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	<title>James BAILLIEU - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 13 Mar 2026 08:57:32 +0000</lastBuildDate>
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	<title>James BAILLIEU - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Lise Davidsen, Live at the Met</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 05:09:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une Isolde barcelonaise qui l’a hissée au rang de légende vivante et avant une Isolde new-yorkaise face à Michael Spyres qui fait frétiller d’excitation tous les cœurs wagnériens, c’est un autre concert au Met qui fait l’actualité de Lise Davidsen : le récital donné en 2023 avec son complice James Baillieu au piano, dont l’enregistrement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-barcelone/">Isolde barcelonaise</a> qui l’a hissée au rang de légende vivante et avant une Isolde new-yorkaise face à Michael Spyres qui fait frétiller d’excitation tous les cœurs wagnériens, c’est un autre concert au Met qui fait l’actualité de <strong>Lise Davidsen</strong> : le récital donné en 2023 avec son complice <strong>James Baillieu</strong> au piano, dont l’enregistrement a tout juste été édité par le label Decca.</p>
<p>Que la Norvégienne ait, dans sa catégorie, une des voix les plus fascinantes des temps modernes, voilà qui est hors de soupçon. Tous ceux qui l’ont entendue, en live ou en enregistrement, ont été hypnotisés par la puissance, l’ampleur, l’énergie lumineuse de sa voix qui sait aussi trouver des moments d’une intériorité bouleversante. Toutes ces qualités (<a href="https://www.forumopera.com/breve/pourquoi-notre-non-accreditation-au-met-est-une-bonne-nouvelle/">dont la réputation a suffi pour remplir huit fois les quelque 3800 places du Met</a>) sont bien présentes dans le CD du récital new-yorkais… mais avec un degré en moins, et on se surprend (blasphème qu’on rougit de formuler en ce moment de triomphe <em>davidsenien</em>) à rester un peu extérieur à cet exercice très soigné.</p>
<p>L’enregistrement n’a pas des qualités folles. Le programme du récital, d’abord, est trop éclectique à notre goût (dans l’ordre du CD : un air de Puccini, un air de Verdi, des Lieder de Strauss et de Schubert, des mélodies de Sibelius, un air d’opérette, une chanson de <em>musical</em>, un air de Wagner, une mélodie de Grieg – ouf !). On comprend, bien sûr, qu’il s’agissait de montrer toutes les facettes d’une chanteuse qui en compte quelques-unes de stupéfiantes, mais on y perd en cohérence et en musicalité ce qu’on gagne à peine en <em>show</em>, puisqu’à ce stade de sa carrière on a déjà une certaine idée de ses possibilités. En outre, la captation ne s&rsquo;avère pas tout à fait capable de rendre justice aux harmoniques et au volume de la voix, qui semble parfois plus lourde qu’à l’ordinaire, moins portée par la clarté tranchante de la lame de son. Bref, malgré le talent évident de cette chanteuse (qu’on rêve d’entendre prochainement à Paris), ce CD s’apparente à un coup commercial de maison de disque. Decca a en outre fait le choix de réordonner les numéros du récital original et d&rsquo;en couper certains, ce qui est dommage pour notre curiosité et n&rsquo;aide pas en outre à améliorer la cohérence du disque.</p>
<p>Une fois tout cela dit, reste l’essentiel : Lise Davidsen est un joyau des scènes d’aujourd’hui. Encore plus que « Vissi d’arte » (en demi-teintes délicates, mais au vibrato assez large à surveiller), ou que « Morrò, ma prima in grazia » (un peu trop tubé et manquant un peu de ligne), on admire ses Lieder de Strauss (splendeurs de <em>Morgen</em> où voix et piano font entendre comment un Lied peut chanter le silence) et un très beau <em>Litanei auf das Fest Allerseelen</em> de Schubert. Sibelius est abordé avec une véhémence toute opératique qui contraste avec des numéros de bis légers qui ont l’effet escompté sur le public, dont les applaudissements ont été inclus dans le disque. « Dich teure Halle » est désormais l’air signature de Lise Davidsen, et on comprend pourquoi ici (malgré l’effet étrange d&rsquo;entendre l&rsquo;air accompagné par un piano et non par un orchestre) : autorité souveraine, facilité de l&rsquo;aigu, beauté du timbre sont au rendez-vous. « Våren » de Grieg, qui ouvrait le récital en live, devient ici la dernière piste du CD, qui se conclut ainsi sur une mélodie norvégienne où l’instrument de Lise Davidsen s’allège pour rendre justice aux allures folkloriques de l’écriture, tout en traversant cette fausse simplicité pour laisser deviner la subtile mélancolie du texte.<br />
Rendons donc, au bout du compte, un juste hommage à son talent ainsi qu&rsquo;au piano intelligent et poétique de James Baillieu, qui s&rsquo;avère tout au long du programme un allié indéfectible pour sa partenaire.</p>
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		<title>Invitation au voyage (récital Véronique Gens) &#8211; Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/invitation-au-voyage-recital-veronique-gens-bruxelles-la-monnaie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’invitation au voyage, c’est d’abord de désir qu’il est question : désir d’ailleurs qui est nécessairement désir d’absolu ; désir d’abandon, de mort peut-être ; désir d’amour, évidemment. Par le prisme, certes attendu, du poème de Baudelaire, c’est d’abord un voyage dans quelques-unes des plus belles pages de la mélodie française qu’ont proposé Véronique Gens et James &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Dans l’invitation au voyage, c’est d’abord de désir qu’il est question : désir d’ailleurs qui est nécessairement désir d’absolu ; désir d’abandon, de mort peut-être ; désir d’amour, évidemment. Par le prisme, certes attendu, du poème de Baudelaire, c’est d’abord un voyage dans quelques-unes des plus belles pages de la mélodie française qu’ont proposé <strong>Véronique Gens</strong> et <strong>James Baillieu</strong> à la Monnaie, le 24 novembre dernier. Et si l’on ne se lasse pas de réentendre certains tubes de Fauré, Hahn, Debussy, Duparc et Saint-Saëns, quelques airs plus confidentiels équilibrent le propos. Ainsi, le <em>Lamento</em> de Théophile Gauthier – certainement plus connu pour la version qu’en a donné Berlioz dans « Les Nuits d’été » – tel que l’a mis en musique Polignac exprime une inquiétude intérieure mais musicalement et vocalement exigeante : Gens y déploie son timbre chatoyant, servi par une technique parfaite. Les attaques sont irréprochables et les débuts de phrases jaillissent comme du néant – comme si le son était déjà là, d’emblée parfaitement placé –, alors que certaines fins meurent en un <em>diminuendo</em> d’une délicatesse extrême – comme si certains mots ne pouvaient aboutir qu’un peu ailleurs (« l’ange amoureux »). Dans la « Nuit d’étoile » de Debussy, la palette textile de la voix se précise : de la soie l’on passe au velours, c’est-à-dire à une texture moins lisse, un peu plus lourde, peut-être pas vraiment plus chaude mais plus présente et toujours élégante. Et si « Aimons-nous » (de Hahn encore) est l’occasion de relever peut-être la seule goutte de kitsch du récital (un <em>glissando</em> un peu prononcé à l’amorce du vers : « Ta tête entre mes bras »), on se perd dans l’ambiance diaphane mais pleine de présence qu’offre la chanteuse dans « La lune blanche », sur le texte de Verlaine.</p>
