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	<title>Marius BRENCIU - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Marius BRENCIU - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Marseille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de L’Or du Rhin plaide en faveur de ce retour à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de <em>L’Or du Rhin</em> plaide en faveur de ce retour à l’humilité – qui ne signifie pas pauvreté – à rebours <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">des récents égarements parisiens de Calixto Bieito</a>. <strong>Charles Roubaud</strong> n’essaye pas de faire rentrer au forceps dans le prologue du Ring ses angoisses, visions, combats existentiels ou politiques – rayer la ou les mentions inutiles. Tout juste déplace-t-il le premier tableau dans une banque où Alberich, converti en technicien de surface, tentera de lutiner les Filles du Rhin avant de s’emparer du précieux métal entreposé dans un coffre-fort géant. L’idée ne sera pas plus développée ; dès la deuxième scène, le récit poursuit son cours dans son cadre littéral, aidé d’un plateau circulaire et des vidéos de <strong>Julien Soulier</strong> – belle projection du Walhalla en fond de scène, à la façon d’un château doré imaginé par Walt Disney. Les images se succèdent, rivalisant de prouesses techniques, des métamorphoses d’Alberich à la montée des dieux dans leur Trump Tower. A en juger par l’enthousiasme de la salle à l’issue de la représentation, que demande le public, si ce n’est qu’on lui raconte une histoire, telle qu’il l’aime et telle qu’il la comprend. Retrouver son âme d’enfant sans se poser plus de questions, par Wotan, que c’est bon ! – même si cette illustration ne prend en compte les enjeux théâtraux de l’œuvre qu’à travers certains personnages. A l’évidence, Loge et Alberich ont plus inspiré le metteur en scène que les géants et les dieux du Walhalla.</p>
<p>La narration puise aussi sa force dans la direction de <strong>Michele Spotti</strong>. Pour son baptême wagnérien, le maestro conduit d’une main de fer un orchestre dispersé jusque dans les loges latérales. L’exiguïté de la fosse marseillaise oblige à un tel dispositif avec ce que cela ajoute de difficulté en termes de précision mais aussi, pour le spectateur, d’immersion dans la partition. Chef de vision par la façon dont le Rhin liminaire charrie son flux de musique, du mi bémol initial à l’ascension du Walhalla, et chef de détail par la netteté avec laquelle se détachent les leitmotivs, Michele Spotti sculpte la matière instrumentale d’un geste puissant. La large palette sonore dans laquelle il trempe sa baguette, du murmure au fracas, est un procédé narratif imparable. L’attention portée au dialogue entre chanteurs et instruments – cordes, cuivres, percussion, tous galvanisés –, est gage d’intelligibilité dramatique. Ainsi avance le discours, libre mais contrôlé, sans que jamais la battue ne relâche sa tension.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold-Marseille-2-c-Camille-Rovera.jpg" />© Camille Rovera</pre>
<p>Ce n’est pas un mince exploit de la part de l’Opéra de Marseille de proposer dans un opéra de Wagner une distribution française pour l’essentiel. Un tel tour de force n’aurait sans doute pas été possible il y a une dizaine d’années – dans une actualité lyrique anxiogène, le moindre signal positif mérite d’être souligné. Tous les chanteurs, ou presque, trempent pour la première fois dans l’eau du Rhin et le naturel avec lequel ils s’ébattent dans le chant wagnérien n’est pas la moindre des satisfactions de la matinée. Tous sans exception possèdent l’endurance, la projection suffisante pour surmonter un orchestre dont Michele Spotti règle le volume à bon escient – on l’a dit. Tous maîtrisent la déclamation et le nerf de l’écriture.</p>
<p>La distribution offre même la surprise de noms que l’on n’aurait pas imaginés dans ce répertoire. <strong>Eric Huchet</strong>, offenbachien accompli, sangle l’armure de Froh avec une facilité déconcertante. <strong>Yoann Dubruque</strong>, souvent apparenté à Mozart, lance d’un trait sûr les appels de Donner. <strong>Patrick Bolleire </strong>(Fasolt) et <strong>Louis Morvan</strong> (Fafner) se hissent à la hauteur des Géants, sans charbonnage ni caricature, dans une incarnation d’une sobre puissance. Loin de l’image de la marâtre acariâtre, d’une sensualité au contraire provocante, <strong>Marion Lebègue </strong>prête à Fricka un mezzo-soprano qui nous semble avoir encore gagné en chair et en ampleur. Sous la blonde chevelure de Freia toutes griffes dehors et tous aigus acérés, <strong>Elodie Hache</strong> laisse transparaître les sommets héroïques qu’elle pourrait un jour conquérir. En Erda, <strong>Cornelia Oncioiu</strong> suspend le temps par la seule densité de son chant, long et tenu. <strong>Marius Brenciu</strong> glapit Mime avec beaucoup de conviction et les Filles du Rhin – <strong>Amandine Ammirati</strong> (Woglinde), <strong>Marie Kalinine</strong> (Wellgunde), <strong>Lucie Roche </strong>(Flosshilde) – ondoient à l’unisson tout en préservant leur individualité. Le plus surprenant de tous reste <strong>Samy Camps</strong>, que l’on pensait ténor lyrique, voire léger, épousant toutes les ambiguïtés de Loge d’une voix incisive et claire, évoluant d’un pas souple, tant scéniquement que vocalement, au sein du drame dont il tire les ficelles avec brio.</p>
