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	<title>Rodolphe BRIAND - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Rodolphe BRIAND - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ROSSINI, Il Viaggio a Reims &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-viaggio-a-reims-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée au printemps dernier dans le cadre du Festival de Pentecôte dont Cecilia Bartoli est la directrice artistique depuis 2012, cette production revient pour le festival d’été, auquel elle apporte une note de fraîcheur et de divertissement bienvenue, au sein d’une programmation fort sérieuse. Confiée au facétieux Barrie Kosky, la comédie de Rossini, qui repose &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée au printemps dernier dans le cadre du Festival de Pentecôte dont Cecilia Bartoli est la directrice artistique depuis 2012, cette production revient pour le festival d’été, auquel elle apporte une note de fraîcheur et de divertissement bienvenue, au sein d’une programmation fort sérieuse.</p>
<p>Confiée au facétieux <strong>Barrie</strong> <strong>Kosky</strong>, la comédie de Rossini, qui repose sur un livret particulièrement ténu et dont toute trame dramatique est absente, relève du divertissement pur, de la farce, traitée dans un mode burlesque assumé, ce qui fait toute la réussite du spectacle.</p>
<p>Pour une raison qu’on s’explique mal, si ce n’est de mettre à l’honneur (ou de flatter l’égo ?) d’une cantatrice qui n’en n’a pas besoin, le metteur en scène prend quelque liberté avec le livret, et transforme le but de ce voyage raté, à l’origine le couronnement du roi Charles X, en un concert de la célèbre cantatrice La Ceci (suivez mon regard…). Bartoli, en effet, est au cœur du spectacle, entourée de ses partenaires favoris, les Musiciens du Prince-Monaco, de leur chef Capuano qui est son complice privilégié depuis des années, et de quelques autres des chanteurs qui l’accompagnent dans ses différents projets.</p>
<p>Comme il s’en explique dans le programme, Barrie Kosky s’est inspiré de l’univers d’Offenbach, de celui de Feydeau ou de Groucho Marx pour trouver le ton qu’il cherchait, celui d’une comédie déjantée entièrement tournée vers le divertissement mais réglée au cordeau, faisant correspondre à la virtuosité de la partition une précision scénique tout aussi virtuose : chaque geste est produit en rythme, les portes claquent dans le tempo de l’orchestre et une fébrile agitation permanente de tous les protagonistes répond au déluge de notes de la musique de Rossini. Sur ce plan, le spectacle est particulièrement bien réglé, scéniquement très réussi pour la plus grande joie des festivaliers.</p>
<p>Les différents ressorts habituels du comique sont convoqués tour à tour, comique de situation, la scène des coups de pistolets tirés dans tous les sens (comme dans un <em>saloon</em> de western) mais qui n’atteignent personne, comique de répétition (une harpe traverse la scène aux moments les plus incongrus), coups de théâtre inattendus (l’apparition de la Ceci à la toute fin du spectacle), etc..</p>
<p>Les décors (tout en noir et blanc inspirés de gravures anciennes) et surtout les costumes (Victoria Behr) particulièrement riches et colorés – sauf pour le personnel de l’hôtel assimilé au décor – contribuent grandement à la beauté visuelle des tableaux proposés-là. On retiendra le somptueux buffet du banquet final, véritablement spectaculaire, le tableau le plus réussi de la soirée, même si la scène tire en longueur. Jusqu’aux coiffures, plus excentriques les unes que les autres, les maquillages, les accessoires, tous les éléments du spectacles ont été convoqués dans un seul but : épater la galerie avec une débauche de moyens et faire rire. Mesuré à l’aune de ce but unique, louable mais finalement modeste, la réussite est totale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/il_viaggio_a_reims_2026-c-sf-monika-rittershaus-045b-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-218998"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p>Musicalement, la satisfaction est sans doute un peu moindre ; pris par le maelstrom général et l’agitation incessante qui anime la scène, les chanteurs, parmi lesquels de très grandes pointures, peinent à trouver un climat favorable à l’épanouissement du beau chant. Rares sont ceux qui livrent ici le meilleur d’eux-mêmes.</p>
<p>Ce meilleur vocal, <strong>Cecilia Bartoli</strong> doit sans doute aller le chercher dans le passé. La voix n’a plus tout à fait l’homogénéité ni la souplesse légendaires qui ont fait sa gloire. Elle garde bien entendu de grandes qualité, un très visible plaisir d’être en scène avec tout son monde autour d’elle, un engagement scénique de tous les instants. Mais cette gloire passée justifie-t-elle qu’on modifie le livret pour lui trouver un second rôle (muet, celui de la Ceci dont on vient écouter le concert). Elle campe en Corinna une chanteuse d’opéra un peu sur le retour ; si c’est volontaire, cette sorte d’autodérision assumée est certainement une preuve d’intelligence.</p>
<p>D’autres tirent subtilement leur épingle du jeu : <strong>Marina Viotti</strong> en comtesse polonaise se montre très solide et parvient sans peine à surmonter l’orchestre, <strong>Mélissa Petit</strong> est souveraine dans le rôle de la Comtesse de Folleville avec des aigus perlés du meilleur effet et son jeu de scène un peu outré mais tellement drôle. Le baryton georgien <strong>Misha Kiria</strong> en impose dans le rôle du Baron Trombonok, de même que le ténor <strong>Dmitry Korchak</strong> aux aigus saisissants dans celui du comte Liebenskof, tous les deux parfaitement distribués, ainsi d’ailleurs que <strong>Ildebrando D’Arcangelo</strong>, qui prête sa voix et son talent au rôle de Lord Sydney. Pour les autres, la performance scénique l’emporte sur la performance vocale : l’outrance, la caricature voulue par la mise en scène dans la définition de chaque personnage masque les individualités vocales. C’est le cas pour <strong>Tera Erraught</strong> dans le rôle de Madame Cortese, de <strong>Peter Kellner</strong> en Don Alvaro, ou de <strong>Florian Sempey</strong> dans le rôle de Don Pofondo, le collectionneur d’antiques. Il faut dire aussi que les rôles sont tellement nombreux que les interventions solistes de chacun sont limitées. Le médecin Don Prudenzio est interprété par <strong>Gianni Romeo</strong>, lui aussi submergé par la caricature de son personnage. Aucun ne démérite vraiment, ils remplissent efficacement leur rôle, mais ils sont comme noyés dans la masse d’une performance de troupe. Parmi les plus petits rôles, signalons la basse polonaise <strong>Rafal Pawnuk</strong>, remarquable de présence et de justesse dans le rôle d’Antonio.</p>
<p>Dans la fosse,<strong> Gianluca Capuano</strong> se bat avec une partition plus fournie et techniquement plus difficile qu’il n’y paraît. Le résultat sonore, trop sonore par rapport aux voix, manque de subtilité et de légèreté, en particulier dans les redoutables vocalises où les chanteurs cherchent à alléger le plus possible l’émission au profit d’une plus grande précision et d’une plus grande souplesse, mais se heurtent à un substrat orchestral qui les couvre.</p>
<p>Il n’empêche, ne boudons pas notre plaisir : ce Voyage à Reims nous aura bien fait rire, on sort l’œil ébloui et l’âme ravie, réconcilié avec la vie.</p>
<p style="margin: 0cm; font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman', serif; color: #000000; font-style: normal; font-weight: 400;"> </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-viaggio-a-reims-salzbourg/">ROSSINI, Il Viaggio a Reims &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-zauberflote-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un texte intitulé « L’Héritage désenchanté des Lumières » (programme de salle), Antoine Lilti résume la position du spectateur d’aujourd’hui face au dernier opéra de Mozart : « comment pouvons-nous encore vibrer aux accents glorieux du chœur final, comme le faisaient certainement les contemporains de Mozart, alors que nous vivons aujourd’hui dans les ruines &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Dans un texte intitulé « L’Héritage désenchanté des Lumières » (programme de salle), Antoine Lilti résume la position du spectateur d’aujourd’hui face au dernier opéra de Mozart : « comment pouvons-nous encore vibrer aux accents glorieux du chœur final, comme le faisaient certainement les contemporains de Mozart, alors que nous vivons aujourd’hui dans les ruines du progrès, que tout nous invite au désenchantement, à la morosité, voire au désespoir ? Nous ne croyons plus guère à la perfectibilité morale des êtres humains, et le progrès lui-même, scientifique, technologique, économique, après avoir nourri depuis trois siècles tant d’espoirs, apparaît aujourd’hui comme une des raisons mêmes de la catastrophe. Crise écologique, inégalités galopantes, menaces de l’intelligence artificielle : l’humanisme et le progressisme issus des Lumières semblent s’être retournés contre l’humanité elle-même ».</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est le constat de <strong>Clément Cogitore</strong> : il est désormais impossible de lire la Flûte comme le récit du combat manichéen du bien contre le mal, des Lumières contre les ténèbres. La foi en un progrès illimité se heurte aujourd’hui au constat de la catastrophe : ni la raison, ni la technique, n’ont pu apporter le bonheur qu’elles promettaient. Le spectacle s’ouvre sur des images d’archives, des images de décombres – images d’après-guerre. Le spectacle s’ouvre, en d’autres termes, sur un champ ruines. On ne s’étonne dès lors évidemment pas de retrouver la thèse IX de Walter Benjamin, issue de ses <em>Thèses sur le concept d’histoire </em>(1942) dans le programme de salle : « […] où paraît devant nous une suite d’événements, [l’ange de l’histoire de Paul Klee] ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès ». Les affinités conceptuelles de la mise en scène avec <em>Requiem</em>, présenté alternativement sur la même scène lors du Festival, sont évidentes. Elles sont, du reste, formellement soulignées par touches : c’est <strong>Evelin Facchini</strong> qui signe la chorégraphie de chacune des productions.