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	<title>James KRYSHAK - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sun, 19 Jul 2026 15:25:36 +0000</lastBuildDate>
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	<title>James KRYSHAK - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VENABLES, We are the Lucky Ones – Erl</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’opéra du compositeur britannique Philip Venables créé tout récemment, « le bon vieux temps » désigne celui que beaucoup d’entre nous, « boomers » qui sommes nés entre 1940 et 1949, ont connu. Souvenirs embellis ou estompés par les années qui passent ? Peut-être, mais force est de constater qu’entre 1940 et aujourd’hui, soit globalement le temps d’une vie, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’opéra du compositeur britannique <strong>Philip Venables</strong> créé tout récemment, « le bon vieux temps » désigne celui que beaucoup d’entre nous, « boomers » qui sommes nés entre 1940 et 1949, ont connu. Souvenirs embellis ou estompés par les années qui passent ? Peut-être, mais force est de constater qu’entre 1940 et aujourd’hui, soit globalement le temps d’une vie, on a vu malgré des guerres sporadiques une augmentation importante du niveau de vie, une simplification de la vie courante, et une amélioration notable de la santé publique qui se traduit entre autres par une augmentation de la durée moyenne de la vie. Mais ce qui paraît poser problème dans cette œuvre, ce n’est pas tant la musique que le livret.</p>
<p>Dès que l’on parlait du passé, qu’il s’agisse de La Belle époque, des Années folles ou des 30 Glorieuses, on a souvent entendu des personnes âgées dire « c’était le bon temps ». Mais cela dépend de quoi l’on parle exactement. À son ouverture en 1988, le Musée de la civilisation à Québec proposait une galerie intitulée « Mémoires », dans laquelle la première section était justement consacrée au « Bon vieux temps ». Il s’agissait d’une démarche à la fois ethnographique et historique : d’un côté, on pouvait voir comment le bonheur familial était vu par la mémoire collective du XXe siècle : une pièce confortable, un feu dans la cheminée, une grand-mère dans son fauteuil à bascule avec un chat ronronnant sur ses genoux… Mais le couloir qui longeait cette présentation idyllique montrait les antithèses, la guerre, les mouvements sociaux, la misère, la dureté du travail en usine, etc.</p>
<p>Or là est le fond de la question : d’un côté la mémoire collective forgée sur des souvenirs individuels, de l’autre une démarche réfléchie menée par des historiens, fondée sur des documents d’archives et des faits confirmés. Et il est clair que les souvenirs personnels sont les plus sujets à caution, tant ils sont essentiellement en rapport avec la mémoire individuelle et avec la personnalité de chacun : peut-on dire qu’ils représentent une génération, une période, une nation ? Et au total, ce bon vieux temps évoqué par des individus, est-ce que ce n’est pas systématiquement un regard nostalgique sur leur jeunesse, faite essentiellement dans nos pays occidentaux d’insouciance face à un avenir souvent ouvert et radieux ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/55402954480_3dae7181d2_k-rec-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217603"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Tiroler Festspiele Erl &#8211; TFE/Scheffold Media</sup></figcaption></figure>


<p>En fait, ce que l’on peut le plus reprocher à la démarche des librettistes <strong>Nina Segal </strong>et<strong> Ted Huffman</strong>, c’est son opacité, ainsi que celle de leur technique d’interview : on lit qu’ils ont interrogé quelque 70 personnes nées entre 1940 et 1949 (sur quelles bases ? Dialogues, questions, grilles d’analyse ?) ; dans tous les pays occidentaux, essentiellement d’Europe (or on a l’impression d’un ensemble essentiellement anglo-saxon du fait de beaucoup d’éléments racontés qui ne concernent pas tous les pays) ; et enfin en un mélange de sexes, de genres, de couples, de périodes par 10 ans, tendant à donner un regard global, alors qu’en fait on reste la plupart du temps au niveau de l’anecdote individuelle. Laura Roling, dramaturge du Dutch National Opera d’Amsterdam, ne s’y est pas trompée lorsqu’elle explique : « L’équipe a travaillé à partir de traductions de transcriptions de conversations qu’elle n’avait pas menées elle-même. Et les souvenirs partagés par les personnes interrogées sont, par définition, subjectifs. Chacun façonne son histoire personnelle lorsqu’il la raconte. (…) C’est ainsi qu’est né, à partir de témoignages et d’histoires réels, quelque chose à la fois authentique et artificiel. La frontière entre vérité et fiction est délibérément floue dans cet opéra. Qu’est-ce qui provient directement des entretiens ? Qu’est-ce qui a été sélectionné, monté, voire transformé par les créateurs pour refléter leur propre vision de cette génération ? » En tous cas, il ne s’agit donc pas du travail d’historiens professionnels de l’enquête, et c’est fort dommage.</p>
<p>Une fois tous les témoignages recueillis, regroupés et répartis en soixante-quatre scènes, on se rend compte qu’un peu tout est abordé, dans le genre de la « Rubrique-à-brac » chère à Gotlib. Les grands événements politiques et sociaux sont pour la plupart esquissés (mais rien sur mai 1968 en France qui est peut-être l’expérience étudiante la plus extraordinaire, du fait de son ampleur nationale), mais surtout des petits riens de la vie courante, qui ne sont pas particulièrement propres à la période considérée : la mort du chien de la famille, la vieille dame à qui un malfrat essaie d’arracher son sac, qu’elle a sécurisé, ce qui lui permet de crier à son agresseur « fuck you » (va te faire foutre), tout en se disant que cet argent, il en avait sûrement plus besoin qu’elle. Et les vies se déroulent ainsi, entre émotion, humour et regrets, jusqu’à la mort que l’une des interviewées a dû raconter depuis l’au-delà.</p>
<p>En fait, ce qui m’a le plus gêné, c’est en tant que boomer moi-même de ne me reconnaitre en rien dans tout cela, ni dans l’espace, ni dans le temps, ni dans les préoccupations de ces 70 personnes. Sauf en un point : oui, on a peut-être acquis une position plus élevée que celle de nos parents, mais cela a été – comme cela est souligné – au prix d’un travail acharné. Reste une question : ceux qui sont concernés par la tranche d’âge et la tranche de vie considérée ont-ils vraiment conscience d’avoir vécu un âge d’or, où tout semblait possible ? Les sans-abris, les mendiants, les migrants, tous ces problèmes sociaux que l’on a vus se développer sans forcément s’en sentir responsables, tout cela reste non-dit, ou alors est esquissé si légèrement qu’on peut ne pas le percevoir. Pas grand-chose non plus dans le domaine de la culture, livres, musées, théâtre et opéra, qui ne semblent pas avoir beaucoup frappé les 70 esprits. Et en conclusion, quel futur peut-on espérer pour les générations à venir : la réponse est évidente…</p>
<p>Mais, me direz-vous, comment tout cela est-il traduit dans le genre opéra ? C’est là que, finalement, tout bascule miraculeusement dans la plus grande des réussites. Il faut dire tout d’abord l’excellence des 8 chanteurs réunis, quatre femmes et quatre hommes, non seulement au niveau du lyrique (malgré la diction anglaise parfois un peu pâteuse, sans doute due à la mauvaise sonorisation des ensembles), mais aussi dans le langage parlé vraiment d’excellente qualité. Ils viennent tous – sauf un – de la distribution de la création à Amsterdam : <strong>Claron McFadden</strong> (One), <strong>Jacquelyn Stucker</strong> (Two), <strong>Nina van Essen</strong> (Three), <strong>Helena Rasker</strong> (Four), <strong>Frederick Ballentine</strong> (Six), <strong>Germán Olvera</strong> (Seven) et <strong>Alex Rosen</strong> (Eight), à l’exception de <strong>James Kryshak</strong> (Five) qui remplace Miles Mykkanen.</p>
<p>Tous assument de grandes carrières lyriques, mais qu’il soit vétéran ou jeune professionnel aucun ne prend le pas sur le voisin, tous jouent de très nombreux personnages, participant également à la pose d’écrans, feuille à feuille en fond de scène. Car des photos et des vidéos projetées sur ces feuilles appliquées sur un grand mur gris viennent donner des visions de la famille, des congés payés, des vacances, du travail, des enfants… Du fait de la complexité de l’écriture, on ne peut séparer les uns des autres et commenter la prestation de chacun, sauf à dire qu’ils sont tous extraordinaires, des claquettes et de la danse au grand écart, des figures de gymnastique au travail théâtral, et peut-être plus encore Alex Rosen (éblouissant Eight).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/55402738409_2bcfd7230d_o-rec-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217604"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Alex Rosen © Photo Tiroler Festspiele Erl &#8211; TFE/Scheffold Media</sup></figcaption></figure>


