance de la détresse d’autrui pour porter le personnage au-delà de l’ordure dans sa dimension tragique. Les forces de l’opéra de Vienne assure à la soirée son haut niveau : un pâtre qui chante juste et qu’on entend sans mal depuis la coulisse (membre de l’école de chant), un Angelotti (<strong>Sorin Coliban</strong>) noble dans sa détresse, un sacristain affable (<strong>Alexandru Moisiuc</strong>) ou un Spoleta (<strong>Wolfram Igor Derntl</strong>) bien caractérisé dont la veulerie est palpable dès la première note.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/02_tosca_116978_beczala.jpg?itok=jPJIAsVv" title="© Wiener Staatsoper" width="330" /><br />
	© Wiener Staatsoper</p>
<p>Tout ce beau monde évolue dans la production de <strong>Margarethe Wallmann</strong> au classicisme irréprochable et qui suit à la lettre toutes les didascalies du livret. Toutes ? Non, car comme bien souvent dans une telle proposition, la direction d’acteur est le parent pauvre, cantonnée à des gestes caricaturaux voire même à des contresens. Ainsi, la première chose que fait Tosca avant de rincer ses mains vengeresses c’est de se les porter au visage, tout justes chaudes du sang du chef de la Police. On l’imagine arriver maculée au Château Saint Ange, l’espoir au cœur de quitter Rome sans encombre… une telle inconséquence nous semble à peu près aussi grave que d’envoyer Mimi sur la lune.</p>
<p>Heureusement, Marco Armiliato comble la mesure par une direction tout en lyrisme et rubato, en contrastes et en nuances. A la hauteur de l’événement à la tête de Wiener aux cordes soyeuses, il ira même jusqu’à encourager un ténor humble et quelque peu réfractaire à bisser « e lucevan le stelle ». Grand bien lui en prit. </p>
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		<title>Puccini : Madama Butterfly</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/puccini-madama-butterfly-tant-pis-pour-simonetta/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Mar 2019 23:07:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La musique de Puccini doit de plus en plus à Riccardo Chailly. Non content de monter une intégrale des opéras du maître de Lucques, le chef italien le fait dans les règles de l’art et de la science : Turandot avec le troisième acte complété par Berio, La Fanciulla del West sans coupures… il fallait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La musique de Puccini doit de plus en plus à Riccardo Chailly. Non content de monter une intégrale des opéras du maître de Lucques, le chef italien le fait dans les règles de l’art et de la science : <em>Turandot</em> avec le troisième acte complété par Berio, <em>La Fanciulla del West </em>sans coupures… il fallait bien que <em>Madama Butterfly</em> soit accompagnée de sa dose d’authenticité pour une ouverture de saison. C’est donc la version originale de la création (celle du 17 février 1904) qui fut présentée le 7 décembre 2016 à la Scala (<a href="https://www.forumopera.com/madama-butterfly-version-du-17-fevrier-1904-milan-lepidopterophilie">notre confrère Yannick Boussaert y était</a>). Comble du luxe et de la modernité, cette intégrale est proposée en DVD pour tous ceux qui n’ont pu s’y rendre.</p>
<p>Le simple fait d’estampiller cette Butterfly comme « authentique » valut à l’institution milanaise un <a href="https://www.forumopera.com/breve/simonetta-puccini-contre-riccardo-chailly">petit bras de fer avec feu Simonetta Puccini</a>, dernière descendante directe de Giacomo. Selon cette dernière, présenter cette version allait contre les intentions de son grand-père, qui jugeait la version définitive de l’opéra comme la plus aboutie. Il est vrai que la succession sans pause des deuxième et troisième actes fait parfois trouver le temps long. Il est vrai aussi que la dernière scène, celle du suicide, se perd dans quelques circonvolutions musicales plutôt pénibles à écouter. Puccini ne s’y est pas trompé, et la version que nous connaissons tous est supérieure en ce sens.<br />
