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	<title>Sora Elisabeth LEE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 29 May 2026 06:15:35 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Sora Elisabeth LEE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Requiem – Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 04:49:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une certaine fébrilité était palpable au sein des équipes de l’Opéra de Nancy ce soir de première de la Messa da Requiem de Verdi : on craignait les protestations de quelques personnes qui estimaient le spectacle à venir non conforme à leur sensibilité catholique. Allait-on connaître les réactions accompagnant les œuvres contestées de Martin Scorsese &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une certaine fébrilité était palpable au sein des équipes de l’Opéra de Nancy ce soir de première de la <em>Messa da</em> <em>Requiem </em>de Verdi : on craignait les protestations de quelques personnes qui estimaient le spectacle à venir non conforme à leur sensibilité catholique. Allait-on connaître les réactions accompagnant les œuvres contestées de Martin Scorsese ou de Romeo Castellucci ? Cela a dû provoquer bien des suées, notamment pour le directeur Matthieu Dussouillez, évidemment à l’origine de la commande de l’oratorio ici mis en scène. Il a jugé prudent d’expliquer aux autorités locales concernées que les Écrits, après tout, prônaient la tolérance ; rien de ce qu’on verrait ne serait irrespectueux ou blasphématoire. Au pire, les créatures évoluant sur scène le feraient au moment où les chœurs demandaient pitié et miséricorde… En cause, un teaser de près d&rsquo;une minute (voir ci-dessous) qui avait été relayé dans certains milieux, disons, très à droite. On y voit un échantillon assez suggestif du travail de<strong> César Vayssié</strong>, réalisateur et chorégraphe, où le faux sang, les transes et l’univers déjanté, queer et halluciné annoncent d’emblée que ce <em>Requiem</em> sera davantage orienté vers la violence de la mort et l’Apocalypse que la consolation et l’acceptation résiliente de la disparition. L’artiste polymorphe indiquait vouloir proposer sa vision en parallèle à l’œuvre de Verdi, avec de possibles rencontres entre les deux, pour une sorte de « concert ciné ». Il en résulte un spectacle où l’on pleure peu tout en en prenant, au sens figuré, plein la figure et où tout le monde y a plus ou moins trouvé son compte (sauf ceux qui voulaient en découdre ou étaient à la recherche du trash extrême : ils sont restés sur leur faim). Pour peu que l’on acceptât d’entrer dans cette danse macabre conduisant à l’Apocalypse universelle à l’aune de notre époque aux identités multiples, il y a eu largement du grain à moudre : la proposition est cohérente, ambitieuse, foisonnante et totalement au service du chef-d’œuvre de Verdi.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Messa da Requiem, Verdi | Opéra national de Nancy-Lorraine" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/icwLpwi5UDY?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<p>La mise en scène fait penser au <em>Jugement dernier </em>de la Sixtine : quand les autres artistes montrent les damnés d’un côté et les élus de l’autre, Michel-Ange plonge tout le monde dans une sorte de spirale infernale et hallucinée. Personne n’en sort indemne et certainement pas les spectateurs. Trois danseurs évoluent parmi les membres du chœur et le quatuor de solistes. On les voit également dans un film et des images projetées au-dessus des protagonistes, parfois simultanément en fond de scène voire au plafond de la salle, dans un dispositif on ne peut plus immersif. Les visuels se succèdent à vitesse quasi subliminale, se télescopent, répétitifs, avec variations plus ou moins perceptibles, ou bien prennent le temps de s’installer, comme ces beaux visages couronnés d’épines d’où perlent des larmes que nous autres spectateurs, hallucinés, ne pouvons que difficilement verser. Les références abondent et tout un chacun pourra s’y reconnaître. Celles du monde LGBTIQ+, de l’univers de la nuit, des films de genre, notamment de zombies, sans oublier les grands classiques. C’est dire si l’on est emporté dans un vaste tourbillon de culture mais aussi de sensations pures. Des solistes aux membres du chœur, sans oublier nos danseurs, cela hoquette, entre en transe, connaît l’extase ou l’orgasme pour autant de petites et