<p>L’orchestre d’une soixantaine de musiciens, placé dans la fosse, est entouré d’un praticable comme on en fait souvent au music-hall, qui permet aux chanteurs de circuler tout autour sur une mise en scène efficace de <strong>Ted Huffman</strong>. Dirigé avec brio par <strong>Bassem Akiki</strong>, il distille avec art la musique de Venables, aussi séduisante qu’inclassifiable, sorte d’éclectisme musical situé entre post-modernisme et post-minimalisme. Swing, big band, tango, grandiloquence hollywoodienne, tout se mêle pour illustrer les textes les plus divers.</p>
<p>Ceux qui font encore partie aujourd’hui de cette génération ont-ils vraiment l’impression d’avoir fait partie des chanceux décrits par la production ? Et si leurs suiveurs sont envieux, dépités, déçus de constater un certain gâchis qui fait d’eux les oubliés d’une croissance qui ne reviendra plus, n’y a-t-il pas là une part importante de la question, qui restera sans réponse ? En tous cas, l’opéra tente de nous raconter ici notre histoire : serait-ce, pour lui aussi, un moyen de survivre ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/venables-we-are-the-lucky-ones-erl/">VENABLES, We are the Lucky Ones – Erl</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>PUCCINI, Turandot — Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-londres-rbo-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Neuf mois après l&#8217;électrisante série de Turandot avec Sondra Radvanovksy, le Royal Opera reprend l&#8217;ultime chef-d&#8217;œuvre puccinien avec une nouvelle distribution prestigieuse. Après une superbe série de Tosca ici-même quelques semaines plus tôt, Anna Netrebko campe une princesse plutôt atypique, vocalement et scéniquement. Sa puissance lui permet de dominer sans effort la masse orchestrale avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Neuf mois après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-londres-rbo/">l&rsquo;électrisante série de <em>Turandot</em> avec Sondra Radvanovksy</a>, le Royal Opera reprend l&rsquo;ultime chef-d&rsquo;œuvre puccinien avec une nouvelle distribution prestigieuse. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-londres-rbo/">une superbe série de <em>Tosca</em></a> ici-même quelques semaines plus tôt, <strong>Anna Netrebko</strong> campe une princesse plutôt atypique, vocalement et scéniquement. Sa puissance lui permet de dominer sans effort la masse orchestrale avec des aigus toutefois plus lyriques que <em>spinto</em> : c&rsquo;est une voix qui remplit tout l&rsquo;espace (un peu comme Leonie Rysanek en son temps) plutôt qu&rsquo;un faisceau laser à l&rsquo;instar des Turandot plus classiques comme Birgitt Nilsson autrefois ou Sondra Radvanovsky aujourd&rsquo;hui. Dramatiquement, le soprano russe est dès le début une princesse assez humaine plutôt qu&rsquo;un monstre froid, ce qui rend plus crédible la transition finale, le final d&rsquo;Alfano la trouvant à son meilleur. On notera quelques postures scéniques pseudo-chinoises un peu surannées. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RBO_TURANDOT__Z812067-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205760"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2025 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Yusif Eyvazov</strong> est un Calaf d&rsquo;une puissance insolente. Avec le temps, le timbre du ténor azéri est devenu plus sombre et plus rond, perdant de son aigreur, et le vibrato est bien contrôlé. Les attaques sont franches, avec peu de recours à la voix mixte dans l&rsquo;aigu contrairement à certaines autres occasions, ce qui rend son prince inconnu particulièrement excitant. Son affrontement vocal avec Netrebko et leur duo final sont particulièrement électrisants. Le chanteur rafle la mise avec un « Nessun dorma » accueilli par une légitime ovation du public. Remarquée à l&rsquo;occasion du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-grandes-voix-lyriques-dafrique-paris-tce/"><em>Concours international des voix d’Afrique</em></a> et prix du public celui du <a href="https://www.forumopera.com/breve/une-soprano-de-21-ans-rafle-la-mise-au-belvedere/"><em>Belvédère</em></a>, <strong>Masabane Cecilia Rangwanasha</strong> a pour elle un timbre chaleureux et un beau phrasé. À ce stade de sa jeune carrière (le soprano sud-africain n&rsquo;a pas trente ans), les aigus pianissimi sont encore un peu instables. <strong>Rafał Siwek</strong> est un Timur bien chantant est très humain. Le trio de ministres est dominé par la voix charnue du baryton <strong>Simone Del Savio</strong>. <strong>James</strong> <strong>Kryshak</strong> est un ténorino percutant. Le second ténor, le jeune <strong>Emmanuel Fonoti-Fuimano</strong>, membre du <em>Jette Parker Artists Programme</em> est encore un peu vert. On retrouvera avec émotion le vétéran <strong>Raúl Jiménez</strong> dans le rôle du vieil empereur. Comme lors de la précédente reprise, <strong>Ossian Huskinson</strong> est un mandarin impeccable. Les <strong>Chœurs du Royal Opera</strong> sont en pleine forme et participent à l&rsquo;ambiance vocale électrique du plateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RBO_TURANDOT_DSC_1184-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205767"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2025 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>À la tête d&rsquo;un<strong> Orchestre du Royal Opera</strong> impeccable, <strong>Daniel Oren</strong> offre une direction idéalement théâtrale. Le chef israélien, grand habitué des scènes italiennes, est un vrai chef de fosse, attentif aux chanteurs, ne perdant jamais de vue le drame qui se joue, tout en étant capable de faire ressortir quelques subtilités ignorées de l&rsquo;orchestration. On ne reviendra pas sur la production d&rsquo;<strong>Andrei Serban</strong>, d&rsquo;autant que le couple princier ne respecte guère la mise en scène originale qui faisait de Turandot une névrosée et de Calaf un égoïste indifférent au sort de son père ou de Liu. Au positif, les deux chanteurs sont idéalement appariés, habitués à chanter ensemble, ce qui se traduit par une complicité artistique qui emporte l&rsquo;adhésion. Visuellement, la production est toujours aussi splendide et animée, avec notamment une figuration intelligente de danseurs acrobates de grande qualité, et une vision théâtrale mais respectueuse d&rsquo;une Chine fantasmée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RBO_TURANDOT_DSC_1661-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205768"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2025 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>BERG, Wozzeck &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Jun 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au cœur de Wozzeck, il y a la question de la folie. Et pour cause&#160;: Büchner aurait écrit sa pièce (inachevée) à la suite d’un fait divers dramatique dont l’issue dépendait d’un diagnostic psychiatrique. Comme dans la pièce, un jeune soldat a assassiné sa maîtresse. Plusieurs années plus tard, reconnu responsable de ses actes, il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Au cœur de <em>Wozzeck</em>, il y a la question de la folie. Et pour cause&nbsp;: Büchner aurait écrit sa pièce (inachevée) à la suite d’un fait divers dramatique dont l’issue dépendait d’un diagnostic psychiatrique. Comme dans la pièce, un jeune soldat a assassiné sa maîtresse. Plusieurs années plus tard, reconnu responsable de ses actes, il sera exécuté. Chez Büchner comme chez Berg (qui a lui-même écrit son livret), la question de la santé mentale du personnage principal reste en suspens (la pièce s’achève sur un début de procès dont on ne connaît pas l’issue, tandis que, dans l’opéra, Wozzeck meurt noyé).</p>