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Flute-enchantee_Festival-dAix-en-Provence-2026_©_Jean-Louis_Fernandez1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Tout du long du spectacle, les images d’archives fonctionnent comme autant d’incursions du passé dans le présent, ou inversement. Manière de souligner que la foi dans la raison du XVIII<sup>e </sup>siècle ou la foi dans le progrès technique des Trente glorieuses procèdent d’une même illusion : la liberté qu’elles promettaient implique en réalité d’abdiquer une part importante d’autonomie. Dérives de la raison d’un côté, montée du libéralisme économique, de l’autre. On se souvient que, pour Kant, les Lumières (<em>Aufklärung</em>) devaient sortir l’humanité d’un état de minorité et la mener à l’état adulte, guidée par la raison. En bon kantien critique, Clément Cogitore transpose le projet kantien au parcours initiatique imposé par Sarastro : Tamino et Pamina sont tour à tour des enfants, des adolescents puis, l’initiation achevée, des adultes. Aux deux premiers stades, le chanteur adulte double sa jeune incarnation, manière de souligner – peut-être – l’irréductible impossibilité d’une évolution purement linéaire.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’approche permet au metteur en scène de résoudre les aspects problématiques de l’œuvre – aspects qui tiennent, précisément, aux dérives autoritaires de la raison qui fondent le propos. Sarastro (le misogyne esclavagiste) n’incarne plus le bien absolu. Il est la raison aveugle (littéralement aveugle, d’ailleurs, dans la mise en scène), celle qui, faute de critique, s’impose de manière autoritaire et à laquelle un culte non moins aveugle est voué. Autour de lui gravitent des policiers, la prison, quelque chose comme un corps médical et une école – bien sûr, puisqu’il s’agit d’initier, c’est-à-dire d’éduquer. Bref, les figures foucaldiennes du pouvoir.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’approche de Cogitore est d’une cohérence remarquable et d’une fécondité inouïe – un spectacle à certainement revoir, tant il est évident que sa densité conceptuelle ne peut être ici qu’esquissée. À cet égard, le propos ne devient véritablement limpide qu’à la fin du premier acte, mais qui a dit qu’il ne fallait pas se préparer avant d’assister à un spectacle ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Flute-enchantee_Festival-dAix-en-Provence-2026_©_Jean-Louis_Fernandez11-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216810"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Si ce sont les mêmes chanteurs qui assurent la partie chantée de leur personnage à tous les stades de son développement, les parties parlées sont tantôt assurées par l’enfant, tantôt par l’adolescent, tantôt par l’adulte. Sur le plan technique, ce parti pris nécessite une sonorisation particulière des dialogues parlés, ce qui produit un effet d’écho (peut-être volontairement poussé) étonnant. En fosse, <strong>Leonardo </strong><strong>García Alarcón</strong> impose une lecture énergique et analytique. Chaque pupitre est traité comme individuellement, imposant son timbre et sa dynamique dans un ensemble particulièrement lisible, mais pas disparate pour autant (peut-être est-ce en partie dû à la hauteur de la fosse). La lecture est fine, riche en retenues et en micro-variations de <em>tempi </em>la plupart du temps maîtrisées. Si les cordes imposent d’abord une énergie débordante, elles sonnent aigre par moment et sont, à l’occasion, complètement fausses. On suppose que le climat de la nuit provençale – et le choix de ne pas réaccorder l’orchestre en cours d’acte – y est pour beaucoup.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Alix Le Saux</strong>, <strong>Ashley Dixon</strong> et <strong>Adriana Bignagni Lesca</strong> forment un trio vocalement très pertinent. Les timbres ont chacun une personnalité propre, mais ils partagent une rondeur et une certaine volupté qui confère aux ensembles une magnifique densité. En début d’acte I, le Tamino de <strong>Mauro Peter </strong>ne parvient pas à libérer ses aigus, qui restent trop canalisés, malgré un placement idéal. Ce n’est qu’au deuxième acte qu’il révèle un spectre dont la beauté procède davantage du travail minutieux sur le son que de la projection naturelle. <strong>Sabine Devieilhe</strong> est évidemment une magnifique reine de la nuit. Le timbre est riche de mille couleurs qu’elle distille avec une maîtrise remarquable dans son air du deuxième acte. Dans l’air du premier acte, les vocalises sont toujours parfaitement dirigées, n’était l’un ou l’autre trait où la voix glisse peut-être plus vite qu’attendu. La Pamina de <strong>Ying Fang </strong>est certainement la révélation vocale de la production : d’abord contenue, la voix se colore en même temps qu’elle s’ouvre pour atteindre des sommets d’expressivité. Loin de céder à la démonstration, c’est dans les <em>pianissimi </em>que la chanteuse révèle la pleine maîtrise de son instrument, parvenant à faire pleinement vivre un son comme contenu dans un espace infiniment petit. Autre élément vocalement marquant, le Papageno de <strong>Sean Michael Plumb</strong>. Le baryton incarne son personnage sans la caricature qui l’accompagne parfois. Son timbre déploie une large palette chromatique que le chanteur rend en un très beau phrasé, assumant tant l’éternel enfant qu’est à certains égards Papageno, que la part de noirceur que porte celui qui n’est jamais vraiment à sa place. Incarné de la sorte, le rôle de Papageno accède à un rang singulier dans la mise en scène de Cogitore. En bas du spectre vocal, le Sprecher d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> déploie un timbre mordant au large spectre, tandis que le Sarastro de <strong>Brindley Sherrat </strong>possède la noirceur que la partition exige sans toujours parvenir à dompter un <em>vibrato</em> qui tend à trop s’imposer. La Papagena d’<strong>Emma Fekete</strong> et le Monostatos de <strong>Rodolphe Briand </strong>complètent avantageusement la distribution. Reste à souligner la prestation remarquable, vocalement comme scéniquement, des membres du <strong>Knabenchor der Chorakademie Dortmund </strong>et du <strong>Chœur de chambre de Namur</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sous un ciel étoilé, les concepts véhiculent leur propre émotion. Signe d’une véritable vision de Festival, qui nous réjouit.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-zauberflote-aix-en-provence/">MOZART, Die Zauberflöte &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 06:24:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Humains, très humains.Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces Dialogues.Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ? Anne-Catherine Gillet irradie Proposé à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Humains, très humains.<br />Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces <em>Dialogues</em>.<br />Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207810"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eugénie Joneau et Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Anne-Catherine Gillet irradie</strong></h4>
<p>Proposé à maintes reprises à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/qui-donne-ne-mesure-pas/">Paris</a>, puis à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-bruxelles-la-monnaie-le-mysticisme-radical-selon-py/">Bruxelles</a>, puis à nouveau <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-paris-tce/">à Paris</a>, avec des distributions changeantes, il rayonne à Lausanne tout particulièrement. L’intimité de la salle, la clarté de l’acoustique, la proximité des visages, tout cela joue.<br />Mais d’abord une distribution dominée par l’incarnation irradiante de Blanche par <strong>Anne-Catherine Gillet</strong>. Exaltée, vibrante de passion, habitée de passions contradictoires.<br />Moins que certains gestes chargés de sens (les bras en croix), c’est quelque chose d’impatient, d’ardent, dans sa manière d’être, dans son corps, qui donne crédibilité à son personnage. Une vérité intérieure.<br />Mais aussi la voix, la chaleur du timbre, et une maitrise de la ligne vocale, une autorité, une certitude dans la profération. Poulenc aurait été enchanté, lui qui avait sué sang et eau pour que la mélodie respecte absolument la prosodie, et avait fait « attention aux bonnes voyelles sur les sons aigus » (lettre à Pierre Bernac).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-18-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207807"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mondes intérieurs</strong></h4>
<p>Mais avant d’en venir à un casting qui peut-être justement humanise le propos et lui enlève de sa sécheresse, il faut en revenir à la beauté plastique du spectacle.<br /><strong>Olivier Py</strong> fait le choix de l’abstraction. Ce n’est ni la vision historicisante de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/apprivoiser-la-mort/">Mireille Delunsch (à Angers-Nantes</a> avec déjà Anne-Catherine Gillet) ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-nancy/">celle toute récente de Nancy</a> qui contemporanéise, avec rudesse semble-t-il.<br />Ici tout se passe dans une boîte de bois sombre, où des panneaux mobiles viennent délimiter des espaces clos. La scénographie est sans cesse changeante, tout glisse, pendant les magnifiques interludes orchestraux (on peut alors goûter pleinement les saveurs, la sensualité, la palette immédiatement reconnaissable du maître de Noizay, et l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> y est comme chez soi, sous la direction très souple, très aérée de <strong>Jacques Lacombe</strong>).<br />Parfois la boîte s’ouvre vers un ailleurs, apparaissent de grands troncs d’arbres (à l’écorce très concrète), ou un fond argenté dans le lointain, aux motifs insaisissables, dans une dialectique fermeture-ouverture (vers quoi ?) qui structure le récit. Quelques ombres chinoises en transparence évoqueront les agitations révolutionnaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-11-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’aveu</strong></h4>