<p style="font-weight: 400;">Au piano, James Baillieu est un accompagnateur que l’on pourrait croire discret mais qui, en réalité, dose parfaitement son jeu. A aucun moment il ne prend le pas sur la chanteuse, ce qui ne l’empêche pas de souligner l’un ou l’autre trait où le piano participe  directement au propos poétique (dans « Paysage » de Hahn, par exemple). L’articulation est parfaite et le jeu velouté, le son chaleureux voire intime.</p>
<pre>Crédit photo : Jean-Baptiste Millot</pre>
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		<item>
		<title>Récital Benjamin Appl &#8211; Verbier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/benjamin-appl-rend-hommage-a-fischer-dieskau-verbier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un récital qui aura suscité un enthousiasme débordant d’une bonne partie du public et des cris de joie, précision nécessaire, croyons-nous, si d’aventure nos impressions devaient être plus mitigées.Benjamin Appl propose un Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau, en témoignage d’admiration et en souvenir de quelques rencontres qu’il eut avec lui et de conseils qui l’encouragèrent &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un récital qui aura suscité un enthousiasme débordant d’une bonne partie du public et des cris de joie, précision nécessaire, croyons-nous, si d’aventure nos impressions devaient être plus mitigées.<br><strong>Benjamin Appl</strong> propose un <em>Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau</em>, en témoignage d’admiration et en souvenir de quelques rencontres qu’il eut avec lui et de conseils qui l’encouragèrent dans son désir d’être chanteur, et notamment <em>Liedersänger</em>. Un programme qui coïncide souvent avec celui de l’album <em>Für Dieter</em>, paru il y a quelques mois chez Alpha Classics, déjà avec l&rsquo;excellent <strong>James Baillieu</strong> au piano.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3907-15-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195734"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>James Baillieu, Benjamin Appl et un autoportrait de Fischer-Dieskau © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>La soirée prend la forme d’un récit, lu par l’homme de théâtre britannique <strong>James Garnon</strong>, installé avec un lutrin sur la droite de la scène. Son propos sera en anglais, car si la Suisse possède quatre langues officielles, l’anglais est bien la langue officielle du <strong>Verbier Festival &amp; Academy</strong>. <br>Il s’arrêtera à différents moments de la vie de Fischer-Dieskau, d’abord son enfance berlinoise, d’une famille cultivée (et on entendra une composition de son grand-père Albert Fischer sur le <em>Heidenröslein</em> de Goethe, et, de son frère Klaus, chef de chœur et compositeur surtout pour l’église, un court <em>Nocturne</em> pour piano et une courte mélodie, toutes pièces intéressantes, comme on dit ; puis seront évoqués ses premiers pas de chanteur, sa mobilisation dans la Wehrmacht, et son retour à Berlin après avoir été prisonnier de guerre pendant deux ans ; ensuite les débuts fulgurants de la carrière que l’on sait, avec l’appui de Furtwängler, les amitiés musicales, Reimann, Britten, et quelques épisodes de la vie privée, la mort de sa première épouse Irmel, en 1963, ses trois autres épouses, la mort de sa mère, tout cela émaillé de quelques anecdotes glanées dans les écrits ou les propos de DFD.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3875-04-edited-scaled.jpeg" alt="" class="wp-image-195741" width="919"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Mais l’essentiel, c’est bien sûr la partie musicale.</p>
<p>Toute la question est bien sûr de savoir si, hormis la vénération qu’il éprouve pour l’immense artiste, et que nous partageons évidemment, la voix et la nature de Benjamin Appl coïncident peu ou prou avec celles de Fischer-Dieskau. Benjamin Appl est certes un baryton, un baryton aux aigus aisés et puissants, au medium expressif, mais aux graves parfois incertains. Ce n’est pas une voix de bronze. En revanche, il a une très belle technique vocale qui lui permet de changer de registre aisément et d’user souvent de la voix mixte (Fischer-Dieskau en était virtuose aussi).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3926-19-2-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195737"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl et James Baillieu © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le sérieux problème des <em>Chants sérieux</em></strong></h4>
<p>Les cinq mélodies de Brahms inscrites au programme, pour prendre cet exemple, d’abord «&nbsp;Wie bist du meine Königin&nbsp;», puis ni plus ni moins que les <em>Vier ernste Gesänge</em>, amènent à se poser la question d’une possible filiation.<br>Tandis que Fischer-Dieskau était dans les <em>Chants sérieux</em> de Brahms austère, douloureux, monumental, parce que la profondeur de son timbre, son histoire, son tempérament l’y portaient par essence, Benjamin Appl doit construire ou conquérir son interprétation avec ses propres moyens. <br>D’où le ton agité, extérieur, du premier, «&nbsp;Denn es gehet dem Menschen wie dem Vieh&nbsp;», avec des changements de tempo qui veulent animer le discours, d’où la raideur, le défaut de souplesse, le côté maniéré de «&nbsp;Ich wandte mich&nbsp;», d’où le manque de gravité à tous les sens du mot, et c’est un comble, dans «&nbsp;O Tod wie bitter bist du&nbsp;», et le côté fabriqué, avec des effets de voix mixte, de «&nbsp;Wenn ich mit Menschen&nbsp;», tout de même le plus réussi des quatre. Ce moment qui devrait être le cœur du récital, le plus dense, celui où le chanteur rentrerait en lui-même pour donner ce qu’il a de plus profond, ne dépasse jamais l’anecdotique et semble artificieux.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3938-21-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195740"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>D’autres moments conviendront mieux à sa tessiture, notamment « Ich denke dein » de Hugo Wolf, écrit assez haut, qu’il chante avec bravoure à la manière d’une romance, ou « Tenebrae » d’Aribert Reimann, aux frontières de l’atonal, où il utilise la force de projection de ses notes hautes, exacerbant le dramatisme de cette prière désemparée. Ou encore le sentimental « Sylvelin », de Christian Sinding, illustrant les deux années où Dietrich Fischer Dieskau fut prisonnier, et où Benjamin Appl pourrait être plus tendre, mais c’est que le <em>cantabile</em> lui fait parfois défaut comme dans la célèbre romance « Nun wer die Sehnsucht kennet » de&nbsp;Tchaïkovski (et les <em>forte</em> y sonnent plus puissants qu’expressifs).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3922-18-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-195736"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La légèreté lui va bien</strong></h4>