grandes morts esthétisées ou ritualisées. Du meurtre au suicide, les poses s’enchaînent et nous interpellent, entre refus et acceptation de l’inéluctable, s’appuyant sur des figures de performances hardcore ou de ballets classiques. De Derek Jarman à Visconti, de Bosch à Courbet, de Nijinsky à Pina Bauch, de la catastrophe de Bhopal au <em>Melancholia</em> de Lars von Trier, des cavernes préhistoriques au monde interlope de la scène underground, les univers s’entrechoquent et se nourrissent. Nous ne citerons que deux exemples, fruit de notre imaginaire ou citations voulues par les artistes : la danseuse <strong>Synne Elve Enoksen</strong>, aux faux airs d’Isabelle Adjani, semble une Reine Margot éthérée glissant parmi les cadavres ensanglantés d’une Saint-Barthélemy sublimée par Patrice Chéreau. L’instant d’après, on se retrouve avec elle en Lucy dans <em>Nosferatu, fantôme de la nuit </em>d’Herzog, lui-même remake du merveilleux <em>Nosferatu</em> de Murnau. L’autre danseuse, <strong>Lyou Bouzon Simonet</strong>, explore l’univers de la pole dance. Ses acrobaties autour de la barre évoquent les poses d’une sorcière empalée des gravures de la Renaissance allemande, à cela près que les figures poétiques que nous découvrons n’ont rien de violent ni de torturé et l’ascension virtuose de la jeune femme suggère l’épanouissement, la victoire sur les éléments et la gravité, voire la Résurrection. Quant au troisième danseur, <strong>Pursy de Médicis </strong>(tout un programme !), son numéro de drag dégage une charge érotique évidente, fesses à l’air, histoire de faire la nique à la mort, en empruntant à la « pop-culture antéchrist, punk-gothique et queer, [au] cinéma d’horreur avec des emprunts au rock, au métal latex, BDSM, peinture, photo, etc. », pour citer les propos de César Vayssié. La déferlante visuelle, intelligent contrepoint à la musique, ne fait que mettre l’accent sur nos terribles passions humaines. Pour avoir entendu les <strong>chœurs de Nancy-Lorraine et de </strong><strong>l&rsquo;Eurométropole de</strong> <strong>Metz</strong> réunis dans les deux villes pour la même œuvre, en contraste avec la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-metz/">version de concert</a> de l’Arsenal de Metz, l’écoute se fait ici encore plus puissante, résolument violente, dans tous les sens du terme.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Messa-da-Requiem-Credits-Christophe-Raynaud-de-Lage-23-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214322"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Christophe Raynaud de Lage</sup></figcaption></figure>


<p>Dans la fosse, l’<strong>Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine</strong> sait rivaliser efficacement avec la saturation d’images. Sous la direction autoritaire et efficace de <strong>Sora Elisabeth Lee</strong>, la formation nancéenne offre son meilleur, pour un <em>Requiem</em> tout de force vitale et énergie surdimensionnée, vivante déclaration de guerre à une mort qu’on repousse avec poigne. Le <em>Dies Irae</em> est particulièrement réussi, mais les phases de recueillement et de retrait des <em>Requiem aeternam </em>et <em>Libera me</em> sont tout aussi émouvantes et finement ciselées.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Messa-da-Requiem-Credits-Christophe-Raynaud-de-Lage-28-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214324"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Christophe Raynaud de Lage</sup></figcaption></figure>


<p>Les quatre solistes ont su se fondre dans la vision du metteur en scène tout comme l’approche nerveuse et déterminée de la cheffe d’orchestre. Manifestement très à l’aise dans leurs costumes spectaculaires dont ils se dépouillent petit à petit, à la fois spectateurs détachés voire méprisants mais aussi créatures fragiles et empathiques, les membres du quatuor sont pleinement investis et s’offrent sans retenue, avec un vrai sens de la scène. La plus remarquable est <strong>Sally Matthews</strong>, qui aboie, glapit et mord avec férocité, tel un cerbère polycéphale doté d’au moins trois types de sopranos, le registre dramatique n’étant d’ailleurs pas le plus spectaculaire. Véritable femme fatale aux flamboyances éclatantes, on se souviendra longtemps de cette performance quasi surhumaine. À l’opposé du spectre, <strong>Jongmin Park</strong> déploie des trésors de beauté dans une voix de basse profonde au phrasé voluptueux, à la fois consolatrice et puissamment incarnée. On en frissonne d’aise. Extrêmement élégante et d’une distinction absolue, la mezzo <strong>Eugénie Joneau</strong> nous console de son beau timbre chaud et d’une sorte de bienveillance innée qui illumine ses interventions. Un peu plus en retrait peut-être du fait d’une projection moins percutante, le ténor <strong>Joshua Blue</strong> s’en tire toutefois avec les honneurs et complète avantageusement la distribution.</p>