<p style="font-weight: 400;">La mise en scène de <strong>Johan Simons</strong> ambitionne de transporter l’action dans l’univers intérieur de Wozzeck. Cerclée de parois blanches, la scène est d’abord le théâtre des tourments du soldat et de ses visions. Des ombres tournent et passent, obsessionnellement, sans but ni autre évocation que le passage inéluctable du temps. Manière de figurer un <em>memento mori</em>. Car si Wozzeck est à bien des égards une victime (victime de l’oppression médicale, victime de l’oppression militaire, victime de l’oppression religieuse, victime de l’oppression capitaliste), il sait que tout tourment a une fin certaine. Un long tuyau d’arrosage jaune pend. D’abord énigmatique – il pourrait s’agir d’une grande corde de pendu, ce qui ne serait pas absurde – cet élément prend son sens quand on comprend qu’il laissera jaillir l’eau meurtrière&nbsp;: d’emblée, la mort était présente en arrière-plan – littéralement. Les sentiments du soldat sont projetés dans cet espace par des lumières franches, souvent criardes – dues à <strong>Friedrich Rom</strong> –, comme si l’esprit du jeune soldat ne s’accommodait d’aucune nuance. Christian, l’enfant illégitime de Wozzeck et Marie, n’a pas d’existence corporelle. C’est une poupée de chiffon noir que Wozzeck maltraite à l’occasion. Existe-t-il&nbsp;ou n’est-il que le signe d’un lien illusoire ? En revanche, d’autres enfants vont et viennent constamment sur le plateau et, donc, dans le monde de Wozzeck. Manière sans doute de rappeler la fragilité du héros et d’expliquer, peut-être, un emportement incontrôlé, voire une cruauté primaire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Musicalement, le propos est remarquablement servi par <strong>Alejo Pérez</strong> et l’Orchestre symphonique d’Opera Ballet Vlaanderen. Malgré une partition qui n’offre que très peu de repères de nature tonale, l’approche est analytique et rend l’ensemble parfaitement lisible. À l’intensité somptueuse de certains moments (les deux grands <em>crescendos </em>qui suivent le meurtre de Marie sont une explosion progressive et glaçante) répondent des instants de fragilité extrême, à l’instar de la situation jouée sur scène.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Robin Adams </strong>incarne un Wozzeck tout en nuances. La voix est souple mais, à l’occasion, tranchante. La palette de couleurs semble infinie, si bien que le chanteur passe sans difficulté de la détresse et de la fragilité à la colère incontrôlée et meurtrière, explorant une somme de sentiments contraires qui reflète peut-être la complexité de toute psyché.</p>
<p style="font-weight: 400;">La Marie de <strong>Magdalena Anna Hofmann </strong>touche parfaitement l’ambiguïté du personnage, appuyant davantage son côté «&nbsp;impur&nbsp;», objet des tourments de Wozzeck. La voix est ample et pleine. L’approche est très lyrique pour ce répertoire mais cela fonctionne et permet notamment une conduite claire qui se donne comme évidente dans une partition extrêmement dense.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>James Kryshak </strong>est un capitaine retors à souhait. La voix est très concentrée dans la partie supérieure du masque, ce qui résulte en un son toujours très présent mais qui manque d’ampleur. Comme celui du docteur, le jeu est finement caricatural – à dessein bien sûr. Dans le rôle du docteur, <strong>Martin Winkler</strong> est parfait. La voix est souple et large, profonde mais nette, pas exempte de tension et idéalement projetée.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Samuel Sakker</strong> et <strong>Hugo Kampschreuer </strong>sont respectivement un tambour-major et un Andres efficaces. Le premier met sa voix délicate au service d’une crapule qu’il incarne magnifiquement, tandis que le second donne à l’ami de Wozzeck une vraie place tant scénique que vocale.</p>
<p style="font-weight: 400;">La Margret de <strong>Lotte Verstaen </strong>confère au texte une ampleur singulière. La voix est ronde et la phrasé magnifique. <strong>Reuben Mbonambi</strong> et <strong>Tobias Lusser</strong> sont deux ouvriers présents et investis, tandis que <strong>Jóhann Freyr Odinsson </strong>campe efficacement l’idiot.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>RASKATOV, Animal farm &#8211; Helsinki</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/raskatov-animal-farm-helsinki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alexander Raskatov est un compositeur russe qui vit à Paris. Pour sa vingtième création lyrique, il a bénéficié d&#8217;une commande de Sophie de Lint pour l’opéra d&#8217;Amsterdam ainsi que d&#8217;une ambitieuse coproduction internationale qui emmena cet Animal Farm du Wiener Staatsoper au Teatro Massimo de Palerme. Ce spectacle qui a remporté le prix de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alexander Raskatov</strong> est un compositeur russe qui vit à Paris. Pour sa vingtième création lyrique, il a bénéficié d&rsquo;une commande de Sophie de Lint pour l’opéra d&rsquo;Amsterdam ainsi que d&rsquo;une ambitieuse coproduction internationale qui emmena cet <em>Animal Farm</em> du Wiener Staatsoper au Teatro Massimo de Palerme. Ce spectacle qui a remporté le prix de la création – World Première – aux International Opera Awards en 2023 achève son parcours à l&rsquo;Opéra National de Finlande en apothéose, avec une proposition à couper le souffle.<br />La cohérence de l&rsquo;ensemble, la pertinence de tous les choix artistiques au service d&rsquo;une fable limpide force l&rsquo;admiration.<br />Forumopera avait rendu compte de la création de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/germania-lyon-scenes-dallemagne-fragments-dun-memorial/"><em>GerMANIA</em></a> à l&rsquo;Opera de Lyon en 2018.</p>
<p><em>Animal Farm</em> en constitue comme le pendant imaginaire : avec <em>GerMANIA</em>, l&rsquo;adresse était directe : les dictateurs du XXe siècle étaient sur scène ; le message adopte ici une dimension plus métaphorique, mais pas moins brutale. La continuité est plus frappante encore du fait de la présence de plusieurs artistes dans les deux productions. C&rsquo;est le cas de <strong>Michael Gniffke</strong> (Snowball), <strong>James Kryshak</strong> (Squealer), <strong>Karl Laquit</strong> (Benjamin et Pigetta) et <strong>Johanna Rusanen</strong> (Mrs. Jones). Ce compagnonnage avec un univers esthétique et musical permet à chacun d&rsquo;atteindre une expressivité bouleversante.<br />Tous font montre d&rsquo;une technique sans faille, d&rsquo;une remarquable intelligence musicale, tout comme l&rsquo;ensemble de la distribution au premier rang desquelles la formidable Mollie de <strong>Holly Flack</strong>. La jeune américaine enfile les contre-notes comme d&rsquo;autres les perles avec une gestique animale de pouliche-bimbo étonnement convaincante.</p>
<p>L&rsquo;émission claire à la colorimétrie flamboyante de <strong>James Kryshak</strong> contraste idéalement avec l&rsquo;obscure et hypnotique prestance du Napoléon de <strong>Roman Ialcic</strong> tandis qu&rsquo;<strong>Elena Vassilieva</strong> complète le trio des animalistes de sa voix large au timbre opulent.<br /><strong>Karl Laquit</strong>, comme il l&rsquo;indique lui même dans sa biographie est «  tantôt haute-contre, tantôt contre-ténor sopraniste ». En tout état de cause l&rsquo;ambitus, la souplesse, la fluidité, impressionnent tout comme sa palette expressive en Benjamin ou en Pigetta.</p>
<p><em>Sprechgesang</em>, sons grasseyés, engorgés, sirènes, stridences, glissando, chevrotements&#8230; Raskatov exige beaucoup de ses chanteurs, tout en les mettant en valeur avec une ligne musicale expressionniste au plus près de la nature et de la vie intérieure de leur personnages. <br />Présent ce soir, il salue sous l&rsquo;ovation conjointe de la salle et des musiciens.<br />Le compositeur installe en quelques mesures des univers émotionnels parfaitement clairs, intenses, prenants. La narration va droit au but avec une brutalité en totale adéquation avec le propos. Assez classique dans la forme, il joue d&rsquo;un vaste instrumentarium avec un goût pour les cuivres, les percussions et quelques sons électroniques ou circassiens, il distille également des citations des répertoires militaires ou populaires comme autant de contrepoints ironiques. C&rsquo;est ainsi que les animaux aspirant à la liberté entonnent un gospel « Beast of farmland » qui sera interdit, remplacé finalement par un « Requiem aeternam » &#8230; à leur liberté. C&rsquo;est ainsi que <strong>Luke Terence</strong> <strong>Scott</strong> &#8211; Mr. Pilkington &#8211; se fait crooner pour séduire Mollie ou que Pigetta est sacrifiée en « Casta Diva ». Souvent l&rsquo;oreille est surprise de se trouver en terrain familier&#8230; pour mieux perdre ses repères aussi vite, dans un constant inconfort accentué par les rythmes et les contre-temps au diapason d&rsquo;un argument terriblement pessimiste.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_03_19_SKOB_Elainten_vallankumous_Press_19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-188555"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© SKOB &#8211; Finnish National Opera</sup></figcaption></figure>


<p> </p>
<p>Extrêmement rythmique, d&rsquo;une précision millimétrique, <strong>Bassem Akiki</strong> trouve dans l&rsquo;<strong>orchestre</strong> et le <strong>chœur de l&rsquo;Opéra National de</strong> <strong>Finlande</strong> deux excellentes phalanges, nerveuses à souhait qui répondent parfaitement aux moindres inflexions de la partition, jouant avec talent des textures, des volumes. Ils sont secondés avec brio par le chœur de voix hautes de l&rsquo;académie Sibelius dont les jeunes chanteurs ne montrent aucune faiblesse en dépit d&rsquo;exigences très élevées. Ils composent la basse-cour de la ferme, idée délicieuse. Là encore, comme pour l&rsquo;ensemble du plateau, la justesse est parfaite, la diction impeccable.</p>