<p>Alberich peut-il être séduisant ? Telle est la question soulevée par <strong>Zolt</strong><strong>án Nagy</strong> en mal de bile et de noirceur, trop lumineux de prime abord pour l’âme damnée du Nibelung. Mais le chanteur transylvanien trouve en lui des ressources insoupçonnées pour proférer sans faillir une malédiction de l’anneau, peut-être moins effrayante que d’autres, mais plus insidieuse.</p>
<p>Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-fliegende-hollander-rouen/">un <em>Fliegende Holländer</em> à Rouen salué par notre confrère Clément Taillia</a>, <strong>Alexandre Duhamel</strong> ajoute un deuxième fleuron wagnérien à son palmarès. Là où le Hollandais repose sur une obsession unique, Wotan concentre des contradictions immenses : puissance, désir, peur, renoncement, culpabilité. C’est ce camaïeu de sentiments que donne à entrevoir le baryton français avec les moyens qui lui sont propres : une présence massive, une matière dense, graniteuse, un medium solide, un aigu dont la relative fragilité trahit la faiblesse du dieu et un legato de violoncelle qui maintient jusque dans les élans les plus sombres une ligne d’une grande humanité.</p>
<p>Il est de coutume de conclure un compte rendu de <em>Das Rheingold</em> sur des perspectives : à la lumière de ce premier jalon, que peut augurer la suite du cycle ? À Marseille, la question se pose en d’autres termes. <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-marseille-se-mefier-des-prejuges/">Die Walküre</a></em>, deuxième volet de la saga, a déjà vu le jour en 2022 dans les conditions contrariées de la pandémie. La saison prochaine, <a href="https://www.forumopera.com/breve/marseille-2026-27-grands-operas-grandes-voix-grande-saison/">dévoilée récemment</a>, n’annonce ni une reprise de cette première journée, ni une nouvelle production de la suivante – <em>Siegfried</em>. Qu’en sera-t-il des années à venir ? Dans le contexte actuel, l’effort budgétaire qu’exige la poursuite d’un <em>Ring</em> apparaît plus que jamais suspendu à la volonté des institutions. Mais il serait dommage d’en rester là.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’Olivier Py arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&#8217;actualité de cette histoire qu&#8217;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’<strong>Olivier Py</strong> arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&rsquo;actualité de cette histoire qu&rsquo;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, voire rend difficilement lisible des scènes pourtant évidentes : le statisme du chœur et la pauvre direction des figurants (on croirait presque que les militaires répriment une émeute) lors du prologue rendent incompréhensible la manipulation du peuple ou ses chamailleries tragi-comiques. Sans parler de cette ballerine qui danse face à un soldat ivre pendant la scène du couronnement. L&rsquo;effort pédagogique est donc lourdement appuyé : l’action est transposée au XXe siècle, un immense Z occupe le mur de scène du prologue, la façade du palais est celle de la Douma à Moscou et se retourne pour laisser voir des façades d’immeubles éventrées (sans doute une évocation des bombardements en Ukraine) lors du tableau de la taverne, et les nombreuses autres allusions (déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/">détaillées par notre confrère</a>) semblaient ne pas suffire : Boris lance son monologue devant une toile peinte sur laquelle Poutine fait face à Staline, et Fiodor joue à faire virevolter une mappemonde gonflable (la « carte de Russie ») comme Charlie Chaplin singeant Hitler. Quelques réussites plus fines tout de même : l’apparition de l’innocent dès le lever de rideau qui singe le tsar (il réapparaitra travesti, pied de nez à la masculinité toxique des autocrates russes) ; le rideau de scène, toile de fonds de la folie de Boris peuplée de troncs d’arbres formant une sombre forêt infinie, laquelle finira par s’enflammer pour voir Boris s’effondrer, accompagné seulement de son fils qui s’enfuit, tandis que Grigori s’empare du bonnet de Monomaque, le viseur du pistolet de Chouïski pointé sur lui. Mieux vaut tout de même avoir révisé son histoire russe pour comprendre. Belles réussites également de <strong>Bertrand Killy</strong> dont les lumières stroboscopiques permettent de belles apparitions du fantôme de Dimitri (dont la minuscule tombe hante l’avant-scène) ou jouent avec le cadre de scène pour amplifier l’espace scénique. On retrouve en outre des éléments habituels de la poétique scénique de Py (les hautes façades dorées à alcôve, les néons qui clignotent, la prostituée au mascara dégoulinant, les hommes torse nu…), sans distiller d’autres parfums que celui du déjà-vu.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Boris-Godounov_MIR8837-©-Mirco-Magliocca-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-157215"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Mirco Magliocca</sup></figcaption></figure>