<p>Plaisir intense des oreilles et excitation pléthorique pour les yeux, le spectacle proposé à Nancy a tout pour marquer durablement les esprits. Un seul regret : ne pas pouvoir séjourner dans la ville lorraine pour assister aux autres représentations et se repaître de ces trouvailles visuelles et splendeurs sonores…</p>
<p>&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Messa da Requiem, Giuseppe Verdi | Opéra national de Nancy-Lorraine" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/9ZsccZK-vVg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>ZEMLINSKY, Der Zwerg – Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/zemlinsky-der-zwerg-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un conte cruel. Aussi cruel qu&#8217;un conte pour enfants. De surcroît, le jour de la première, autre cruauté, celle du destin : un virus s’est abattu sur Adrian Dwyer, l’interprète du Nain, qui est dans l’incapacité de chanter. Mais s’il n’y a pas de bonne fée dans l’opéra de Zemlinsky, il y en a &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un conte cruel. Aussi cruel qu&rsquo;un conte pour enfants. De surcroît, le jour de la première, autre cruauté, celle du destin : un virus s’est abattu sur <strong>Adrian Dwyer</strong>, l’interprète du Nain, qui est dans l’incapacité de chanter. Mais s’il n’y a pas de bonne fée dans l’opéra de Zemlinsky, il y en a une qui veille sur les directeurs d’opéra. Un coup de fil et <strong>Mathias Vidal</strong> vient sauver la situation.<br />Il connaît le rôle, il l’a chanté il y a cinq ans à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-nain-rennes-poetique-de-letrangete/">Rennes</a> et quatre ans auparavant à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-nain-lille-handicap-vertical-mais-pas-musical/">Lille</a>. Il arrive à midi. À 17 heures, quand le rideau se lève, il est dans une loge, côté cour, l’œil sur la cheffe, un autre sur Adrian Dwyer, qui mimera son rôle, le troisième œil sur la partition, éclairée par une loupiote. Ce doublage ajoutera un enjeu supplémentaire à une production aussi réussie théâtralement que musicalement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-20-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212539"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Le problème de l’opéra de Zemlinsky (l’un des…), c’est sa brièveté : 1h20. C’est court pour une soirée. Avec quoi l’assembler ? Genève autrefois monta un tandem <em>Le nain-Une tragédie florentine</em>, plutôt au détriment de cette dernière si nous nous fions à nos souvenirs, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/enfant-mechant-cruelle-infante/">Lyon</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-zwerg-lenfant-et-les-sortileges-paris-garnier-nest-ce-pas-cest-amusant/">Paris</a> essayèrent de marier <em>Der Zwerg</em> à <em>L’Enfant et les Sortilèges</em>, deux œuvres qui hormis leur brièveté n’ont pas grand chose en commun.</p>
<p>Lausanne fait le pari qu’il y a suffisamment de musique (ô combien !) et de drame (mais pas seulement) dans cet opéra. Le spectacle est court, davantage que certains actes de Wagner, mais d’une telle profusion visuelle et sonore, qu’on en sort enchanté.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-9-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212462"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou, Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le drame de Zemlinsky</strong></h4>
<p>Tout commence par l’apparition d’un petit bonhomme contrefait, c’est Zemlinsky lui-même (joué par un comédien et, grâce à une perruque et un faux nez, d’une ressemblance extraordinaire avec les photos du compositeur). Car c’est bien de lui-même qu’il parle dans cet opéra, et c’est sans doute pour cela qu’il est d’une telle violence. On sait que Zemlinsky tomba amoureux de son élève, Alma Mahler, laquelle écrit dans ses souvenirs qu’il avait « l’aspect d’un ignoble gnome, petit, dépourvu de menton, édenté, puant le vin, jamais lavé… et pourtant incroyablement fascinant par l’extrême acuité de son intelligence ». Il semble qu’à son tour elle l’aima un peu, et sans doute pas longtemps.</p>