<p>Ce spectacle dense, mené tambour battant doit également beaucoup à l&rsquo;exigence de <strong>Damiano Michieletto</strong>, dont <strong>Meisje Barbara</strong> <strong>Hummel</strong> a adapté la mise en scène. Dérangeante, puissante, sa vision amplifie l&rsquo;évidente actualité du sujet. Daniel Arasse aimait à parler de « peinture qui pense » ; l&rsquo;opéra pense aussi.</p>
<p>Le scénographe <strong>Paolo Fantin</strong> place la ferme dans une immense boite de marbre blanc, qui évoque le néoclassicisme des autocrates des années trente mais également, étrangement, le Finlandia de Alvar Aalto tout proche. Ainsi instaure-t&rsquo;il immédiatement l&rsquo;espace métaphorique voulu par Luc Joosten, en charge de la dramaturgie, tandis qu&rsquo;une accumulation de cages, un croc de boucher, une carcasse et jusqu&rsquo;à une scène d&rsquo;anthropophagie porcine nous ramènent bien au trivial du lieu.<br />Sur ces murs luxueux mais aseptisés comme ceux d&rsquo;un abattoir, les animaux écrivent d&rsquo;abord leurs sept commandements en rose – couleur du parti – avant qu&rsquo;ils ne soient ensuite pervertis, amendés en noir et enfin effacés par les apparatchiks qui confisquent la révolution au peuple.</p>
<p><strong>Klaus Bruns</strong> fait merveille avec des masques animaux superbes – qui impliquent une sonorisation sans que cela soit problématique. Comme dans une version inversée du Rhinocéros de Ionesco, Les protagonistes s&rsquo;en débarrassent peu à peu, chaque fois que l&rsquo;un d&rsquo;eux succombe à la terreur institutionnalisée. Les costumes intelligents évoquent l&rsquo;animalité par touches et clins d’œils de matières avant de céder la place, alors, à des oripeaux criards.</p>
<p>Enfin, les lumières d&rsquo;<strong>Alessandro Carletti</strong> dramatisent l&rsquo;action avec beaucoup d&rsquo;élégance jouant notamment des ombres projetées des masques sur les murs, comme un écho glaçant à la caverne de Platon.</p>
<p>Un spectacle sombre, ambitieux et pleinement abouti, respectueux de l&rsquo;esprit de l’œuvre originale qui mériterait amplement une reprise.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/raskatov-animal-farm-helsinki/">RASKATOV, Animal farm &#8211; Helsinki</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WEILL, Der Silbersee &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weill-der-silbersee-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Absent des scènes françaises depuis plus de 20 ans, Le Lac d’argent de Kurt Weill revient à Nancy dans la production créée à Gand en 2021. La rareté de cet opéra sur les scènes internationales s’explique d’abord par son format. Cette fable de cabaret voit un policier (Olim) qui, après avoir gagné à la loterie, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Absent des scènes françaises depuis plus de 20 ans, <em>Le Lac d’argent </em>de Kurt Weill revient à Nancy dans la production créée à Gand en 2021. La rareté de cet opéra sur les scènes internationales s’explique d’abord par son format. Cette fable de cabaret voit un policier (Olim) qui, après avoir gagné à la loterie, quitte son service et achète un château au bord du lac d’argent où il loge un voleur affamé (Severin) sur lequel il avait tiré. Mais les manigances de l’aristocratie pour récupérer son bien finissent par pousser les deux protagonistes au suicide dans le lac, tout juste retenus par une lumière <em>ex machina</em> qui gèle la surface sous leur pas. Contenant plus de passages parlés que chantés, sur un livret de Georg Kaiser beaucoup plus abondant, poétique et multipliant les échos à l’actualité, que ceux plus métonymiques de Brecht, sa représentation contemporaine s’accommoderait sans doute mal d’une restitution en quête de fidélité à l’original.</p>
<p>C’est pourquoi le parti pris iconoclaste pour ne pas dire foutraque d’<strong>Ersan Mondtag </strong>se justifie pleinement. Mettant en abyme le spectacle, on assiste aux répétitions de l’œuvre représentée en 2033 : à cette époque, comme un siècle plus tôt, les pressions extérieures s’accumulent pour interdire la pièce ou censurer certains numéros (le <em>Lac d’argent</em> sera interdit par les nazis en 1933 après 16 représentations ; Kurt Weil s’enfuira aux Etats-Unis quelques jours plus tard), tandis que le metteur en scène hystérique hésite sur à peu près tout, notamment sur la transposition de l’action. Elle commencera ainsi chez les mutants, avant de se déplacer dans une Egypte antique très revisitée par la pop culture, et de passer par l’intérieur d’un château XIXe, pour n’atterrir nulle part puisque tout le final voit défiler les différents décors sur la tournette, tandis que les flamboyants costumes évoquent anarchiquement l’opéra chinois, les terroristes de Daesh, l’hagiographie occidentale ou des infirmières robots.  Dans ces décors spectaculaires, la direction d’acteur semble elle-aussi crier à chaque instant sa liberté et se dédouaner de toute justification. Si les passages musicaux sont bien en allemand, les parlés alternent avec le français et l’anglais. C’est aussi animé qu’absurde mais l’absurde a ses limites, surtout quand la durée du spectacle enfle dangereusement (2H30 pour une œuvre qui ne contient qu’une heure trente de musique). C’est sans doute la faiblesse principale du spectacle. Beaucoup de passages parlés ont été remplacés par des textes provocateurs d’abord surprenants puis vite lassants, surtout à l’acte II, où les bouffonneries d’Olim se répètent inutilement et finissent par repousser la musique. Les passages chantés arrivent comme des cheveux sur la soupe et ne s’inscrivent plus du tout dans le drame, tandis que les gestes obscènes ne choquent plus personne : était-il utile que Severin se dénude à ce point et entame une fellation d’Olim, alors que la force du propos résidait avant tout dans le fait d’en faire un couple homosexuel ? Leur marche vers le suicide final, main dans la main, a plus d’impact que toutes ces guignolades. Sans compter que toutes ces caricatures débridées finissent par faire perdre de son mordant à cette critique sociale, notamment dans le duo des aristocrates au dernier acte. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-Lac-dargent-©-Jean-Louis-Fernandez-10-web-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-160565"/><figcaption class="wp-element-caption"> <sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Pour défendre une telle vision, il faut des chanteurs qui soient excellents comédiens, voire des comédiens qui savent chanter. Un minimum pour l’Olim-metteur en scène de <strong>Benny Claessens</strong>, bête de scène hypersensible, plus à l’aise dans les clowneries que dans l’harmonie. Plutôt très bien pour la doublure de Fennimore&nbsp;: ce personnage féminin tellement secondaire dans l’œuvre qu’on a ressenti le besoin de le confier à une comédienne et à une chanteuse. <strong>Anne-Elodie Sorlin</strong> avec sa gouaille et ses défauts vocaux, marque davantage pour «&nbsp;Ich bin ein arme Verwandte&nbsp;» en français devant le rideau qu’<strong>Ava Dodd</strong> qui le chante en version originale avec enthousiasme, mais sans beaucoup de personnalité. En Madame von Luber, <strong>Nicola Beller Carbone</strong> se fait remarquer par sa présence corrosive, tandis que <strong>James Kryshak</strong> en allégorie du château, puis en baron méprisant impressionne par sa projection et son jeu de garce multilingue, même si ses répliques cinglantes en français sont parfois difficilement compréhensibles. Les petits rôles souffrent d’un manque d’aisance en allemand, toute comme le chœur, guère aidé par sa relégation en coulisse. Celui qui étonne par la clarté de son élocution dans toutes les langues, en chantant comme en parlant, c’est le Severin de <strong>Jöel Terrin</strong>, qui prodigue à sa superbe lamentation « Wie Odysseus » une intensité et un naturel appris de la fréquentation des lieders. On pourra dire qu’on a vu les fesses de Dietrich Fisher-Dieskau. &nbsp;</p>
<p>Même éloges pour l’<strong>Orchestre de l’Opéra National de Lorraine</strong> dirigés vivement par <strong>Gaetano Lo Coco</strong> qui donne à cette superbe musique aussi bien ses charmes mélodiques doucereux que ses grincements de mécanique rouillée hors de contrôle.</p>
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		<title>STRAUSS, Salome &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-salome-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2023 08:45:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à Asmik Grigorian, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à <strong>Asmik Grigorian</strong>, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre une copie parfaite, sans doute le pressent-elle, le public quant à lui ne s’y trompe pas.</p>