<p>Musicalement, le compte y est davantage, mais quitte à jouer la version de 1869, plus théâtrale et sèche, on aurait aimé plus de relief, de drame et de rugosité. <strong>Andris Poga</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre National de France</strong> soigne la beauté du son et se montre attentif à ne pas saturer l’espace sonore, ce qui est très appréciable pour le très bon <strong>Chœur de l’Opéra National du Capitole</strong> qui peut impressionner sans hurler malgré leur effectif réduit. Hélas, les différentes populations sont insuffisamment caractérisées et le chef ne réussit pas à rendre sensible la tension angoissante, la course à l’abime, l’effroi qui habite ce drame. Un peu comme si la sérénité lénifiante de Pimène était à la baguette. Parmi les seconds rôles, nous n’avons pas apprécié l’émission un peu trop relâchée de l’Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong>, trouvé un peu maigre le Varlaam de <strong>Yuri Kissin</strong>, et reconnaissons avoir peu de souvenir de Missaïl, Mitioukha et de la nourrice. Louons cependant la présence dévastatrice du Nikititch de <strong>Sulkhan Jaiani</strong>, et la belle contenance de l’Andreï de <strong>Mikhail Timoshenko</strong>. <strong>Airam Hernandez</strong> et <strong>Sarah Laulan</strong> sont prometteurs, mais sans acte polonais pour le premier, ni chanson du canard pour la seconde, difficile de transformer l’essai. La très intense Xenia de <strong>Lila Dufy</strong> et le Fiodor plein de vie de <strong>Victoire Bunel</strong> réussissent néanmoins à briller malgré la brièveté de leur intervention. <strong>Roberto Sciandiuzzi</strong> est un Pimène décevant, qui offre certes ses longues années de carrière au service de la vieillesse du personnage, mais n’arrive jamais à en faire le prophète implacable et menaçant qui précipitera la chute du tsar. <strong>Marius Brenciu</strong> campe un Chouïski éclatant, un peu trop sans doute, difficile d’entendre de l’arrogante fourberie ici. Franc succès pour finir que le magnifique Boris d’<strong>Alexander Roslavets</strong> qui hésite constamment entre la puissance et la fragilité, sait effrayer autant qu’émouvoir sans jamais sombrer dans la caricature.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/">MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Nov 2023 06:40:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie Olivier Py dans la nouvelle production de Boris Godounov, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie <strong>Olivier Py</strong> dans la nouvelle production de <em>Boris Godounov</em>, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu de poésie que l’on perd, une part de ce mystère russe que Py connaît pourtant parfaitement, et dont il maîtrise les tenants et les aboutissants. Ce sentiment de poésie, de tourment, de tragédie, d’angoisse, celui qui nous assaille jusqu’au plus profond de nous-mêmes, ne le ressentons-nous pas <em>in extremis</em> seulement, dans cette scène conclusive, mémorable entre toutes et qui se joue devant le rideau baissé. Boris va expirer, il est seul, seul malgré ses visions, seul malgré le fantôme de Dimitri (le tsarévitch présent du début à la fin comme pour le narguer une ultime fois), seul malgré son fils qu’il étreint sans le voir.  Cette épure nous rend enfin le tsar tel qu’il est : un homme assailli par ses visions, prisonnier de son histoire et qui trouve dans la folie puis la mort la seule issue possible à son drame ; les flammes de l’enfer vers lesquelles il se précipite n’apportent rien à la démonstration.</p>
<p>La version choisie est celle de 1869, l’original donc. Sept tableaux présentant sans interruption une action resserrée, souvent elliptique et qui fait la part plus que belle aux chœurs, donc au peuple de Russie (« C’est le peuple que je veux peindre. Quand je dors, je le vois devant moi, quand je mange, je pense à lui […], il ne cesse de m’apparaître encore et toujours », écrit Moussorgski à Répine en 1875), mais qui laisse la portion congrue aux rôles féminins (d’où l’ajout de l’acte polonais quelques années plus tard, pour, entre autre, insérer le magnifique rôle de Maryna). Le metteur en scène choisit de dresser le portrait de la Russie de toujours, celle qui, quel que soit son statut politique (Russie, Union soviétique) met en œuvre les mêmes forces destructrices, la même violence. Nous assistons donc au cours de cette magnifique leçon d’histoire à la traversée des siècles, depuis le couronnement de Boris jusqu’à la période contemporaine avec l’invasion de l’Ukraine et les drapeaux russes et polonais (et pourquoi donc ?) omniprésents : dès le premier tableau un immense Z apparaît en fond de scène, et au cinquième tableau, le dialogue entre Boris et Chouïski se joue au Kremlin dans la salle où Poutine reçut Macron autour de cette immense table de marbre blanc ! Les allusions à la dictature stalinienne sont également légion. Au troisième tableau ; lorsque Pimène retrace à grands traits l’histoire de la Russie, Grigori revêt les habits des grands dictateurs du pays, comme pour illustrer la continuité dans la violence subie par le peuple. Très belle scène aussi dans le cinquième tableau où Fiodor jouant, non pas avec une carte de la Russie, mais un ballon géant représentant notre planète, dit à son père : « Regarde la carte de Russie » !</p>
<pre>             <img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9530-1294x600.jpg" alt="" width="688" height="319" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Mirco Magliocca</pre>
<p>La production d’Olivier Py est saluée chaleureusement par le public (comme quoi il n’est pas toujours hué, <a href="https://www.forumopera.com/olivier-py-il-ny-a-pas-de-il-faut-en-art/">quoi qu’il en dise</a> !), sensible à coup sûr à la magnifique traduction scénique réalisée et ô combien réussie par <strong>Pierre-André Weitz</strong> : une série de décors tournant rapidement sur eux-mêmes et nous faisant voyager dans le temps et des espaces aussi différents qu’une cathédrale, une auberge aux allures de bordel ou encore une salle d’étude dans un couvent. Le tout superbement éclairé par <strong>Bertrand Killy</strong>.</p>