<p>Au chapitre des réussites, on citera aussi « Ein Traum », de Grieg, mélodie à l’élan romantique, que Benjamin Appl choisit de commencer rêveusement en détimbrant puis qu’il timbre peu à peu dans un crescendo qui lui permet de montrer toute sa puissance, qui peut-être considérable.<br>Si parfois, on l’aura compris, nous l’aurons trouvé en déficit de profondeur, en revanche la légèreté lui va bien, ainsi le délicieux «&nbsp;Ich bin nur ein armer Wandergesell&nbsp;», où il peut user de tout son charme et se muer en baryton d’opérette. <br>Et jouer habilement de l’ambiguïté de «&nbsp;Die Heimkehr&nbsp;», où Brecht et Eisler évoquent leur retour dans un Berlin anéanti par les bombardements : à cette manière de chanson un peu blafarde, Benjamin Appl prête les couleurs de sa voix mixte et même si les graves de la fin sont un peu grêles, ces demi-teintes lui vont bien.<br>Dans un registre similaire, le «&nbsp;A green lowland of pianos&nbsp;» de Samuel Barber qui penche du côté de Broadway le montre en presque <em>crooner</em>, ce qui fait fondre une bonne partie du public.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3918-17-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195745"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin</sub> <sub>Appl et le récitant James Garnon</sub> <sub>© Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Juste après, le brévissime <em>Proverb III</em> de Benjamin Britten, dont on peut citer l’unique vers, «&nbsp;The bird a nest, the spider a web, man friendship &#8211; L’oiseau un nid, l’araignée une toile, l’homme l’amitié&nbsp;», qu’il chantera avec un effet de voix blanche, lui permettra d’entrer dans la dernière partie de son programme, consacrée en partie aux malheurs qu’aura connu aussi Fischer-Dieskau, la mort de sa première femme, celle de sa mère, les déboires de ses mariages avant la rencontre avec Julia Varady qui partagera sa vie pendant trente-cinq ans.</p>
<h4><strong>Suavités</strong></h4>
<p>La douce Barcarolle , « Süsses Begräbnis » de Carl Loewe est prise <em>sotto voce</em> et chantée avec une tendresse soulignée, avant le « Mutterns Hände&nbsp;» de Eisler qui n’évite pas toujours la mièvrerie, moins réussi peut-être que sa version au disque, un peu plus distant, où s’apprécie particulièrement d’ailleurs cette diction allemande parfaite qui est l’une de ses qualités.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3935-20-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195739"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Sentimental dans le «&nbsp;Liebst du um Schönheit&nbsp;» de Clara Schumann (qui certes s‘y prête), suave (très) dans le «&nbsp;Meine Lieder, meine Sänger&nbsp;» de Weber avec de coquettes vocalises en voix mixte, il terminera avec Schubert comme il avait commencé (avec un <em>Musensohn</em>, pris à un train d’enfer, et <em>accelerando</em>, mais le fidèle James Baillieu avait impavidement suivi le mouvement) : un très beau «&nbsp;Litanei auf das Fest Allerseelen&nbsp;» (Litanie pour la Toussaint), recueilli, intime, en confidence, sincère, et accompagné par James Baillieu avec une délicatesse infinie.</p>
<p>Puis le célèbre « An dir Musik » qui, même pris avec précaution étant donné son ambitus très large, n’atteindra pas tout à fait à la même réussite, mais peu importe, le public, sous le charme (et il est vrai que Benjamin Appl n’en manque pas et qu’il en joue avec art) lui fera un triomphe.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/benjamin-appl-rend-hommage-a-fischer-dieskau-verbier/">Récital Benjamin Appl &#8211; Verbier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Lise Davidsen et Freddie De Tommaso en récital &#8211; Gstaad</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lise-davidsen-et-freddie-de-tommaso-en-recital-gstaad/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=180326</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est la chronique de deux concerts qu’on va lire ici. Le second venant mettre en doute, brouiller, contredire les impressions du premier. Épisode n° 1 Du premier, on était sorti désappointé et déçu. En repartant dans la neige, et dans la nuit glaciale, une idée incongrue nous avait traversé l’esprit : que le moment le &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lise-davidsen-et-freddie-de-tommaso-en-recital-gstaad/"> <span class="screen-reader-text">Lise Davidsen et Freddie De Tommaso en récital &#8211; Gstaad</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la chronique de deux concerts qu’on va lire ici. Le second venant mettre en doute, brouiller, contredire les impressions du premier.</p>
<h4><strong>Épisode n° 1</strong></h4>
<p>Du premier, on était sorti désappointé et déçu. En repartant dans la neige, et dans la nuit glaciale, une idée incongrue nous avait traversé l’esprit : que le moment le plus <em>musical</em> de ce concert avait été l’Impromptu en <em>la</em> bémol majeur op. 142/2 de Schubert donné au piano en intermède par l’excellent <strong>James Baillieu</strong>. Une élégance discrète, la douceur du toucher, le fondu des sonorités, l’intériorité, la prestesse de l’épisode rapide, l’esprit de cette musique en somme…</p>
<p>C’est que le récital donné par <strong>Lise Davidsen</strong> et <strong>Freddie De Tommaso</strong>, deux stars actuelles du chant, nul le conteste, n’avait pas été de la même eau. Spectaculaire, sonore (ça oui !), extraverti, hors sol en somme. Un récital qu’on avait bizarrement installé dans l’église de Rougemont, touchante certes, mais étroite, minérale, trop exigüe pour de tels déploiements de décibels, alors que ces houles sonores auraient trouvé par exemple leur espace vital dans celle non loin de Saanen, plus ample, plus boisée, plus clémente.</p>