<p>Hambourg donne ce soir-là la deuxième représentation de la nouvelle production de <em>Salome</em>. Georges Delnon, l&rsquo;intendant du Staatsoper Hamburg, a demandé à <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> de revenir sur les bords de l’Alster après une <em>Elektra</em> donnée il y a deux ans et avant un autre Strauss l’an prochain, on ne nous dit pas lequel. Mais Tcherni a posé ses conditions : recréer le couple <strong>Violeta Urmana</strong> – <strong>John Daszak</strong> qui figuraient Klytämnestra et Ägisth – ils seront donc Herodias et Herodes et, surtout, gagner la confiance d’Asmik Grigorian qu’il considère comme la meilleure Salome du circuit. A coup sûr Tcherniakov a fait le bon choix. Asmik Grigorian avait réussi une prise de ce rôle remarquée en <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/salome-lepreuve-du-mal/">2018 à Salzbourg</a>, ce qui l’avait amenée à le reprendre à Vienne, Londres, Madrid et Milan. Ici, elle se plie aux exigences du metteur en scène russe avec une intelligence et un engagement dévastateurs. Il y a une telle dissemblance entre la silhouette gracile, fragile même, qui se met quasiment à nu sur scène, et la voix pétrifiante qui émane de ce corps de jeune femme. L’ambitus du rôle est extrême et Grigorian habite tous les étages ; elle s’empare des graves avec voracité, et va chercher aux tréfonds d’elle-même les ressources pour nous faire don de fortissimi au tout haut de l’échelle. On pense qu’elle n’y arrivera pas, on pense que le « Ich habe ihn geküsst, deinen Mund » final est hors de sa portée ou qu’elle finira par y trébucher. Que non ! Non seulement elle nous assène sans faillir toutes les notes sans exception mais il n’y a pas une once de fébrilité à déceler. L’énergie qui émane de ce personnage est stupéfiante. Mais si Tcherniakov la voulait précisément pour ce rôle, c’est aussi pour ses qualités d’actrice, parce qu’il pressentait qu’elle se plierait à l’originalité de sa proposition.</p>
<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/08_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="729" height="338" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p style="text-align: left;">On le sait, Tcherniakov transpose tout le temps ; on se souvient de son Ring berlinois et de son centre d’expérimentations humaines, on a aussi en mémoire son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">Così fan tutte</a></em> aixois (2023) avec ses trois couples de quinquagénaires en location saisonnière le temps d’un week-end. Pour ce <em>Salome</em>, l’action est transposée de nos jours (Herodes filme Salome avec son téléphone portable) : nous sommes dans un grand appartement bourgeois où vingt convives sont réunis pour l’anniversaire de Herodes. Il est notable que tous les protagonistes (y compris Jochanaan, en bout de table et dos au public, ce qui correspond assez bien à la voix venue de loin, de la citerne, que l’on devrait percevoir avant son arrivée sur scène) sont présents, quasiment tout du long. La table est somptueuse, les décors luxueux et toutes les armoires de rangement sont remplies de … bustes, ce qui va volontairement conduire le spectateur sur une fausse piste : ces bustes en effet ne préfigurent aucunement la tête de Jochanaan que l’on porterait sur un plateau en argent, ce genre de sauvagerie n’ayant pas lieu d’être dans une société aussi raffinée que celle autour de Herodes et Herodias. Au début de la pièce, Salome, chez qui l’on pressent très vite une terrible fragilité psychique, apparaît en complet décalage avec les invités de ses parents. Sa fascination pour Jochanaan devient visible par tous, elle s’approche de lui, le touche mais ne réussit jamais à le séduire ; avant la mort de Salome, Jochanaan se lèvera enfin de table et quittera la pièce, convaincu de son incapacité à la faire rentrer dans le droit chemin. La mort de Salome, qui tombe brutalement sans que personne ne s’approche d’elle, est donc celle de l’impuissance, davantage que celle de l’amour impossible. Malgré tous les artifices qu’elle déploiera, elle ne parviendra pas à faire varier celui qui est décrit comme un prophète de malheur, un charlatan comme notre époque en compte tant. Jochanaan est au centre des discussions, notamment celles entre les Juifs et les Nazaréens qui s’écharpent sur le sens à donner à ses élucubrations. Ces Juifs caricaturés dans la pièce, qui se disputent sur le droit chemin de la foi et sont dépeints comme des personnages de pacotille avec un sous-entendu antisémite, ont conduit, dans le contexte international actuel, à une prise de position de la direction du Staatsoper qui a fait figurer sur les programmes de salle : « Le texte de <em>Salome</em> contient des passages qui formulent des clichés antisémites. En raison de la situation actuelle, nous ne voulons pas laisser cela sans commentaire. Nous nous distançons expressément de toute forme d&rsquo;antisémitisme. Notre travail artistique est synonyme de démocratie, de tolérance et d&rsquo;humanisme », voici donc ce que formulent l&rsquo;intendant Georges Delnon, le metteur en scène Dmitri Tcherniakov et le directeur musical <strong>Kent Nagano</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/01_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="746" height="346" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p>Juifs, Nazaréens et soldats, qui forment le gros des convives, tiennent à merveille leurs querelles. Narraboth (qui, notons-le, ne se suicidera pas) est le très vaillant <strong>Oleksiy</strong> <strong>Pachikov</strong>, de la troupe, il est un amoureux éconduit crédible et impétueux. <strong>Kyle Ketelsen</strong> incarne Jochanaan. Celui-ci joue le rôle de l’invité surprise, celui que l’on a convié pour entendre et discuter les élucubrations. Capable d’une folle énergie, il possède un baryton sonore et expressif. Violeta Urmana trouve en Herodias un rôle davantage à sa mesure que Klytämnestra ; sa furie, dans la seconde partie de l’ouvrage est parfaitement rendue. Saluons la très brillante prestation du Herodes de John Daszak, qui passe par toutes les émotions avec une authenticité admirable et sans jamais fléchir. L’orchestre philharmonique de Hambourg est aux mains de son directeur musical, <strong>Kent Nagano</strong>. La symbiose est parfaite entre chef et musiciens. On entend les mille et une nuances d’une musique aux couleurs infinies, capable de nous éblouir et de nous submerger.</p>
<p>Ce spectacle peut d’ores et déjà être revu sur <a href="https://www.ndr.de/kultur/buehne/Salome-Premiere-begeistert-Hamburger-Opern-Publikum,salome188.html">arte .tv </a>qui avait filmé la première.</p>
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		<title>WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny — Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-anvers-quelles-premices-pour-quelles-utopies/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Sep 2022 03:59:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/quelles-prmices-pour-quelles-utopies/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ni tout à fait opéra, ni tout à fait comédie musicale  Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny est, à bien des égards, une œuvre qui se dérobe aux assignations. Principalement parce qu’elle raconte l’histoire d’une errance, l’histoire d’une quête apparemment impossible : celle d’une société idéale et d’un bonheur collectif. À la fin de l’opéra, on ne sait &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ni tout à fait opéra, ni tout à fait comédie musicale  <em>Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny</em> est, à bien des égards, une œuvre qui se dérobe aux assignations. Principalement parce qu’elle raconte l’histoire d’une errance, l’histoire d’une quête apparemment impossible : celle d’une société idéale et d’un bonheur collectif. À la fin de l’opéra, on ne sait si toute société harmonieuse est, par essence, un idéal inatteignable ou si l’échec de Mahagonny est dû à des prémices erronées. Les trois fondateurs de la ville ont en effet cherché à la faire prospérer en exploitant les vices et les plaisirs. Le parti pris de la vertu aurait-il mené à des résultats différents ? Du reste, l’éthique du travail – érigé en valeur par le capitalisme – qui semble pourtant rejetée par les habitants de la ville, ne mène-t-elle pas aux mêmes résultats ? À Mahagonny, Jim Mahoney est en effet tué pour le pire des crimes : être un homme sans argent. Si les exclus ne peuvent que rejouer ce à quoi ils voulaient échapper, pourra-t-on jamais imaginer une utopie réussie ? Les hommes pourront-ils jamais être sauvés ? À Mahagonny, ils vivaient déjà en enfer. Le purgatoire – qui ouvre la possibilité de s’amender – leur est, dès lors, à jamais fermé ; l’homme est déjà condamné. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_34a8435.jpg?itok=kS-S99IU" title="Photo : OBV/Annemie Augustijns " width="468" /><br />
	© OBV/Annemie Augustijns </p>