	Fallait-il pour autant en faire un scandale ? Certainement pas. Le premier acte (avec la brève chanson de Yakusidé) gagne en contrastes, et certains personnages (Kate Pinkerton notamment) prennent une ampleur bienvenue. Butterfly elle-même nous semble plus grande, plus cohérente dans cette confrontation avec la nouvelle épouse de son mari.</p>
<p>D’un orchestre de la Scala survolté, <strong>Riccardo Chailly</strong> tire de magnifiques couleurs orchestrales, se rapprochant davantage d’une palette straussienne façon Fanciulla que de la transparence debussyste souvent proposée dans cet ouvrage. On s’interroge encore sur l’addition d’un cymbalum japonisant dans l’interlude du deuxième acte, mais les voies du <em>direttore</em> sont impénétrables.<br />
	Les chœurs de la maison sont remarquables dans l’interlude à bouches fermées, mais la justesse fait parfois défaut aux pupitres de femmes dans le premier acte.</p>
<p><em>La Damnation de Faust</em> présentée à Bastille a donné à <strong>Alvis Hermanis</strong> la réputation d’un enfant terrible de la mise en scène ultra-moderne. Pourtant, les spectacles proposés ailleurs n’ont rien à voir avec celui de Paris, et il en va de même pour sa lecture de <em>Butterfly</em>. Située dans un charmant décor fait de paravents et de cerisiers en fleurs, dégoulinant de kimonos, d’éventails et d’obis, cette Butterfly est on ne peut plus classique, tant et si bien que l’on finirait presque par s’ennuyer. On ne regrette pas nécessairement Stephen Hawking à la conquête de Mars, mais ce japonisme conventionnel n’apporte rien de très neuf (quelque chose semble se passer au deuxième acte, mais le soufflé retombe rapidement). Reste la gestuelle inspirée du kabuki, assez efficace dans les groupes de figurantes, mais peu convaincante chez les solistes (notamment et surtout chez Suzuki). Restent également les magnifiques costumes réalisés par <strong>Kristīne Jurjāne</strong>. S&rsquo;ils ne sont pas innovants, ils sont au moins somptueux, ce qui est déjà quelque chose.</p>
<p>La distribution affichée était de haut vol, comme il se doit pour une ouverture de saison. <strong>Carlo Bosi</strong> est un Goro acide, mais très sûr vocalement. Avec un timbre généreux, <strong>Nicole Brandolino</strong> sait bien mettre en valeur le rôle toujours bref mais déjà plus charnu de Kate Pinkerton. <strong>Carlos Álvarez</strong> incarne un Sharpless d’une grande franchise, aussi bien vocale que scénique, et <strong>Annalisa Stroppa</strong> complète la distribution d’une Suzuki éplorée, mais constante.</p>
<p><strong>Bryan Hymel</strong> n’a pas son pareil pour jouer les (faux) amoureux transis, et son premier acte atteint des sommets de luminosité et de bravoure. L’orchestre, pourtant chauffé à blanc par Chailly, ne l’empêche pas de sortir de magnifiques aigus, qui ne viennent pas pour autant entraver une ligne vocale fluide. En revanche, <strong>Maria José Siri</strong> s’en sort avec un peu plus de difficultés. Les aigus sont tout aussi brillants et radieux, mais les pianos sont plutôt contraints, la voix ayant probablement pris un peu trop de volume avec l’âge. Scéniquement, elle semble également moins convaincante, même si la refonte du troisième acte peut y être pour beaucoup.</p>
<p>Dans le cas de cette <em>Butterfly</em>, ce n’est peut-être pas le meilleur Puccini qui se montre à nous, mais il serait dommage de se priver de la redécouverte d’un opéra aussi connu que celui-ci.<br />
	N’en déplaise à Simonetta, la réédition en DVD des œuvres de son grand-père dans leur version originale reste une démarche artistique forte, qui saura ravir les aficionados de vérisme.</p>