<p>Au reste, nous disions-nous, cela devrait faire partie du métier de chanteur de s’adapter à un lieu, de le sentir, de fusionner avec lui. <em>Less is more</em>, n’est-ce pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi_Stars_de_l_opera_H7A2120_2-copie-768x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-180370"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lise Davidsen © Patricia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un début en fanfare</strong></h4>
<p>Lise Davidsen avait attaqué d’emblée avec le « Dich teure Halle » d’Elisabeth, chanté exactement comme nous l’avions entendu par elle à Bayreuth dans un mémorable <em>Tannhäuser</em> voici deux ans. Les solides piliers de Rougemont n’avaient certes pas tremblé davantage que les murs de la Wartburg, mais cela avait été considérable et sonore. Même si, au-delà du timbre marmoréen qu’on connaît, l’épisode <em>piú piano</em> « In dir erwachen meine Lieder » avait laissé tout de même entendre des qualités de phrasé et un talent à imposer son tempo personnel, dans un <em>rallentando</em> très habité. Et puis les « Sei mir gegrüsst », destinés à saluer le public, avaient repris, plus « morceau de bravoure » que jamais, jusqu’au <em>si</em> final <em>fortissimo.</em> Et certes les populations en avaient été épatées, et le but recherché atteint.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi_Stars_de_l_opera_H7A1623_2-copie-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-180366"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Freddie De Tommaso © Patricia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<p>Puis Freddie De Tommaso avait enchaîné sur le même pied avec le « Celeste Aida » de Verdi, redoutable air d’entrée de Radamès, en l’occurrence non moins cinglant, et plus terrestre que céleste. Le récitatif « Se quel guerrier io fossi » avait été expédié <em>fortissimo</em> avant une <em>Romanza</em> (sic) notée <em>dolce</em> et double piano, ce qu’elle n’avait guère été, et le <em>cantabile</em> en était resté pour ses frais (et l’homogénéité du son pareillement). Le «&nbsp;Il tuo bel cielo vorrei ridar&nbsp;», noté par le compositeur <em>sempre dolcissimo</em> avait évidemment été gueulé (pardon !) à pleins poumons, pour ne rien dire des trois «&nbsp;vicino al sol&nbsp;» de la fin, le premier avec 4 <em>p</em>, le deuxième avec 3 <em>p</em>, et le troisième avec 2 <em>p</em> qui avaient été, on s’en doute, tonitrués. On imaginait Verdi piaffer, fulminer et lancer des <em>Madonna Santissima</em> désespérés !</p>
<h4><strong>Retour à plus de mesure</strong></h4>
<p>Dans «&nbsp;Ritorna vincitor&nbsp;», Lise Davidsen avait donné une plus juste mesure de sa personnalité, assouplissant son immense voix (il est vrai phénoménale) dans un <em>mezza voce</em> expressif. Mais le plus beau avait été la partie <em>cantabile</em> «&nbsp;Numi, pietà del mio soffrir !&nbsp;», abordée <em>piano</em> : à nouveau étirant le temps et le tempo avec sensibilité, démontrant la beauté de son <em>legato</em> et sa maîtrise du souffle, et approchant de la mélancolie et de la douleur du personnage d’Aida.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi_Stars_de_l_opera_H7A1794_2-copie-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-180367"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>James Baillieu, Lise Davidsen, Freddie De Tommaso © Patricia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<p>Le lamento de Federico «&nbsp;É la solita storia del pastore&nbsp;» extrait de <em>L&rsquo;arlesiana</em> de Cilea avait montré Freddie De Tommaso sans doute à son meilleur : de très belles couleurs, des phrasés sensibles dans la partie <em>piano</em>, avec de beaux effets d’allègements, puis un crescendo construit avec beaucoup de retenue, avant de culminer dans le plus pur (?) style vériste. Et le piano émotif de James Baillieu, lui aussi très <em>legato</em>, avait pu montrer là pleinement sa musicalité.</p>
<h4><strong>De très belles choses</strong></h4>
<p>Autres pièces brèves, deux mélodies de Grieg, <em>Zur Rosenzeit</em>, op. 48/5, et <em>Ein Traum</em>, op. 48/6, montraient ensuite toutes les ressources de délicatesse que peut avoir Lise Davidsen : dans la première une ligne de chant <em>pianissimo</em> d’une fluidité merveilleuse (et là encore une maîtrise sans faille de la respiration), un timbre émouvant, les apparences de la fragilité (ce ne sont qu’apparences bien sûr, la fragilité n’est pas son fort) et surtout beaucoup d’intériorité ; dans la seconde un pathétique très tenu, l’élégance de la ligne, un lyrisme effusif, des crescendo/decrescendo virtuoses, et là encore un Baillieu partenaire de lied parfait.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi_Stars_de_l_opera_H7A2067_2-copie-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-180369"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>James Baillieu et Freddie De Tommaso © Patrizia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<p>Pour des raisons un peu mystérieuses (sans doute l’inconfort pour les chanteurs de cette église, riche en courants d’air et chiche en refuges pour eux), une partie non négligeable du programme avait été biffée, notamment deux extraits, dont la scène du gibet, d’<em>Un Ballo in Maschera</em>.</p>
<h4><strong>Le duo irrésistible</strong></h4>
<p>C’est donc <em>Tosca</em> qui avait été promu morceau de résistance. Avec d’abord un « Recondita armonia » par De Tommaso, passablement rugueux et aux aigus serrés, paraissant gêné aux entournures, puis un duo du premier acte « Mario, Mario, Mario… » où Davidsen se montra vive et charmante, un peu enfantine et minaudante (mais telle est Tosca). <br>C’est un rôle qu’elle a chanté sur mainte grande scène, et dont sa grande voix ne fait qu’une bouchée, jouant de la dynamique, animant les phrasés ; elle y montre beaucoup de présence scénique, tirant joyeusement la couverture à elle (mais c’est le rôle, dans cette scène), privilégiant le jeu plutôt que le chant pur, semant quelques notes un peu négligentes ici ou là. Freddie De Tommaso y rétait resté (selon nous) quant à lui globalement moins convaincant, montrant davantage de solidité que de séduction dans les passages les plus expansifs.<br>Le «&nbsp;Vissi d’arte&nbsp;» avait été une démonstration de maîtrise et de sûreté vocale, de <em>legato</em> inépuisable, de cantabile impeccablement homogène, dans un <em>mezza voce</em> envoûtant, jusqu’à un <em>messa di voce</em> de grand style. Démonstration qui avouons-le nous était apparue impressionnante davantage qu’émouvante. Mais impressionnante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi_Stars_de_l_opera_H7A1978_2-copie-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-180368"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lise Davidsen © Patrizia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Quelques escarmouches finales</strong></h4>