<p>Pour ce qui est de la production musicale, il faut saluer l&rsquo;excellente capacité de l’ensemble à « sonner russe ». Ce compliment vaut d’abord pour l’orchestre du Capitole dirigé par <strong>Andris Poga</strong>. Le jeune chef letton a su insuffler toutes les nuances dans les couleurs de l’orchestre voulu par Moussorgski ; de ce point de vue, le dépaysement est parfait. De même qu’est remarquable le travail effectué par <strong>Gabriel Bourgoin</strong> à la tête des chœurs et de la maîtrise de l’opéra national. Nous l’avons dit le chœur c’est le peuple russe, il est au cœur de l’ouvrage et, pour ce soir de première, la copie rendue est impressionnante : puissance, articulation, soin dans les variations dynamiques.</p>
<p>Plateau vocal de grande tenue : commençons par Boris ; c’était ce soir-là la prise de rôle d’<strong>Alexander</strong> <strong>Roslavets</strong> (qui remplaçait Matthias Goerne, initialement programmé) : clarté de timbre, projection suffisante et surtout incarnation du rôle, notamment dans la scène finale, nous l’avons dit. Autre performance, celle du Pimène de <strong>Roberto Scandiuzzi</strong> à la diction admirable. Il possède une basse chaleureuse mais qui sait être aussi cassante. <strong>Marius Brenciu</strong> est un Chouiski parfaitement retors ; <strong>Airam Hernandez</strong> est un Grigori fantasmatique ; <strong>Sulkhan Jalani</strong> un Nikititch effrayant au possible et <strong>Mikhaïl Timoshenko</strong> (Andrei) nous fait apprécier la clarté et la beauté de son timbre. Notable enfin l&rsquo;Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong> , sorte de fou du roi, omniprésent dès le lever de rideau. Chez les femmes, pas de rôle vraiment marquant, c’est un peu le travers de cette version de <em>Boris</em>.  <strong>Victoire Bunel</strong> est un Fiodor gracile et au final charmant. <strong>Svetlana Lifar</strong> (en nourrice) et <strong>Sarah Laulan</strong> (l’aubergiste) nous ont semblé plus convaincantes que <strong>Lila Dufy</strong> en Xenia.</p>
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		<title>Viorica Cortez décorée de la Légion d&#8217;Honneur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/viorica-cortez-decoree-de-la-legion-dhonneur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Nov 2022 12:20:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vendredi 25 novembre dans les salons de la Maison de l&#8217;Amérique Latine, Viorica Cortez a reçu les insignes de Chevallière de la Légion d&#8217;Honneur des mains de Roselyne Bachelot, décoration amplement méritée pour cette immense artiste particulièrement attachée à la France. Lors de son discours introductif, la ministre a rappelé les grandes étapes d&#8217;une carrière &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Vendredi 25 novembre dans les salons de la Maison de l&rsquo;Amérique Latine, <strong>Viorica</strong> <strong>Cortez</strong> a reçu les insignes de Chevallière de la Légion d&rsquo;Honneur des mains de Roselyne Bachelot, décoration amplement méritée pour cette immense artiste particulièrement attachée à la France. Lors de son discours introductif, la ministre a rappelé les grandes étapes d&rsquo;une carrière exceptionnelle, citant quelques uns de ses prestigieux partenaires  à la scène : Alfredo Kraus (avec lequel elle chanta <em style="font-size: 14.000001px">La Favorite</em> mais aussi ce qu&rsquo;elle considère elle-même comme ses plus belles représentations de <em style="font-size: 14.000001px">Werther</em>), Plácido Domingo (Hoffmann passionné au point d&rsquo;endommagé la précieuse robe de sa Giulietta), Joan Sutherland, Montserrat Caballé, Jon Vickers et des chefs aussi prestigieux que Claudio Abbado ou Riccardo Muti. « Viorica Cortez est aussi une véritable comédienne qui sait donner à ses personnages l&rsquo;intensité dramatique et l&rsquo;émotion qui touchent le coeur du public ». Roselyne Bachelot a également souligné une diction parfaite, une voix somptueuse, chaude et puissante et la vastitude de son répertoire, d&rsquo;Eboli à Semiramide en passant par<em style="font-size: 14.000001px"> La Favorite</em>, Amneris, Azucena, mais aussi Baba la Turque ou Clytemnestre,  « de Bach à Messiaen et de Monteverdi à Schönberg ». La ministre a également rappelé que Viorica Cortez fut à son époque qualifiée de <em style="font-size: 14.000001px">Carmen pour la vie</em> ou encore de <em style="font-size: 14.000001px">Carmen du siècle</em>, et a cité les propos de son mari, le compositeur Emmanuel Bondeville qui avait écrit pour elle un <em style="font-size: 14.000001px">Antoine et Cléopâtre</em> : « Ce panorama vocal exceptionnel represente l&rsquo;étonnant éventail artistique d&rsquo;une cantatrice dont le  talent aux facettes multiples possède le rare privilège d&rsquo;unir la perfection technique à la plus émouvante humanité ». </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_4418-1.jpg?itok=EoZz-7XE" title="© Jean Michel Pennetier" width="468" /></p>
<p>Dans sa réponse , Viorica Cortez, très émue, a manifesté sa reconnaissance, son bonheur et sa fierté de recevoir cette décoration. elle qui chérissait la France depuis sa prime jeunesse roumaine. <a href="/actu/viorica-et-mioara-cortez-deux-soeurs-deux-destins">Viorica Cortez a dédié cette médaille à sa fille Catalina, trop tôt disparue</a>, et dont c&rsquo;était le désir le plus cher de voir sa maman un jour ainsi récompensée. « Sur toutes les scènes avec passion. j&rsquo;ai défendu le magnifique répertoire français » a-t-elle conclu avant de remercier ses nombreux amis présents, ajoutant (avec on humour habituel) que cette décoration l&rsquo;e&rsquo;ncourageait à rester en bonne santé pour pouvoir progresser dans l&rsquo;Ordre de la Légion d&rsquo;Honneur ! </p>