<p>La mise en scène d’<strong>Ivo van Hove</strong> assume pleinement cette ambiguïté. Dès la fondation de la ville, les protagonistes vivent leur rêve à travers l’œil d’une caméra. Ce qui est construit n’a d’autre mode d’existence que celui de la fiction. Mode d’existence qui, bien sûr, peut s’avérer extrêmement émancipateur mais qui, dans le cas présent, permet surtout de souligner la vacuité de l’entreprise. L’utilisation de la caméra en direct, son immersion dans l’action, le recours récurrent aux gros plans, permet de pénétrer plus profondément le tissu du réel. Ce que l’on voit à l’écran est concomitant de ce qui se passe sur scène et, pourtant, les personnages y semblent plus vils, les émotions plus vives, le mouvement plus chaotique. Comme si le changement de point de vue permettait de se rendre compte de l’instabilité interne de la société, rendant son effondrement inéluctable. Plus tard, le recours à un fond vert paraphrasera cette ultime vérité : que tout environnement n’a d’autre réalité que celle que les hommes qui le produisent veulent bien lui donner. Le travail de <strong>Tal Yarden</strong> et <strong>Christopher Ash </strong>sert remarquablement ce parti pris de mise en scène. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_34a8125.jpg?itok=DSYDdeAW" title="Photo : OBV/Annemie Augustijns " width="468" /><br />
	© OBV/Annemie Augustijns </p>
<p>La direction d’<strong>Alejo Pérez</strong> offre une lecture cohérente d’une œuvre musicalement difficile à cerner de manière homogène. En effet, les aspects directement lyriques de l’œuvre (chœurs importants, orchestration souvent touffue…) côtoient des moments de légèreté qui tendent vers la comédie musicale (jazz, motifs très rythmiques et répétitifs…). Si la technique vocale est toujours du côté de l’opéra, l’interprétation puise intelligemment dans chaque répertoire, offrant des moments de légèreté jubilatoires qui n’effacent néanmoins pas la trame généralement dramatique de l’histoire comme de la partition. Les chœurs, préparés par <strong>Jan Schweiger</strong>, offrent une prestation remarquable, tant par l’homogénéité du son que par la qualité de l’interprétation musicale et scénique. Les quelques moments burlesques sont maîtrisés et ne sombrent pas dans le ridicule, la direction des masses est du reste d’une grande fluidité. <strong>Leonardo Capalbo</strong> incarne un Jim Mahoney convaincant au timbre éclatant et au jeu subtil. <strong>Tineke Van Ingelgem</strong> campe une Jenny Hill très sensible, qui incarne magnifiquement les ambiguïtés du personnage. La fragilité qu’elle porte la mène parfois à contenir son chant d’une manière qui le confine aux limites de l’audible. Reste que ce parti pris est stylistiquement parfaitement adéquat. La Leokadja Begbick de <strong>Maria Riccarda Wesseling </strong>est savoureuse. La voix est ample mais côtoie ses limites dans le registre inférieur de la partition. Son jeu est empreint d’une exquise vulgarité qui la rend particulièrement attachante. <strong>James Kryshak </strong>et <strong>Zachary Altman </strong>ne déméritent pas dans leurs rôles respectifs de Fatty der Prokurist et Dreieinigkeitsmoses, tandis que les rôles secondaires n’apportent aucune ombre au tableau.  </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_mg_9295.jpg?itok=0WelM-NN" title="Photo : OBV/Annemie Augustijns " width="468" /><br />
	© OBV/Annemie Augustijns </p>
<p>Créée dans l’Allemagne des années 1930, l’œuvre n’a assurément rien perdu de son actualité politique. Sans doute parce que les questions qu’elle soulève ne cesseront jamais de nous inquiéter. La production d’Ivo van Hove, créée au Festival d’Aix-en-Provence en 2019, sera jouée à Anvers et à Gand jusqu&rsquo;au 8 octobre. </p>
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		<title>WEILL, Der Silbersee — Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-silbersee-gand-massacre-a-gand-pas-de-survivants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Monter Der Silbersee aujourd’hui, cet opéra de Kurt Weill sur une pièce de Georg Kaiser créée trois semaines après l’accession au pouvoir d’Hitler, n’est peut-être pas innocent. Est-ce la couleur tirant au brun de l’époque ou juste l’envie pour Ersan Mondtang de se payer le Vlaams Belang (« Intérêt flamand »), parti politique xénophobe et sécessionniste, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Monter <em>Der Silbersee</em> aujourd’hui, cet opéra de Kurt Weill sur une pièce de Georg Kaiser créée trois semaines après l’accession au pouvoir d’Hitler, n’est peut-être pas innocent. Est-ce la couleur tirant au brun de l’époque ou juste l’envie pour <strong>Ersan Mondtang</strong> de se payer le Vlaams Belang (« Intérêt flamand »), parti politique xénophobe et sécessionniste, après s’être déjà farci Leopold II dans sa précédente production <em>in loco</em> (<a href="https://www.forumopera.com/der-schmied-von-gent-anvers-bruegel-au-congo"><em>Der Schmied von Gent</em></a>) ? Une chose est sûre, rien n’est innocent dans cette proposition qui allume tout ce qui bouge sans se soucier du politiquement correct : les capitalistes, les racistes, les gros, les pédés, les flics, les vegans, RuPaul&rsquo;s Drag Race, les femmes….personne n’en réchappe, pas même la production elle-même. Durant le premier acte, chacun prend son jet d’acide caustique et tout est décapé ou plutôt décapité. Car Ersan Mondtang en profite au passage pour se payer le Regie et ses « mauvaises idées ». Le programme de salle contient le synopsis qu’il a imaginé pour l’œuvre : nous sommes en 2033 et l’Opéra des Flandres s’apprête à célébrer le centenaire de la création de <em>Der Silbersee</em> dans un contexte politique troublé, agité par des groupuscules d’extrême-droite. Théâtre dans le théâtre, le metteur en scène, aussi interprète d’Olim le flic repenti, imagine de grimer les vagabonds du livret en mutants rendus difformes par la pollution des sols. Scène suivante, il convient que c’est une mauvaise idée et que le message serait beaucoup plus lisible si l’action était transposée dans le cadre du conflit israélo-palestinien (lol) ! Le décor du deuxième acte, celui qui se déroule dans le chateau où Olim cherche à se racheter en soignant Severin qu’il a blessé par balle, n’est rien d’autre qu’une caricature de production d’opéra à la Zeffirelli : un temple égyptien façon péplum avec des statues incongrues : Saint Sebastien, Ping, Liu (on cite Turandot donc), le Christ, un aviateur et un ours mystérieux. Le tout est grandiose, loufoque, déjanté, et servi par une troupe d’acteurs-chanteurs désopilante. Mais… il y a un mais, tout cela finit par tourner en rond, puis à vide autour d’un texte qui a tiré toutes ses cartouches dans la première heure (le spectacle en dure trois) et s’épuise dans un numéro interminable de cage aux folles entre Olim et Severin. Du texte de Kaiser ne subsiste que les parties chantées en allemand, cependant que le théâtre alterne entre l’anglais et les <em>private jokes</em> en flamands. On espérait beaucoup du final pour raccrocher le spectacle à sa satyre politique et retrouver la force du message de Weill. Las, l&rsquo;option n’est qu’esquissée : un vitre de théâtre est brisée par une pierre, la troupe prend peur et l’actrice qui joue Fennimore part pour Paris avec sa valise pendant que sur scène, nos amoureux traversent le lac d’argent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/dersilbersee-danielarnaldos-bennyclaessensoperaballetvlaanderen-annemieaugustijns2.jpg?itok=jThgdMOB" title="© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen" width="468" /><br />
	© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen</p>
<p>Dans la fosse <strong>Karel Deseure</strong> donne un Weill de fanfare, fortissimo. Les effets sont appuyés, le rythme est effréné. Qu’importe les pains, l’esprit de cabaret est aussi bien rendu sur le plateau que dans la fosse, même si le violoncelle solo, la harpe et les vents se font remarquer quand l’occasion leur en est donnée. Les chœurs, en coulisse, délivrent une élégante performance.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/dersilberseeoperaballetvlaanderen-annemieaugustijns.jpg?itok=6KrRQaOB" title="© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen" width="468" /><br />
	© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen</p>
<p>Le plateau se partage entre acteurs et chanteurs. Les figurants et petits roles participent avec enthousiasme à la vitalité du spectacle. Mais c’est <strong>Benny Claessens</strong> qui se taille la part du lion en Olim, metteur en scène dépressif, alcoolique et homosexuel lubrique. Le <em>#MeTooGay</em> n’est jamais loin. On est dans l&rsquo;outrance, mais c&rsquo;est ce qui lui est demandé et il le fait avec une joie communicative. <strong>Elsie de Brauw</strong> compose une Frau von Luber parfaitement démoniaque dont le miel sent toujours le fiel. Quel bonheur de l’entendre passer de l’anglais au néerlandais avec le même ton retors. On saluera également sa performance dans le seul air qu’elle entonne malgré une voix tendue et bien des aigreurs : ça va avec le personnage. Le baron Laur, son comparse, trouve en <strong>James Kryshak</strong> un interprète roué. On retiendra surtout sa scène d’agent de la loterie, déguisé en chateau fort vivant et lancé dans un numéro d’effeuillage digne des meilleurs cabarets. Fennimore, par volonté d’Olim le metteur en scène, est partagée entre la soprano – <strong>Hanne Roos</strong> au timbre clair et à l’agilité certaine – et une actrice <strong>Marjan de Schutter</strong> qui se lancera tout de même dans un air de <em>one woman show</em> devant le rideau le temps du dernier changement de décors. Chapeau l’artiste. Enfin, <strong>Daniel Arnaldos</strong> brille dans chacun des trois airs dévolus à Severin : le timbre est lumineux et le chant bien conduit malgré les assaults de l’orchestre.</p>