<p>Autre image forte, celle de l’agonie et de la mort de la première Prieure, Mme de Croissy : son lit est en position verticale au fond du plateau, de sorte qu’on a l’impression de surplomber la scène, le mobilier, le chevet, le Bréviaire. La mourante s’agite sous ses draps et tend la main à Blanche dans un ultime adieu, référence au geste de Dieu vers Adam au plafond de la Sixtine. <br /><strong>Lucie Roche</strong> est bouleversante dans ce quatrième tableau, alors qu’elle avait semblé chercher l&rsquo;homogénéité de sa voix dans sa première apparition, le moment où elle accueille Blanche au couvent et lui demande le nom qu’elle s’est choisi &#8211; et ce sera Sœur Blanche de l’Agonie du Christ.</p>
<p>Ici, l’effet de sa voix de contralto est saisissant. « Bien entendu, on ne rigolera pas… mais je pense et je voudrais qu’on soit noué d’émotion », avait écrit Poulenc à Doda Conrad… C’est le cas. Certaines âpretés, et les sauts de registre, ajoutent encore au pathétique et à la grandeur des derniers préceptes qu’elle délivre à Blanche : « Ne sortez pas de la simplicité et surtout ne vous méprisez jamais ». <br />Et à ce moment où, avant de passer dans l’autre monde, la Prieure est saisie d’une vision hallucinée, la chapelle ruinée, l’autel profané, avant d’avouer « Dieu nous renonce ».</p>
<p>Enfin dans un râle on l’entendra dire « Peur… peur de la mort », au grand effroi de la très raide et conformiste Mère Marie. <br />La peur, peur spirituelle et peur physique, peur et désir du martyre, hante les consciences tout au long de cette histoire, et même celle de cette femme (« tellement autoritaire », comme dit Poulenc) dont les certitudes vacillent à l’instant fatal.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-26-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-207814"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Floriane Derthe, Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Couleurs de voix</strong></h4>
<p>Dans la correspondance de Poulenc avec Pierre Bernac, véritable journal de la création, on trouve de longs commentaires de Bernac sur les tessitures auxquelles pense d’abord Poulenc : trois sopranos pour les rôles de Blanche, Marie et la seconde Prieure. Pour cette dernière il songe à un soprano « sec, genre Danco », tandis que Blanche est écrit expressément pour Denise Duval, qu’il considère aussi comme un soprano « sec ». Poulenc cède très vite aux arguments de Bernac :(« Vous avez, comme toujours (cela finit par être irritant) raison ». Il ajoute : « Naturellement, il faut écrire ‘Mère Marie’ pour un mezzo, ce qui donnera au deuxième acte : Constance soprano léger, 2ème Prieure gd soprano, Blanche soprano et Mère Marie mezzo ».</p>
<h4><strong>La foi heureuse</strong></h4>
<p>La voix légère et agile de <strong>Floriane Derthe</strong> est idéale pour le personnage juvénile de Sœur Constance, qui a la foi heureuse &#8211; elle est bien la seule. Elle dit des choses que Blanche ne peut pas comprendre : que la vie est amusante, et que peut-être la mort sera amusante aussi. « Ne craignez-vous point que Dieu se lasse de tant de bonne humeur ? lui réplique Blanche &#8211; Je crois vraiment que c’est une inspiration de l’âme », lui rétorque Constance, qui babille et, jolie image inventée par Olivier Py, fait des bulles de savon avec l’eau du <em>panossage</em> (panosser, c’est le fait de passer la serpillière, usons de ce mot vaudois, c’est le moment ou jamais, &#8211; d’autant que Poulenc a écrit certaines scènes des <em>Dialogues</em> à Lausanne-Ouchy en 1953…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207799"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>au centre, Rodolphe Briand ; deuxième à gauche : Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>La seconde Prieure, Madame Lidoine, très justement ici, en parfait contraste avec la Première, est un vrai soprano lyrique, <strong>Catherine Hunold</strong>, qui dessine un personnage maternel et rond. Poulenc lui dédie un long monologue « à la bonne franquette » (c’est elle-même qui le dit) vantant les vertus de patience, de conciliation, de modestie, un monologue dont la ligne ductile ne s’interrompt que pour une mise en garde : « Nous sommes de pauvres filles, méfions-nous même du martyre ».</p>
<h4><strong>Sororité</strong></h4>
<p>Autre belle image, toute simple, l’assemblée des femmes pour l’Ave Maria, image de ferveur, de sororité, de rassemblement, quelque différentes soient les manières de vivre la Foi.</p>
<p>Capitale et magnifique, la scène des adieux entre Blanche et son frère, le Chevalier de la Force, qui part pour l’exil. Blanche lui affirme que la peur l’a quittée, que, là où elle est, plus rien ne peut l’atteindre. Mais non seulement la musique de Poulenc insinue le contraire, de surcroît Anne-Catherine Gillet suggère par les couleurs de sa voix, la grandeur tragique de ses phrasés, que le poison du doute, ce poison dont elle a failli périr, dit-elle, que la terreur profonde qui lui est consubstantielle, sont toujours là. Superbe incarnation du jeune et tendre chevalier par <strong>Léo Vermot-Desroches</strong>. Le timbre, la conduite de ligne, la souplesse, les passages en voix mixte, tout cela illumine ce duo d’amour fraternel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Anne-Catherine Gillet, Léo Vermot-Desroches © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Comme lui, Blanche choisira la fuite, après que la communauté aura voté l’acceptation du martyre et c’est revenue dans la maison de son père qu’elle avouera que la peur, la peur est toujours là. Et qu’elle accepte qu’on la méprise. « Le malheur, c’est seulement de se mépriser soi-même », lui répondra sèchement Mère Marie (et c’est un écho au « Ne vous méprisez jamais » de la première Prieure).</p>
<h4><strong>Le mystère de la bonté</strong></h4>
<p>Mère Marie est incarnée par <strong>Eugénie Joneau</strong>, qui est ce mezzo avec des aigus que voulait Poulenc. Elle est magnifique d’autorité et de voix. De plus, elle ajoute au personnage quelque chose qui émane de sa personne, une bonté, une indulgence, quelque chose de maternel ou sororal que Mère Marie n’a pas forcément, et qui enrichit encore le nœud complexe des relations entre les Carmélites.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207801"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Conciergerie. Au centre Floriane Derthe et Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Particulièrement belle, la longue adresse de la seconde Prieure aux sœurs emprisonnées dans la Conciergerie (longues balafres de lumières dans sa nuit, silhouettes fantomatiques et accablées). La mélodie ressemble d’ailleurs étonnamment à certains contours de <em>La Voix humaine</em>. Là encore Catherine Hunold irradie de bonté. La question du martyre est toujours centrale. Mme Lidoine n’a pas pris part au vote, mais elle se soumet au vœu de ses compagnes. <br />Sur un tempo majestueux, qui était déjà celui de son prône au deuxième acte, elle consent à la mort, et le soprano fait rayonner de façon particulièrement magnifique la grande phrase de Bernanos, une des clés de l’œuvre peut-être : « Au jardin des Oliviers, le Christ n’était plus maître de rien, il a eu peur de la mort ». Humain, trop humain…</p>
<h4><strong>Coups de théâtre</strong></h4>
<p>Viendront ensuite les deux coups de théâtre de la fin : d’abord Mère Marie, sortie du Carmel pour aller convaincre Blanche d’y revenir, choisira de ne pas se joindre à ses sœurs martyrisées. « Je suis déshonorée », dira-t-elle à l’aumônier (<strong>Rodolphe Briand</strong>, d’une bonhomie radieuse). « C’est qu’il plaît à Dieu de vous relever de votre vœu », lui répondra le brave homme.</p>
<p>Et puis, deuxième surprise, Blanche surgira pour s’unir à ses compagnes, vêtue de la petite robe noire qu’elle portait quand elle proclamait à son père (<strong>Pierre Doyen,</strong> impressionnant de projection) que ce qu’elle désirait, c’était « l’attrait d’une vie héroïque ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Sublime dernière image, les sœurs alignées attendant la mort et chantant le Salve Regina (magnifique <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>). Silhouettes blafardes dans la presque nuit. Inclinant simplement la tête, à chaque fois que le couperet tombe, avant de s’éloigner vers le ciel étoilé.</p>
<p>Conclusion glaçante d’un spectacle qu&rsquo;Olivier Py nourrit de toutes les questions qu’il se pose, en même temps que de son amour du théâtre et des artistes. Un spectacle qui reprend vie chaque fois que de nouveaux interprètes viennent l’habiter.</p>
<p>La vie, cette partition en est gorgée, que Poulenc avait écrite dans la douleur d’un chagrin d’amour insondable (« Blanche, c’est moi ! ») et puis il y eut à nouveau de la lumière : « Tous mes cauchemars passés sont devenus des délices ».</p>
<p>Tel qu’il est présenté à Lausanne, la noire beauté de cet opéra illumine.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux Enfers &#8211; Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les paillettes tombent des cintres. Les artistes lèvent la jambe en cadence. Le public tape dans ses mains. La reprise d’Orphée aux enfers dans la mise en scène d’Olivier Py triomphe à Tours à l’égal de Toulouse en début d’année. Offenbach est un magicien. A la revoyure cependant, subsiste dans cette interprétation scénique l’impression d’une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les paillettes tombent des cintres. Les artistes lèvent la jambe en cadence. Le public tape dans ses mains. La reprise d’<em>Orphée aux enfers</em> dans la mise en scène d’Olivier Py triomphe à Tours à l’égal de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-toulouse/">Toulouse en début d’année</a>. Offenbach est un magicien. A la revoyure cependant, subsiste dans cette interprétation scénique l’impression d’une surenchère d’intentions, d’excès d’artifices, d’outrance du jeu et par voie de conséquence du chant – révélateurs d’un défaut de confiance en la force comique de l’œuvre ? Trop d’éléments concourent à l’encombrement plutôt qu’à l’éclairage du propos : trop d’agitation, trop de ballets sans utilité dramaturgique, un décor sur tournette massif et encombrant, semblable à celui de <em>La Cage aux Folles</em> actuellement au Châtelet, certaines coupures mal à propos, certains choix dommageables à la narration – le stratagème de Jupiter dévoilé avant et non après le Galop infernal. Excessive, cette approche a néanmoins le bon goût de ne pas sacrifier à la vulgarité et de respecter l’esprit satirique de l’ouvrage à travers l’actualisation de certains dialogues.</p>
