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	<title>Joshua BLOOM - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 08 May 2026 07:13:17 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Joshua BLOOM - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ADAMS, The Death of Klinghoffer &#8211; Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/adams-the-death-of-klinghoffer-florence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Pour la 88e édition du festival du Teatro Maggio Musicale Fiorentino du 19 avril au 1er juillet 2026, le choix du spectacle inaugural est remarquable. </span><span class="s1">Il s’agit en effet d’un opéra rarement donné, car objet de polémiques depuis sa création en 1991 à Bruxelles. Divine surprise, <em>The Death of</em> <em>Klinghoffer,</em> fruit de la deuxième collaboration entre le metteur en scène, Peter Sellars et <strong>John Adams,</strong> avec la complicité de la librettiste <strong>Alice Goodman</strong> reparaît enfin à la scène. Après <em>Nixon in China,</em> John Adams continue de s’attaquer aux grandes questions politiques de son temps et fonde dans le même geste le genre de l’opéra américain par excellence.<br />
Mais le sujet de ce deuxième opus sent particulièrement le soufre, car il prend pour sujet la situation tragique au Moyen-Orient – en l’occurrence la fondation de l’état d’Israël, dont la prise d’otages juifs américains et anglais sur un bateau de croisière, l’<em>Achille Lauro</em>, en 1985 par des terroristes palestiniens, constitue un des nombreux chapitres douloureux de son histoire. On se souvient qu’une victime fut à déplorer lors de cette prise d’otages, Leon Klinghoffer, un retraité américain paralysé, abattu puis jeté avec son fauteuil par-dessus bord avant que les preneurs d’otages ne soient arrêtés (pour certains exfiltrés d’Italie), après une errance de plusieurs jours du bateau. L’exigence des membres du Front de Libération de la Palestine consistait en la libération de cinquante activistes prisonniers en Israël.</span></p>
<p>Créée en 1991, l’œuvre n’a jamais été reprise dans de grandes maisons d’opéra en raison de l’agitation extrême que sa programmation a entraîné à chaque tentative, entre bruyantes manifestations et prises à partie violentes des deux camps. L’opéra en effet se refuse à juger l’une ou l’autre partie et comme dans un film de Jean Renoir veut montrer que tout le monde a ses raisons, sans renoncer évidemment à plaider in fine pour la paix et le dialogue par la voix du Capitaine. L’opéra raconte par conséquent l’événement désormais historique, commenté par de sublimes chœurs comme dans une tragédie grecque. Le spectateur suit le destin de chacun des protagonistes, américains, juifs comme palestiniens avant (leurs aïeuls), pendant et après le drame.<br />
On saluera donc ici l’extrême courage du festival florentin qui met à l’affiche cette œuvre magnifique de grandeur et d’émotion, surtout au vu du contexte international actuel. L’affiche a de surcroît de quoi intéresser (outre la rareté de l’opéra) puisque la mise en scène a été confiée au réalisateur de A <em>bigger</em> <em>splash</em> et <em>Call me</em> by <em>your name,</em> connu par ses drames intimistes sur grand écran. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les œuvres de Adams et de Guadagnino se rencontrent puisque le premier a composé la bande originale d’un film du second, « I sono l’amore »(2009). Le résultat de cette collaboration pour cette fois à Florence n’est cependant pas enthousiasmant, alors qu’on aurait adoré l’aimer.</p>
<p>Le metteur en scène nous propose un froid Rothko (actuellement exposé au Palazzo Strozzi) avec sa scène souvent partagée en deux plans égaux saturés par deux couleurs froides antagonistes (avec les belles lumières de <strong>Peter</strong> <strong>van Prae</strong><strong>t,</strong> le complice habituel de Robert Carsen) plutôt qu’une vision plus incarnée. Très abstraite, peut-être trop dépolitisée (c’est le vœu même de <strong>Luca Guadagnino</strong>), la mise en scène et la scénographie, visuellement belles mais glacées, dispersent les personnages dans un vaste espace, habilement il est vrai traversé de lignes droites et de courbes (pont du bateau, coursives, etc), où se détachant sur une gigantesque toile bleue parsemée de lumières (le cosmos). Les cabines surgissent du sol, une sculpture descend des cintres (une sorte de Christ) à la mort de Klinghoffer, les espaces déserts sont parfois occupés ou traversés par les chœurs et les six danseurs (qui révèlent les subconscients des personnages ou donnent à voir de belles fresques antiques grâce au travail <strong>d’Ella Rotschild,</strong> ancienne collaboratrice de Ohad Naharin et Crystal Pite).<br />
Tout est vraiment pensé pour désidéologiser l’évènement et nous livrer sa dimension religieuse (Bible et Coran sont effectivement évoqués dans le livret), mythologique, et parfois (rarement) humaine (avec l’exécution froide de Klinghoffer au deuxième acte). Soit. <span style="font-size: revert;">Mais l’entreprise se heurte à l’inefficience de l’orchestre (malgré la présence du sound designer <strong>Mark Grey)</strong> et aux à peu-près du choeur, aux interventions trop souvent inégales voire déstructurées.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Si l’élégie adamsienne est parfois au rendez-vous et la méditation prenante, dès le Prologue opposant le chœur des Palestiniens exilés racontant la Nakba à celui des Juifs exilés rappelant leur amour de la Terre promise, la fosse comme le chant manquent de la pulsation et du drame attendus. Les lignes musicales retombent,<span class="Apple-converted-space">  </span>semblent manquer de précision dynamique. Les antagonismes doivent pourtant s’entendre dans la fosse. Juste avant l’entracte, à la fin du premier acte, on entendra enfin la ferveur et la grandeur du Chœur de la Nuit menaçant et la force de l’orchestre, tragiquement absentes ailleurs.<br />
Cet orchestre dirigé par <strong>Lawrence Renes</strong> ne sait pas vraiment rendre justice au langage d’Adams, lui qui offre sous une baguette plus inspirée un paysage sonore dramatique varié et riche, lumineux et rythmé, dissonant à bon escient quand il faut peindre les âmes torturées. Notons tout de même les beaux accompagnements solos du hautbois (premier tableau), du basson dans le second, accompagnant la méditation du jeune Mamoud tiraillé entre le désir du martyre et l’appétit de liberté de l’oiseau (c’est le superbe baryton <strong>Levent Bakirci,</strong> émouvant alors qu’il chante parmi le public comme rejoignant brièvement l’humanité ordinaire) ou encore les impressionnants cuivres au deuxième acte alors que la tragédie bascule.<br />
Le baryton-basse <strong>Daniel Okulitch</strong> est un Capitaine convaincant dès son premier récit (« It was just after one fifteen »). <strong>Laurent Naouri</strong> donne toute la noblesse possible au personnage de Klinghoffer et son discours à ses bourreaux comme son chant d’agonie rompent l’ennui dominant la deuxième partie du spectacle (« I’ve never been a violent man »). <strong>Susan Bullock,</strong> dans le rôle de l’épouse de la victime et dotée de deux airs importants, n’est guère audible au-delà du quinzième rang (un manque de projection peut-être passager). Face aux Palestiniens, la basse autrichienne <strong>Andreas Mattersberger</strong> dessine clairement son personnage d’officier loyal (et premier lieutenant) face aux impressionnants <strong>Roy Cornelius Smith</strong> (Molqi) et <strong>Joshua Bloom</strong> (Rambo).<br />
Même décevante, la soirée ne se regrette pas car la rareté de l’ouvrage lui donne tout son prix. Troisième et dernière dimanche 26 avril. </span></p>
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		<title>ADAMS, Nixon in China &#8211; Paris (OnP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/adams-nixon-in-china-paris-onp-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 03:09:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Très exactement trois ans après la création de cette production, l&#8217;Opéra de Paris reprend Nixon in China avec une équipe – fait assez rare – similaire à la création, à quelques exceptions près. On voit que les interprètes sont, dès cette première représentation, comme des poissons dans l&#8217;eau et visiblement heureux de retrouver cette production, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Très exactement trois ans après la création de cette production, l&rsquo;Opéra de Paris reprend <em>Nixon in China</em> avec une équipe – fait assez rare – similaire à la création, à quelques exceptions près. On voit que les interprètes sont, dès cette première représentation, comme des poissons dans l&rsquo;eau et visiblement heureux de retrouver cette production, réussie dans l&rsquo;ensemble.</p>