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		<title>Giovanna d&#039;Arco</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giovanna-darco-dans-la-tete-de-jeanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Sep 2018 04:51:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Yannick Boussaert avait eu la chance d’assister à l’une des représentations de cette nouvelle production de Giovanna d’Arco, œuvre revenue dans les murs scaligères après une très longue éclipse, ce qui en faisait en soi un événement. Dans sa distribution, le DVD tiré de ces soirées ne diffère de ce compte-rendu que pour le Giacomo &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Yannick Boussaert avait eu la chance d’assister à l’<a href="https://www.forumopera.com/giovanna-darco-milan-la-chevalerie-nest-pas-morte">une des représentations de cette nouvelle production de <em>Giovanna d’Arco</em></a>, œuvre revenue dans les murs scaligères après une très longue éclipse, ce qui en faisait en soi un événement. Dans sa distribution, le DVD tiré de ces soirées ne diffère de ce compte-rendu que pour le Giacomo de <strong>Carlos Álvarez</strong>. Certes, notre confrère avait souligné les qualités de Devid Cecconi, qui avait assuré les trois premières représentations en remplacement du baryton espagnol, souffrant. Nous ne pouvons bien sûr pas comparer, mais ce dernier se montre sur ce disque souverain de bout en bout, dans ce rôle que la mise en scène fait apparaître comme torturé et quelque peu fanatique, du moins dans la tête un brin dérangée de Giovanna. La partition ne fait pas faire au baryton de grands écarts meurtriers, mais exige comme souvent beaucoup de souplesse, de ce cantabile, qui rend les rôles verdiens souvent si beaux pour cette voix. On peut trouver Álvarez un rien monolithique, il n’en est pas moins touchant.</p>
<p>Naturellement, une captation vidéo et ses jeux techniques ne peut donner qu’une idée du niveau de ce qu’on entend, ce qui ne saurait être comparé à l’appréciation qu’on peut en avoir <em>in situ</em>. Mais clairement, <strong>Anna Netrebko </strong>impressionne. C’est un chant glorieux qui se déploie, se jouant assez aisément des pièges du rôle comme le soulignait le commentaire du spectacle. Ce qu’on voit à l’écran, parfois de manière trop appuyée – ces gros plans sur les personnages sont d’ailleurs souvent peu flatteurs et sans grand intérêt – c’est surtout la force de l’engagement dans le rôle. L’héroïne est souvent hallucinée, comme possédée et son jeu est très crédible. Elle épouse ainsi tout à fait le choix des metteurs en scène <strong>Moshe Leiser et Patrice Caurier </strong>de nous emmener en voyage dans les rêves peuplés de visions et de cauchemars d’une jeune malade mentale clouée sur son lit. Choix qui a ses mérites et qui fonctionne plutôt bien, mais qui se heurte parfois à un problème de lisibilité, puisqu’on peut tordre beaucoup de choses sauf le texte lui-même. La réalisation permet cependant de profiter de la beauté plastique de certaines scènes, comme certaines projections vidéos –pour une fois plutôt bien pensées- ou encore l’élévation d’une immense cathédrale venue de sous la scène. Beauté plastique dans ce dernier cas contrebalancée par l’entrée un peu grotesque de Giacomo qui se cache derrière une rosace qu’il fait rouler. Ma foi, les cauchemars permettent tout, n’est-ce pas ? Autre scène assez peu réussie, celle des démons qui viennent harceler Giovanna lorsqu’elle cède à son amour pour le roi. Ces monstres sont plus cocasses qu’effrayants et se contorsionnent de façon quelque peu ridicule. </p>
<p>On peut ne pas apprécier le timbre très reconnaissable de <strong>Francesco Meli</strong>. Il n’en reste pas moins un Carlo remarquable, comme souvent un peu tendu dans les aigus, notamment dans le premier acte, qui le sollicite beaucoup. Son personnage un peu pleutre contraste avec la flamboyance de son armure, statue vivante inspirée peut-être de celle, équestre, de Jeanne d’Arc à Paris. Là encore, certains très gros plans auraient pu être évités.</p>