<p>Le parti pris scénique n’est pas sans influer sur la direction de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong>, à court parfois de respiration et de cette poésie qui reste consubstantielle à Offenbach, même dans une œuvre aussi déjantée qu’<em>Orphée</em>. Là n’est pourtant pas l’essentiel : c’est à travers le difficile équilibre entre féérie et bouffonnerie, tempérance et frénésie, voix et instrument, que le jeune chef donne à la partition sa cohérence. L’orchestre y trouve une cohésion et une tenue stimulées en préambule du spectacle par la lecture d’un communiqué annonçant la titularisation prochaine d’une trentaine de musiciens intermittents (cette décision constitue un premier jalon dans la création d’un orchestre permanent). Le chœur, parqué dans la coulisse ou encagé dans les décors, voudrait plus d’espace pour donner ampleur et vigueur à ses interventions.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OP114b%C2%A9MariePetry-1294x600.jpg" />© Marie Petry</pre>
<p>Comme à Toulouse, à l’identique pour certains rôles, la distribution offre un bon aperçu de la jeune génération du chant français placée à Tours sous le haut commandement de <strong>Jérôme Boutillier</strong>, Jupiter sachant doser ses effets pour ne pas déborder le cadre d’une sobriété de bon aloi, juste et clair dans la projection comme dans l’articulation du texte.</p>
<p>La diction est talon d’Achille pour certains d’entre eux, moins assurés en ce soir de première qu’ils ne le seront à n’en pas douter lors des prochaines représentations. Gageons que l’Eurydice de <strong>Manon Lamaison</strong> atténuera en tension et duretés ce qu’elle gagnera en souplesse et liberté pour hisser ses Couplets des regrets au niveau de son Hymne à Bacchus gracieux, pulpeux, goûteux. Gageons aussi que <strong>Matthieu Justine</strong> saura mieux ménager ses ressources afin d’éviter une surexposition vocale parfois préjudiciable à son Orphée peroxydé – le ténor dispose d’une franchise d’émission parfaitement adaptée aux exigences du répertoire français. A l’épreuve de la scène, <strong>Gabrielle Philiponet</strong> devrait insuffler un surcroît de friponnerie à Cupidon, <strong>Marie Kalinine</strong> affrioler l’arrivée de Vénus dans l’Olympe endormie et Junon développer une <em>vis comica</em> dont elle a déjà les cartes en mains.</p>
<p>Leurs partenaires présents dès la création toulousaine témoignent de cette aisance acquise au contact répété de l’œuvre, qu’il s’agisse de <strong>Mathias Vidal</strong> en Pluton – certes surligné mais quelle ligne, quelle égalité, quelle projection ! –, d’<strong>Enguerrand de Hys</strong>, Mercure bondissant dans un rondo-salterelle débridé, de <strong>Rodolphe Briand</strong>, Styx pitoyable et donc réjouissant, d’<strong>Adriana Bignagni Lesca</strong>, Opinion publique usant des écarts de registres comme d’un élément de langage comique (mais attention à la diction trop relâchée), d’<strong>Anaïs Constans</strong> enfin, Diane flirtant avec les cimes de la portée comme avec son pauvre Actéon, ajoutant à l’évidence scénique un chant stylé et orné de traits qui font mouche – tel le duo bourdonnant entre Eurydice et Jupiter, dont la drôlerie, à Tours comme ailleurs, traverse les âges sans prendre une ride.</p>
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		<title>OFFENBACH, Robinson Crusoé &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Dec 2025 05:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tout vient à point à qui sait attendre : rarement soirée d’opéra se sera si justement prêtée à vérifier l’adage. D’attente, il était question avant même le lever de rideau. Offenbach, Minkowski, Pelly : le tiercé gagnant – depuis Orphée aux Enfers en 1998 – avait donné des allures d’événement à cette exhumation prato-élyséenne de Robinson Crusoé. L’ouvrage était présenté comme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout vient à point à qui sait attendre : rarement soirée d’opéra se sera si justement prêtée à vérifier l’adage.<em> </em>D’attente, il était question avant même le lever de rideau. Offenbach, Minkowski, Pelly : le tiercé gagnant – depuis <em>Orphée aux Enfers</em> en 1998<em> </em>– avait donné des allures d’événement à cette exhumation prato-élyséenne de <em>Robinson Crusoé</em>. L’ouvrage était présenté comme un chef-d’œuvre méconnu – le titre est absent de l’affiche en France depuis 1986 ; une unique intégrale enregistrée à ce jour offre en anglais une pâle idée de la partition* ; un seul air a surmonté l’épreuve du temps : la valse d’Edwige roucoulée par Joan Sutherland en son temps où, plus près de nous, par la regrettée Jodie Devos.</p>
<p>En 1867, Jacques Offenbach, au faîte de sa gloire, entreprend de renouer avec son vieux rêve de conquête de l’Opéra-Comique. Apres les échecs de <em>Barkouf</em> (1860) et de <em>La Baguette</em> (1862), l’adaptation de <em>Robinson Crusoé</em> lui offre une occasion de revanche. Dans le même temps, le compositeur, toujours infatigable, multiplie les projets, raison peut-être de la moindre attention qu’il prête à l’écriture du livret. Loin du héros philosophe et introspectif imaginé par Defoe, Robinson, sous l’influence conjuguée de Cremieux et Cormon devient un jeune rêveur égaré sur son île déserte par naïveté. Empêtré dans ses illusions, il trouve en Vendredi un compagnon plein d’humour et d’humanité. L’irruption d’Edwige, la fiancée anglaise, pourchassée par une tribu de cannibales avides de chair fraîche et une bande de pirates en quête de trésors, ramènera le héros sur le chemin de la réalité. Bien que servie par une distribution prestigieuse – rien moins que Célestine Galli-Marié la créatrice de Carmen dans le rôle de Vendredi –, l’œuvre rencontre un succès mitigé. La critique moque les prétentions sérieuses de celui qu’elle considère comme un simple amuseur ; le public est déconcerté par le mélange des genres – comme nous le sommes aujourd’hui.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251203-134VP-1294x600.jpg" /> © Vincent Pontet</pre>
<p>D’attente, il est aussi question sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées. Il faut un acte entier et la moitié d’un autre pour que la bouffonerie consente à ébouriffer les plumes d’un scénario rachitique, et que par voie de conséquence le spectacle prenne son envol. Le plus fantaisiste des metteurs en scène ne peut transformer en or théâtral le plomb dramaturgique. Seule la direction alerte de <strong>Marc Minkowski</strong> parvient à tirer l’œuvre de sa torpeur scénique – il est d’ailleurs révélateur dans cette première partie que l’attention soit d&rsquo;abord stimulée par les pages symphoniques. Comme en famille à la tête de ses musiciens du Louvre et du chœur accentus, le chef d’orchestre rappelle les affinités électives qu’il entretient avec ce répertoire. Le traitement avivé des couleurs – bois incisifs, cuivres goguenards –, la mise en valeur des détails – un soupir suggéré là, un clin d’œil appuyé ici –, l’élan théâtral qu’il insuffle à l’ouvrage dans une juste mesure, rythmée, nerveuse mais toujours structurée : beaucoup repose sur sa baguette.</p>
<p>Pour représenter l’intérieur bourgeois de la famille Crusoé sous différents angles, Laurent Pelly use d’une tournette. L’île de Robinson est une tente Quechua au milieu des buildings – façon de rappeler que les SDF sont aujourd’hui les naufragés de notre société, sans cependant que l’analogie ne sombre dans le manifeste. Peu de dialogues, beaucoup de (bonne) musique ne compensent pas le manque d’action. Puis survient le personnage farfelu de Jim Cocks – et on sent le public réfugié jusque-là dans un rire contraint, se laisser gagner par un réel amusement. La chanson du pot au feu articulée aux petits oignons par <strong>Rodolphe Briand </strong>renoue avec la fantaisie de l’absurde. Les numéros s’enchaînent gaiement ; les gags se succèdent à vive allure pour culminer dans une valse d’Edwige jubilatoire où la loufoquerie de <strong>Julie Fuchs</strong>, en clone de Blake Lively, n’a d’égal que l’agilité et la précision de ses coloratures. On ne détaillera pas davantage cette deuxième partie pour ne pas gâcher l’effet de surprise. Il suffit de savoir que l’on s’amuse beaucoup et que l’on rit souvent, l’inventivité de la mise en scène se mettant au diapason d’une partition à cheval entre la farce des <em>Brigands</em> et le lyrisme des <em>Contes d’Hoffmann</em>.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251125-034VP-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet</pre>
<p>La partie est gagnée, mais inévitablement, le retard à l’allumage pénalise les chanteurs. Les parents Crusoé en font les frais. Enfermés dans une succession d’ensembles au premier acte, <strong>Laurent Naouri</strong> et <strong>Julie Pasturaud</strong> n’ont ni l’espace ni le loisir de laisser parler leur tempérament, pourtant rompu à ce répertoire.</p>
<p>À l’inverse, <strong>Marc Mauillon</strong> (Toby) et <strong>Emma Fekete</strong> (Suzanne) se voient offrir, dans les deux derniers actes – et surtout dans le duo du sacrifice – l’occasion de tirer leur épingle d’un jeu mal engagé. Lui impose une présence et une diction d’une évidence souveraine ; elle apporte la fraîcheur d’un soprano léger qui fait mouche. Au troisième acte, Atkins devient le faire-valoir de la basse claire et franche de <strong>Matthieu Toulouse</strong>.</p>