<p>Si la description ci-dessus ne vous a pas déjà rebuté, le spectacle est coproduit par l’Opéra de Lorraine : l’occasion d’aller voir cette œuvre rare, malléable et d’une actualité folle.</p>
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		<title>RASKATOV, GerMANIA — Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/germania-lyon-scenes-dallemagne-fragments-dun-memorial/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 May 2018 08:54:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sous le titre GerMANIA, qui associe par ses lettres capitales le passé de l’Allemagne à la folie de la guerre, le compositeur russe Alexander Raskatov propose, en création mondiale à l’Opéra de Lyon – qui avait programmé son opéra Cœur de chien en 2014 –, une œuvre dense et poignante, conçue à partir de pièces &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sous le titre <em>GerMANIA</em>, qui associe par ses lettres capitales le passé de l’Allemagne à la folie de la guerre, le compositeur russe <strong>Alexander Raskatov</strong> propose, en création mondiale à l’Opéra de Lyon – qui avait programmé son opéra <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-resistible-ascension-du-chien-charik"><em>Cœur de chien</em> en 2014</a> –, une œuvre dense et poignante, conçue à partir de pièces percutantes de Heiner Müller (1929-1995), auteur dramatique allemand majeur du vingtième siècle, mais peu connu du grand public français. Les ravages du nazisme et du stalinisme y sont mis en scène à partir de perspectives diverses – victimes, bourreaux, tyrans, sans-grades, hommes, femmes – mêlant l’horreur et le grotesque, les larmes et le cynisme, tout en se référant sans cesse à l’histoire culturelle antérieure, spécialement celle du XIX<sup>e</sup> siècle.</p>
<p>Pour ces fragments d’un mémorial de la Deuxième Guerre mondiale, dont l’écriture théâtrale se référait autant à l’<em>Iliade</em> et l’<em>Odyssée</em> qu’au long poème narratif de Heinrich Heine, précisément intitulé <em>Germania</em> en 1844, avant d’être rebaptisé <em>Allemagne. Un Conte d’hiver</em> <em>(Deutschland. Ein Wintermärchen</em>), Alexander Raskatov a rédigé lui-même les dix scènes de son livret, à partir de la traduction, effectuée par son fils germaniste, de textes de Heiner Müller qui n’avaient jamais été traduits en russe, dédiant sa partition « à la mémoire toutes les âmes ruinées ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/opergermania13_copyrightstofleth.jpg?itok=F6le_ibx" title="Alexander Raskatov, GerMANIA, Lyon 2018 © Stofleth" width="468" /><br />
	Alexander Raskatov, GerMANIA, Lyon 2018 © Stofleth</p>
<p><strong>John Fulljames</strong> a imaginé sur le plateau tournant de la scène une combinaison visuellement très réussie de tableaux vivants, dans un décor (<strong>Magda Willi</strong>) fait d’un amoncellement de vêtement, tissus et corps entremêlés, sorte d&rsquo;Île des morts rappelant souvent le triptyque de la guerre d’Otto Dix, de vidéo (<strong>Will Duke</strong>) présentant une prise en plongée démultipliant les points de vue, nuancés par un savant jeu de lumières (<strong>Carsten Sander</strong>). Il ne s’agit pas d’une esthétisation de l’horreur, mais bien du pendant visuel de l’univers sonore, pris dans le paradoxe inhérent à l’œuvre-spectacle qui évoque la réalité de l’oppression, de la guerre et de l’extermination.</p>
<p>La musique utilise une palette très étendue de rythmes, sons, timbres, genres (jazz, danse de salon, citations du répertoire classique – Mozart, Schubert, Wagner, ou d’hymnes et chants militaires ou officiels – <em>Ich hatt’ einen Kameraden</em>, l’<em>Internationale</em>), constituant un matériau mouvant et proprement organique, susceptible d’évoluer constamment dans un sens ou un autre, le plus saisissant étant sans doute la désagrégation récurrente du beau son, de la belle harmonie (à plusieurs reprises, quelques accords, de l’<em>Internationale</em> par exemple, qui se terminent en sons grinçants, manifestant l’impossibilité de maintenir le mensonge des promesses d’une idéologie meurtrière, dénonçant le mirage des lendemains censés chanter). L’<strong>Orchestre de l’Opéra National de Lyon</strong>, sous la baguette d’<strong>Alejo Pérez</strong>, maîtrise à la perfection cette diversité d’approches et de traitement des couleurs et des contrastes.</p>
<p>Le chant est à la mesure de ces défis : poussés dans leurs retranchements, aux limites de leurs tessitures, les chanteurs sont sollicités par des notes longuement tenues, des passages subits du <em>forte</em> au <em>piano</em>, une désarticulation du langage exigeant d’eux des balbutiements, des cris, des rires, des gémissements, des chuchotements. La célébration et la caricature de l’art vocal du XIX<sup>e</sup>  siècle y côtoient le <em>Sprechgesang</em>.</p>
<p>Dans une distribution largement masculine, le ténor <strong>James Kryshak</strong> s’acquitte avec talent du rôle de Hitler, avec ses contre-ut relevant de l’exploit vocal dans la tradition opératique du XIX<sup>e</sup> siècle tout en signifiant la tentation de l’extrême, tandis que <strong>Gennadii Bezzubenkov</strong>, avec autant de vaillance, prête à Staline, au premier Travailleur et à Gagarine une voix sépulcrale qui évoque la tradition des basses russes.</p>
<p>La soprano <strong>Sophie Desmars</strong>, première des trois Dames, incarnant aussi d’autres rôles, chante ici une partie virtuose, colorature. En Deuxième Dame, <strong>Elena Vassilieva</strong> déploie un puissant registre dramatique qui caractérise aussi très justement le personnage de Madame Weigel, la veuve de Brecht. La mezzo-soprano <strong>Mairam Sokolova</strong> n’est pas en reste pour l’expressivité, et toutes trois donnent à entendre, avec leurs trois maris tombés à la guerre, un impressionnant <em>Sextuor des morts</em>.</p>
<p>À vrai dire, tous les chanteurs paraissent remarquables dans cette dialectique constante entre l’art du chant et la noirceur de l’argument, le contre-ténor <strong>Andrew Watts</strong> (Soldat allemand et Cremer) comme le ténor <strong>Karl Laquit</strong> (le Géant rose, meurtrier pervers présenté comme une réincarnation de Hitler) et les autres soldats, travailleurs et représentants du pouvoir.</p>
<p>Si l’on est happé dès les premières mesures par l’intensité de l’œuvre, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine lassitude aux deux-tiers du spectacle devant l’accumulation de l’insoutenable et l’effet de répétition. Pourtant, loin d’ôter sa qualité à l’œuvre, on peut gager que cet effet de trop-plein, jusqu’à la nausée, est nécessaire, et fait partie de l’intention du compositeur, qui revendique son pessimisme foncier <em>(<a href="https://www.forumopera.com/actu/alexander-raskatov-je-dedie-germania-a-tous-les-etres-devastes-spolies-ruines">voir l’interview qu’il nous a accordée</a>)</em>. Dans la dixième et dernière scène, intitulée « Requiem d’Auschwitz » – remarquable transcription musicale et vocale du texte parlant de « chants brisés » et de « cordes vocales tranchées »  –, tous font finalement écho à la voix de Youri Gagarine, flottant dans l’espace, répétant longuement tandis que peu à peu se fait le noir complet : « L’univers est sombre, très sombre… ».</p>
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		<title>MEYERBEER, Les Huguenots — Berlin (Deutsche Oper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-huguenots-berlin-deutsche-oper-pari-gagne-pour-florez/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Nov 2016 08:41:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Dinorah en 2014 et Vasco de Gama en 2015,  le Deutsche Oper de Berlin poursuit son entreprise de redécouverte de l&#8217;oeuvre de Giacomo Meyerbeer avec Les Huguenots,  son opéra le plus célèbre (il fut représenté 1126 fois à l’Opéra de Paris et resta un succès mondial jusqu&#8217;au début du XXe siècle). C&#8217;est le seul &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="/dinorah-berlin-meyerbeer-a-berlin-saison-1"><em>Dinorah </em></a>en 2014 et <a href="/vasco-de-gama-berlin-perils-en-haute-mer"><em>Vasco de Gama</em></a> en 2015,  le Deutsche Oper de Berlin poursuit son entreprise de redécouverte de l&rsquo;oeuvre de Giacomo Meyerbeer avec <em>Les Huguenots</em>,  son opéra le plus célèbre (il fut représenté 1126 fois à l’Opéra de Paris et resta un succès mondial jusqu&rsquo;au début du XXe siècle). C&rsquo;est le seul de ses ouvrages à n&rsquo;avoir jamais quitté le répertoire.</p>