<p>Diverses friandises étaient venues conclure le programme : <em>Ideale</em> de Tosti, par De Tommaso, pas aussi charmeur qu’on aurait aimé, puis « I could have danced all night », extrait de <em>My Fair Lady</em>, joliment troussé par Davidsen (notamment la reprise <em>mezza voce</em> et la note filée ultime), un « Lippen Schweigen »&nbsp;de la <em>Veuve joyeuse</em>, avec en revanche un De Tommaso vocalement des plus séduisants, d’où peut-être la note finale <em>fortissimo</em> que lui asséna Davidsen, histoire sans doute de ne pas s’en laisser conter, sur quoi De Tommaso avait surenchéri avec <em>Core’ingrato</em>, chanson napolitaine que créa Caruso et que tous les ténors depuis lors essaient d’apprivoiser avec des bonheurs divers… On ne pouvait en rester là, et Davidsen était remontée au créneau avec « Heia, in den Bergen »&nbsp;extrait de <em>Die Csárdásfürstin</em> d’Emmerich Kálmán, plaçant quelques hyperaigües qu’elle gardait en réserve en guise d’ultimes estocades.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietzi-Stars_de_l_opera_H7A1920_2-copie-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-180393"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Freddie De Tommaso © Patrizia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Épisode n° 2</strong></h4>
<p>On en était là, on avait écrit un papier morose, disant à peu près ce qu’on vient de lire. Quand survint un épisode imprévu.<br />Le lendemain, il était prévu d’aller entendre dans une autre belle église du Pays d’En-Haut, celle de Lauenen, un <em>Winterreise</em> par Andrè Schuen, dont on se faisait une fête. Hélas, malade, le jeune baryton annula, et l’on apprit que Freddie De Tommaso acceptait de le remplacer au pied levé dans un récital d’airs italiens.</p>
<p>On s’y rendit en traînant les pieds (sur le sol gelé par un hiver vaudois plutôt costaud cette année, c’était d’ailleurs la sagesse), mais dans un louable élan de conscience journalistique.</p>
<h4><strong>Libéré ?<br /></strong></h4>
<p>Et ce fut tout autre chose, ce fut étonnant, déconcertant et un peu mystérieux. De quoi s’interroger sur l’exercice de la critique (raison un soir, erreur le lendemain) et sur l’art du chant : qu’est-ce qui fit que Freddie De Tommaso fut ce lendemain-là magnifique vocalement, à l&rsquo;évidence beaucoup plus à son aise physiquement, lyrique et puissant, et comme libéré ?<br />Est-ce que l’espace plus large de cette nouvelle église, d’ailleurs plus confortable, l’avait mis d’une autre humeur, était-ce l’amusement et le défi d’un concert improvisé, est-ce que la présence marmoréenne de Miss Davidsen lui avait été pesante la veille, même si l’on nous affirme qu’ils s’entendent à merveille ?&#8230;</p>
<p>En tout cas, ce fut un autre chanteur, ou un chanteur retrouvé. Avis partagé, on le précise.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="877" height="563" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-01-06-a-09.26.21.png" alt="" class="wp-image-180413"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Freddie De Tommaso © Patrizia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<p>Il entra, suivi du fidèle James Baillieu, l’air conquérant et joyeux et commença par trois Verdi de belle facture. <br>Un air des <em>Lombardi</em>, « La mia letizia infondere », où d’emblée le timbre sembla plus homogène, et la ligne vocale conduite avec élan d’un bout à l’autre, puis l’air du duc de Mantoue où sa grande voix de ténor dramatique se fit allègre et jubilante, enfin l’air de Manrico « Ah si, ben mio », exactement dans ses couleurs, où il fut à la fois noblement tendre et justement pathétique, avec de belles inflexions, des allégements, des <em>rallentandos</em>, un sens de la respiration musicale et surtout une qualité d’émotion, un investissement personnel démontrant que quelque chose était en train de se passer. Sans parler de la beauté retrouvée du timbre et d’une vraie puissance bien différente du forcing du jour précédent.</p>
<p>Mais c’est avec les mélodies de Tosti qu’un autre pas fut franchi, des mélodies que le ténor dit aimer tout <em>particulièrement</em>. Si <em>Ideale</em> nous avait semblé la veille « pas aussi charmeur qu’on aurait aimé », ce fut ce soir-là tout l’inverse… La plénitude de la voix, son opulence, la respiration de la musique, un sourire dans la voix, sourire un peu triste, de beaux graves (De Tommaso fut d’abord baryton), des langueurs amoureuses, un passage en voix mixte, une ultime note aérienne filée longuement, un charme pour le coup irrésistible.</p>
<p>De Tommaso fit ensuite de <em>Non t’amo piú</em> un opéra en miniature. Où toute sa sensibilité se déploya. Très sobre, très sincère, il en fit quelque chose de grand et de douloureux, s’appuyant sur les mots, non pas grandiloquent mais puissant, avec quelque chose de désespéré et de tendre. Très beau.</p>
<p>Quant à <em>Marechiare</em>, ce fut jubilant, trépidant et brillant, La voix, d’une santé insolente, s’épanche avec une mâle vigueur, s’offre des fortissimo et des rutilances, dans une manière de bonheur mystérieusement retrouvé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="863" height="564" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-01-06-a-09.25.19-1.png" alt="" class="wp-image-180415"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Freddie De Tommaso © Patricia Dietzi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Nécessité d’un codicille</strong></h4>
<p>Cette ferveur, on l’entendra à nouveau dans un «&nbsp;Ch’ella mi creda&nbsp;» de <em>La Fanciulla del West</em> de grande envergure, avec de longs phrasés souverains, de l’éclat et cette «&nbsp;passione disperata&nbsp;» que réclamait Puccini, portée par une plénitude vocale totalement recouvrée.<br>Et le changement de couleur avec le bref extrait de la <em>Bohème</em> qui suivit n’en fut que plus étonnant. Non plus le drame, mais une juvénilité insouciante, une candeur sans mièvrerie, Rodolfo évoqué en quelques brèves mesures.</p>
<p>Retour à Naples avec un <em>Dicitencello vuje</em> d’un accent <em>impeccable</em>, nous disait une auditrice napolitaine. Cette mélodie dont on connaît des lectures de toutes sortes (on avouera ici un penchant pour celle, toute d’intimité, de Roberto Murolo), De Tommaso la chante de sa pleine voix de chanteur lyrique aux grands moyens, en assumant un dramatisme très opératique. Chaleur et ampleur exaltantes. Et une longueur de voix remarquable, depuis des graves charnus jusqu’à des aigus très faciles qu’on entendra s’envoler dans un « I te vurria vasa » langoureux à souhait.</p>