<p>Les autres solistes, <strong>Dmitry Beloselskyi </strong>(impressionnant Talbot) en tête sont à la hauteur de leur – brêve – apparition.</p>
<p>Le <strong>chœur </strong>de la Scala est mis en valeur par l’enregistrement. Magnifique, il est aussi remarquable dans les fortissimi que dans ses interventions plus discrètes. Une ovation méritée l’accueille au rideau final.</p>
<p><strong>Riccardo Chailly</strong>, qui aime cette œuvre, ne cherche pas à nous faire croire que c’est un Verdi de la trempe d’un <em>Don Carlos </em>ou d’un <em>Otello</em>, bien sûr. Mais il en fait ressortir toute l’intelligence mélodique si caractéristique, celle qui est au service du drame et qui nous envoute. Il joue sur les tempi, les contrastes, il fait chanter un orchestre aux petits soins avec une concentration des grands jours qu’on n’a aucune peine à percevoir dès l’ouverture, laquelle montre le chef, visage sévère, tendu comme un arc, totalement immergé dans la musique. Jusqu’aux mesures finales où la caméra revient sur lui, yeux clos, le front contre la baguette. Il faut dire qu’il peut compter sur d’excellents instrumentistes, avec une mention spéciale, au moins dans cet enregistrement, pour la petite harmonie, si poétique, notamment dans l’ouverture. Même si ce sont clairement les voix qui sont mises en avant par cet enregistrement, l’orchestre n’en est pas trop effacé pour autant et l’équilibre global reste satisfaisant.</p>
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		<title>Le Nozze di Figaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-nozze-di-figaro-que-chantiez-vous-au-temps-chaud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jan 2018 06:59:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Milan aussi, la version Strehler a longtemps dominé au point qu’on ne pouvait envisager d’autre production des Noces de Figaro. A Paris, on attend encore celle qui pourra succéder à la mythique mise en scène de 1973, après d’innombrables reprises jusqu’en 2012 (et avec la version Marthaler pour un bref interlude en 2006-2008). A &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A Milan aussi, la version Strehler a longtemps dominé au point qu’on ne pouvait envisager d’autre production des <em>Noces de Figaro</em>. A Paris, on attend encore celle qui pourra succéder à la mythique mise en scène de 1973, après d’innombrables reprises jusqu’en 2012 (et avec la version Marthaler pour un bref interlude en 2006-2008). A La Scala, un choix a courageusement été fait en octobre 2016, en prenant pour prétexte le 225<sup>e</sup> anniversaire de la mort de Mozart (et le 260<sup>e</sup> de sa naissance, peut-être). Pour remplacer Strehler, on a fait appelà un Britannique, <strong>Frederic Wake-Walker</strong>, très remarqué à Glyndebourne <a href="https://www.forumopera.com/la-finta-giardiniera-glyndebourne-dautant-plus-feinte-quelle-est-moins-jardiniere">en 2014 pour sa <em>Finta giardiniera</em></a> – il doit d’ailleurs revenir à Milan au printemps prochain avec cette même <em>Finta</em>, et l’on guette avec intérêt ce qu’il fera d’<em>Onéguine</em> à Strasbourg en juin. Ce choix s’avère hélas une fausse bonne idée, car la méthode qui avait fait merveille avec un Mozart de jeunesse, au livret stéréotypé, achoppe sur le livret de Da Ponte. Souligner l’artificialité en montrant l’envers du décor, mettre en relief la théâtralité en ajoutant un souffleur visible sur le plateau, en mélangeant l’époque de l’œuvre et la nôtre, en introduisant une armée de figurantes relookées par un émule de Thierry Mugler, en transformant le chant des deux paysannes en numéro de music-hall… tout ça fonctionnerait sans doute mieux avec une pièce moins parfaite que le chef-d’œuvre de Beaumarchais.</p>