<p>Malgré quelques limites dans les passages les plus lyriques,<strong> Sahy Ratia</strong> confirme en Robinson les espoirs placés dans son ténor : un timbre suave, une ligne souple, des registres habilement mêlés et une candeur proche de la grâce. Annoncée souffrante, <strong>Adèle Charvet</strong> n’apporte peut-être pas à Vendredi le relief vocal attendu mais sa composition « djeune » et dynamique contribue au succès de la représentation acclamée au tomber de rideau.</p>
<pre>* On nous signale également <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/asOqpvNtLHU?si=8NyOoBXxE3efEGas">une version de concert enregistrée au Théâtre des Champs-Elysées en 1980</a> avec Michel Sénéchal dans le rôle titre</pre>
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		<title>LEHÁR, Giuditta – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lehar-giuditta-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 06:08:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il fallait y penser : pour illustrer la thématique du festival interdisciplinaire Arsmondo consacré cette année à la Méditerranée, Alain Perroux, le directeur de l’Opéra national du Rhin, a choisi de placer, au milieu d’une programmation composée de concerts, lectures, films ou encore conférences, le très rare Giuditta de Franz Lehár. De fait, l’action de cet &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il fallait y penser : pour illustrer la thématique du festival interdisciplinaire Arsmondo consacré cette année à la Méditerranée, <strong>Alain Perroux</strong>, le directeur de l’Opéra national du Rhin, a choisi de placer, au milieu d’une programmation composée de concerts, lectures, films ou encore conférences, le très rare <em>Giuditta</em> de Franz Lehár. De fait, l’action de cet hybride entre opérette et grand opéra composé de cinq tableaux se situe tout d’abord dans un port du Sud de la France, puis au bord de la mer, peut-être au Maroc, avant de se déplacer à Tripoli, Tanger et finir dans une capitale européenne. Comme toujours, l’équipe de l’OnR a bien fait les choses : podcast de présentation et nombreuses vidéos en ligne, rencontres, mais aussi l’un de ces fameux programmes-livres richement documentés, sans compter la collaboration avec l’Avant-Scène Opéra. Malheureusement, ce nouveau numéro de l’ASO est leur dernier (provisoirement, on l’espère, car il n’est même pas envisageable de voir s’arrêter cette collection si utile et nécessaire…). Pour en savoir davantage, on peut consulter les « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cinq-cles-pour-giuditta-de-franz-lehar/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1746996496&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-30537&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">Cinq clés</a> pour <em>Giuditta</em> » de Christophe Rizoud, qui chronique et résume le volume.</p>
<p>On se réjouit donc de cette découverte, car il faut être honnête, les seuls airs connus de l’œuvre sont les tubes « Freunde, das Leben ist lebenswert » et « Meine Lippen, sie küssen so heiß », régulièrement entendus en récital. Alain Perroux a décidé de donner à Strasbourg la version française de cette histoire inspirée du livre adapté au cinéma sous le titre de <em>Morocco</em>, en 1930, chef-d’œuvre de Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich et Gary Cooper. Il s’agit de la rencontre torride entre une femme au passé inconnu qu’on devine trouble et un légionnaire (dont il va à peu de soi que le passé doit forcément être tout aussi nébuleux). La belle Giuditta, éprise de liberté, fascine les hommes ; cela nous rappelle évidemment une certaine Carmen, ce qui ne relève en rien du hasard. Puisqu’il a été créé à l’Opéra de Vienne en 1934, l’opus est censé être un opéra, d’autant que la fin n’est pas heureuse, les amants se séparant au terme de l’aventure. Et à entendre la richesse de l’instrumentation voulue par Lehár, on se dit que telle était bien son intention, à savoir tendre vers l’opéra. Mais le compositeur ne déroge pas non plus à la tradition de l’opérette viennoise et à ses codes. C’est là où l’on ne comprend pas le destin de ce qui sera la dernière grande œuvre lyrique du maître qui s’arrête d’ailleurs de composer : pourquoi, après le succès de la Première et la traduction en français pour la Belgique et Paris, <em>Giuditta</em> a-t-elle quasiment disparu des scènes lyriques ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Giudita-GP-7061HDWEB-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-189559"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Le spectacle pourrait donner quelques éléments de réponse&nbsp;: une vision glamourisée d’un colonialisme d’un autre âge, des dialogues un peu trop appuyés (une femme en cage ici transposée visuellement au pied de la lettre de ce qui est sans doute au départ une expression imagée) et surtout, une exigence colossale au niveau des voix. Il faut dire que la soprano est constamment sollicitée dans les aigus, qu’elle doit danser et qu’en plus, elle est censée avoir une plastique à la Carmen voire à la Dietrich. Et dans la tête des spectateurs familiers avec «&nbsp;le&nbsp;» tube, il y a notamment l’interprétation ébouriffante et plus que virtuose d’une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=KZlPG91IRps">Anna Netrebko déchaînée</a> que les afficionados se repassent en boucle. <strong>Melody Louledjian</strong> est dotée d’une ligne de mannequin, danse très bien, mais n&rsquo;a pas le sex-appeal incomparable de la Dietrich ni le charisme vocal presque indécent de la Netrebko. Quant à Octavio, ses airs étaient taillés sur mesure pour l’extraordinaire Richard Tauber, dont les témoignages d’époque abondent sur le net. <strong>Thomas Bettinger</strong> n’a pas le timbre de Tauber et n&rsquo;est pas ni Jonas Kaufmann, ni Gary Cooper. Mais le ténor déborde de charme et sa technique lui permet de s’illustrer magnifiquement dans son rôle. Et puis, le décor et le contexte : quand on pense à légionnaire, c’est souvent parce qu’« il sentait bon le sable chaud ». Or, notre mise en scène ne nous propose pas de dunes ni de soleil aveuglant. Les propos critiques qui précèdent relèvent du babillage d’enfant gâté à qui l’on offre une glace à la pistache alors qu’il souhaitait de la vanille… Par ailleurs, voir dans le texte, le chant ou la musique une expression datée n’a pas de sens, pas davantage que celui, très snob, de déconsidérer l’opérette par rapport à l’opéra.</p>
<p>Donc, si l’on oublie son rêve de production idéale d’une œuvre fantasmée et des a priori déplacés, contentons-nous de nous réjouir sincèrement de la découverte de cette <em>Giuditta</em> rarissime et de la grande qualité du spectacle proposé. Il faut saluer la beauté des décors et des costumes de <strong>Pierre-André Weitz</strong>. Inspiré par le film <em>Morocco</em>, mais aussi par l’univers du théâtre, par les légendes (Giuditta est trouvée sur une plage et les sirènes grecques ont des ailes alors que celles du folklore scandinave ont une queue de poisson, comme dans le somptueux numéro donné dans le cabaret) et le cinéma en général (le <em>Cabaret</em> de Bob Fosse, dans une certaine mesure <em>Freaks</em> de Tod Browning, la pose de Marlene dans l’<em>Ange bleu</em> ou encore les films de Fellini, entre autres, et même les <em>Enfants du Paradis</em>). La mise en scène est inventive, pleine de belles trouvailles visuelles et de tableaux magnifiques. Mais on pourra trouver très exagéré le jeu des protagonistes lors des dialogues parlés. L’opérette est une mécanique bien huilée dont il est judicieux de suivre le phrasé et la théâtralité très « wienerisch », très viennoise, donc. Les ruptures de style n’aident pas, nous semble-t-il, à se laisser aller à adhérer à l’histoire comme on pourrait le faire aisément dans une <em>Lustige Witwe</em>, par exemple. En revanche, les chorégraphies d’<strong>Ivo Bauchiero</strong> sont de toute beauté, notamment celle des sirènes aquatiques et du dieu Neptune où cinq danseuses de gabarits très différents (cela nous change des modèles uniques, même taille, même silhouette, des Lido et autres Moulin Rouge…) encadrent la superbe Giuditta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Giudita-GP-5397HD5-2WEB-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-189652"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Comme nous l’avons déjà signalé plus haut, Melody Louledjian est une bien belle Giuditta. La soprano française laisse entendre par moments des aigus très tendus, une projection qui peine à passer la rampe mais après tout, il s’agissait d’une première, pour un rôle lourd et très physique dans une mise en scène exigeante. Gageons qu’elle va se bonifier au fur et à mesure des représentations. Les duos avec son partenaire Octavio sont très réussis et le ténor Thomas Bettinger dispose de solides aigus, d’une belle santé vocale et d’un dynamisme qui emporte tout dans son passage. L’autre couple, qui finira par convoler, est bien assorti tant vocalement que scéniquement. <strong>Sandrine Buendia</strong> affiche un soprano ravissant, juvénile et ardant pour une Anita délicieuse et candide. Son amoureux débrouillard et opiniâtre est campé avec force et faconde par <strong>Sahy Ratia</strong>, très en voix. Parmi les nombreux artistes qui complètent la distribution et incarnent plusieurs rôles, saluons la belle performance de <strong>Christophe Gay</strong>, formidable dans ses quatre rôles mais impayable en Ibrahim, patron, pardon, directrice de l’Alcazar et parfait en Attaché de son Altesse. Le baryton au timbre enveloppant est aussi à l’aise dans le jeu de scène que dans une diction et une projection impeccables. Parfait également en chansonnier sans complexes, <strong>Jacques Verzier</strong> incarne Cévenol avec panache. Pour les mettre tous en valeur, le Chœur de l’Opéra national du Rhin est à son habitude formidable.</p>