<p>La cérémonie était suivie d&rsquo;un mini-concert<sup>1</sup> au cours duquel le mezzo soprano interpréta « Mon coeur s&rsquo;ouvre à ta voix » et la Barcarolle des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann </em>témoignant d&rsquo;un art encore exceptionnel.</p>
<p> </p>
<p>1. Programme du concert :<br />
Violeta Paraschiv (ms) : « Les chemins de l&rsquo;amour » (Poulenc) et la Habanera (Bizet)<br />
Paul Gaugler (ténor) :  « Après un rève » (Fauré) et  « Ah ! Lève-toi soleil » (Gounod)<br />
Viorica Cortez (ms) : « Mon coeur s&rsquo;ouvre à ta voix » (Saint-Saëns)<br />
	Marius Brenciu (ténor) : L&rsquo;Invitation au voyage (Duparc) et « Changeons propos » (Enesco)<br />
	Alexis Vassiliev (contre-ténor) : « Plaisir d&rsquo;amour » (Martini)<br />
	Viorica Cortez et Alexis Vassiliev : Barcarolle des <em>Contes</em> <em>d&rsquo;Hoffmann</em> (Offenbach)<br />
Alina Pavalache : piano et chef de chant</p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>JANACEK, Jenůfa — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/jenufa-toulouse-janacek-si-bien-servi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Apr 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Peut-on imaginer plus sombre que Jenůfa ? Plus affreusement désespéré ? Dans Jenůfa, il fait aussi froid que noir : il n’est pas un seul instant de sérénité, pas un moment qui ne soit accablé de toutes les plaies du monde. La moindre fête villageoise est ternie par une beuverie menant à l’anathème ; l’enfant du péché est sacrifié &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Peut-on imaginer plus sombre que <em>Jenůfa</em> ? Plus affreusement désespéré ? Dans <em>Jenůfa</em>, il fait aussi froid que noir : il n’est pas un seul instant de sérénité, pas un moment qui ne soit accablé de toutes les plaies du monde. La moindre fête villageoise est ternie par une beuverie menant à l’anathème ; l’enfant du péché est sacrifié à l’autel de la bienséance ; les mariés se dirigent vers l’autel avec des souliers de plomb ; et comment croire un seul instant en l’ultime revirement qui voit Jenůfa se donner à Laca ? S’agit-il d’y croire d’ailleurs ? L’essentiel est d’évidence ailleurs ; l’essentiel de l’œuvre, il faut le trouver dans la peinture scrupuleuse d’un mécanisme démoniaque et incontrôlable (la roue du moulin, démesurée, tourne sans cesse au premier acte et accompagne le terrible enchaînement des faits, avant de s’immobiliser au II où le temps, de fait, s’est arrêté). Un mécanisme qui tue dans l’œuf toute velléité de bonheur. L’essentiel, il est aussi dans la description d’une société d’un autre temps où nul ne se reconnaît aujourd’hui. C’est cela qu’a voulu dessiner au plus près Janáček. Pourquoi se serait-il emparé d’un livret à la trame si funeste, s’il n’avait d’abord et peut-être seulement voulu s’attacher à la peinture des deux seules âmes, à la fois fascinantes et bouleversantes, qui concentrent en un précipité d’une effroyable densité, tous les malheurs et toutes les impasses du monde ? Ces deux personnages hors du commun qu’il a parés des plus beaux atours psychologiques et musicaux, au point de faire paraître insignifiants ou falots les autres protagonistes. Ces deux-là, Jenůfa et Kostelnička, indissociables dans le malheur de leur destinée et la magnificence, l’exubérance de leurs partitions, sont à situer au panthéon de la musique de Janáček. Et peu importe ce qu&rsquo;il a vécu pendant la composition de la pièce (la perte d’un enfant) ; il avait trouvé le sujet avant cela et on peut imaginer que c’est la peinture du tourment infini, éternel, de ces deux âmes, qui l’a attiré puis fasciné. Car il a doté ces deux rôles de ce qui sont ses plus belles pages, notamment tout le deuxième acte avec le monologue de la sacristine et la prière de Jenůfa.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="468" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/9.4_-_marie-adeline_henry_jenufa_la_sacristine_catherine_hunold_-_credit_mirco_magliocca.jpg?itok=iNghZ5gf" width="312" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p>Pour cette reprise toulousaine de la proposition de <strong>Nicolas Joël</strong>, Christophe Ghristi, le directeur du théâtre national du Capitole, a lancé <strong>Marie-Adeline Henry</strong> et <strong>Catherine Hunold</strong> pour deux prises de rôles à haut risque. Une prise de rôle n’est jamais chose facile, et encore moins quand elle se fait au dernier moment. Catherine Hunold n’a pas refusé l’obstacle et s’est emparé <a href="https://www.forumopera.com/actu/catherine-hunold-je-suis-une-diseuse-passionnee">en accéléré</a> de la Sacristine. Quant à Marie-Adeline Henry, elle tournait depuis quelque temps autour de Jenůfa et attendait sa chance. La première toulousaine a, d’emblée et sans aucune réserve, consacré deux nouvelles grandes titulaires des rôles de Kostelnička et Jenůfa. La Jenůfa de Marie-Adeline Henry, dès la première minute, impose et son autorité et sa féminité. Son personnage est entier du début à la fin, y compris dans ses contradictions. A l’appui de cette proposition, le soprano est parfaitement clair, univoque, puissant, sans faille. Pas la moindre fêlure ou fragilité dans la peinture de la désespérance d’une mère privée de son enfant, de son bonheur. Cette voix propose du coup un personnage de Jenůfa à la dimension quasiment héroïque. Jenůfa est une héroïne brisée, mais c’est avant tout une héroïne et on comprend mieux le revirement final ; le consentement qu’elle donne à Laca n’est plus un <em>happy end</em> improbable, mais, dans la droite ligne du personnage, un nouveau départ assumé, une fois digéré le dernier et tragique de ses aléas. Aux saluts, Marie-Adeline Henry a récolté l’immense gratitude du public.