<p data-start="89" data-end="743">La mise en scène de <strong>Valentina Carrasco</strong> affiche dès l’ouverture son principe dans une pantomime où deux joueurs de ping-pong s’affrontent au ralenti : l&rsquo;un est habillé en rouge avec une tête de dragon, l&rsquo;autre en bleu avec une tête d&rsquo;aigle. Ces images parcourent tout le reste de ouvrage. Le ping-pong renvoie à la fois au jeu diplomatique, fait d’allers-retours soigneusement codifiés, et à un fait historique : un an avant la visite de Nixon, des joueurs chinois et américains s’étaient rencontrés hors des terrains de jeu lors d’une compétition internationale au Japon, malgré l’interdiction de leurs gouvernements respectifs. Ainsi, le motif du ping-pong revient comme un fil conducteur : alors que les pongistes de l&rsquo;ouverture semblent moins participer à un échange sportif que viser leur adversaire en lançant violemment la balle, les quatre joueuses qui apparaissent au début du deuxième acte (d&rsquo;ailleurs de véritables membres de la Fédération française de tennis de table) se lancent dans une tournante commune où il n’est plus question d’adversaires mais de partenaires. La balle de ping-pong devient ainsi une métaphore de l&rsquo;échange diplomatique entre la Chine et les États-Unis, tout en revenant également comme motif plastique, notamment lors du beau tableau du deuxième acte, où les balles blanches représentent les flocons de neige qui tombent sur Pékin.</p>
<p data-start="89" data-end="743">L’aigle et le dragon sont donc les deux autres symboles récurrents de la production : le premier pour les États-Unis, le second pour la Chine. L’avion présidentiel prend la forme d’un immense aigle d’acier gris, assez terrifiant dans sa rigidité et son emphase, dont la descente des cintres, accompagnée par la musique quasi-wagnérienne qu&rsquo;Adams a composé pour ce moment, constitue un tableau très impressionnant. Le dragon réapparaît au deuxième acte lorsque Pat Nixon se retrouve seule : il tourne autour d’elle avec la familiarité d&rsquo;un chat domestique, puis les deux jouent à cache-cache. Au troisième acte, alors que le plateau est jonché de tables de ping-pong renversées, comme si la réussite officielle de la rencontre dissimulait un constat plus incertain, l’aigle et le dragon reviennent une dernière fois avant de s’affaisser lentement sur le plateau vidé. L’image est ambiguë, entre apaisement et extinction, et rejoint l&rsquo;enjeu de la survivance des symboles et des mythes culturels dans un monde globalisé.</p>
<p data-start="89" data-end="743">La metteuse en scène axe également sa lecture sur la question de la représentation, essentielle dans le livret d&rsquo;Alice Goodman. La représentation théâtrale agit en effet ici comme un révélateur de la représentation politique : le spectacle dans le spectacle de l&rsquo;acte II – concession amusante au genre du grand opéra qui exige un divertissement au milieu de son intrigue politique – constitue ainsi un moment central de la soirée : Kissinger fouette une esclave, des obus pleuvent sur les danseurs, des images de la guerre du Vietnam envahissent l’espace, tout ceci manifestant un retour du refoulé dans la représentation que les États-Unis et Nixon se font d&rsquo;eux-même (« I know America is good at heart »). Ce n&rsquo;est pas très subtil, mais c&rsquo;est efficace. Côté chinois, la bibliothèque monumentale de Mao, garnie de faux livres, s’élève pour dévoiler un sous-sol grillagé rougi par les flammes des fours où les soldats jettent des ouvrages interdits, tandis qu’un journaliste et un musicien sont passés à tabac.<span class="Apple-converted-space"> </span>On retrouvera ce dernier plus tard dans la soirée, au début du troisième acte, dans un extrait du véritable documentaire de Murray Lerner, <em>From Mao to Mozart: Isaac Stern in China</em>, évoquant sa réclusion par le régime pendant plusieurs mois dans une cave sans air ni lumière, parce qu’il enseignait à ses élèves de la musique occidentale. Ce témoignage et la présence de ce figurant ajoute une part d’émotion et de vérité humaine à ce qui ne serait sinon qu’une démonstration assez convenue de la dimension totalitaire du régime maoïste.</p>
<pre style="text-align: center;" data-start="89" data-end="743"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/E._Bauer___Opera_national_de_Paris-NIXON_PL_0319_-E.-Bauer-OnP-1600px-1294x600.jpg" />© Bauer</pre>
<p data-start="4313" data-end="4720" data-is-last-node="" data-is-only-node="">Sous la baguette de <strong>Kent Nagano</strong>, qui succède à Gustavo Dudamel, l’<strong>Orchestre de l’Opéra national de Paris</strong> apparaît dès la première dans une forme éclatante, exaltant la richesse de la partition d’Adams. Il n’y a que dans l’air de Pat Nixon « This is prophetic » qu’on entend passer un peu de gammes typiques de la musique chinoise. On perçoit surtout combien Adams se détache du formalisme de la musique minimaliste et de ses répétitions d’arpèges statiques pour infuser dans son écriture des couleurs et des formes jazz ou post-romantiques du meilleur effet. Le chœur de femmes qui présentent la porcherie à Pat Nixon (« Pig, pig, pig, pig ») a même quelque chose de rossinien dans son humour syllabique. On regrette toutefois un déséquilibre récurrent : la fosse couvre fréquemment les chanteurs malgré l’amplification audible. Les voix paraissent ainsi souvent noyées ou manquant d&rsquo;impact.</p>
<p data-start="4313" data-end="4720" data-is-last-node="" data-is-only-node="">La distribution vocale est pourtant d’une solidité et d’une pertinence à toute épreuve. Dans le rôle de Richard Nixon, <strong>Thomas Hampson</strong> est d’une crédibilité sans faille, jusque dans l’écriture hachée voire bégayante du personnage lors de sa première intervention (et ses exclamations « history » qui ressemblent presque à des « hystérie » pour les oreilles françaises). Il apporte beaucoup d’humour à la caractérisation du personnage, tout en évitant de tomber dans la caricature, avec une maîtrise souveraine de la prosodie. On retrouve un même art du verbe chez <strong>Renée Fleming</strong>, dont le timbre, immédiatement identifiable, a perdu un peu de sa pulpe mais conserve ampleur et sûreté dans l’aigu. Sa Pat Nixon, sensible et déterminée, échappe à toute mièvrerie, se révélant tout en long de la soirée profondément attachante. Le Zhou Enlai intériorisé de <strong>Xiaomeng Zhang</strong>, à la ligne souple et bien conduite, donne au final une gravité retenue, tandis que le Mao de de <strong>John Matthew Myers</strong>, parfois tendu dans l’aigu, joue habilement de la fragilité du personnage, presque infantile. <strong>Caroline Wettergreen</strong> affronte l’écriture redoutable de Madame Mao avec un engagement constant, malgré parfois quelques fragilités d’intonation. En Kissinger, <strong>Joshua Bloom</strong> impressionne, par une voix de basse sainement émise : dommage que le rôle ne soit finalement pas plus étoffé vocalement. Les interventions des trois secrétaires de Mao (<strong>Aebh Kelly</strong>, <strong>Ning Liana</strong> et <strong>Emanuela Pascu</strong>) sont toujours savoureuses, rappelant de loin Ping, Pang et Pong de <em>Turandot</em>, mais aussi, au début de la deuxième scène du deuxième acte, les trois naïades du début de <em>Rusalka</em>. Le <strong>Chœur de l’Opéra de Paris</strong>, sous la direction d’Alessandro Di Stefano, très net de diction, assure avec précision les larges ensembles qui structurent l’ouvrage. Clin d&rsquo;œil amusant : on voit que l&rsquo;autre cheffe de chœur, Ching‑Lien Wu, veille sur son équipe au deuxième acte, sous la forme d&rsquo;une soldate cartonnée.</p>
<p>Cette reprise confirme en tout cas la solidité d’une production efficace, parfois appuyée dans son propos, mais cohérente dans son système de signes et toujours d&rsquo;une grande élégance visuelle. En privilégiant la circulation des symboles plutôt que la reconstitution historique, elle rappelle que l’opéra d’Adams ne traite pas tant de diplomatie que de la fabrication d’images politiques et de leur épuisement inévitable…</p>