<p>Zemlinsky demanda à Georg C. Klaren de lui écrire un livret sur « la tragédie de l’homme laid ». Klaren, qui n’avait guère plus de vingt ans, s’intéressait aux théories de Freud sur la sexualité, mais on ne sait si c’est lui ou le compositeur qui eut l’idée d’adapter la nouvelle d’Oscar Wilde <em>The Birthday of the Infanta</em>, l’histoire d’une jeune princesse écervelée à qui on offre pour son anniversaire un affreux nain qui ne sait rien de sa laideur, et qui évidemment s’enflamme pour elle dès qu’il la voit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-2-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212570"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou,  Christian Immler © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Visuellement le spectacle est extrêmement séduisant. <strong>Rudy Sabounghi</strong>, auteur du décor et des costumes, a dessiné une serre envahie par les fleurs (plus de soixante-dix sortes différentes, nous dit-on), les panneaux du fond s’écartent pour révéler une prairie très verte et un ciel toujours bleu. Tout a la fraîcheur d’un livre pour enfants. Et les huit compagnes de l’Infante jouent au croquet ou au badminton en robes de soie aux couleurs de berlingots, d’un style très Balmain 1965. L’Infante elle-même sera dans une robe fuchsia au bustier brodé de perles et de strass, très Sylvie Vartan ou France Gall de ces années-là, avec coupe au carré assortie. Ghita est en corsage noir et jupe bleu canard qui lui donnent l’allure d’une duègne ; quant aux caméristes, en noir et blanc, elles semblent sortir de la <em>Mélodie du bonheur</em>.</p>
<h4><strong>La tragédie de la désillusion</strong></h4>
<p>La mise en scène de <strong>Jean Liermier</strong> est à l’image de la partition qui est elle aussi toute de détails, d’abord papillonnante et légère, pour mieux plonger ensuite dans le tragique. L’apparente futilité, l’espièglerie des premières scènes n’en rendront que plus poignante la désillusion. <br />Car, que raconte cet opéra en manière de fable ? La violence de l’irruption du réel. On croit que c’est une comédie, mais c’est un drame. Le drame de la révélation de la vérité. L’illusion aux couleurs de bonbons anglais est douce, mais éphémère.</p>
<p>Autre paradoxe : tout cela a l’air d’être extraordinairement facile, aérien, chic et champagne – du moins au début. Alors que cette partition de 1922, mais dont l’esthétique renvoie plutôt à l’esprit des années 1900-1910, est terriblement exigeante pour les interprètes : on pense constamment à Richard Strauss (et d’ailleurs comme <em>Salomé</em>, <em>Der Zwerg</em> s’inspire d’Oscar Wilde).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-4-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-212580"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Linsey Coppens, Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Chambrisme</strong></h4>
<p>Toutes les voix sont à découvert, notamment pour l’orchestre. C’est ici la version de chambre écrite par <strong>Jan-Benjamin Homolka</strong> : onze cordes, un instrumentiste pour chacun des bois et des cuivres, mais deux cors et deux percussions, une harpe, un piano, un harmonium et un célesta. Un instrumentarium qui se rapproche de celui de Schoenberg (beau-frère de Zemlinsky) pour ses célèbres transcriptions des valses de Johann Strauss. On sent l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> aux aguets sous la direction d’une précision extrême de <strong>Sora Elisabeth Lee</strong>, qui donne tous les départs, mais qui saura faire chanter les pages les plus lyriques. <br />Non moins essentiel, le rôle de Pascal Mayer dirigeant les huit voix féminines du <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong> (Hannah Blaser, Jeanne Bousquet, Vibe Rouvet, Naïma Wanshe, Zoé Cassard, Marie Hamard, Solène Nancy, Lauriane Paillet) auxquelles Jean Liermier demande de jouer la comédie (elles le font très bien) en même temps qu’elles maîtrisent des lignes compliquées.</p>