<p>Et pour que ces trucs aient une chance de marcher, encore faudrait-il aussi une direction d’orchestre un peu plus vivante que celle de <strong>Franz Welser-Möst</strong>, qui semble se soucier de théâtre comme d’une guigne. Certes, cela permet quelques raffinements de phrasé en fosse, mais il ne s’agit pas ici d’une symphonie, et rarement <em>Noces</em> auront été aussi lentes depuis Karl Böhm. A plus d’un moment, la somnolence guette franchement ; le spectacle semble enfin trouver son rythme au dernier acte, mais il est trop tard.</p>
<p>Pour convaincre, peut-être cette production aurait-elle aussi besoin d’une distribution un peu différente. En 2006, sur cette même scène, <strong>Diana Damrau </strong>participait à la production Strehler des <em>Noces de Figaro</em>. Nuit et jour, à tout venant, je chantais Suzanne, ne vous déplaise. – Eh bien, Comtesse, maintenant ! Mais une comtesse impétueuse, voire pétulante, et sans la noblesse qu’on aimerait associer au personnage. Une Zerbinette à vibrato qui essaye d’autres rôles, alors que l’ascenseur social lyrique n’a rien d’automatique. A l’inverse, <strong>Golda Schultz</strong> semblait s’être un peu prématurément risquée <a href="https://www.forumopera.com/le-nozze-di-figaro-glyndebourne-swinging-sevilla">en comtesse à Glyndebourne</a> : Suzanne lui convient beaucoup mieux, même si la direction d’acteur ne la laisse guère s’épanouir.</p>
<p><strong>Markus Werba</strong>, apprécié <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/noir-cest-noir-0">en Don Giovanni à Paris</a>, est un Figaro baryton, auquel fait défaut le grave de la tessiture : dans le sextuor, il est d’ailleurs obligé de transposer à l’octave la note grave qui devrait conclure sa série des « Che a te lo dirà ». Quant à <strong>Carlos Alvarez</strong>, quand il cherche à se reposer d’un répertoire plus tardif et plus lourd, il oscille entre Figaro (à Vienne, par exemple) et le Comte, Don Giovanni restant son emploi de prédilection, comme il sied à un baryton.</p>
<p>Pour le reste, <strong>Marianne Crebassa</strong> est le superbe Chérubin que l’on connaissait déjà. <strong>Andrea Concetti</strong> est la vraie basse qu’exigent Bartolo et Antonio (l’artiste se partage les deux rôles, comme à la création, et à la fin la mise en scène ne cherche même plus à les distinguer clairement par la tenue et le maquillage). Avec un Basilio-Curzio de luxe comme <strong>Krešimir Špicer</strong>, on comprend que son air du dernier acte ait été conservé, même si le pauvre est affublé d’une tenue latex évoquant un courtisan de la Renaissance. Et tant qu’à faire, aurait-il vraiment été impossible de laisser <strong>Anna Maria Chiuri</strong>, Marceline à la voix saine,  chanter « Il capro et la capretta » ?</p>
<p>En résumé, un DVD qui n’apporte vraiment pas grand-chose à la vidéographie des <em>Noces de Figaro</em>, déjà riche en réussites absolues, comme la production de Claus Guth à Salzbourg, pour n&rsquo;en citer qu&rsquo;une. </p>
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		<title>VERDI, Un ballo in maschera — Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/un-ballo-in-maschera-barcelone-fermons-donc-les-yeux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Oct 2017 04:49:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Oui, fermons les yeux et laissons-nous mener par la seule audition. Car du spectacle, ou de l’absence de spectacle, tout a été dit par Maurice Salles lors de la représentation à Toulouse d’une production présentée également à Nuremberg : absence totale de mise en scène, éclairages médiocres que les chanteurs sont souvent obligés d’aller chercher, laideur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Oui, fermons les yeux et laissons-nous mener par la seule audition. Car du spectacle, ou de l’absence de spectacle, tout a été dit par <a href="https://www.forumopera.com/un-ballo-in-maschera-toulouse-autant-fermer-les-yeux">Maurice Salles lors de la représentation à Toulouse</a> d’une production présentée également à Nuremberg : absence totale de mise en scène, éclairages médiocres que