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		<title>BRITTEN &#8211; LEITH, The Story of Billy Budd, sailor &#8211; Aix</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-leith-the-story-of-billy-budd-sailor-aix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé triomphalement à Covent Garden 1er décembre 1951, puis au Théâtre du Châtelet avec la même distribution dès 1952 et à l&#8217;Indiana University Opera Company la même année, Billy Budd s’est progressivement installé au répertoire des grandes maisons, lentement mais sûrement, et avec un succès constant : Chicago (1970), Florence (1965), Barcelone (1975), le Met &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé triomphalement à Covent Garden 1er décembre 1951, puis au Théâtre du Châtelet avec la même distribution dès 1952 et à l&rsquo;Indiana University Opera Company la même année, <em>Billy Budd</em> s’est progressivement installé au répertoire des grandes maisons, lentement mais sûrement, et avec un succès constant : Chicago (1970), Florence (1965), Barcelone (1975), le Met (1978), Bastille (1996), Vienne (2001), Munich (2006), Madrid (2017)… Il reste néanmoins quelques retardataires étonnants comme la Scala ou le Festival de Salzbourg. Œuvre magistrale, l’une des plus fortes de Benjamin Britten, <em>Billy Budd</em> utilise à la fois le registre de l’intime, et celui de la foule au travers de chœurs vibrants, revisitant d’une certaine manière le grand opéra à la française. Le rapprochement peut également être fait au niveau du livret, d’une construction implacable, ce que l’on qualifiait au XIXe siècle de « pièce bien faite ». Dans ces conditions, on pouvait se demander l’intérêt d’une adaptation en opéra de chambre d’un tel ouvrage et prendre le risque de travestir un chef-d&rsquo;œuvre. Le résultat balaie les éventuelles réticences.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/The-Story-of-Billy-Budd-Sailor-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Jean-Louis-Fernandez_15-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-193994"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>À l&rsquo;origine du projet, <strong>Ted Huffman</strong> voit dans l’homosexualité le thème principal de l’ouvrage, et le reste comme un rideau de fumée. Huffman est en effet très sensible à cette problématique : il a notamment écrit le livret de <em>The Faggots &amp; Their Friends Between Revolutions</em> (Les Pédales et leurs ami•es entre les révolutions (sic), d’après un roman de Larry Mitchell paru en 1977), sur une musique de Philip Venables, compositeur britannique « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Venables">connu pour ses œuvres lyriques et théâtrales sur les thèmes de la sexualité, du queer, de la violence et de la politique</a> », créé à Aix en 2023. Huffman avance également qu’Herman Melville aurait eu une relation sexuelle avec l&rsquo;écrivain Nathaniel Hawthorne, avec lequel il entretenait un lien épistolaire passionné (on songe à Montaigne et La Boétie : à mon époque, tout lycéen qui aurait émis des hypothèses sur leur relation aurait été puni et contraint à écrire 100 fois « Je ne ferai plus de parallèles anachroniques »). L&rsquo;auteur de la nouvelle qui inspira Britten était par ailleurs marié et père de famille : comme on dit, cela ne prouve rien (mais quand même).</p>
<p>Les documents d’époque établissent toutefois clairement au XVIIIe siècle l&rsquo;existence de relations homosexuelles (pas toujours consenties du reste) qui pouvaient advenir entre marins (ce incluant à l&rsquo;occasion officier ou matelots mineurs) : on le sait en raison des pendaisons qui pouvaient s’en suivre&#8230; Ceci pour dire qu’à fond de cale, ce n’était pas vraiment la joyeuse liberté de la Gay Pride. Dans cette perspective historique, la scène où nous voyons le novice mettre une main sur les hanches de Billy, et les deux jeunes gens s’embrasser ardemment aussitôt, relève plutôt de la romance à l&rsquo;eau de rose, de la <em>Gay Fantasy</em> moderne. Néanmoins, l&rsquo;adaptation reste nuancée : ainsi, le possible désir du Capitaine Vere envers Billy n&rsquo;est pas souligné. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jean-Louis-Fernandez_2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-193985" style="width:911px;height:607px"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>À notre sens, cette vision par le petit bout de la lorgnette tend toutefois à réduire l’universalité de l&rsquo;œuvre. Claggart qui voit ses avances envers Budd repoussées (scène fugitive dans cette production) et qui s&rsquo;en venge, c’est du domaine du fait-divers ; Claggart qui détruit le jeune marin au seul motif de sa beauté et de sa bonté, c’est le mal dans ce qu’il a de plus noir. Mais ce choix est totalement assumé par Huffman qui rejette explicitement cette vision universaliste : « Pour un grand nombre de spectateurs, le sens véritable de l’œuvre se dérobe. Elle est écrite en langage codé, destiné à ceux qui savent le déchiffrer. La majorité de ceux qui l’ont découverte depuis sa création, doivent penser qu’elle parle de l’opposition entre le bien et le mal ou de quelque chose de ce genre. Mais l’interprétation large et générale me semble moins intéressante que les questions réellement en jeu chez Melville ». Outre l’argumentation circulaire (quelles sont les questions réellement en jeu chez Melville, abstraction faite justement de celles que lui prête Huffman ?), on se rappellera que, pour celui qui ne possède qu’un marteau, tous les problèmes sont des clous, <a href="https://www.forumopera.com/billy-budd-a-70-ans/">et on lira avec profit l’analyse passionnante et plus nuancée de notre confrère Bernard Schreuders</a>.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jean-Louis-Fernandez_13-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-193989"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p><strong style="font-size: 1rem;">Oliver Leith</strong><span style="font-size: 1rem;"> est l&rsquo;autre maître d&rsquo;œuvre de cette adaptation. Sa composition n&rsquo;est pas une simple réduction de la partition à un effectif de chambre : c&rsquo;est la rencontre de deux univers musicaux totalement différents, et leur interpénétration pour produire un objet musical différent. Bien sûr, on reconnait (ou on croit reconnaitre) sans problème la musique de </span><em style="font-size: 1rem;">Billy Budd</em><span style="font-size: 1rem;">. On regrette les coupures, qui représentent pas moins d&rsquo;une heure de musique (on fera ainsi son deuil du splendide prélude orchestral à la pendaison de Billy). Les modifications de la partitions sont plus discrètes : changement de hauteur de notes, reprises de mesures rappelant la technique moderne des </span><em style="font-size: 1rem;">samples</em><span style="font-size: 1rem;">&#8230; Elle est agrémentée d&rsquo;effets divers : cornes de brumes, chants de baleine, sifflets&#8230;&nbsp; Parfois les motifs musicaux sont moins visibles et dans quelques scènes ont a davantage l&rsquo;impression d&rsquo;un récitatif que de véritables dialogues chantés. L&rsquo;instrumentarium est très éloigné de celui de Britten. Basée principalement sur des claviers et des percussions, l&rsquo;orchestration sonne toutefois remarquablement, sans véritable originalité cependant, rappelant d&rsquo;ailleurs un peu la musique psychédélique et ses avatars, genre d&rsquo;ailleurs contemporain de la révision de Britten ! Rien de révolutionnaire, mais rien non plus qui puisse choquer l&rsquo;auditeur lambda.</span></p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jean-Louis-Fernandez_18-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-193988"/></figure>


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<p><span style="font-size: 1rem;">Au delà de ces considérations, l&rsquo;essentiel reste que le résultat soit convaincant : cette </span><em style="font-size: 1rem;">Story of Billy Budd, Sailor</em><span style="font-size: 1rem;"> est d&rsquo;une grande force, et remporte un triomphe mérité aux saluts. La scénographie de Ted Huffman est simple et efficace. Les instrumentistes (amplifiés) sont intégrés à la mise en scène, habillés en marin et positionnés en fond de plateau. Les lieux sont figurés par une simple voile. La direction d&rsquo;acteur est intense et d&rsquo;une grande subtilité (il faudrait voir le spectacle plusieurs fois pour en apprécier toutes les nuances). Plusieurs rôles sont attribués à divers chanteurs : une simple fausse barbe suffit parfois à changer de personnage. La distribution est globalement jeune, et les chanteurs souvent d&rsquo;une grande beauté, complément indispensable à cette approche homo-érotique (qui du reste peut laisser indifférente une partie du public). Mais le spectacle ne serait pas une réussite si ces chanteurs n&rsquo;étaient pas aussi d&rsquo;excellents artistes lyriques. Certes, la salle du Jeu de Paume n&rsquo;est pas très grande et son acoustique est exceptionnelle, mais les chanteurs n&rsquo;en sonnent que plus brillamment. Peut-être trop du reste, car ils se donnent à fond comme dans une grande salle : après 9 mois de saison bastillaise, on ne va pas se plaindre quand on peut profiter des voix !