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="468" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/6_-_la_sacristine_catherine_hunold_-_credit_mirco_magliocca.jpg?itok=9Q62kebw" width="468" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p>La Kostelnička de Catherine Hunold ne mérite pas moins d’éloges ; outre la performance quasi athlétique qui a consisté à apprendre le rôle en quelques semaines, il faut saluer l’intelligence et la parfaite compréhension des attendus du rôle. Et Dieu sait qu’elle est complexe cette Sacristine. Elle semble dans un premier temps une véritable mère fouettarde, matrone redoutée de tous. Et au fil de l’intrigue, la complexité du personnage, à l’image des avatars de sa vie, apparait de plus en plus clairement. Janáček, au final, nous montre même les tréfonds de l’âme d’un personnage qui ne manque pas de noblesse dans la droiture et l’intégrité de sa personne. Et toutes ces nuances, toutes ces facettes de la personnalité du personnage sautent aux yeux de façon éclatante dans l’interprétation de Catherine Hunold. On le sait, celle-ci n’est jamais aussi convaincante que dans ces rôles de femme forte qu’elle recherche, avec les pieds sur terre et du tempérament à revendre. Le rôle, pour nouveau qu’il soit pour elle, semble taillé sur mesure. Tout y est dès le premier soir, la sévérité et le tranchant du <em>forte</em>, la surpuissance du <em>fortissimo</em>, mais aussi la noblesse du chant dans la résignation ultime. Quelle plus belle sensation que d’avoir l’impression de redécouvrir un rôle que l’on pensait familier !</p>
<p>Nous l’avons dit, à côté de ces deux-là les autres rôles font pâle figure et c’est sans aucun doute la faiblesse dans la construction de <em>Jenůfa</em>. Pour autant, il faut retenir le Laca de <strong>Marius Brenciu</strong> qui dépeint magnifiquement son incapacité à rendre Jenůfa heureuse. <strong>Mario Rojas</strong> rend fort bien la pâleur du personnage de Števa et montre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas capable de trouver les mots qui toucheraient Jenůfa. Au premier acte, la Grand-mère de <strong>Cécile Galois</strong> est la seule trace de chaleur humaine dans un tableau d’une infinie tristesse.</p>
<p>Les décors de Ezio Frigerio, l’un des grands chefs décorateurs du circuit, décédé en février dernier, et les costumes de Franca Squarciapino disent la froideur de l’ensemble. Outre l’immense roue de moulin qui ne reprend vie au II que lorsqu’il s’agit d’aller sacrifier le nourrisson et « le mener à Dieu », la scène est figée dans un vide envahissant. Même la table du repas des noces reste désespérément inoccupée et surdimensionnée. Tout est blanc ou noir ou sombre ou gris. Nulle couleur, ni dans les vêtements, ni dans les décors.</p>
<p>L’orchestre, qui couvre un peu les voix au I, décrit somptueusement, dans la direction habitée de <strong>Florian Krumpöck</strong>, la mécanique infernale (dont ce cliquetis récurrent et envahissant de la roue à aubes du moulin) qui conduit au malheur.</p>
<p>Cet opéra, Janáček l’a défendu comme aucun autre, sans jamais se décourager de le voir reconnu et représenté à Prague.  On ne peut que se réjouir de voir <em>Jenůfa</em> aujourd’hui apparaître dans nombre de programmations : dix-sept productions en Europe cette saison dont une prochaine rouennaise.</p>
<p> </p>
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		<title>PUCCINI, La rondine — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-rondine-toulouse-a-toulouse-on-convertit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Nov 2017 09:13:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« On ne voit bien qu’avec le cœur » : la formule que Saint-Exupéry prête à son petit prince est peut-être la clé pour appréhender La Rondine dans sa réalité profonde. C’est depuis longtemps l’attitude de Nicolas Joel à l’égard d’une œuvre qu’il estime injustement mésestimée, et qu’il s’est efforcé d’exalter au mieux dans les productions successives dont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« On ne voit bien qu’avec le cœur » : la formule que Saint-Exupéry prête à son petit prince est peut-être la clé pour appréhender <em>La Rondine </em>dans sa réalité profonde. C’est depuis longtemps l’attitude de <strong>Nicolas Joel </strong>à l’égard d’une œuvre qu’il estime injustement mésestimée, et qu’il s’est efforcé d’exalter au mieux dans les productions successives dont il assura la mise en scène. S’il a gardé une tendresse particulière pour celle de ses débuts à La Scala, il est particulièrement fier du spectacle réalisé en partenariat avec Covent Garden et le Capitole de Toulouse quand il en était le directeur. Repris de Londres à New-York, jusqu’à San Francisco et Tel-Aviv, pérennisé par un DVD enregistré au Metropolitan Opera, il retrouve en ce moment son berceau toulousain. A cette occasion Nicolas Joel prend la parole dans le livret succinct qui tient désormais lieu de programme, et ce qu’il dit lui permet de rectifier des approximations répandues qui contribuent probablement à prolonger la vie des préjugés relatifs à <em>La rondine</em>.</p>