<p>Très instructif aussi de réentendre le lamento de Federico, dont De Tommaso avait donné la veille une belle interprétation, mais qui fut là encore plus habitée, encore plus complice avec le piano très attentif de James Baillieu, plus variée de couleurs et de sentiments, et d’un vérisme encore plus revendiqué ! D’une autorité magnifique.</p>
<p>Bref, on en sortit transporté. En se posant maintes questions sur ces êtres mystérieux que sont les chanteurs, et accessoirement sur cette activité étrange qu’est la critique.<br>Et résolu à ajouter ce codicille à nos vaticinations de la veille…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lise-davidsen-et-freddie-de-tommaso-en-recital-gstaad/">Lise Davidsen et Freddie De Tommaso en récital &#8211; Gstaad</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Benjamin Appl : Forbidden Fruit</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà un disque qui a besoin de son mode d’emploi. En l’occurrence du livret qui l’accompagne. On y trouve un texte assez malin de Benjamin Appl lui-même, expliquant que le fil rouge de ce programme se faufile entre «&#160;la tentation et la chute, l’interdit et la désobéissance, le bien et le mal&#160;». L’adieu au Paradis, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un disque qui a besoin de son mode d’emploi. En l’occurrence du livret qui l’accompagne. On y trouve un texte assez malin de <strong>Benjamin Appl</strong> lui-même, expliquant que le fil rouge de ce programme se faufile entre «&nbsp;la tentation et la chute, l’interdit et la désobéissance, le bien et le mal&nbsp;». L’adieu au Paradis, la tentation, l’interdit, le tabou, la transgression… voilà l’idée.</p>
<p>L’ivresse en somme, mais qu’en est-il du flacon ? De même qu’il semble hésiter entre plusieurs registres, Benjamin Appl semble ici balancer entre plusieurs voix.</p>
<p>C’est un déconcertant mélange de lieder, de<em> songs</em>, de mélodies et l’on se promène entre Liederabend, salon parisien, music hall londonien et cabaret berlinois. Les époques, les styles s’entrechoquent, dans un parcours que balisent quelques phrases susurrées dans un anglais parlé un peu laborieux (en capitales dans les détails ci-contre). Le premier degré et le second s’entrelaçant indécidablement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="824" height="777" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Screenshot-2023-05-24-at-08-09-20-ALPHA912_DIGITAL_BOOKLET.pdf.jpeg" alt="" class="wp-image-132204" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photos © Manuel Outumuro</sup></figcaption></figure>


<p>On pourrait dire aussi de cet album qu’il ressemble tout à fait à la photo du livret : séducteur (ce regard de <em>german lover</em> !), assez kitsch (la chemise !), un peu limite. Frôlant le cross over, ce qui est étonnant pour un deuxième disque (le précédent c’était <em>Winterreise</em>, tout de même…).<br>Benjamin Appl aime plaire, ce n’est bien sûr pas un péché et d’ailleurs il ne manque pas d’atouts…</p>
<h4><strong>Mic-mac fantasque</strong></h4>
<p>La première écoute, dans la continuité, laisse assez désappointé, voire perplexe, pour ne pas dire agacé. On suggèrera donc de se libérer du mélange des genres, du mic-mac fantasque d’un programme qui fait se côtoyer des pièces qui, plutôt que de se mettre en valeur, se contrarient parfois l’une l’autre. Et d’écouter les items plutôt que l’ensemble, par exemple en commençant par les lieder.</p>
<p>Certains sont chantés avec gravité et délicatesse et c’est assez beau, ainsi les trois Hugo Wolf : <em>Ganymed</em> (malgré un penchant au portamento qu’on retrouvera souvent) est saisi dans une esthétique intime, tout près du micro, et rien ne se perd de la beauté du timbre ; <em>An die Geliebte</em> du même Hugo Wolf, très en confidence, met en évidence ce baryton clair, aux aigus faciles, jouant avec habileté de la voix mixte, fin diseur, sobre et subtil ; le tendre <em>Und willst du deinen Liebsten sterben</em> <em>sehen</em> mêle bouffées de lyrisme et pudeurs. <em>Die Nonne</em>, simple romance de Fanny Hensel, est donnée avec sensibilité, avec de jolis effets entre voix mixte et graves de velours.</p>
<h4><strong>Toute séduction dehors</strong></h4>
<p>Séduisants aussi les deux Schubert, que Benjamin Appl enchaîne comme dans une Schubertiade entre amis : <em>Heldenrösslein</em>, désinvolte, juvénile, drôle, et <em>Gretchen am Spinnrade</em>, presque murmuré, sans effet, sans insister, sans beaucoup d&rsquo;émotion non plus, hormis le soudain éclat sur « sein Kuss » et, sur la reprise de la dernière strophe, un tragique qui sonne assez vrai.</p>
<p>Ce grand charmeur est évidemment irrésistible en <em>Lorelei</em> (de Schumann), insinuant et captieux, et quel matelot ne s’y laisserait prendre ? C’est justement ce qui arrive à l’un des deux compagnons du <em>Frühlingsfahrt</em> d’Eichendordff et Schumann, qui cède à l’appel du désir et des sirènes et Appl raconte cette histoire avec une bravoure légère. Cette manière d’<em>understatement</em>, de mi-voix, a quelque chose de rafraîchissant. Le troisième Schumann, <em>Wer nie sein Brot mit Tränen aß</em>, sur un texte de Goethe, menaçant comme un sermon, n’en apparaîtra que plus implacable et fatidique. C’est l’inéluctable damnation qui viendrait nécessairement après le plaisir, et la voix va alors fouiller dans ses tréfonds les plus noirs.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="729" height="541" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sans-titre.jpeg" alt="" class="wp-image-132261" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photos © Manuel Outumuro</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Les délices du péché</strong></h4>
<p>Mais avant la damnation, se souvenir des délices de la faute. On rangera au rayon du charme viennois le <em>Rosenband</em> de Richard Strauss, voluptueux jusqu’à son inattendue colorature finale sur « Elysium » et le très amusant air « aus dem Spiegel von Arcadien », valse lente où Schoenberg en 1901 semble pasticher Franz Lehár – soit dit en passant, on verrait bien Appl en Danilo…</p>