<p>À la tête de l’<strong>Orchestre national de Mulhouse</strong>, le Viennois <strong>Thomas Rösner</strong> est mieux qu’à son aise avec la musique de Franz Lehár, dont il parvient à mettre en valeur les couleurs et la profondeur. Décidément, la formation de Mulhouse semble se bonifier à chaque nouvelle écoute. Chaque soliste cisèle ses interventions et l’ensemble dégage une belle harmonie, tout en subtilité et caractère, y compris dans les sonorités orientales. On ne peut que conseiller à tout un chacun de courir découvrir cette œuvre que l’on rêve de voir, après la version française, en allemand. Et nous avons de la chance&nbsp;: l’opéra sera diffusé sur France Musique le 7 juin à 20h et ensuite disponible en streaming, mais surtout, une captation sera visible sur operavision.eu à partir du 4 juillet 2025.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | GIUDITTA | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/0BHXyKaE8h4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>MASSENET, Werther &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-werther-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Mar 2025 11:17:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2022 à Bordeaux, Benjamin Bernheim hissait son premier Werther à des hauteurs vertigineuses. Trois ans plus tard, sur la scène du Théâtre des Champs Elysées, le ténor pousse l’interprétation un cran au-dessus, au point d’amener à se poser la question : peut-on faire mieux ? On sait combien l’opéra français convient à cette voix qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/werther-bordeaux-il-est-ne-le-divin-werther/">En 2022 à Bordeaux</a>, <strong>Benjamin Bernheim</strong> hissait son premier Werther à des hauteurs vertigineuses. Trois ans plus tard, sur la scène du Théâtre des Champs Elysées, le ténor pousse l’interprétation un cran au-dessus, au point d’amener à se poser la question : peut-on faire mieux ? On sait combien l’opéra français convient à cette voix qui a fait de la prononciation de notre langue son paradigme. Mais donner à comprendre les mots ne suffit pas ; Benjamin Bernheim les illustre. L’éblouissement de « soleil », l’éclat de « lumière », la pâleur de « mort » : chaque parole est imagée, chaque phrase est pensée dans son essence sémantique sans que ce surcroît d’intentions ne touche au maniérisme. Avoir étrenné la mise en scène de <strong>Christof Loy</strong> la saison dernière à la Scala aide le chanteur à incarner un Werther torturé, moins romantique et rêveur qu’inquiétant, toxique, voire sadique par la manière dont il use du sentiment amoureux pour torturer Charlotte. Le chant outrepasse le parti-pris scénique pour se poser en référence par sa palette de couleurs, son usage des nuances, son art de la demi-teinte, toutes qualités utilisées à des fins expressives. « Pourquoi me réveiller » suscite dans une salle sinon silencieuse une légitime ovation. Passée l’invocation à la nature, encore contrainte au regard de ce qui suivra, il faudrait citer chaque air, chaque intervention pour donner une idée de ce qui finalement tient de la syzygie lyrique : l’alignement stellaire d’une voix de ténor à son point d’acmé artistique, d’une interprétation accomplie et d’un des rôles les plus emblématique du répertoire français.</p>
<p>Il faut plus de temps à <strong>Marina Viotti</strong> pour décorseter sa première Charlotte, sauf à supposer que la réserve dont fait d’abord preuve la mezzo-soprano soit un parti pris. L’épouse d’Albert claquemurée dans son devoir se dépare après l’entracte de ses principes pour laisser parler ses sentiments et, libérée de toute entrave, brûle du feu théâtral que nous appelions de nos vœux depuis le lever de rideau. L’Air des lettres, mieux dessiné, amorce une transformation que l’Air des larmes concrétise, la voix comme débarrassée de son empois, le son toujours rond et lustré, l’émission toujours égale avec des graves nourris, des aigus fulgurants sans que le passage d’un extrême à l’autre ne paraisse artificiel, mais l’ampleur du geste vocal, sa puissance et son intensité tragique retrouvées.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Werther4-1-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet</pre>
<p>Exception faite de <strong>Jean-Sébastien Bou</strong>, Albert idiomatique et stylé, dépassant les convenances du mari jaloux pour proposer un personnage complexe et humain jusque dans son inhumanité finale, les seconds rôles n’atteignent pas cette hauteur de vue interprétative. <strong>Sandra Hamaoui</strong> pose Sophie en rivale de Charlotte d’un soprano sans façon, moins léger que d’habitude aux dépens de la pureté et du charme perlé qui caractérisent la jeune fille. <strong>Marc Scoffoni</strong> est un Bailli articulé mais d’une clarté peu paternelle, et le comique de <strong>Yuri Kissin</strong> (Johann) et <strong>Rodolphe Briand</strong> (Schmidt ) s’avère trop appuyé pour alester les propos des deux boit-sans-soif – à leur décharge, Massenet n’a pas eu l’humour léger.</p>
<p>Les solistes et le chœur d’enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine chantent Noël avec une fraîcheur et une justesse réjouissantes pour les oreilles. S’il donne à entendre comme rarement la mélancolie du saxophone alto, jusqu’alors peu utilisé à l&rsquo;opéra, le choix d’instruments anciens, avec des cuivres tonitruants et des cordes chétives, ternit la partition en même temps qu’il porte préjudice à la direction de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong>, vivante, contrastée et attentive aux chanteurs.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Werther3-1-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet</pre>
<p><strong>Christof Loy</strong> séquestre le drame devant un mur tapissé d’un papier peint rayé, comme les barreaux d’une prison, unique décor que l’on espère en vain se voir lever pour dévoiler le jardin d’hiver derrière la porte – cette véranda dissimulée étant le symbole d’un monde auquel Werther, comme le spectateur, ne peut accéder. Cette approche carcérale, en restreignant l’espace scénique favorise la précision du geste. Les costumes transposent l’action dans des années 50 glamoureuses, avec au premier acte une référence au complet bleu et jaune imaginé par Goethe pour son héros. La lettre du livret n’est trahie qu’au dernier tableau. L’interlude symphonique entre le troisième du quatrième acte, joué normalement rideau fermé, montre Charlotte luttant avec Albert pour retrouver Werther. Deux coups de pistolet – supprimés à l’origine par Massenet – déchirent la musique. Werther meurt dans les bras de Charlotte sous le regard accablé et accablant d’Albert et de Sophie. Bien qu’innocente si on la compare à bon nombre de mises en scène aujourd’hui, ou justement parce que jugée trop sage, cette lecture du chef d’œuvre de Massenet a été conspuée par une partie de la salle au tomber de rideau, tandis qu’à l’inverse tous les artistes ont reçu leur juste part d’acclamations.</p>
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		<title>STRAVINSKY, Le Rossignol / POULENC, Les Mamelles de Tirésias &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stravinsky-le-rossignol-poulenc-les-mamelles-de-tiresias-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Mar 2023 08:18:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Accoupler Le Rossignol aux Mamelles de Tirésias pour conclure la trilogie Poulenc au Théâtre des Champs-Élysées semblait sur le papier une idée saugrenue. De fait, elle l’est. Olivier Py a beau invoquer Thanatos et Éros, un « conte pour enfants » et un « conte pour faire des enfants », l’envers et l’endroit d’un même &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Accoupler <em>Le Rossignol</em> aux <em>Mamelles de Tirésias</em> pour conclure la trilogie Poulenc au Théâtre des Champs-Élysées semblait sur le papier une idée saugrenue. De fait, elle l’est. <strong>Olivier Py</strong> a beau invoquer Thanatos et Éros, un « conte pour enfants » et un « conte pour faire des enfants », l’envers et l’endroit d’un même théâtre en un jeu judicieux de miroir : l’association s’avère bancale.</p>
<p>L’Empereur de Chine agonise dans les coulisses d’un cabaret nommé Zanzibar pendant que, sur scène, on joue <em>Les Mamelles de Tirésias</em>. Thérèse et le Rossignol se confondent, le Chambellan côté pile devient directeur de théâtre côté face, le Pêcheur n’est autre que le Journaliste. Autour d’eux rode la mort, dont le décor dessine la tête en ombre chinoise. De trop épaisses ficelles ligotent la féerie mise en musique par Stravinsky. Privée de poésie, l’intrigue s’avère difficile à suivre si l’on ne connaît pas l’argument. Des applaudissements perplexes accompagnent le tomber de rideau.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mamelles-5-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-126522" /><figcaption class="wp-element-caption"><strong>©</strong> Vincent PONTET</figcaption></figure>


<p>Tout autre est l’enthousiasme débordant engendré par la deuxième partie. Avec <em>Les Mamelles de Tirésias</em>, Olivier Py peut donner libre cours à sa fantaisie. L’univers de la pièce entre en congruence avec un vocabulaire scénique qui cette fois intervient à propos, entre Broadway, Barnum et peep-show. La musique même de Poulenc, sa pulsation, ses humeurs, trouve dans le théâtre de Py un juste écho. Le rire grince juste ce qu’il faut. Organisés autour d’un immense escalier, les numéros se succèdent à la manière d’un music-hall sous substance illicite, ponctués de gags, en une chorégraphie virtuose qui suscite l’admiration.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mamelles-1-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-126518" /><figcaption class="wp-element-caption"><strong>©</strong> Vincent PONTET</figcaption></figure>


<p>Les chanteurs doivent se faire autant comédiens que danseurs pour répondre aux exigences de la mise en scène. Le succès de la représentation tient aussi à leur performance vocale et théâtrale.</p>