</span></p>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jean-Louis-Fernandez_19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-193987" style="width:911px;height:607px"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Ian Rucker</strong> n&rsquo;est pas seulement un ange blond de haute stature. Au delà d&rsquo;un physique michelangélien, le <span style="font-size: revert;">baryton américain dispose d&rsquo;une voix puissante et riche, à </span>l&rsquo;ambitus<span style="font-size: revert;"> idéal pour cette tessiture tendue. Sa technique est remarquable (surtout pour un chanteur de 27-28 ans) mais passe inaperçue tant elle est au service de l&rsquo;expressivité. La voix sait s&rsquo;éclairer de soleil ou s&rsquo;assombrir, se teinter de miel dans un mixte délicat. Sa composition est bouleversante, recherchée sous une apparente simplicité, cohérente d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de l&rsquo;ouvrage et culminant avec une bouleversante scène </span>finale où s&rsquo;entremêlent colère, espoir et résignation. Un Billy d&rsquo;exception. Le plus expérimenté <strong>Joshua Bloom</strong> est un Claggart tout en finesse, d&rsquo;une noirceur dépourvue d&rsquo;histrionisme. Il sait aussi complètement renouveler son chant pour exprimer la compassion de<span style="font-size: revert;"> Dansker qui violera la consigne pour apporter un peu de </span>réconfort<span style="font-size: revert;"> à son ami Billy. Le choix de <strong>Christopher Sokolowski</strong> (34 ans) en Capitaine Vere est plus déroutant mais se justifie </span>historiquement<span style="font-size: revert;"> (on pouvait être nommé capitaine à moins de trente ans en temps de guerre) et surtout dramatiquement, tant les personnages se </span>retrouvent<span style="font-size: revert;"> ici en miroir l&rsquo;un de </span>l&rsquo;autre. La technique du ténor américain repose essentiellement sur un placement mixte, mais comme chez Stuart Burrows récemment disparu, cette technique ne se fait pas au détriment de la projection qui reste puissante, avec des aigus clairs et vaillants, et lui permet une musicalité quasi mozartienne tout à fait adéquate pour cette vision chambriste. Lui aussi sait parfaitement adapter son chant en interprétant également Squeak, la créature de <span style="font-size: revert;">Claggart. <strong>Hugo Brady</strong> est parfaitement </span>convaincant en Novice, avec une voix claire et juvénile, mais suffisamment puissante et un chant nuancé. Il sait parfaitement rendre la faiblesse de cet autre personnage manipulé par Claggart. <span style="font-size: revert;"><strong>Noam Heinz</strong> est remarquable en Mr Redburn et en Premier maître, avec un beau </span>timbre<span style="font-size: revert;"> de baryton et une voix solide. Nous </span>lui<span style="font-size: revert;"> formulons tous nos vœux de succès <a href="https://www.forumopera.com/breve/les-10-finalistes-de-paris-opera-competition-2025/">pour la finale de la Paris Opera Competition</a></span><span style="font-size: revert;"> (en French in ze text) à laquelle il </span>participera<span style="font-size: revert;"> en novembre prochain. </span><strong style="font-size: revert;">Thomas Chenhall</strong><span style="font-size: revert;"> complète efficacement la distribution dans le double rôle de second maître et de Mr Flint. <strong>Finnegan Downie Dear</strong> dirige </span>avec<span style="font-size: revert;"> efficacité depuis son clavier une formation d&rsquo;une parfaite unité, et sait maintenir la tension dramatique tout au long de l&rsquo;ouvrage donné sans entracte. </span></p>
<div>Après un long silence, la salle éclatera en applaudissements et accueillera triomphalement ce spectacle hors du commun.</div><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/britten-leith-the-story-of-billy-budd-sailor-aix/">BRITTEN &#8211; LEITH, The Story of Billy Budd, sailor &#8211; Aix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>HINDEMITH, BARTOK, HONEGGER, Héroïne &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hindemith-bartok-honegger-heroine-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’interview qu’il nous avait accordée en février 2024, Matthieu Dussouliez nous avait donné ses ruses pour présenter des productions abouties dans un contexte contraint économiquement. Idomeneo, re di Creta, prévu mis en espace et métamorphosé en spectacle stimulant par un jeune talent de la mise en scène, avait signé un premier succès en ouverture &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/matthieu-dussouillez-plus-je-fais-de-tosca-moins-il-me-reste-dargent-pour-faire-autre-chose/">Dans l’interview qu’il nous avait accordée en février 2024</a>, Matthieu Dussouliez nous avait donné ses ruses pour présenter des productions abouties dans un contexte contraint économiquement. <em>Idomeneo, re di Creta</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-idomeneo-nancy/">prévu mis en espace et métamorphosé en spectacle stimulant</a> par un jeune talent de la mise en scène, avait signé un premier succès en ouverture de la saison passée. Deuxième coup gagnant avec ce triptyque étrange et ambitieux composé de <em>Sancta Susanna</em>, <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> et <em>La Danse des morts</em> (oratorio d’Arthur Honegger) réunis sous le titre <em>Héroïne</em>.</p>
<p>L’absence de pluriel au titre donne la clé de la lecture imaginée par le jeune <strong>Anthony Almeida</strong> au prix certes d’une modification du livret de la Danse des morts (pour le féminiser) en accord avec les ayants droit du compositeur. C’est une même femme à différents âges qui traverse ces œuvres : elle s’éveille au désir et à ses interdits dans l’œuvre d’Hindemith, plonge dans les tréfonds d’Eros et Thanatos dans le huis clos du château de Barbe-Bleue avant de renaitre dans la Danse finale (même si ici le livret et ses considérations bibliques lui résiste en partie). Le dispositif scénique est réduit au strict minimum : une boite en forme de chambre obscure photographique, dressée sur une tournette, permet à la fois un précipité et un théâtre d’ombre où se déploie une direction d’acteur millimétrée. Ce carcan fécond s’ouvre dans la dernière œuvre pour laisser toute sa place à la jubilation de la danse. Quelques figurantes aident à donner le sens de ce fil rouge féminin à travers les âges. Tout juste pourra-t-on conseiller à ce jeune metteur scène d’user avec plus de parcimonie de la tournette.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2024_08_Heroine-Opera-national-de-Lorraine-©-Jean-Louis-Fernandez-5-copie-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-173808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Au-delà de la dimension scénique, l’Opéra national de Lorraine démontre une fois encore la qualité de ses forces vives. L’orchestre rutile dans un répertoire qui ne demande que cela pour construire les ambiances, peindre des tableaux étranges en déambulations psychanalytiques.<strong> Sora Elisabeth Lee</strong> s’y affaire avec un art consommé : l’auditeur attentif devinera sans mal ce que cache chacune des portes du château rien qu’en écoutant les irisations et frémissements qu’elle suscite dans ses cordes et ses vents. Seul ombre indésirée, cette science du détail oublie parfois la tension dramatique ou l’équilibre avec le plateau. Les chœurs mêlent leur magma coloré aux musiciens de l’orchestre dans une danse très en place rythmiquement.</p>
<p>La distribution apporte toute satisfaction. Comme un tour de chauffe, <strong>Rosie Aldridge</strong> propose une sœur Klementia marmoréenne dont les certitudes sont peu à peu ébranlées. La voix, puissante et bien projetée, laisse déjà présager de la Judith qu’elle sera à l’acte suivant. Carton plein dans le duo de Bartók où elle incarne la sensualité de l’amoureuse, l’effroi de la jeune femme, autant que l’autorité de l’héroïne. Elle triomphe de toutes les rigueurs de la partition en couronnant le tout d’un ut péremptoire et tenu à l’ouverture de la cinquième porte. Elle est rejointe sur scène par l’excellent <strong>Joshua Bloom</strong>, dont le timbre sombre et granuleux sied tout à fait au chatelain sanguinaire. L’opéra tout en entier tient sur le charisme scénique et vocal de ces deux interprètes. <strong>Anaïk Morel</strong> propose une Susana proprement exaltée, au volume conséquent et à l’aigu lumineux. <strong>Yannick François</strong> offre une lecture aussi sobre qu’à propos dans la partie dévolue au baryton de la <em>Danse des Morts</em>, rejoint par le timbre cristallin d’<strong>Apolline Raï-Westphal</strong>.</p>