<p>C’est <strong>Tamara Bounazou</strong>, qui dessine une Infante mutine et saugrenue, avant de jouer les méchantes avec conviction, qui nous confiera la difficulté retorse de l’écriture de Zemlinsky, elle qui est familière des partitions contemporaines. Elle est parfaite de netteté et de projection, le timbre est d’une santé formidable, sans parler de sa présence délurée, de ses regards noirs, de ses danses serpentines, de ses attitudes cocasses et son instinct du coq-à-l’âne. Son talent est autant de comédienne que de chanteuse (on se souvient de son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-tauride-paris-opera-comique/">Iphigénie de Gluck à l’Opéra Comique</a>, tout aussi convaincante dans un genre plutôt différent…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-1-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212571"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Autre voix saisissante, celle de <strong>Linsey Coppens</strong>, pour qui c’est aussi une prise de rôle, et qui est impressionnante d’assurance, de puissance, de ligne. Derrière sa raideur, le personnage n’a pas le cœur sec ; dès la première scène, dialoguant avec les trois caméristes, elle affirme : « Je comblerai par mon amour ceux qui sont laids et malheureux », et de fait, elle n’osera pas présenter au Nain un miroir qui lui révèlerait sa laideur.</p>
<p>En revanche, le majordome, Don Estoban, n’est que rigueur. <strong>Christian Immler</strong> lui prête sa prestance, l’ampleur de son timbre de baryton, son impeccable allemand de <em>liedersänger</em>, un phrasé souverain, une perfection de style.</p>
<h4><strong>Un carrefour d’inspirations</strong></h4>
<p>Lancée par un petit thème ironique de quatre notes qui reviendra (une croche, deux doubles, une blanche), la partition est d’abord, malgré l’orchestre restreint, d’une rutilance bigarrée, puis à l’apparition des jeunes filles se teinte de merveilleux arpèges de célesta et de piano ; quand elles chanteront on se croira parfois dans le jardin des Filles-Fleurs. <br /> Cette partition semble fusionner toutes les influences possibles, de Wagner à Mahler et Strauss (et même Debussy fugitivement). Le coloris d’orchestre est irrésistible, dans un flux continu qui emporte, mais où se détachent une infinité de détails solistes précieux, tel le solo de violon sur l’ouverture de la boîte aux dentelles, l’un des cadeaux, une rose en or, une robe ornée de perles, un diadème, offerts par le Pape, l’Empereur ou le Roi… Le plus beau des cadeaux étant affreux, celui offert par le Sultan : un nain qui ne sait rien de sa laideur. Une imitation par la trompette bouchée de canards cancanant montera de la fosse à son apparition…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-13-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212466"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer, Tamara Bounazou, Christian Immler © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Mais très vite l’orchestre se fera d’une extrême douceur pour accompagner ses premiers mots. Dans le costume de cour gris perle, avec collerette tuyautée à l’espagnole, que lui a apporté le compositeur lui-même, <strong>Adrian Dwyer</strong> fait son entrée, marchant sur ses genoux : il dessine un Nain lunaire et doux, une manière de clown triste, tandis que <strong>Mathias Vidal</strong> commence <em>mezza voce,</em> peut-être à cause d’un trac compréhensible, mais aussi parce que la partition demande ici un pianissimo. Le doublage fonctionnera à la perfection, l’un mimant les mots, l’autre les chantant. Très vite Mathias Vidal se laissera prendre au jeu et par le personnage qu’il retrouvera, il montera en puissance et en expression dans un long crescendo qui ira jusqu’au cri, un cri déchirant et magnifique.</p>
<p>On n’en est là et pour l’heure cette sale gamine d’Infante lui demande où il apprit l’espagnol (sur un bateau où il a longtemps voyagé, dit-il) et s’il a une patrie, à quoi il répond joliment : « Aucune, ma seule patrie est mon enfance évanouie… » Ensuite, puisqu’on dit qu’il a la voix d’Apollon sinon son physique, elle lui demande de chanter. « Jeune fille prends cette orange qui a mûri dans mon jardin… », dit la chanson qu’il accompagne au luth (des arpèges de harpe en l’occurrence).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-12-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212465"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une formidable performance de Mathias Vidal</strong></h4>