les chanteurs sont souvent obligés d’aller chercher, laideur des décors et des costumes, ces derniers consistant en vague « prêt à porter », mais certainement pas en « sur mesure », encore moins en « haute couture », ce qui est bien décevant de la part de <strong>Christian Lacroix</strong>. Et que dire des poses lascives que la malheureuse Amelia prend devant Riccardo en singeant le Kamasutra ? Que dire enfin du page ridicule finalement habillé (travesti ?) en femme et lutiné par Renato, tandis qu’une petite voiture rouge téléguidée lui passe entre les jambes, comprenne qui veut… Bref, on peut mettre au défi quiconque de résumer l’intrigue à travers le spectacle présenté. Le public de cette première au Liceu, pourtant habituellement plutôt placide, a de ce fait copieusement et unanimement hué au salut final le metteur en scène et les décorateurs.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/4848-0161ca_bofill-1.jpg?itok=Oyh5gJ0l" title="Piotr Beczala © Photo Antoni Bofill" width="468" /><br />
	Piotr Beczala © Photo Antoni Bofill</p>
<p>En revanche, la distribution – malgré un certain nombre de changements pour les rôles principaux, dont la soprano Ekaterina Metlova et le baryton Dmitri Hvorostovsky initialement prévus, était globalement de haut niveau, dominée par trois personnalités de haut vol. Tout d’abord, <strong>Piotr Beczala</strong>, qui fait de Riccardo un personnage à la fois brutal et torturé, là où d’autres le conçoivent plus lumineux – voire illuminé – et en demi teinte. La voix est puissante, on le sait, mais également enrichie de quantités de nuances subtiles. Sa technique vocale, avec une projection irréprochable, est parfaite pour ce type de rôle, et on ne peut s’empêcher de penser à  Alfredo Kraus tant la science musicale est excellemment traduite par l’émission vocale. Alors que ce grand ténor a pu montrer quelques faiblesses lors de certaines de ses dernières prises de rôles, il trouve ici en Riccardo un personnage qui lui va, à tous points de vue, comme un gant.</p>
<p>Le second triomphateur de la soirée est <strong>Carlos Álvarez</strong> (Renato), qui chante à Barcelone devant « son public ». Sa prestation, proche d’une grande perfection musicale, fait penser à celles de certains des plus grands barytons verdiens de la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle. Brillante et incisive, son émission vocale pleine d’autorité personnifie un personnage quelque peu tout d’un bloc et sans grandes interrogations, mais sans doute cela vient-il avant tout de l’absence de direction d’acteur. Égal sur toute la durée de la représentation, et en pleine possession de ses moyens dès son premier air, il s’adapte également parfaitement à ses différents partenaires, réglant sa puissance vocale aux moyens des uns et des autres. Enfin, c’est également un grand plaisir que de retrouver <strong>Dolora Zajick</strong>. Malgré les années qui passent, et bien qu’affublée d’un inénarrable costume informe surmonté d’une perruque choucroute, elle personnifie Ulrica avec la puissance qu’on lui connaît, et des notes graves toujours impressionnantes.</p>
<p>	Pour le reste, l’Amelia de <strong>Keri Alkema</strong> n’a guère progressé depuis les représentations de Toulouse, car on peut écrire à son propos les mêmes commentaires, avec une faiblesse au début, entachée d’une totale absence de légato, mais rattrapée par une assez jolie interprétation de l’air « Morro, ma prima in grazia ». L’Oscar d’<strong>Elena Sancho Pereg</strong> est de ceux dont on essaie d’oublier vite le souvenir, même si elle ne démérite pas musicalement, du fait d’une voix aigre et d’un jeu scénique outré. Les autres protagonistes s’intègrent bien dans cet ensemble.</p>
<p>	La direction de <strong>Renato Palumbo</strong> est bien en situation, très attentive aux chanteurs et imprimant à la représentation des inflexions sonores et rythmiques peu routinières, en même temps qu’il met bien en valeur quelques instruments solistes.</p>