<p>Ce spectacle ambitieux ne fait pas encore le plein en billetterie, il mérite un bouche-à-oreille enthousiaste.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hindemith-bartok-honegger-heroine-nancy/">HINDEMITH, BARTOK, HONEGGER, Héroïne &#8211; Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BRITTEN, Peter Grimes &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-peter-grimes-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Feb 2024 12:32:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On ne le répétera jamais assez : l&#8217;opéra est un art d&#8217;interprétation. On ne donne donc pas assez Peter Grimes, chef-d&#8217;œuvre de Benjamin Britten, objet lyrique « complet », ouvert aux visions des metteurs en scène comme à celles des chanteurs ou chefs d&#8217;orchestre, des qualités finalement pas si courantes dans la production lyrique de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="AppleOriginalContents">
<div class="WordSection1">
<p>On ne le répétera jamais assez : l&rsquo;opéra est un art d&rsquo;interprétation. On ne donne donc pas assez <em>Peter Grimes</em>, chef-d&rsquo;œuvre de Benjamin Britten, objet lyrique « complet », ouvert aux visions des metteurs en scène comme à celles des chanteurs ou chefs d&rsquo;orchestre, des qualités finalement pas si courantes dans la production lyrique de l&rsquo;après-guerre. Créée en 1998, la mise en scène de <strong>Sabine Hartmannshenn</strong> ne fait pas son âge et se révèle simple, efficace&#8230; et indémodable. Les costumes de <strong>Wolfgang Gussmann</strong> sont de style contemporain, quasi uniformément bleu-nuit, figurant une foule anonyme où se confondent les chœurs et la plupart des solistes, du moins ceux dont l&rsquo;expression n&rsquo;est finalement qu&rsquo;une déclinaison supplémentaire des sentiments du groupe. Plus caractérisés, les costumes d’Ellen et du Capitain Blatrode diffèrent légèrement du style général, dans une sorte d&rsquo;entre-deux. Grimes tranche lui franchement sur la foule, habillé uniformément en blanc crème, comme son double miniature John, l’enfant. Difficile toutefois de s’en tenir à un « code-couleurs » trop manichéen : lorsqu’Ellen, Autie et les nièces échangent sur la nature des hommes, hors de la pression sociale de ceux-ci, elles sont également habillées de ces mêmes couleurs claires, mais pas nécessairement plus proches de Grimes, simplement en dehors du conformisme du village. Les décors stylisés de Wolfgang Gussmann évoquent, au moyen de simples formes géométriques, une côte rocheuse sombre ou la voile claire du bateau de Grimes. La maison du pêcheur n’est qu’un simple carré dangereusement suspendu dans les airs. Les chœurs sont massés dans des décors un peu trop petits pour eux (des escaliers, la taverne d’Auntie…). Globalement, on ressent une sensation d’étouffement, d’enfermement. Quand Grimes sort de la scène, l&rsquo;enfant dans les bras, marchant vers un horizon qui se rétrécit, il est difficile de ne pas être ému, quelques réserves puisse-t-on avoir sur la relative facilité de l&rsquo;effet. La mer est en revanche peu présente (ce qui est paradoxal pour une ville portuaire telle que Hambourg). Au global, une direction d’acteurs au cordeau, des ensembles parfaitement réglés (pour lesquels on soulignera d’ailleurs les qualités dramatiques des artistes du chœur) achèvent d’insuffler un rythme quasi cinématographique à cette représentation.</p>
</div>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="707" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/15_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1-1024x707.jpg" alt="" class="wp-image-156821"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p><span style="font-size: revert;">La mer, c’est dans la direction superlative de <strong>Kent Nagano</strong> que nous la retrouverons. Le chef d’orchestre américain, directeur musical général et chef principal de l’Opéra d’État et de l’Orchestre philharmonique de Hambourg, imprime une direction proche de la perfection, très analytique et contrôlée, ce qui n’empêche pas une dramatisation puissante. La tension dramatique va crescendo, sans jamais toutefois céder à la tentation du pathos. Nagano peut compter sur une formation (orchestre et chœurs) en état de grâce, d’une précision remarquable. Ainsi, des scènes (notamment les grands ensembles de foule) qui paraissent parfois confuses sous d’autres baguettes, s’illuminent ici sous celle de Nagano, qui en révèle leur parfaite architecture en dépit de leur complexité. Enfin, les interludes ne sont pas ici de simples pauses symphoniques, des respirations entre les scènes, mais participent effectivement et efficacement à l’entièreté du drame lyrique.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="666" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/12_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x666.jpg" alt="" class="wp-image-156822"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;infatigable <strong>Gregory Kunde</strong> a finalement peu chanté le chef-d&rsquo;œuvre de Benjamin Britten (sauf erreur de notre part, ses apparitions se limitent à une prise de rôle en concert à Rome en 2013 (sous la baguette d&rsquo;Antonio Pappano) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-valence-plus-forts-que-le-temps/">suivie d&rsquo;une prise de rôle, scénique cette fois, à Valence en 2018</a> : une anomalie tant ses affinités avec ce personnage semblent évidentes. Il y a plusieurs options pour interpréter Peter Grimes : brute épaisse, autiste indifférent au monde qui l&rsquo;entoure, esprit exalté aveuglé par son but, « brave type qui n&rsquo;a pas de veine »… et un peu de tout ça;&nbsp;&nbsp;C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qui fait la richesse inépuisable de cet opéra. Le ténor américain choisit ici une piste médiane où se conjuguent déveine, débordements aussitôt regrettés mais où la colère l&#8217;emporte toujours initialement sur l&#8217;empathie, rêverie introspective… Ce Grimes est un peu gauche, et cela sied finalement au personnage. La voix est d&rsquo;une fraicheur impressionnante, avec un aigu « que l&rsquo;on ne présente plus » et qui sied aux exaltations et aux accès de rage de Grimes, mais aussi une capacité à alléger la voix qui rend parfaitement compte des faiblesses et des incertitudes du pêcheur (dans « Now the Great Bear and Pleiades » par exemple ou surtout dans le monologue final, quasiment <em>a cappella</em>, proprement bouleversant).&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="755" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/14_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x755.jpg" alt="© Hans Jörg Michel" class="wp-image-156823"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Jennifer Holloway</strong> est une Ellen Orford d&rsquo;une justesse bouleversante, dont les qualités dramatiques, dépourvues de tout histrionisme, feraient presque oublier la beauté d&rsquo;une voix sombre et souple. La voix de <strong>Iain Paterson</strong> manque un peu des mordant et son Captain Balstrode est plus humain que vocalement impressionnant. <strong>Rosie Aldridge</strong> compense une voix au grave un peu confidentiel par une composition réussie qui évite la caricature. L&rsquo;Auntie de <strong>Clare Presland</strong> est bien chantante et pleine d&rsquo;humanité et on suivra les carrières de ses jeunes nièces, <strong>Sarah Gilford</strong> et <strong>Claire Gascoin</strong>, toutes deux membres du studio de l&rsquo;Opéra de Hambourg. Le reste de la distribution est impeccable et le moindre petit rôle serait à louer. On n&rsquo;était pas loin de la soirée parfaite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="665" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/10_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x665.jpg" alt="" class="wp-image-156824"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>
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		<title>ADAMS, Nixon in China &#8211; Paris (ONP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/adams-nixon-in-china-paris-onp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=127576</guid>

					<description><![CDATA[<p>Toute nouvelle production de Nixon in China se heurte inévitablement à la comparaison avec celle d’origine, de Peter Sellars, créée à Houston en 1987 et reprise notamment au Metropolitan Opera en 2011. Cette mise en scène était méticuleusement fidèle à la réalité historique, notamment en termes de décor et de costumes, très sérieuse et aussi &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Toute nouvelle production de <em>Nixon in China</em> se heurte inévitablement à la comparaison avec celle d’origine, de Peter Sellars, créée à Houston en 1987 et reprise notamment au Metropolitan Opera en 2011. Cette mise en scène était méticuleusement fidèle à la réalité historique, notamment en termes de décor et de costumes, très sérieuse et aussi très statique.</p>