<p>Le Rossignol fait valoir l’extraordinaire musicalité de <strong>Sabine Devieilhe</strong> qui se joue des coloratures du rôle. La précision de l’aigu en ses limites les plus extrêmes n’a d’égal que la pureté de l’émission. La voix portée par un souffle inépuisable semblerait manquer de chair pour rendre crédible l’agitation suffragette de Thérèse si la soprano ne faisait montre d’un abattage insoupçonné. Le chant parvient à prendre corps dans le médium sans que sa délicatesse ne soit compromise.</p>
<p>En mari bafoué, plus qu’en Empereur de Chine réduit à peu d’interventions, <strong>Jean-Sébastien Bou</strong> livre également une performance d’acteur remarquable, contraignant sa voix aux contorsions obligées par une partition transgenrée. La dignité de son baryton poussé dans ses retranchements rend d’autant plus hilarante la transformation en écuyère de cirque.</p>
<p>Qu’il soit pêcheur, journaliste à l’accent parigot ou Monsieur Lacouf levant la jambe tel Valentin le désossé, <strong>Cyrille Dubois</strong> conserve cette grâce qui fait le ténor funambule, en équilibre sur une ligne tracée d’un seul trait, souple, tendre et vif.</p>
<p><strong>Victor Sicard</strong> et <strong>Francesco Salvadori</strong>, l’un gendarme, l’autre M. Presto, harnachés de cuir SM tels ces mauvais garçons auquel Poulenc aimait titiller la moustache&nbsp;; <strong>Rodolphe Briand</strong>, travesti dépoitraillé puis fils indigne en lapin de Pâques&nbsp;; <strong>Chantal Santon Jeffery</strong> bourgeoise décalée&nbsp;; <strong>Lucile Richardot</strong>, Marchande de journaux costumée en Mort… Des seconds rôles, tous drôlement campés, se détache <strong>Laurent Naouri</strong>, M. Loyal du délire collectif dont il donne le coup d’envoi. Servi par une diction limpide, phrasé avec une gourmandise qui ne laisse aucun mot au hasard, porté avec emphase ou au contraire murmuré avec émotion, chanté donc – et comment ! – mais aussi mimé, dansé, son prologue des <em>Mamelles</em> est une des raisons de courir au Théâtre des Champs-Élysées d’ici le 19 mars*.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="663" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mamelles-4-1024x663.jpg" alt="" class="wp-image-126521" /><figcaption class="wp-element-caption"><strong>©</strong> Vincent PONTET</figcaption></figure>


<p>La répartition judicieuse de l’Ensemble Aèdes sur scène en spectateurs de la pièce, dans la salle aussi, fait du chœur un autre des éléments clés de la soirée.</p>
<p><strong>Francois-Xavier Roth</strong> a la tête des Siècles accompagne le tout de la recherche d’authenticité qui lui est coutumière. Les instruments sont choisis en fonction de la date de création des œuvres. Un même scrupule musicologique dicte une direction d’orchestre équilibrée, analytique chez Stravinsky, lyrique voire canaille chez Poulenc qui prend là une nouvelle revanche posthume. Jugé avec condescendance de son vivant, le compositeur des <em>Mamelles de Tirésias </em>s’avère aujourd’hui incontournable. Son premier opéra n’est pas seulement en phase avec les préoccupations de notre époque ; ainsi représenté, il apparaît comme un pied-de nez nécessaire à la morosité et la moralité ambiantes.    </p>
<p>* Diffusé sur Mezzo le 28 mars 2023, sur Medici TV à partir du 31 mars 2023 puis sur France Musique le 15 avril 2023 à 20h, le spectacle devrait être prochainement en ligne sur la chaîne YouTube du Théâtre des Champs-Elysées.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/stravinsky-le-rossignol-poulenc-les-mamelles-de-tiresias-paris-tce/">STRAVINSKY, Le Rossignol / POULENC, Les Mamelles de Tirésias &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>OFFENBACH, La Périchole — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-perichole-paris-tce-un-spectacle-revigorant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Nov 2022 07:29:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année aura marqué le grand retour de La Périchole sur les scènes parisiennes où pas moins de trois productions se sont succédé, celle proposée par Les Tréteaux Lyriques au Théâtre du Gymnase en janvier, les représentations de l’Opéra-Comique en mai et enfin celles qui sont actuellement à l’affiche du Théâtre des Champs-Élysées. La partition est celle &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année aura marqué le grand retour de <em>La Périchole</em> sur les scènes parisiennes où pas moins de trois productions se sont succédé, celle proposée par Les Tréteaux Lyriques au Théâtre du Gymnase en janvier, les représentations de l’Opéra-Comique en mai et enfin celles qui sont actuellement à l’affiche du Théâtre des Champs-Élysées. La partition est celle élaborée par le Palazzetto Bru Zane qui coproduit le spectacle et qui a publié un enregistrement discographique de l’œuvre, également dirigé par <strong>Marc Minkowski</strong>. Elle est majoritairement fondée sur la version de 1874, établie par Offenbach lui-même. Les dialogues parlés, astucieusement actualisés par <strong>Agathe Mélinand, </strong>s’insèrent parfaitement entre les parties chantées. Pour l’occasion le chef français retrouve son complice <strong>Laurent Pelly</strong> avec qui il a collaboré sur de nombreux ouvrages d’Offenbach, notamment <em>Orphée aux enfers</em> à Lyon en 1997 ainsi que <em>La Belle Hélène</em> et <em>La Grande Duchesse de Gerolstein</em> qui ont fait les beaux soirs du Châtelet en 2000 et 2004. C’est la première fois que les deux artistes travaillent ensemble sur <em>La Périchole</em> qu’ils avaient abordé chacun de leur côté, Pelly dès 2002 à Marseille et Minkowski lors des représentations bordelaises de 2018 qui ont servi à l’enregistrement du Palazetto.</p>
<p>L’action est située de nos jours. Lorsque le rideau se lève, les personnages portent des tenues d’été assez frustes, bermudas, chemisettes et T Shirts. Piquillo est en « marcel », La Périchole est vêtue d’un short en jean, d’un blouson en cuir sans manche et de bas en résille. A partir du deuxième acte, elle arbore une somptueuse robe du soir fuchsia. Le décor représente une place avec côté cour un immeuble vétuste dont la façade est taguée et aux fenêtres duquel on aperçoit du linge qui sèche ; côté jardin, trône un gigantesque portrait du vice-roi dont on ne voit que le bas du visage. Sur la place, des tables et des bancs devant une sorte de food truck où les trois cousines font commerce d’alcools et de victuailles. Au deuxième acte, des canapés noirs et de gigantesques miroirs amovibles représentent le palais du vice-roi, les courtisans et Piquillo sont en smokings, les dames en robes à crinoline argentées qui tranchent avec la robe « flashy » de la Périchole. Au troisième acte, la cellule de Piquillo est figurée par des grilles qui en constituent les parois et le plafond. La mise en scène est brillante, émaillée de quelques gags bienvenus. La direction d’acteurs, extrêmement précise, ne laisse aucun personnage livré à lui-même. Laurent Pelly s’est montré particulièrement inspiré par l’ouvrage, comme toujours lorsqu’il aborde Offenbach. Au salut final lui et son équipe ont été acclamés, ce qui n’est pas courant par les temps qui courent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="287" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221110-01vp_0.jpg?itok=um8snLMa" style="font-size: 11.2px;text-align: center" title="La Périchole (TCE) © Vincent Pontet" width="468" /><br />
	La Périchole (TCE) © Vincent Pontet</p>
<p class="legende"> La distribution réunie pour l’occasion est d’un niveau élevé jusque dans les seconds rôles. <strong style="font-size: 14px">Natalie Pérez</strong> est une Frasquinella pimbêche à souhait, <strong style="font-size: 14px">Chloé Briot</strong>, <strong style="font-size: 14px">Alix Le Saux</strong> et <strong style="font-size: 14px">Éléonore Pancrazi</strong> campent avec le même bonheur les trois cousines, malicieuses et pétillantes et le trio des courtisanes, hautaines et méprisantes. <strong style="font-size: 14px">Rodolphe Briand</strong> et <strong style="font-size: 14px">Lionel Lhote</strong> rivalisent de rouerie dans leur emploi de courtisans obséquieux et serviles et déclenchent les rires à chacune de leurs apparitions. <strong style="font-size: 14px">Laurent Naouri</strong> excelle dans son emploi de monarque veule et libidineux, avec sa voix rocailleuse et ses divers accoutrements. <strong style="font-size: 14px">Stanislas de Barbeyrac</strong> se glisse aisément dans la peau de cet amoureux transi, un peu benêt mais tellement attachant. La voix est claironnante et bien projetée et si la ligne de chant est par moment hachée, il interprète avec délicatesse et de jolies nuances son air « On me proposait d’être infâme » au dernier acte. De plus, le ténor français possède une diction impeccable et offre un jeu d’acteur pleinement convaincant. A ses côtés, <strong style="font-size: 14px">Antoinette Dennefeld</strong> tire son épingle du jeu en incarnant une Périchole piquante et volontaire, la voix est fraîche et bien conduite, le timbre est clair mais le volume demeure par moment confidentiel. Sa lettre est déclamée avec beaucoup de sensibilité, son air de la griserie avec toute la gouaille nécessaire, sans tomber dans la caricature. En revanche, l’on aurait souhaité un peu plus d’ironie voire de sensualité sur le refrain « Mon Dieu que les hommes sont bêtes ». L’air « Tu n’es pas beau » convainc davantage. Enfin, très à l’aise sur le plateau, la soprano se révèle fine comédienne.</p>
<p>Les Musiciens du Louvre qui viennent de fêter leur quarantième anniversaire, offrent des sonorités chatoyantes sous la baguette de Marc Minkowski qui adopte des tempos alertes propres à faire progresser l’action sans temps mort, tout en demeurant attentif à ses interprètes. Belle prestation des Chœurs de l’Opéra National de Bordeaux qui contribuent eux aussi à la réussite de ce spectacle revigorant.</p>
<p> </p>