<p>De par ses exigences contradictoires, Raoul de Nangis est l&rsquo;un des rôles de ténor les plus difficiles à distribuer. Aux deux premiers actes, <strong>Juan Diego Flórez</strong> est naturellement idéal par sa technique belcantiste. Il nous offre sans doute l&rsquo;une des plus belles interprétations qui soient de « Plus blanche que la blanche hermine », tendre, élégiaque et inspirée. Le duo avec Marguerite de Valois est chanté avec goût et délicatesse. L&rsquo;aisance vocale du ténor péruvien est d&rsquo;autant plus remarquable qu&rsquo;il emploie essentiellement le registre de poitrine, là où un ténor de demi-caractère aurait recours à la voix mixte. Dans les finales des actes II et III, ou encore dans le septuor du duel (qui culmine au contre-ut dièse), Flórez se fait plus héroïque. S&rsquo;appuyant sur une projection très concentrée, la voix réussit à passer la barre des choeurs et des ensembles, pourtant particulièrement fournis. L&rsquo;exploit est d&rsquo;autant plus remarquable que la salle est grande (plus de 1800 places) et que l&rsquo;acoustique ne flatte pas particulièrement les voix. Même s&rsquo;il n&rsquo;est pas ​le lyrico-dramatique attendu dans cet ouvrage, Flórez est davantage qu&rsquo;un simple <em>tenorino</em>, et il transcende ses moyens aux deux derniers actes : impossible de rester de marbre devant un tel engagement et une telle endurance, le ténor enchaînant, sans quitter la scène, le magnifique duo avec Valentine (qui monte au contre-ré bémol), la scène de la Tour de Nesles (et ses contre-ut) avant d&rsquo;attaquer les trios de la dernière scène de l&rsquo;ouvrage, sans jamais donner le moindre signe de fatigue. Initialement bridé par la mise en scène pendant les deux premiers actes, il est ici complètement libéré dans son interprétation du héros romantique exalté. On pourra objecter, non sans raison, qu&rsquo;il manque à Flórez  la largeur de voix et la puissance d&rsquo;un Richard Leech ou d&rsquo;un Marcello Giordani, mais ceux-ci n&rsquo;avaient pas non plus cette musicalité héritée du belcanto. Un tel phrasé, un tel legato et une telle longueur de souffle sont tout simplement rarissimes dans ce répertoire. Une prise de rôle qui était aussi une vraie prise de risque. A quelques erreurs près, le français est très correct et surtout parfaitement articulé.</p>
<p>Une qualité que l&rsquo;on retrouve chez <strong>Ante Jerkunica. </strong>La basse croate dispose d&rsquo;un registre grave impressionnant, mais d&rsquo;un aigu un peu rétréci. Marcel est superbement campé, avec toutes ses facettes psychologiques, le huguenot intransigeant laissant finalement percer une profonde humanité. Le comte de Saint-Bris de <strong>Derek Welton</strong> est bien chantant, peut-être même trop, et la voix est saine, le français très correct. Mais le chanteur manque de charisme et peine à portraiturer un fanatique prêt au massacre. Seul français de la distribution, <strong>Marc Barrard</strong> campe un Nevers plein d&rsquo;humanité et bien chantant, mais esquive certains aigus.  Les petits rôles sont excellents, en particulier les nombreux ténors, <strong>James Kryshak</strong>, <strong>Robert</strong> <strong>Watson</strong>, <strong>Andrew Dickinson </strong>et, côté basse, l&rsquo;archer de <strong>Ben Wager</strong>. </p>
<p>La distribution féminine n&rsquo;est pas en reste. Le difficile rôle de Valentine est excellement défendu par <strong>Olesya Golovneva</strong>, belle voix puissante, encore un peu verte, au grave bien rond, au médium riche et à l&rsquo;aigu large. Son legato et son phrasé parfait permet à l&rsquo;interprète d&rsquo;offrir un magnifique « De mon amour faut-il, triste victime », son unique air au début de l&rsquo;acte IV. Mais dès l&rsquo;acte III, dans le duo avec Marcel « Tu ne peux éprouver ni comprendre », le soprano russe se révèle assez exceptionnel. Dans ce morceau d&rsquo;une terrible difficulté d&rsquo;exécution, Golovneva fait preuve d&rsquo;une remarquable maîtrise du souffle et des sauts de registre, au profit d&rsquo;une superbe incarnation dramatique. La prononciation du français reste toutefois perfectible par un manque d&rsquo;articulation des consonnes. En Reine Margot, <strong>Patrizia Ciofi</strong> tire son épingle du jeu. A ce stade de sa carrière, le bas médium est devenu très confidentiel et la projection plus limitée. Les coloratures ne peuvent rivaliser avec celles de la plupart de ses devancières, mais on apprécie, là aussi, une certaine prise de risque et le charme d&rsquo;un timbre unique et personnel. Il est toutefois dommage que Ciofi sacrifie la prononciation à la beauté du son, le texte étant particulièrement difficile à saisir. L&rsquo;Urbain d&rsquo;<strong>Irene</strong> <strong>Roberts </strong>casse la baraque : charme, abattage, liés à des moyens remarquables (la plus grosse voix du plateau chez les dames) et à une technique impeccable, en particulier dans les vocalisations. Signalons également les deux Bohémiennes (dans cette mise en scène, deux jeunes filles) <strong>Adriana Ferfezka</strong> et <strong>Abigail Levis</strong>, au timbre frais et à l&rsquo;émission sûre.</p>
<p>La direction de <strong>Michele Mariotti </strong>est dévouée au plateau, accompagnant attentivement les solistes et maîtrisant la complexe architecture des ensembles. En particulier, le travail réalisé sur le triple choeur de l&rsquo;acte III, qui avait tant impressionné Berlioz, est sans comparaison aucune <a href="/un-ballo-in-maschera-berlin-deutsche-oper-voix-nouvelles">avec ce que nous avions pu entendre la veille</a>.  Les tempi sont en revanche un peu trop fluctuants. L&rsquo;orchestre est de très bon niveau et les choeurs absolument superbes. On saura également gré à Mariotti d&rsquo;avoir limité le nombre de coupures : <a href="/spectacle/une-renaissance-noire-et-chair">par rapport à la version quasi complète proposée à Bruxelles par Marc Minkowski</a>, il ne manque que quelques reprises ( ainsi, le duo « Il me semble que c&rsquo;est elle » commence directement par le second couplet, il manque un verset à la cabalette de la tour de Nesles, etc.).</p>
<p>La production de <strong>David Alden</strong> vient malheureusement un peu gâcher la fête musicale. Tout d&rsquo;abord, le metteur en scène ne comprend visiblement pas le style de l&rsquo;ouvrage auquel il s&rsquo;attaque. On a pu lire que Meyerbeer était l&rsquo;Andrew Lloyd Webber de son époque. En dehors de la popularité de leurs productions respectives auprès du grand public, et d&rsquo;un goût pour le grand spectacle, il n&rsquo;y a pourtant aucun rapport entre le compositeur des <em>Huguenots </em>et celui du <em>Phantom of the Opera</em>. C&rsquo;est pourtant vers Broadway qu&rsquo;Alden cherche sa source d&rsquo;inspiration, et vers l&rsquo;opérette. Les deux premiers actes semblent ainsi tirés d&rsquo;une production recyclée de <em>La Veuve joyeuse</em> : noceurs en frac, militaires d&rsquo;opérette, gags à la limite du slapstick, french cancan avec danseuses déguisées en grappes de raisins noir et or (voir photo) &#8230; On mettra à part l&rsquo;inévitable fellation, gage donné à l&rsquo;indispensable mauvais goût. Flórez joue les Tonio de <em>La Fille du Régiment</em>, Ciofi conclut son air avec les cadences de<em> Lucia di Lammermoor</em> et de <em>Lakmé </em>&#8230; Alden n&rsquo;a pas compris <a href="/actu/palazzetto-bru-zane-au-service-de-la-musique-romantique-francaise">l&rsquo;architecture du grand opéra français</a> qui consiste à mélanger les genres, à aborder le drame progressivement, en étant tout d&rsquo;abord léger avant de basculer (une progression qu&rsquo;on retrouve aussi dans <em>Carmen</em>). Au lieu de traiter les premiers actes avec finesse, il en fait une farce grossière. Les choses s&rsquo;arrangent à l&rsquo;acte III, moins caricatural, mais la première scène est difficilement compréhensible pour qui ne connaît pas bien le livret : les diverses factions rivales, soldats protestants, femmes catholiques, clercs de la basoche, bohémiens sont assises dans un même temple et seule la couleur de leurs bibles respectives permet de les distinguer. Le surtitrage ne permet pas de suivre l&rsquo;action puisque tous ces groupes chantent simultanément des paroles différentes. De manière assez paradoxale, alors qu&rsquo;Alden rajoute des chorégraphies là où elles ne sont pas prévues, personne ne danse sur la musique du ballet ! La suite est heureusement plus sérieuse et en phase avec le drame, et la scène finale qui voit arriver la Reine Marguerite désespérée, muette d&rsquo;effroi et couverte de sang est particulièrement impressionnante. Un tel sujet, à la fois actuel et éternel, méritait un traitement plus réfléchi, mais l&rsquo;excellence de l&rsquo;exécution musicale et la qualité intrinsèque de l&rsquo;oeuvre de Meyerbeer balaient nos réserves. Une grande soirée !</p>
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