<p><strong>Valentina Carrasco</strong> fait le choix de s’éloigner, pas tant de la réalité historique, que du réalisme. Toute son approche est structurée autour d’une vision de la politique et de la diplomatie à la fois comme d’un jeu et d’un art de la mise en scène. Inspirée par «&nbsp;la diplomatie du ping-pong&nbsp;», la créatrice argentine multiplie les références au ping-pong&nbsp;: le peuple de Pékin est composé de joueurs de ping-pong durant l’acte I, le dîner d’Etat du premier soir se termine en compétition sportive, la visite de Pékin de Pat Nixon se déroule sous une neige de…balle de ping-pong, et le dernier acte voit la scène crouler littéralement sous les tables de ping-pong, dans un décor signé <strong>Carles Berga </strong>et<strong> Peter Van Praet</strong>. Le ping-pong est ici la métaphore par excellence de la relation diplomatique&nbsp;: celle d’une confrontation dynamique, toujours en mouvement, parfois directe mais toujours non-violente.</p>
<p>Le second axe de cette nouvelle production est son penchant affirmé pour le faux et le grotesque. Loin de la tonalité très sérieuse de la mise en scène de Sellars, Carrasco met l’accent sur la dimension dérisoire, banale, voire ridicule des personnages, que le livret souligne parfois de manière en effet assez crue. À cette ironie se conjugue une forme de féérie et de légèreté comique&nbsp;: exit ainsi le mythique avion présidentiel <em>Air Force One</em> duquel doit normalement sortir le couple américain à l’acte I, et place à un grand aigle en plastique aux yeux de laser jaunes&nbsp;; il sera possible d’apercevoir un Mao en chemise hawaïenne au dernier acte&nbsp;; et les décors des différentes séquences de la visite de Pat Nixon dans Pékin ne sont que des photographies&nbsp;car tout n’est que propagande et mise en scène…</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/E._Bauer___Opera_national_de_Paris-Nixon-in-China-22-23-Elena-Bauer-OnP-26-1600px-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-127585" /></figure>


<p style="text-align: center"><sup>© Bauer</sup></p>
<p>Parallèlement, la metteuse en scène a souhaité rappeler au public les atrocités commises par le régime chinois, mais aussi par les Américains, au Vietnam. Ainsi, des images et des vidéos d’archives, parfois longues, ponctuent l’œuvre, de manière particulièrement lourde, explicite et trop didactique. Au cours de la discussion entre Mao et Nixon, la scène se coupe en deux et laisse deviner un sous-sol au sein duquel des livres sont brûlés et des prisonniers torturés. Là aussi, la lourdeur du propos laisse perplexe, notamment parce que ce sous-sol, très élaboré, n’aura pas d’autre usage que ce rappel de l’évidence. De la même manière, la confrontation symbolique entre l’aigle en plastique et un grand dragon en tissu rouge n’est pas d’une grande subtilité.</p>
<p>Au total, la juxtaposition d’une forme de légèreté ponctuellement déjouée par des références beaucoup plus sombres apparait plutôt incohérente – tandis que de son côté la production de Sellars ne misait que sur le sombre et de façon plus suggérée. <em>In fine</em>, cette mise en scène apporte une vision certes innovante à l’œuvre de John Adams mais elle souffre d’une lourdeur trop explicite et échoue à atteindre l’équilibre recherché entre pesanteur de l’Histoire et banalité de l’être, entre tragique et farce &#8211; à supposer qu’un tel équilibre existe.</p>
<p>Le plateau vocal est d’un luxe relativement rare. Quelle bonne idée de confier le couple présidentiel à deux monstres sacrés américains ! <strong>Thomas Hampson</strong> propose un Nixon patriotique, fier, très premier degré. La musique fait le reste pour lui : John Adams lui attribue des portées toutes saccadées, rappelant instantanément la façon de parler très hachée du président. Vocalement, le baryton est quelque peu en difficulté dans la première scène où le rythme n’est pas toujours au rendez-vous et où le volume est parfois trop forcé (« News has a kind of mystery»). La voix retrouve toutefois rapidement son équilibre et dispense de beaux moments de lyrisme.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/E._Bauer___Opera_national_de_Paris-NIXON_PL_0409_-E.-Bauer-OnP-1600px-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-127581" /></figure>


<p style="text-align: center"><sup>© Bauer</sup></p>
<p>De son côté, la Pat Nixon de <strong>Renée Fleming</strong> est un sans-faute. La soprano américaine incarne avec un plaisir non dissimulé une <em>First Lady</em> pleine d’innocence, de bienveillance et de gentillesse. La voix offre de surprenants aigus, puissants, au vibrato bien calibré. Fleming sait déployer toute la poésie méditative de son air principal, « This is prophetic ». <strong>Joshua Bloom</strong>, en Kissinger, nous gratifie d’une profonde et riche voix de basse. Le chanteur sait naviguer entre le sérieux de son personnage et son moment de folie, particulièrement incongru, lorsque lui – ou son double – intervient sur la scène de l’opéra de Pékin durant l’acte II.</p>
<p><strong>Xiaomeng Zhang</strong> campe un Zhou En Lai tout en puissance. Son timbre, d’une densité réelle, lui permet de donner à entendre un premier ministre portant sur ses épaules la gravitas du pouvoir politique. <strong>John Matthew Myers</strong>, dont la voix s’épanouit dans de beaux et sonores aigus, sait trouver l’équilibre parfait pour son Mao oscillant entre saillie philosophique obscures et sénilité. Sans surprise, <strong>Kathleen Kim</strong> crève la scène : c’est une habituée du rôle de l’épouse de Mao et elle le joue à la perfection. La voix est aussi tranchante que le personnage est intransigeant. Son grand air, « I am the wife of Mao Zedoung » est l’un des sommets de la soirée, l’agilité vocale de la colorature n’ayant d’égal que sa présence scénique des plus charismatiques. Enfin, les trois secrétaires de Mao, <strong>Yajie Zhang, Ning Liang, Emanuela Pascu</strong> complètent impeccablement cette distribution et participent de la dimension comique avec efficacité et mesure.</p>
<p>Au pupitre, <strong>Gustavo Dudamel</strong> fait d’abord un faux départ durant la première scène, prévoyant un volume sonore de l’orchestre bien trop élevé qui couvre les voix des chanteurs et les contraint à passer en force. Cela s’améliore heureusement par la suite ! Pour le reste, le chef s’amuse avec jubilation, forçant la référence à Wagner dans la première scène ou les allusions au jazz dans la dernière. De manière générale, il imprime à l’orchestre une pulsation vivante et toujours travaillée de l’intérieur, sans jamais verser dans la répétition mécanique et sans vie des motifs. La prestation du chœur, dirigé par <strong>Chin-Lien Wu</strong>, est remarquable, de par sa précision rythmique, sa justesse constante et son impeccable diction.</p>
<p>Nous ne pouvons que nous réjouir de l’entrée de <em>Nixon in China</em> au répertoire de l’ONP. Cela répond au souhait d’Alexander Neef de voir davantage d’œuvres américaines produites sur la scène parisienne ; espérons que <em>Nixon</em> est la première d’une longue liste !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/adams-nixon-in-china-paris-onp/">ADAMS, Nixon in China &#8211; Paris (ONP)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>HAENDEL, Semele — Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/semele-lille-sous-la-cendre-drame-ou-comedie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Oct 2022 04:01:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Disons le d’emblée, c’est un spectacle de grande qualité que nous avons vu à Lille hier soir. Composée un peu à la hâte en 1744, l’œuvre occupe dans la production de Haendel une place charnière : entre oratorio et drame lyrique, entre comédie et tragédie, elle est tout à la fois riche de possibilités et de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Disons le d’emblée, c’est un spectacle de grande qualité que nous avons vu à Lille hier soir.</p>
<p>Composée un peu à la hâte en 1744, l’œuvre occupe dans la production de Haendel une place charnière : entre oratorio et drame lyrique, entre comédie et tragédie, elle est tout à la fois riche de possibilités et de questionnements, un vrai défi pour un metteur en scène. C’est certainement ce qui a stimulé <strong>Barrie Kosky</strong> lorsqu’il a accepté la proposition de l’Opéra Comique de Berlin de mettre en scène une œuvre finalement peu jouée et généralement sous sa forme d’oratorio, brillamment reprise en ce début de saison à l’opéra de Lille.</p>