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		<title>THOMAS, Hamlet — Montpellier (Festival)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Jul 2022 17:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On doit avouer avoir été d’abord un peu sceptique en voyant que le Festival de Radio France, qui propose pourtant chaque année de redécouvrir une œuvre rare ou oubliée, programmait cet été l’Hamlet d’Ambroise Thomas. En effet, l’œuvre de 1868, beau succès en son temps qui s’est progressivement émoussé, mais qui a suscité un regain d’intérêt &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On doit avouer avoir été d’abord un peu sceptique en voyant que le Festival de Radio France, qui propose pourtant chaque année de redécouvrir une œuvre rare ou oubliée, programmait cet été l’<em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas. En effet, l’œuvre de 1868, beau succès en son temps qui s’est progressivement émoussé, mais qui a suscité un regain d’intérêt au cours des dernières décennies, est loin d’être inconnue du public.<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre"> L’Opéra Comique a repris en janvier</a> dernier <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre">une production qui avait marqué le public parisien il y a deux ans</a>, alors qu’au même moment, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale">l’Opéra de Saint-Étienne le mettait à l’affiche</a> et que l’Opéra de Paris annonçait pour sa prochaine saison une nouvelle production de cette œuvre créée <em>in loco</em>. De plus, même si chacune a ses faiblesses, deux intégrales studio peuvent faire parvenir l’œuvre aux oreilles qui voudraient la découvrir. </p>
<p>Mais l’originalité revendiquée du projet du Festival de Radio France était de donner à entendre pour la première fois au public la version originale de l’opéra, avant sa présentation au public de l’Opéra de Paris en 1868. En effet, le rôle d’Hamlet, dans lequel de nombreux barytons ont brillé (Thomas Hampson, Simon Keenlyside, Stéphane Degout, et d’autres) a d’abord été pensé et écrit pour une voix de ténor. Ce sont les circonstances de la création de l’ouvrage qui ont décidé du changement de tessiture du rôle principal : pour le directeur de l’Opéra, aucun ténor assez renommé ne semblait correspondre au rôle et c’est finalement le fameux baryton Jean-Baptiste Faure qui fut choisi. Ainsi, Thomas accepta de retravailler sa partition pour qu’elle puisse correspondre à la voix du chanteur, créateur notamment des rôles de Don Rodrigue (<em>Don Carlos</em>) et Nelusko (<em>L’Africaine</em>).</p>
<p>Soit. Mais cela nous révélerait-il vraiment une œuvre <em>différente </em>de celle que l’on connaît déjà ? De fait, le rôle tel qu’il a été initialement écrit par Thomas est assez redoutable : la tessiture est très centrale, exigeant un interprète avec un médium et des graves solides. On repère ponctuellement que des transpositions ont été faites dans les lignes vocales de la partition pour ténor afin de s’adapter à une voix de baryton, mais certains passages sont presque entièrement inchangés et il ne semble à la première écoute n’y avoir aucun changement de tonalité. La présence de nombreux moments tendus dans l’aigu, adroitement écrits pour servir l’expression dramatique de telle ou telle scène, fait cependant basculer le rôle dans une autre vocalité, voire un autre style, peut-être d’apparence plus belcantiste, mais à notre avis plus riche de potentialités dramatiques dans la manière dont elle met en tension l’interprète. Le rôle d’Hamlet se charge d’une couleur plus brillante et apparaît plus contrasté, loin du ténébrisme assez uniforme dans lequel la version pour baryton enserre le personnage shakespearien. Thomas puise son inspiration dans les grands rôles de ténor de Grand Opéra et lui offre une écriture très tourmentée, d’une grande variété expressive, à la fois lyrique et déclamatoire.</p>
<p>C’est donc avec une grande surprise et beaucoup de bonheur qu’on redécouvrait une partition que l’on croyait connaître, non seulement grâce à l’exhumation de cette version pour ténor, dont le travail d’édition revient à la maison allemande Bärenreiter, mais aussi grâce à l’effectif pléthorique d’un orchestre placé sous la baguette flamboyante de <strong>Michael Schønwandt</strong>. En effet, l’<strong>Orchestre national Montpellier Occitanie </strong>est richement fourni (à titre d’exemple, il y a quatre bassons et deux harpes !) et exalte la dimension « Grand Opéra » de l’ouvrage par des coloris brillants et des tutti grandioses. On aurait pu préférer à certains endroits plus de relief et de nervosité, notamment chez les cordes, mais la direction du chef est claire et tenue : il met en avant les originalités et les meilleures inventions de la partition, comme ces solos de cor, de trombone et de saxophones servis par des instrumentistes remarquables, et n’hésite nullement à rendre aux passages les plus académiques leur efficacité dramatique ou leur délicatesse d’écriture, comme dans le chœur d’ouverture de l’opéra. </p>
<p>Et que dire d’une distribution proche de l’idéal, rendant totalement justice à l’œuvre, qui a soulevé la salle et mené le public vers une <em>standing ovation</em> ? <strong>John Osborn </strong><em>est</em> Hamlet. Le ténor américain possède un ambitus très étendu, mais le placement très central de la partition a pu mettre, très naturellement, la projection de certains de ses aigus à l’épreuve. En grand artiste, il met à profit ces petites difficultés vocales pour incarner un Hamlet au bord du déchirement. Le chanteur offre un français d’une clarté exemplaire et sert avec une musicalité absolue la partition de Thomas. Chacune de ses interventions est incarnée, sur le plan musical et dramatique, avec une somptuosité de timbre et un naturel théâtral assurés. Il apporte au personnage autant de délicatesse que de flamme : remarquons par exemple la manière très douce avec laquelle il adresse à Ophélie son premier « Allez dans un cloître », sur le ton d’une cantilène, avant d’y inoculer une rage désespérée lors de la reprise. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/17_hamlet-15-7-2022-20h-berlioz-marc_ginot.jpg?itok=jWlMPYb0" title="Jodie Devos &amp; Michael Schønwandt © Marc Ginot" width="468" /><br />
	Jodie Devos &amp; Michael Schønwandt © Marc Ginot</p>
<p>Nous avions déjà observé récemment, lors de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/thomas-mignon-liege-la-revanche-de-wilhelm-meister">la production du <em>Mignon</em> du même Ambroise Thomas à Liège</a>, l’étincelante éclosion de <strong>Jodie Devos</strong>, depuis toujours une chanteuse admirable, mais qui prouve encore en Ophélie qu’elle est une des plus brillantes artistes du monde lyrique actuel. La voix est charnue sur l’ensemble de la tessiture, jusque dans des aigus dardés chargés de sève, et l’interprète d’une virtuosité technique et d’une musicalité rares, ciselant le texte avec justesse et émotion : là un son droit pour exprimer un vertige sur « votre regard me glace », là un aigu volontairement écourté, comme un hoquet, à la fin de sa scène de folie, pour rendre compte de l’égarement mental et physique d’Ophélie. Il suffit de porter un regard sur l’artiste pour voir devant soi se lever le personnage lui-même. Le public ne s’y est pas trompé et lui réserve une longue ovation après son premier air et sa scène de folie au quatrième acte. </p>
<p><strong>Clémentine Margaine</strong> est une Gertrude d’une classe folle. Enveloppée dans son timbre sombre et portée par un maintien d’une grande autorité, cette reine impressionne autant qu’elle émeut. Certains aigus paraissent un peu tendus, mais l’engagement dramatique de l’interprète fait tout tenir avec beaucoup d’art. Le duo entre la reine et Hamlet, qui conclut le troisième acte, peut-être le sommet dramatique de la partition, est rendu avec passion. On entend dans sa voix et on voit dans ses yeux passer le désespoir de la mère accablée par son fils.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22_hamlet-15-7-2022-20h-berlioz-marc_ginot.jpg?itok=LcQW-L3A" title="Clémentine Margaine © Marc Ginot" width="468" /><br />
	Clémentine Margaine © Marc Ginot</p>
<p>Le roi Claudius est campé avec humanité par <strong>Julien Véronèse</strong>, très loin de la veulerie à laquelle on associe souvent le personnage. La voix est homogène, clairement émise et la diction ne souffre d’aucun défaut. Le rôle de Laërte est assez court, mais <strong>Philippe Talbot</strong> tire son épingle du jeu grâce à une émission claire, qui se différencie du métal de la voix d’Hamlet, et apporte au personnage beaucoup de la poésie qu’il a perdue en passant entre les mains des librettistes de l’opéra. </p>
<p><strong>Tomislav Lavoie</strong> et <strong>Rodolphe Briand</strong> incarnent quant à eux les deux amis d’Hamlet, Horatio et Marcellus, ainsi que les deux fossoyeurs du début du dernier acte. Quel duo idéal ! Le premier possède une voix de baryton savoureuse, qu’il manie avec ductilité et le second une voix de ténor franche, émise sans couverture excessive, qui lui permet d’avoir une diction aussi précise que s’il parlait. Ces personnages sont rendus à leur dimension « de caractère » par ces deux grands artistes.</p>
<p><strong>Jérôme Varnier</strong> hante le rôle du feu roi depuis quelque temps et il connaît suffisamment ce qu&rsquo;il doit chanter pour ne pas avoir à regarder sa partition. D&rsquo;un hiératisme bienvenu, avec assez de mordant dans la voix pour exhausser sa présence, son Spectre impressionne. Enfin, <strong>Geoffroy Buffière</strong> complète idéalement cette distribution, dans le rôle de Polonius, lui aussi réduit à peau de chagrin par les librettistes&#8230;</p>
<p>Comme pour <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/fredegonde-tours-fremissante-fredegonde">la récente <em>Frédégonde</em> tourangelle</a>, le <strong>Chœur du Théâtre national du Capitole</strong> vient renforcer les rangs du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra national Montpellier Occitanie</strong>. Les choristes donnent beaucoup de relief aux scènes d&rsquo;ensemble et abordent avec une immense délicatesse le somptueux chœur à bouche fermée qui introduit la mort d&rsquo;Ophélie.</p>
<p>Le concert était capté et sera diffusé sur France Musique prochainement, permettant de garder une trace de cette surprenante version pour ténor, qu&rsquo;on espère voir donnée plus souvent !</p>
<p> </p>
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