<p>Ainsi, parce que l’œuvre a eu une naissance difficile, du fait des circonstances historiques qui l’ont bousculée de Vienne à Monte-Carlo, on est tenté de voir une maladresse du compositeur, aux prises avec un genre nouveau pour lui, dans le fait qu’il accepte un livret dont l’inspiration remonte si lisiblement vers des œuvres antérieures. C’est ici, nous dit Nicolas Joel, qu’il importe d’être attentif : on assimile facilement Magda de Civry à Violetta, autrement dit on en fait une prostituée qui a réussi. C’est compréhensible, car après Emilienne d’Alençon ou de Liane de Pougy son nom semble la situer dans la lignée des grandes « horizontales ». Mais rien dans le livret ne justifie cette assimilation : si elle vit grâce aux largesses de l’homme riche qui l’entretient elle n’a jamais été de celles qui se vendent ou passent de l’un à l’autre sans scrupules. Autrement dit, tout ce qui peut rappeler d’autres œuvres n’est pas la preuve d’une inspiration défaillante mais une gageure relevée, sorte de défi soutenu envers d’illustres prédécesseurs ou envers lui-même.</p>
<p>Ainsi, quand la femme de chambre revêt en douce les toilettes de Magda, on pense évidemment à <em>La Chauve-Souris</em>, mais Puccini ne refait ni ne plagie cette œuvre, pas plus que le deuxième acte, au Bal Bullier, n’est une resucée du Café Momus, et lors de la fugue sur la Côte d’Azur, qui rappelle l’exil campagnard dans <em>La Traviata</em>, c’est le jeune homme qui se soucie des besoins financiers et c’est sa mère qui intervient. A se focaliser sur les analogies on perd de vue les différences, qui sont pourtant le moyen pour Puccini de s’exprimer en se démarquant. Quel meilleur moyen d’affirmer sa personnalité que de reprendre un thème traité par d’autres ? C’est peut-être en cela que ceux qui tiennent <em>La rondine </em>pour le meilleur Puccini ont raison : quand il semble revenir sur ses pas il va en réalité de l’avant, creusant ce qu’il a pu déjà écrire pour le traiter, grâce à la liberté que lui offre la forme hybride de la comédie lyrique, de manière nouvelle ou plus percutante, et usant de celle-là pour introduire l’actualité de rythmes étrangers au domaine de l’opéra qui lui permettent d’établir son identité de compositeur du XXe siècle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/rondine7244_-_credit_patrice_nin_acte_i.jpg?itok=7M3E6g5-" title="Acte I, le salon de Magda. Au fond devant la cheminée Rambaldo. Au premier plan au centre Lisette la femme de chambre, Magda et Prunier. © Patrice Nin" width="468" /><br />
	© Patrice Nin</p>
<p>Pour percevoir à plein cette épiphanie musicale, il faut qu’aucun conflit n’oppose l’œil et l’oreille. C’est cet accord parfait que propose cette production. La trilogie <strong>Ezio Frigerio </strong>– décors – <strong>Franca Squarciapino </strong>– costumes – et <strong>Vinicio Cheli </strong>&#8211; lumières – a réalisé pour Nicolas Joel une des plus indiscutables réussites dans le genre décoratif. Du majestueux salon de Magda au tumultueux Bal Bullier jusqu’à la serre couverte de glycine de la villa sur la Côte d&rsquo;Azur, la profusion des détails évocateurs, des fresques à la Mucha aux mosaïques précubistes en passant par les entrelacs de feuillages pseudo-persans, c’est un amalgame savamment suggestif d’une époque où l’art se voulait cosmopolite. La correspondance entre ce qui est montré et la musique y devient d’une évidente limpidité.</p>
<p>Si on le perçoit aussi nettement, c’est parce que l’orchestre du Capitole nous met à la fête, dans un enchaînement sans répit où la dynamique des rythmes laisse s’épanouir les épanchements lyriques, le plus souvent contenus dans les limites d’une conversation en musique. On en éprouverait quelque frustration si la marche en avant ne nous entraînait et si la sensualité d’une courbe ne s’imposait, d’autant plus prenante dans sa brièveté et d’autant plus précieuse dans son rappel. Les applaudissements que les instrumentistes lui ont adressé ne laissent pas de doute sur le succès de <strong>Paolo</strong> <strong>Arrivabeni</strong> dans sa lecture de <em>La rondine</em> : peut-être a-t-il laissé parfois l’effusion sonore enfler légèrement trop, mais il a su communiquer aux musiciens le sentiment de la beauté et de la grandeur de cette musique avec assez de force pour qu’ils nous le transmettent et nous le fassent partager.</p>
<p>Avec un orchestre aussi précis, il faut des chanteurs de même force. Un éclair de flottement au début du deuxième acte, et le chœur du Capitole retrouve sa mise place et sa réactivité dans le tour de force que constitue la soirée au bal Bullier. La difficile animation d’un lieu où elle est perpétuelle est menée de main de maître par <strong>Stephen Barlow</strong>, qui a secondé Nicolas Joel dans la reprise de la mise en scène. Elle a la sobriété et l’efficacité qui sont ses qualités immuables, particulièrement pertinente dans le salon de Magda, épicentre d’une vie mondaine banale qui semble prise sur le vif, et évitant sagement toute surcharge de pathos au dernier acte. Les interprètes, donc, sont à la hauteur de l’enjeu. Rambaldo élégant de <strong>Gezim Myshketa</strong>, Prunier ambigu à souhait de <strong>Marius Brenciu</strong>, par ailleurs d’une clarté vocale impeccable, Lisette un rien survoltée d’<strong>Elena Galitskaya, </strong>dont l’échec comme chanteuse devient problématique puisque les moyens et la technique sont bien là. Lors de sa performance dans <em>Un ballo in maschera, </em><strong>Dmytro Popov</strong> nous avait impressionné par ses moyens. Ils sont intacts, et il semble au premier acte surtout soucieux de le montrer, faisant de Ruggero une sorte de coq à la parade ; heureusement il se maîtrisera et délivrera aux actes suivants un chant délectable, exempt même des « retours d’accent » qui trahissent le slavophone sous l’italien. Peut-être parce qu’elle travaille beaucoup en Italie, <strong>Ekaterina Bakanova </strong>n’a pas ce genre de difficulté, et à vrai dire, le rôle de Magda ne semble lui en poser aucune tant l’homogénéité de la voix, sa longueur et sa souplesse sont utilisées avec science. L’interprétation théâtrale est à la hauteur de la qualité vocale et la composition globale est un véritable bonheur.</p>