<p>Le rideau s’ouvre sur un décor (dû à <strong>Natacha Le Guen de Kernelzon</strong>) à la fois magistral et sombre, l’intérieur d’un palais baroque calciné avec boiseries, moulures, miroirs et cheminées sinistrement gris et désolés, recouverts de cendres. Tout suggère un incendie récent, jusqu’au petit tas de cendres à l’avant plan, dont émerge Sémélé ébahie, comme sortie d’un songe. Vient-elle de rêver sa vie future ? Faut-il voir tout le spectacle à venir comme un flash back dont le premier tableau serait l’aboutissement ? Le spectateur peut choisir, le propos du metteur en scène est bien assez percutant pour supporter plusieurs interprétations possibles. Parfois, il semble même les susciter…</p>
<p>Il va nous donner à suivre toute l’histoire, le mariage de Sémélé avec Athamas, du plus haut comique, son rocambolesque enlèvement par Jupiter (elle disparaît par la cheminée…), puis ses exigences de femme comblée mais toujours insatisfaite, jusqu’à sa perte finale, dévorée par sa propre ambition et par la jalousie vengeresse de Junon. A la scène finale, après qu’elle aura péri brulée par les rayons aveuglants de son auguste amant dont elle avait exigé de partager la vérité et qu’il se présente à elle dans sa réalité divine plutôt que sous l’un de ses nombreux déguisements humains, elle trône sur la même cheminée, comme statufiée, bronze léché par les flammes, avec sur ses genoux l’urne contenant ses propres cendres… La boucle est bouclée, l’inexorable destin aura été vécu pleinement, assumé, voulu.</p>
<p>Par le foisonnement de ses propositions, toutes cohérentes, le metteur en scène donne à réfléchir sur la vanité, l’amour toujours insatisfait, l’ambition des femmes, les violences qui leur sont faites ou qu’elles s’infligent à elles mêmes, la cruauté des dieux à l’égard des hommes ; il trouve le moyen d’en rire et de nous émouvoir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ezgi-kutlu-et-evan-hughes-semele-01-10-22-simon-gosselin-2-20_52405362247_o_-_copie_2.jpeg?itok=4lVNIQFv" title="Ezgi Kutlu (Junon) et Evan Hughes (Somnus)© Simon Gosselin" width="468" /><br />
	Ezgi Kutlu (Junon) et Evan Hughes (Somnus)© Simon Gosselin</p>
<p>La conception très ambitieuse, l’imagination féconde et brillante de Barrie Kosky, qui insuffle à l’œuvre un caractère symbolique et métaphysique d’une grande modernité, font de ce spectacle un moment inoubliable. Il aura réussi, une fois de plus, à marquer de sa patte, de sa vision éminemment personnelle, une production très aboutie, intelligente et sensible, pleine de sens, mais aussi, c’est presque un paradoxe pour un sujet si sombre, pleine de moments hilarants, de situations incongrues, dans un rythme scénique endiablé, particulièrement bien enlevé.<br />
	La proposition musicale est-elle à la hauteur ? Presque.</p>
<p><strong>Emmanuelle Haïm</strong> dirige avec beaucoup de précision et une certaine nervosité des troupes drillées et fidèles, mais auxquelles elle laisse peu de champ. Emprisonnées dans une structure rythmique immuable et omniprésente, les différentes interventions des solistes de l’orchestre, parfaitement en place, manquent de personnalité, d’individualité et de respiration. Les tempos rapides choisis par la cheffe, aux limites des possibilités de certains des chanteurs face à une partition qui comprend de réelles difficultés techniques et des kilomètres de vocalises particulièrement périlleuses, assurent un rythme haletant au spectacle, mais laissent peu de place à la poésie, pourtant bien présente dans la partition, à l’épanchement des moments de tendresse, pour lesquels on souhaiterait plus d’intimité et de grâce. Il y a aussi que l’orchestre joue fort, devant les chanteurs (la fosse est peu profonde), faisant un usage très parcimonieux de la nuance piano.</p>
<p>La distribution vocale est dominée par <strong>Elsa Benoît</strong> (Sémélé) qui trouve ici un rôle à la mesure de son talent, qui est grand. Timbre magnifique, agilité sans faille, complètement investie dans le rôle, tant vocalement que physiquement, elle livre une performance en tous points remarquable, et recueille d’ailleurs du public un triomphe bien mérité. A ses côtés, le Jupiter de <strong>Stuart Jackson</strong>, un géant passablement enveloppé dont émane une voix de ténor délicieuse, agile à souhaits, et qui incarne un dieu tendre, attentionné et plein d’humour est un contrepoids très équilibré qui suscite le rire autant que l’émotion. Autre voix impressionnante, celle de la basse <strong>Joshua Bloom</strong> dans le rôle de Cadmus (il chante aussi le grand prêtre de Junon) magnifiquement timbrée, puissante, charnue, créant un grand impact à chacune de ses interventions. Nous sommes un peu moins enthousiaste en ce qui concerne <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>(Athamas), voix de contre-ténor agile mais peu susceptible de belles couleurs, au timbre parfois ingrat et caricatural. Sa performance scénique en revanche, dans la veine comique et burlesque, est très réussie. </p>
<p>Très belle performance également de la part de <strong>Ezgi Kutlu</strong>, mezzo d’origine turque qui est en train de faire une fort belle carrière. Sa voix est très large, pleine de possibilités expressives,  ce qui lui permet de donner au personnage de Junon beaucoup de force et de présence. <strong>Victoire Bunel</strong>, qui chante Ino, la sœur jalouse de Sémélé, réalise elle aussi une performance remarquable : grande assurance, belle maîtrise technique, voilà une jeune voix déjà bien affirmée et qui promet beaucoup. Autre jeune voix, <strong>Emy Gazeilles</strong>, qui chante le petit rôle de Iris, la messagère de Junon, aborde la partition avec moins de style et moins de classe, c’est sans doute une volonté de la mise en scène, mais pas moins de moyens vocaux. <strong>Evan Hugues</strong> enfin, prête son physique nonchalant au dieu Somnus, le bel endormi qui sera l’instrument de la vengeance de Junon ; la voix est agréable, pas très personnelle, mais convient bien au rôle. Le chœur, fort sollicité, séduit à chacune de ses interventions, et en particulier lors de la scène finale, chantée en quatre petits groupes depuis le premier balcon, avec un fort impact invitant au bonheur et à la réconciliation après le second mariage d’Athamas, cette fois avec Ino.</p>
<p> </p>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Garsington</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-garsington-vivifiant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Jul 2017 06:50:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le festival de Garsington s&#8217;est depuis longtemps fait une spécialité des opéras de Mozart pour lesquels il semble un cadre idéal. Le cru 2017 ne fait pas exception avec ces Nozze di Figaro pleines d&#8217;entrain et d&#8217;énergie. La mise en scène très théâtrale de John Cox anime chacun des chanteurs jusque dans les moindres détails &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le festival de Garsington s&rsquo;est depuis longtemps fait une spécialité des opéras de Mozart pour lesquels il semble un cadre idéal. Le cru 2017 ne fait pas exception avec ces <em>Nozze di Figaro </em>pleines d&rsquo;entrain et d&rsquo;énergie. La mise en scène très théâtrale de <strong>John Cox </strong>anime chacun des chanteurs jusque dans les moindres détails dans une production qui sonne « vraie ». Les beaux décors modulaires de <strong>Robert Perdziola</strong> occupent parfaitement le large plateau, et sont en écho avec les jardins environnants sur lesquels le théâtre, aux murs transparents, est ouvert.</p>