<p>Mathias Vidal y met tout son art et toute sa sensibilité, avec de beaux passages en voix mixte. Non moins superbe, son grand envol lyrique sur « ich wähle dich, Prinzessin » ! On a demandé au Nain de choisir parmi ces dames, et c’est bien sûr l’Infante qu’il choisit. Il s’ensuivra un grand ensemble à quatorze (!) puis un duo faut-il dire d’amour entre une Tamara Bounazou déployant ses grands moyens, avec un panache, un sens de la ligne ébouriffants et un Mathias Vidal éperdument effusif et douloureux, sur un tissu orchestral de plus en plus dense. Sora Elisabeth Lee parvient, tout en mettant en place une instrumentation particulièrement foisonnante, à construire un grand crescendo d’intensité et de fièvre.</p>
<p>Du côté du texte et des sentiments, l’ambiguïté est à son comble. <br /> « Elle : – Sache que je t’aime.<br />    Lui : – Je ne sais pas ce qu’est l’amour, je t’aime.<br />    Elle : – Si tu m’aimes, tu dois chasser avec moi et combattre en tournoi Don Alvarez… Tu dois être très beau si tu m’aimes… Il se peut pourtant que je te haïsse si tu es laid….etc »<br />    Lui : – Comment je suis, je l’ignore, dis-le moi ! »</p>
<p>La direction d’acteurs très tendue de Jean Liermier porte à incandescence cette scène haletante et cruelle, la désinvolture de l’Infante contrastant avec l’aspiration éperdue du Nain à être aimé. La performance de Adrian Dwyer est étonnante, si l’on songe qu’il se borne à bouger les lèvres, alors que la voix qui devrait le soulever sort du corps d’un autre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-17-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212470"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou, Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Jusqu’au cri</strong></h4>
<p>On dira encore combien Linsey Coppens est vocalement magnifique de puissance et de ligne musicale dans la longue scène où elle comprend que le Nain ne sait pas ce qu’est un miroir, et qu’il ne s’y est jamais vu. Il évoque une épée ou un verre où il a vu une silhouette, mais son image vraie, jamais. Et Ghita, troublée par sa candeur et sa bonté, n’ose pas lui donner le petit miroir qui fait partie des cadeaux de l’infante.</p>
<p>Il faudrait dire aussi la délicatesse de l’orchestration (violon solo, flûte, célesta) de la longue méditation solitaire du Nain, où Mathias Vidal est à nouveau extraordinaire (et Sora Elisabeth Lee le suit pas à pas), jusqu’au cri de bête terrassée qu’il pousse quand il découvre son image dans le grand miroir à cadre doré que des filles ont apporté. Il y voit les objets autour de lui, les reconnaît, il est donc ce monstre. Grand déchaînement de l’Orchestre de chambre de Lausanne, décidément formidable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-19-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-212574"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer, Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On ne peut pas ici ne pas penser à Richard Strauss, aux grands déferlements de fureur de <em>Salomé</em>. Dans ces dernières minutes de l‘œuvre, où le tragique de la situation prend à la gorge, la lecture de Jean Liermier prend tout son sens. Il fallait que les scènes du début soient aussi pimpantes pour que le désespoir des scènes ultimes soit aussi noir. <br />« Alle Not der Welt ist in mein Herz geprasselt, ich erfriere. – Toute la douleur du monde s&rsquo;est déversée dans mon cœur, je suis transi de froid », chante le Nain.<br />Qui montera jusqu’à un autre sommet de douleur en criant : « Ich bin ein Zwerg und ich liebe dich », avant de mourir. Sur son corps, Zemlinsky, ou son double, viendra déposer sa partition.</p>
<p>Puissant spectacle, admirablement chanté, dirigé et mis en scène. Mention toute particulière pour Mathias Vidal, qui non seulement a sauvé la soirée, mais a offert une interprétation superbe et vécu, on imagine, un moment qui marquera sa mémoire.</p>
<p>Il reste trois représentations, on espère de tout cœur que Adrian Dwyer pourra les assurer !