<p>Rien d’étonnant donc si le public lui fait un triomphe, et célèbre longtemps les artisans de cette reprise. La salle n’était pas comble, pourtant. Si c’était un effet de la réputation de l’œuvre, que les tièdes ou les sceptiques le sachent : il leur suffira d’entrer pour être convertis.</p>
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		<title>Concours Reine Elisabeth Voice 2014</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/concours-reine-elisabeth-voice-2014-le-reine-elisabeth-au-disque-album-souvenir-ou-heure-de/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Jul 2014 05:20:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La publication d’un triple CD au lendemain de la proclamation du palmarès témoigne de la popularité, sans doute unique pour une manifestation dévolue au classique, du Concours Musical International Reine Elisabeth. C’est d’abord l’occasion pour le public de revivre, sur un premier disque, quelques moments forts des finales en compagnie des six candidats primés et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La publication d’un triple CD au lendemain de la proclamation du palmarès témoigne de la popularité, sans doute unique pour une manifestation dévolue au classique, du Concours Musical International Reine Elisabeth. C’est d’abord l’occasion pour le public de revivre, sur un premier disque, quelques moments forts des<a href="/actu/reine-elisabeth-2014-retour-sur-un-concours-a-nul-autre-pareil"> finales</a> en compagnie des six candidats primés et de <strong>l’Orchestre Symphonique de la Monnaie </strong>emmené par <strong>Roland Böer</strong>.</p>
<p>Certes, les extraits retenus, quels qu’ils soient, ne pourront jamais rallier tous les suffrages. En l’occurrence,  alors que ceux choisis pour illustrer le talent de <strong>Sumi Hwang</strong> (premier Prix) ne sont pas loin de nous combler (« Quel guardo il cavaliere » ; « Die Nachtigall » de Berg et « Im Abendrot »), nous aurions volontiers échangé la Carmen pesante et sans charme de <strong>Sarah Laulan</strong> (troisième Prix et autant d’extraits) contre une troisième interprétation de <strong>Jodie Devos</strong>, dont la prestation se trouve réduite à deux plages (« Vorrei spiegarvi », « Glitter and be gay ») et ce malgré son … deuxième Prix.</p>
<p>Cette année, le deuxième disque reprend les coups de cœur d’une demi-douzaine de jeunes chanteurs belges – trois francophones et trois néerlandophones –  en cours de formation et qui ont suivi l’intégralité des épreuves. Totalement libres dans leurs choix, ils ont ainsi pu repêcher des concurrents éliminés à l’issue des demi-finales : le mezzo chinois <strong>Zhang Yuan</strong>, dont, à vrai dire, le Schubert appliqué et impersonnel (« Der Erlkönig ») ne nous convainc pas plus aujourd’hui que hier, et la soprano britannique <strong>Susanna Hurrell</strong>, autrement éloquente dans le « Most holy night » d’Ivor Gurney. Parmi les six finalistes non classés, <strong>Sheva Tehoval</strong>, la benjamine surdouée (« Die junge Nonne » ; « C »), <strong>Levente Páll</strong>, la basse hongroise un peu brute de décoffrage (« Die beiden Grenadiere ») et la soprano allemande <strong>Daniela Gerstenmeyer</strong> (« Höre Israel » ; « Nacht und Träume » de Schubert) qui avait aussi de fervents admirateurs depuis une incursion hardie dans le répertoire contemporain au premier tour (« Parergon II » de Reimann, pièce <em>a cappella</em>) tirent particulièrement bien leur épingle du jeu. Quant à <em>La Traviata </em>(« E strano … Sempre libera »), elle nous laisse apprécier à loisir l’immense potentiel de la Coréenne <strong>Hyesang Park</strong>, décidément mal payée d’un cinquième Prix. Dans l’ensemble, l’écoute du coffret confirme nos premières impressions, nos enthousiasmes comme nos interrogations.</p>
<p>Toutefois, le passage au disque peut aussi s’apparenter à un moment de vérité : non seulement il est des timbres plus phonogéniques (<strong>Emoke Baráth</strong>) que d’autres (<strong>Chiara Skerath</strong>), mais surtout, avec le recul, loin de l’effervescence de la compétition et privé d’image, notre jugement s’aiguise. Faudrait-il, comme au dix-neuvième siècle ou dans l’émission <em>The Voice</em>, procéder à une première audition au cours de laquelle un paravent ou un voile de gaze dérobe les candidats à la vue des jurés et du public ? Dans de telles conditions, <strong>Yu Shao</strong> (quatrième Prix), Tamino au souffle court et terriblement statique, n’aurait peut-être pas été récompensé. Le rapprochement avec le Tamino, justement, de <strong>Thomas Blondelle </strong>(deuxième Prix en 2011), moins suave mais tellement plus vif et expressif, se révèle en tout cas bien cruel. Le ténor belge apparaît sur un troisième et dernier disque évoquant les précédentes sessions du Concours Reine Elisabeth consacrées au Chant (1988-2011). Il y côtoie, notamment, l’exquise Nanetta d’<strong>Hélène Guilmette </strong>(deuxième Prix en 2004) et le fringant Belcore de <strong>Stephen Salters </strong>(premier Prix en 1996), mais également l’Isabella, encore fragile et pourtant flamboyante, de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong>, le Lenski à fleur de peau et si personnel de <strong>Marius Brenciu </strong>et la Pamina virginale d’<strong>Olga Pasichnyk</strong>, soit le trio de tête de l’édition 2000 &#8211; probablement le meilleur cru à ce jour.</p>
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