<p>La distribution est dominée par le Comte de <strong style="font-size: 14px">Duncan Rock</strong>, physiquement beaucoup plus jeune que ce l&rsquo;on voit habituellement. Le personnage n&rsquo;est plus celui d&rsquo;un homme mûr atteint du Démon de midi, mais d&rsquo;un jouisseur bien incapable de se plier à son nouveau rôle d&rsquo;époux. La voix est puissante et le timbre plaisant, la technique impeccable : rien d&rsquo;étonnant à ce que le baryton britannique ait déjà entamé une <a href="/billy-budd-madrid-avec-les-cintres-pour-greement" style="font-size: 14px">carrière internationale</a>. <strong>Jennifer France</strong> est une délicieuse Susanna. Le timbre est un peu passepartout, mais le chant est coloré et ses inflexions dramatiques toujours fines et bien venues. L&rsquo;actrice est excellente. Le Figaro de <strong>Joshua Bloom </strong>n&rsquo;a pas toute la vivacité virevoltante de ses prédécesseurs dans le rôle. Il serait même plus sage que le Comte ! La basse australo-américaine a de beaux graves, mais l&rsquo;aigu est un peu tendu. La Comtesse de <strong>Kirsten MacKinnon </strong>est malheureusement un peu verte. Même si la jeune chanteuse tire son épingle du jeu, on attend dans ce rôle un timbre plus rond et moins acide, une voix plus stable. Le Cherubino de <strong>Marta Fontanals-Simmons</strong> passe assez inaperçu faute de projection suffisante. Le timbre est joli, l&rsquo;actrice efficace, mais la voix bien trop peu puissante. <strong>Janis Kelly </strong>est une Marcellina épatante dans ce qui lui reste de rôle (son air est, classiquement, coupé). Le Bartolo de <strong>Stephen Richardson</strong> est un peu à la peine dans l&rsquo;aigu. La Barbarina de la toute jeune A<strong>lison Rose</strong> est plaisante, mais la projection est encore bien faible pour l&rsquo;instant, même pour cette acoustique clémente. <strong>Timothy Robinson </strong>est un Don Basilio sonore. Enfin, les derniers comprimari, le Don Curzio d&rsquo;<strong>Alun Rhys-Jenkins</strong> et l&rsquo;Antonio d&rsquo;<strong>Andrex Tipple</strong>, sont d&rsquo;un excellent niveau. </p>
<p>La réussite de la soirée doit énormément à la direction de <strong>Douglas Boyd</strong>. Son Mozart est vif et pétulant, en un mot : théâtral. Mais le chef écossais sait aussi aller chercher dans la partition des détails d&rsquo;orchestration inhabituels, nous donnant alors l&rsquo;impression de redécouvrir l&rsquo;ouvrage. Boyd nous propose ainsi un tapis sonore quelque fois inédit mais toujours authentiquement mozartien.</p>
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		<title>SULLIVAN, The Pirates of Penzance — Caen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-pirates-de-penzance-caen-pirates-pour-rire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2015 05:09:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi a-t-il fallu attendre 136 ans pour assister ce soir à la première représentation française des Pirates de Penzance, l’un des opéras comiques les plus célèbres de tout le monde anglo-saxon ? Avant tout en raison de la politique de l’agent de Gilbert &#38; Sullivan et directeur de troupe, Richard D’Oyly Carte, qui exigeait de garder &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi a-t-il fallu attendre 136 ans pour assister ce soir à la première représentation française des <em>Pirates de Penzance</em>, l’un des opéras comiques les plus célèbres de tout le monde anglo-saxon ? Avant tout en raison de la politique de l’agent de Gilbert &amp; Sullivan et directeur de troupe, Richard D’Oyly Carte, qui exigeait de garder le contrôle sur toute représentation d’œuvre de ses auteurs favoris et bloqua ainsi pour près d’un siècle toute autre initiative privée. Mais aussi à cause du non-sens tout à fait typique et particulier de cette œuvre qui est profondément ancrée dans l’humour anglo-saxon, et de la langue truffée de jeux de mot intraduisibles.</p>
<p>La musique de Sullivan pastiche volontiers le grand opéra et les opérettes françaises très goûtées à l’époque à Londres (quelques réminiscences d’Offenbach et de <em>La Fille de Madame Angot</em>), mais l’originalité de la partition est entière et certainement la plus achevée du compositeur, avec des ensembles qui sont devenus de véritables tubes sociaux (le « trio du Paradoxe », ou encore l’air du sergent et les réponses en chœur de ses collègues : « When constabulary duty’s to be done (to be done), a policeman’s lot is not a happy one (happy one) ».</p>
<p>De son côté, la galerie des personnages n’est pas sans rappeler <em>Les Brigands </em>d’Offenbach : la brigade de bobbies dubitatifs fait penser aux carabiniers qui arrivent toujours trop tard, et les pirates anglais au grand cœur qui se font sans cesse flouer par des « orphelins » sont cousins germains des brigands français. Quant au livret, il accumule le second degré, le non sens et l’humour,  jonglant avec les mots mal prononcés (pilote et pirate, orphan et often, etc.) et les situations hors normes (le contrat de pirate de Frédéric doit durer jusqu’à son 21<sup>e</sup> anniversaire, mais comme il est né un 29 février, cela va le mener au-delà de ses 80 ans…)</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="318" src="http://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/1_18739761271_ac108fbc11_o.jpg?itok=T1igEyWH" width="468" /><br />
	© ENO / Tristram Kenton</p>
<p>Le triomphe qu’a connu ce soir la troupe de l’ENO à Caen, après deux représentations aussi couronnées de succès à Luxembourg, montre que l’immense potentiel comique de l’œuvre est intact et tout à fait susceptible d’être totalement apprécié par un public francophone. Il faut dire que les excellents surtitres ne laissent aucun spectateur sur la touche, comme le montrent les rires du public parfaitement synchronisés  avec l’action. Donc, combien il est dommage d’avoir attendu aussi longtemps pour présenter en France cette œuvre que l’on aimerait voir un jour à Paris.</p>
<p>Évidemment, les anglophones et anglophiles connaissent bien ces <em>Pirates</em>, très souvent joués outre Manche et dans les pays anglo-saxons, et gâtés par le CD et le DVD avec nombre de versions historiques. Parmi elles, celle de Joseph Papp (avec Linda Ronstadt, Kevin Kline et Rex Smith) a marqué en 1981 un tournant dans l’histoire de l’œuvre, avec près de 800 représentations à Broadway puis 600 à Londres, et encore nombre d’autres en tournée. Une autre version notable est celle, australienne, de 1994 avec Jon English et Simon Gallaher. L’une et l’autre versions (toujours disponibles en DVD) font la part belle à une révision orchestrale tendance pop avec synthétiseur, et à une chorégraphie agressive.</p>
<p>Ce soir, c’est le retour à la version originale qui a été imposée par le cinéaste <strong>Mike Leigh</strong>. Celui-ci, qui n’avait jamais mis en scène d’opéra, a résisté plusieurs années avant d’accepter l’invitation de l’ENO. Très connaisseur de l’œuvre de Gilbert &amp; Sullivan, comme le montre son film à succès <em>Topsy-Turvy</em> (1999), il a respecté la tradition au point que le spectacle en paraît sage, ne s’appuyant que sur la folie du texte, des personnages et des situations, là où bien d’autres ajoutent une agitation scénique frôlant l’hystérie. Le décor d’<strong>Alison Chitty</strong>, seule touche de modernisme, est particulièrement simple (sauf l’arrivée spectaculaire du navire pirate), marqué par de larges aplats de couleurs bleue, verte et rouge. Les beaux costumes, au contraire, sont très proches de ceux de la création. De son côté, le chef <strong>Timothy Henty</strong> a choisi des tempi plus lents qu’à l’habitude, qui parfois font piaffer les chœurs des pirates qui visiblement aimeraient l’entraîner plus vite. Mais il ressort de tous ces partis pris une unité de conception qui laisse la part belle au texte et à l’histoire, rendus particulièrement clairs,</p>
<p>La distribution est en tous points exemplaire, malgré les quelques modifications par rapport à celle de la création à l’ENO au printemps dernier. Et tout d’abord le roi Pirate de <strong>Joshua Bloom</strong> est extraordinaire autant dans sa conception du rôle rappelant les pirates du cinéma, que dans son expression musicale, vocale  et scénique, qui lui permet de dominer nettement l’espace scénique à chacune de ses interventions. <strong>Claudia Boyle</strong>, à la belle technique vocale, poursuit une carrière importante dans des rôles plus classiques. Elle est une délicieuse Mabel, mêlant la tradition à une conception bien actuelle de ce personnage plein à la fois de contradictions et de sex-appeal. <strong>Robert Murray</strong> est un Frederic tout aussi traditionnel et bien chantant ; son duo en forme de madrigal avec Mabel au second acte est notamment une perfection musicale.  Et la Ruth de <strong>Rebecca de Pont Davies</strong> est également une grande réussite ; son personnage à la Calamity Jane, loin des habituelles nourrices plantureuses, est particulièrement touchant, surtout à la fin quand elle se retrouve délaissée par tous sans même recevoir du sergent la traditionnelle rose lui signifiant son intérêt. On remarque aussi la délicieuse Edith de <strong>Tereza Andrasi</strong>, à la très jolie voix. Enfin, le Major-general Stanley d’<strong>Adrian Powter</strong> et le Sergent de police de <strong>Mark Richardson</strong> se situent eux aussi dans la grande tradition. Les autres interprètes et les choristes sont également excellents.<br />
	 </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-pirates-de-penzance-caen-pirates-pour-rire/">SULLIVAN, The Pirates of Penzance — Caen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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