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/zemlinsky-der-zwerg-lausanne/">ZEMLINSKY, Der Zwerg – Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, L&#8217;Arlésienne/Le Docteur Miracle – Paris (Châtelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-paris-chatelet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour fêter les cent cinquante ans de la mort de Bizet, donner L’Arlésienne dans une version scénique et le très rare Docteur Miracle ne manque pas d’intérêt, ni d’une forme d’audace qui convient bien à la nouvelle direction que le Châtelet entend donner à sa programmation. Malgré l’ubiquité enthousiaste de Pierre Lebon et le niveau &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour fêter les cent cinquante ans de la mort de Bizet, donner <em>L’Arlésienne</em> dans une version scénique et le très rare <em>Docteur Miracle</em> ne manque pas d’intérêt, ni d’une forme d’audace qui convient bien à la nouvelle direction que le Châtelet entend donner à sa programmation. Malgré l’ubiquité enthousiaste de <strong>Pierre Lebon</strong> et le niveau des interprètes, tout ne prend pas dans le conte bricolé à partir de la pièce de Daudet en première partie tandis que, dans la deuxième pièce, l’efficacité comique de la farce est exploitée dans un délire démesuré – peut-être un peu trop. On retrouve ici <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-tours/">le constat mitigé fait à Tours</a>, à l&rsquo;automne dernier, lors de la création du spectacle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-191466 alignright" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LArlesienne-©-Thomas-Amouroux-1-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300">Commençons par saluer ce qui fait le grand point de fort de cette soirée&nbsp;: la scénographie et les costumes de Pierre Lebon et les lumières de <strong>Bertrand Killy</strong>. Le moulin poétique de <em>L’Arlésienne</em> recèle une foule de détails bien pensés et la structure en tréteaux du <em>Docteur Miracle</em>, maline et efficace, donne corps à cet opéra-comique cousu de fils blancs. Les lumières, quant à elle, permettent d’isoler des moments de suspension dans un ensemble sinon trop monolithique, notamment dans la scène des retrouvailles de Balthazar et de la mère Renaud dans <em>L’Arlésienne</em> et dans le délicieux quatuor de l’omelette du <em>Docteur Miracle</em>.</p>
<p>Monter <em>L’Arlésienne</em> est un défi qui ne peut qu’éveiller l’intérêt des mélomanes. La musique de scène de Bizet est connue de nos jours sous la forme de suites, mais il s’agissait ici de retrouver en partie la proposition scénique et la narration de Daudet. C’est là que les choses se gâtent&nbsp;: faute d’avoir repris le texte de la pièce de Daudet (qui exigerait de gros moyens), on s’en tient à une version contée réécrite par <strong>Hervé Lacombe</strong>, éminent spécialiste de Bizet, où tout repose sur un récitant central, à la manière d’une « réduction d’orchestre » dit poétiquement Pierre Lebon. On en arrive toutefois à un entre-deux qui ne fonctionne pas vraiment. Tantôt le berger Balthazar conte seul en scène, tantôt il décrit des scènes que les autres personnages interprètent en pantomime ou en dansant, tantôt encore il cède la parole à l’Innocent et à Rose pour quelques mots. Malgré son engagement en berger, <strong>Eddie Chignara</strong> ne parvient pas à surmonter les obstacles de la monotonie formelle du spectacle obtenu. C’est dommage, car dans les scènes où il raconte sa propre histoire, le dispositif prend soudainement vie&nbsp;: ainsi, la scène des retrouvailles avec la mère Renaud fonctionne à merveille. Le mélodrame introspectif se marie magnifiquement avec la musique et Eddie Chignara retrouve une simplicité bienvenue (car il semble parfois, pour combler le vide scénique de la proposition, forcer un peu ses effets en piochant dans les recettes de cours de théâtre, allant jusqu’à affecter aléatoirement un accent provençal outrancier). Le chœur est lui aussi réduit jusqu’à l’épure&nbsp;: quatre chanteurs au lieu des vingt-quatre prévus par Bizet. Sa présence anecdotique apporte toutefois un contrepoint bienvenu au monologue du récitant.</p>
<p><strong>L’orchestre de chambre de Paris</strong>, sous la baguette de <strong>Sora Elisabeth Lee</strong>, nous semble manquer un peu de lyrisme, au moins au début de cette <em>Arlésienne</em>. Les ponctuations rythmiques sont parfois plus fortes que le thème et les danses paraissent manquer d’ampleur&nbsp;; il y a comme une réticence à assumer pleinement le romantisme parfois mélodramatique de cette musique qui a souvent les accents véristes que lui dicte son sujet.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-191464 alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/D.-Bawab-Laurette-T.-Dolie-Le-Podestat-de-Padoue-H.-Mas-Veronique-M.-Mauillon-Silvio-P.-Lebon-Lassistant-©-T.-Amouroux-300x200.jpg" alt="" width="327" height="219"></p>