<p>Seconde distribution en alternance avec notamment Fabio Sartori (Riccardo), Giovanni Meoni (Renato), Maria José Siri (Amelia), Patricia Bardon (Ulrica) et Katerina Tretyakova (Oscar).</p>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Peralada</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madama-butterfly-peralada-sans-routine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Aug 2017 06:03:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette Madama Butterfly coproduite par le Festival de Peralada et le Deutsch Opera am Rhein de Dusseldorf Joan Anton Rechi a pris le parti d’une transposition temporelle. L’histoire de Cio Cio San n’est plus contemporaine de la fin du XIXe siècle. Lorsqu’elle se réveille seule dans le grand lit de sa nuit de noces, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette <em>Madama Butterfly</em> coproduite par le Festival de Peralada et le Deutsch Opera am Rhein de Dusseldorf <strong>Joan Anton Rechi</strong> a pris le parti d’une transposition temporelle. L’histoire de Cio Cio San n’est plus contemporaine de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Lorsqu’elle se réveille seule dans le grand lit de sa nuit de noces, elle se lève, probablement en quête de Pinkerton, mais en un éclair et dans un fracas d’apocalypse – enregistrement inséré – des projections vidéo montrent ce cadre de vie en train de s’effondrer. La scène est à Nagasaki au moment de l’explosion de la deuxième bombe atomique, celle du 9 août 1945, 40 000 morts et autant de blessés. Le spectateur constate après l’entracte, devant les ruines accumulées, que les miracles existent puisque tous les protagonistes ont survécu et sont indemnes sans exception. La taille de l’enfant – censé avoir au plus trois ans, en fonction de la nidification des rouges-gorges, il est apparemment plus proche de sept –  pourrait même remettre en question la nocivité du bombardement. N’aurait-il pas stimulé sa croissance ? Trêve d’ironie, si la bombe n’a pas de répercussion sur les personnages, à quoi bon cette transposition ?</p>
<p>Si elle n’éclaire pas le drame, elle fournit en tout cas à <strong>Alfons Flores </strong>l’occasion de réaliser un superbe décor, avant et après le bombardement. Le metteur en scène refusant les « japoniaiseries » – comprendre : la couleur locale vue par l’Occident – a voulu pour cadre unique l’intérieur du consulat américain de Nagasaki. Dans la vaste salle où de hautes colonnes soutiennent un plafond majestueux, un plateau tournant permet de créer des espaces différents à l’aide quelques meubles, le bureau du consul, un salon, une chambre, rien d’un pittoresque « extrême oriental ». C’est là que Goro vante à Pinkerton, sur la maquette qui la représente, la maisonnette qu’il lui a fait acheter. Foin donc de la colline difficile à gravir et assez haute pour faire un excellent poste de vigie sur l’océan. Mais il faudrait être sourd ou ne rien comprendre au texte quand par exemple Sharpless se plaint d’être essoufflé par la montée ou quand il dit redescendre au plat.</p>
<p>Le parti-pris de réalisme dénoté par les accessoires, porteurs après le bombardement de ses stigmates, n’est pas d’une cohérence absolue avec les costumes de <strong>Mercé Paloma</strong> : la jupe new-look de l’épouse américaine rend plus incertain encore l’âge d’un enfant forcément conçu au plus tard en 1941. Néanmoins la vision de l’espace consulaire ravagé est très impressionnante, avec les échafaudages qui étayent les murs et les amoncellements des décombres. Et pourtant le spectateur devra faire appel à son imagination pour se représenter un jardin invisible où Suzuki trouvera les brassées de fleurs que lui réclame Cio Cio San.</p>