<p>L&rsquo;aimable baryton allemand est très à l’aise dans le répertoire français. On a une préférence pour le <em>À Chloris</em> de Reynaldo Hahn : timbré, fier, mâle et délicat, d’une diction quasi parfaite (ah ! les diphtongues nasales, éternel problème…), tendrement accompagné par <strong>James Baillieu</strong>, de même que <em>La Chevelure</em>, extraite des <em>Chansons de Bilitis</em>, où Appl n’a pas peur d’aller de diaphanes pianissimos à de percutants <em>forte</em> : là encore, l’attention portée aux mots va de pair avec une santé vocale bienvenue dans un répertoire souvent chanté avec des pincettes.<br />Même pétulance dans les trois Poulenc, des <em>Couplets bachiques</em> trompetants (mais on ne comprend pas un mot, ça va trop vite), une faussement médiévale et tout à fait grivoise <em>Offrande</em> (avec soupir de plaisir à la fin) et un <em>Serpent</em> (serpent demi-minute) très café-concert.<br />On rangera dans le répertoire français le <em>Youkali</em> de Kurt Weill, souvenir de son bref passage à Paris et de sa collaboration avec Jacques Deval pour <em>Marie-Galante</em> en 1934, exotisme de papier peint et suavité très <em>Comedian Harmonists</em>, mais quelle drôle d’idée de poser ce tango Arts-Déco juste après le <em>Ganymed</em> de Hugo Wolf.</p>
<h4><strong>Du caf’conc’ au music-hall</strong></h4>
<p>Côté music-hall, genre <em>Limelight</em>, <em>The Apple Orchard</em> d’Ivor Gurney, d’une voix de crooner, comme l’enjôleur <em>Now Sleeps the Crimson</em> de Roger Quilter, l’exotique <em>To a Devil </em>(en anglais) de Grieg, d’une voix très glamour, un <em>Just a Gigolo,</em> qui n’efface pas Louis Prima et <em>The Snake</em> de Jake Heggie, très Broadway, sont, dirons-nous, sympathiques, davantage qu’indispensables. De même d’ailleurs que les deux passages de l’<em>In Paradisum</em> de Fauré, dans une précautionneuse transcription pour piano de James Baillieu.</p>
<p>En revanche, réussite parfaitement idiomatique, <em>Die Ballade vom Paragraphen 218</em> de Eisler et Brecht, violente, grinçante, sardonique, donnerait envie que Benjamin Appl poursuive dans cette veine berlinoise.</p>
<p>Le plus beau aura été gardé pour la fin : le <em>Urlicht</em>, de la deuxième symphonie de Mahler, recueilli, sensible et altier, intérieur (comme le piano délicat de James Baillieu), jamais détimbré dans les pianissimos, impeccable de ligne.<br />Bel aboutissement d’un parcours buissonnier, anecdotique par moments, d’ailleurs enregistré il y a trois ans…</p>
<p>Les deux artistes proposent ce même programme en concert. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-benjamin-appl-festival-de-saint-denis/">Lisez ici le compte rendu de leur récital au festival de Saint-Denis.</a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/">Benjamin Appl : Forbidden Fruit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Récital de Benjamin Appl &#8211; Festival de Saint-Denis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-benjamin-appl-festival-de-saint-denis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 22:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=134693</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas un récital que Benjamin Appl a donné ce dimanche, dans la salle de musique du Lycée de la légion d’honneur de Saint-Denis ; c’est un voyage qu’il a proposé, autour du jardin d’Eden, reprenant le programme de son nouveau disque, Forbidden fruit, paru le 23 juin chez Alpha. Et puisque les voyages &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas un récital que<a href="https://www.google.com/search?q=benjamin+appl+forumopera&amp;sxsrf=APwXEdcT_8pLz8tYYdlfWfIicdms-OOExg%3A1687522438233&amp;ei=hoyVZPLpDe-ukdUP5pWKkA8&amp;ved=0ahUKEwjyxOz7rtn_AhVvV6QEHeaKAvIQ4dUDCBA&amp;uact=5&amp;oq=benjamin+appl+forumopera&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQAzIFCCEQoAE6CggAEEcQ1gQQsAM6CggAEIoFELADEEM6DwguEIoFEMgDELADEEMYAToECCMQJzoHCAAQigUQQzoFCAAQgAQ6BQguEIAEOgoIABCABBAUEIcCOgYIABAWEB46BwghEKABEAo6BAghEBVKBAhBGABQhgFY6wpgjwxoAXABeAGAAZYDiAGGEZIBCTAuNy4zLjAuMZgBAKABAcABAcgBDdoBBggBEAEYCA&amp;sclient=gws-wiz-serp"> <strong>Benjamin Appl</strong> </a>a donné ce dimanche, dans la salle de musique du Lycée de la légion d’honneur de Saint-Denis ; c’est un voyage qu’il a proposé, autour du jardin d’Eden, reprenant le programme de<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/"> son nouveau disque, <em>Forbidden fruit</em></a>, paru le 23 juin chez Alpha. Et puisque les voyages commencent et finissent souvent de la même façon, le baryton démarre et conclut le parcours du fond de la salle, regardant la scène où le pianiste <strong>James Baillieu</strong> l’accompagne mais se fait aussi soliste, dans une transcription très à propos du « In paradisum » du <em>Requiem </em>de Fauré.</p>
<p>Le chemin se dessine ainsi, versatile et polyglotte, balisé par quelques phrases issues de la genèse. Il serait laborieux de détailler chaque élément de ce florilège de 26 mélodies, d’autant plus que ce qui frappe l’auditeur, c’est d’abord un ton, une originalité, un talent indéniable pour faire des pas de côté avant de reprendre le cours du propos : la mélodie anonyme « I will give my love an Apple » fait évidemment figure de clin d’œil et de signature, mais nous projette également dans la solennité d’un recueillement qui se prolonge avec des pièces de Wolf loin de toute emphase, d’où émerge un « Ganymed » tout aussi sobre que sombre, puis se fissure avec des pièces françaises aux saveurs plus terrestres. Ainsi de la grivoise « Offrande » de Francis Poulenc, du « Youkali » de Weill, qui trouve tout naturellement sa place dans un tel programme, et de la sublime « A Chloris » écrite par Reynaldo Hahn sur un poème de Théophile de Viau, dont les langueurs tombent sans un pli sur la voix à la fois mâle et juvénile de Benjamin Appl. Le voluptueux « Das Rosenband » de Strauss et l’érotisme de « La Chevelure » inspirée à Debussy par Pierre Louÿs dessinent une union d’Adam et Eve saisissante quand le très gaillard « Seit ich so viele Weiber sah » du jeune Schönberg et le « Just a gigolo » de Leonello Casucci laissent entrevoir, chacun à sa façon, la tentation qui provoquera la Chute. Quant à la pomme tendue à Eve, elle nous donne l’occasion d’écouter des mélodies plus rares de Clara Schumann (<em>Lorelei</em>) ou de Fanny Hensel-Mendelssohn (<em>die Nonne</em>), puis d’entendre la protagoniste interpeller directement le serpent dans une belle mélodie syncopée signée Jake Heggie. D’une façon fascinante, c’est au moment de l’expulsion du Paradis qu’interviennent les grands lieder romantiques : « Marguerite au Rouet » et « Heidenröslein » montrent quel Schubertien est Appl, capable d’impulser beaucoup d’intensité dramatique sans fracturer la ligne de chant ni perdre en tenue vocale – et « Wer nie sein Brott mit Tränen ass » de Schumann tient par la même violence contenue.</p>