<p>Rachetant en partie ces options peu convaincantes, la direction d’acteurs très soignée révèle la volonté de travailler les personnages et de leur donner une épaisseur. Ainsi la claque que Pinkerton assène sur les fesses de Suzuki, au grand désarroi de celle-ci, que l’exubérance de l’Américain avait séduite : ce geste est pour elle incongru et inquiétant. Ainsi la scène où Pinkerton et Sharpless sont censés communier en buvant du whisky, où le consul démontre qu’il apprécie, voire préfère le saké, que Pinkerton dédaigne sans ambages, ce qui souligne l’acculturation volontaire de Sharpless et l’indifférence sinon le dédain de Pinkerton pour les goûts des Japonais. Plus significatif encore le jeu de scène où il se débarrasse du contrat nuptial en le jetant à la corbeille à papiers, où Sharpless le ramasse et le lui rend en l’invitant à la prudence, non par réflexe de bureaucrate avisé mais par sagesse d’homme expérimenté.</p>
<p>Tous les interprètes s’engagent à fond pour donner vie aux personnages, dont la personnalité est exprimée justement. On pourrait souhaiter plus de relief pour l’entremetteur Goro, ou le prince Yamadori, judicieusement porteur de provisions tentatrices mais l’un et l’autre peu charismatiques, alors que <strong>Pablo Lopez Martin </strong>donne bien à l’oncle bonze la véhémence de l’indignation. Sharpless, Suzuki et Cio Cio San ont en partage une même sincérité des sentiments qui fonde leur relation à autrui. <strong>Carlos Alvarez </strong>sait rendre sensible la bonhomie d’un homme tolérant mais expérimenté qui a compris l’état d’esprit de Cio Cio San et mesure le danger potentiel de la désinvolture de Pinkerton. <strong>Gemma Coma-Alabert</strong> habite les moindres nuances du rôle de Suzuki avec une justesse, tant théâtrale que vocale propre à susciter l’admiration et l’émotion. C’est heureux, parce qu’il fallait une Suzuki de cette facture pour être à la hauteur <strong>d’Ermonela Jaho</strong>, devenue interprète de référence du rôle-titre. La cantatrice albanaise renouvelle une performance désormais bien connue sans donner l’impression de se répéter ou d’une interprétation de routine. Certains n’ont pas manqué de trouver le volume ou l’onctuosité insuffisants. Au-delà des préférences personnelles pour un timbre ou des réticences que l’émission de sons couverts peut susciter, il serait absurde de nier la maîtrise de la voix et de l’expression des sentiments, car elle est maximum. Cela permet à l’artiste de sembler totalement investie tout en gardant le contrôle et de faire face ainsi aux impondérables comme la chute d’un accessoire. Pinkerton est dépourvu de cet intérêt pour les autres qui est le fondement de leur loyauté, de leur sincérité. <strong>Bryan Hymel</strong> a déjà mesuré la faible profondeur du personnage, et il en expose toute l’autosatisfaction avec l’impudeur du jouisseur bien décidé à « s’en fourrer jusque-là ». Les quelques duretés dans l’aigu pourraient trahir l’être profond de celui qui se veut charmeur mais n’est qu&rsquo;imbu de lui-même, même si l’ardeur de la scène nocturne est au diapason du désir exprimé.</p>
<p>Le chœur du Grand Théâtre du Liceu est magistral, comme d’habitude, et le passage à bouche fermée est un vrai délice. Les contrastes sont peut-être moins marqués, et la complexité de la scène de la noce, avec les clan rivaux qui s’affrontent, moins réussie, moins brillante qu’à d’autres occasions. Cela pourrait venir de la direction de <strong>Dan Ettinger</strong>, qui dirige un orchestre Symphonique de Bilbao très réactif, extrêmement attentive à la clarté des lignes et des plans, mais qui donne parfois le sentiment d’une prudence telle que prévenir l’incendie soit l’objectif principal. D’un autre côté, à ne pas abuser des effets sonores, quand il les libère au final il submerge l’auditoire et l’entraîne dans l’émotion. Il recueillera sa part des ovations finales, capitalisées par le quatuor de solistes avec, on s’en doute, une prime à Ermonela Jaho.</p>
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