<p>Car un tel voyage ne vaut qu’avec des guides à la hauteur, capables de donner sa cohérence à l’ensemble du parcours sans que les interprétations en deviennent seulement conjoncturelles : que Wolf, Strauss, Poulenc, Schubert, Clara Schumann ou Grieg gardent leur valeur intrinsèque, leurs couleurs et leurs qualités propres, servent le programme sans s’y soumettre. Le timbre de Benjamin Appl, ses reflets noirs capables de se parer de brusques éclaircissements, ses qualités de diction, quelle que soit la langue, constituent sans doute l’instrument le plus apte à éclairer chaque étape, tout à la fois dans sa particularité et dans sa grandeur musicale inhérente ; James Baillieu, au piano, est à cet égard plus qu’un accompagnateur : un partenaire aux phrasés  très subtils, avec qui le dialogue se noue et progresse sans jamais divaguer. Alors qu’un orage d’été éclate et fait s’ouvrir les portes-fenêtres de l’auditorium, l’« Urlicht » de Gustav Mahler résonne moins comme une étape finale que comme autant de points de suspension : quelle sera la prochaine aventure où nous convieront de tels artistes ?</p>
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		<title>Met Stars Live in Concert : Lise Davidsen — New York</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2020 02:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A une époque ancienne et bénie, nous avons eu la chance d’entendre Lise Davidsen en vrai : c’était, la première fois, à l’occasion des célébrations du 90e anniversaire de Decca, dans un petit théâtre parisien où les moyens immenses de la jeune soprano sonnaient comme un séisme dans un boudoir, et la deuxième fois, à la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A une époque ancienne et bénie, nous avons eu la chance d’entendre<strong> Lise Davidsen</strong> en vrai : c’était, <a href="https://www.forumopera.com/breve/decca-classics-90-ans-et-toutes-ses-dents">la première fois, à l’occasion des célébrations du 90<sup>e</sup> anniversaire de Decca</a>, dans un petit théâtre parisien où les moyens immenses de la jeune soprano sonnaient comme un séisme dans un boudoir, et la<a href="https://www.forumopera.com/richard-strauss-quatre-derniers-lieder-lise-davidsen-depuis-lau-dela"> deuxième fois, à la Philharmonie</a>, où la voix passait la rampe avec une facilité rarement entendue dans cette salle. Ce qui nous avait frappé, pourtant, c’était avant tout la maturité de l’artiste, refusant de cultiver le volume pour le volume et de n’être qu’une culturiste du chant. Si elle a tout – ambitus, ampleur, technique, qualités de souffle et d’émission – pour délivrer des performances impressionnantes, Lise Davidsen a déjà l’intelligence et la personnalité pour œuvrer en musicienne, et faire entendre sa singularité. Singularité d’un timbre clair et moelleux, de ceux que l’on s’attend à retrouver du côté des sopranos lyriques plutôt que chez les sopranos dramatiques et qui donne à tout ce qu’il touche une revigorante jeunesse. Singularité d’une expressivité sobre et discrète, attentive aux mots mais réticente à en exacerber les affects.</p>
<p>C’est plus de qualités qu’il n’en faut pour justifier un début de carrière fulgurant, et une place bien méritée au rang des « Met Stars » invitées depuis le mois de juillet à donner, confinement oblige, douze récitals délocalisés, disponibles en VOD.</p>
<p>Après <strong>Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak,</strong> et avant<strong> Joyce DiDonato</strong>, c’est donc un programme généreux (environ 80 minutes) et disponible pendant 12 jours, que propose la soprano norvégienne avec le pianiste<strong> James Baillieu</strong>. Depuis le décor néo-gothique de l’Oscarshall d’Oslo, Davidsen entonne deux extraits de<em> Tannhäuser</em> avec une énergie et une force que l’absence de public ne bride aucunement. La suite du programme, composée de mélodies de Grieg, s’accommode quant à elle parfaitement du format imposé : les inspirations populaires qui imprègnent « Ved Rondane » comme les raffinements du « Cygne » trouvent dans ce cadre intimiste un écrin idoine, qui, sans en étouffer l’intensité (Sibelius le prouve un peu plus tard, notamment l’élégiaque « Var det en dröm ? »), rend ces pièces, souvent écrites pour des salons, à leurs dimensions originelles.</p>
<p>Dans les années 1960 et 1970, Fischer-Dieskau avec Gerald Moore, Christa Ludwig avec Bernstein, ont été filmés dans ce qui ressemblait à des antichambres de grandes demeures bourgeoises, interprétant sans public Schubert et Brahms ; si les décors peuvent sembler kitsch, la substance même de ces Lieder est trouvée dans ces vidéos : pas des miniatures, pas des sucreries divertissantes, mais des œuvres de la confidence et du non-dit, trouvant leur vérité dans les demi-teintes, les nuances, les silences et, parfois même, (on tremble de le dire quand la fermeture des salles est si frustrante pour les spectateurs et si grave pour tant d&rsquo;artistes) l&rsquo;absence de public.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="293" src="/sites/default/files/styles/large/public/dav2.jpg?itok=KgmgdFRV" title="Lise Davidsen © Metropolitan Opera's Met Stars Live in Concert " width="468" /><br />
	Lise Davidsen © Metropolitan Opera&rsquo;s Met Stars Live in Concert </p>
<p>Le contraste avec « Morro, ma prima in grazia », dans lequel Davidsen se lance avec une véhémence et une <em>messa di voce </em>qui donnent envie de l’entendre plus souvent dans le répertoire italien (plus tard, « Sola, perduta, abbandonata » nous fera confirmer ce souhait), n’en est que plus fort. Richard Strauss occupe une grosse moitié de la deuxième partie du récital (pas d’entracte ici, bien entendu, mais quelques pauses permettant aux artistes de récupérer trois minutes, pendant lesquelles des commentaires et interviews sont diffusés) : les grandes arches d’ « Es gibt ein Reich », l’attente à la fois passive et anxieuse de « Ruhe meine Seele », la ferveur de « Cäcilie » et la tendresse de « Morgen », où la complicité avec le piano de James Baillieu trouve son acmé, offrent un tour d’horizon parfait, à la fois de l’inventivité mélodique et harmonique de Strauss et des affinités de Davidsen avec cette musique, dont elle manie les clairs-obscurs avec le plus grand naturel. En fin de programme, les mélodies de Kalmàn, de Landon Ronald et d’Ernest Charles et « I could have danced all night » sonnent un peu appliquées, mais l’essentiel était ailleurs : avant de retrouver le plaisir des salles de concert, le plaisir, presque aussi grand, d’un récital original et inédit ne peut pas se bouder !</p>
<p>Lien pour le visionnage (payant et disponible jusqu&rsquo;au 9 septembre) : <a href="https://metstarslive.brightcove-services.com/events/6168654184001">https://metstarslive.brightcove-services.com/events/6168654184001</a></p>
<p> </p>
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