<p>Pour <em>Le Docteur Miracle</em>, la proposition de Pierre Lebon déborde d’inventivité, d’énergie et de gags dans l’esprit le plus parfaitement farcesque. Oserait-on dire qu’on trouve parfois qu’il y en a un peu trop&nbsp;? Il n’est pas une seule croche piquée qui ne soit accompagnée d’une gifle, d’une trappe qui claque ou d’une chute, chaque occasion est saisie pour gémir, hurler, se tabasser ou laisser libre cours à ses élans érotiques et presque tous les morceaux musicaux donnent lieu à une chorégraphie malicieusement exécutée – si bien qu’on ne sait parfois plus où donner de la tête. L’excès d’enthousiasme n’étant malheureusement pas une maladie commune de nos jours, on préférera passer sur ces quelques réserves, pour saluer l’engagement complet des artistes qui font sans conteste le bonheur des spectateurs. Même à la sortie, l’ouvreuse vous distribue tout sourire un petit prospectus du Docteur Miracle, qui ressemble aux cartes de magiciens et marabouts qu’on distribuait naguère dans les gares parisiennes.</p>
<p>Le quatuor vocal assume avec bonheur la proposition délirante du metteur en scène, à commencer par <strong>Marc Mauillon</strong> en Silvio, militaire déterminé à obtenir la main de son amoureuse. En plus de prêter au rôle sa voix sonore au timbre reconnaissable, qui prend ici tout naturellement des inflexions d’opérette, il sautille sur les trois niveaux du plateau, en passant de costume en costume. En Véronique, <strong>Héloïse Mas</strong> est l’autre grande gagnante de la soirée&nbsp;: elle dispose d’une voix ample, aux graves naturels très profonds, parfois un peu appuyés pour jouer à la matrone, et d’une présence scénique sans faille, qui lui permet de jouer sur toute la gamme de son rôle de veuve croqueuse d’homme. Son talent comique justifie qu’on ait importé dans la partition un air d’Hervé,&nbsp;«&nbsp;ça n’est pas visible à l’œil nu&nbsp;». <strong>Dima Bawab</strong> affiche un charmant soprano léger, plutôt agile, mais qui manque d’ampleur pour la salle du Châtelet. <strong>Thomas Dolié</strong>, enfin, est irréprochable en père de famille corrigé qui traîne tant bien que mal sa fausse bedaine, tout en grossissant sa voix de baryton léger pour sembler plus impressionnant.</p>
<p>Pierre Lebon se taille aussi un rôle dans <em>Le Docteur Miracle</em>, d’abord en proposant un monologue introductif de son cru, où il se fait Monsieur Loyal voire clown, ensuite en serviteur qui accompagne les chorégraphies, puis en assistant du docteur.</p>
<p>Pour terminer, signalons que le théâtre du Châtelet inaugurait avec ce spectacle son dispositif « Opéra pour tous », qui vise à démocratiser le genre lyrique en proposant des places dès 5€ et ne dépassant pas 50€. Une initiative qu’on ne peut que saluer à Forumopéra !</p>
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		<title>HINDEMITH, BARTOK, HONEGGER, Héroïne &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hindemith-bartok-honegger-heroine-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’interview qu’il nous avait accordée en février 2024, Matthieu Dussouliez nous avait donné ses ruses pour présenter des productions abouties dans un contexte contraint économiquement. Idomeneo, re di Creta, prévu mis en espace et métamorphosé en spectacle stimulant par un jeune talent de la mise en scène, avait signé un premier succès en ouverture &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/matthieu-dussouillez-plus-je-fais-de-tosca-moins-il-me-reste-dargent-pour-faire-autre-chose/">Dans l’interview qu’il nous avait accordée en février 2024</a>, Matthieu Dussouliez nous avait donné ses ruses pour présenter des productions abouties dans un contexte contraint économiquement. <em>Idomeneo, re di Creta</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-idomeneo-nancy/">prévu mis en espace et métamorphosé en spectacle stimulant</a> par un jeune talent de la mise en scène, avait signé un premier succès en ouverture de la saison passée. Deuxième coup gagnant avec ce triptyque étrange et ambitieux composé de <em>Sancta Susanna</em>, <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> et <em>La Danse des morts</em> (oratorio d’Arthur Honegger) réunis sous le titre <em>Héroïne</em>.</p>
<p>L’absence de pluriel au titre donne la clé de la lecture imaginée par le jeune <strong>Anthony Almeida</strong> au prix certes d’une modification du livret de la Danse des morts (pour le féminiser) en accord avec les ayants droit du compositeur. C’est une même femme à différents âges qui traverse ces œuvres : elle s’éveille au désir et à ses interdits dans l’œuvre d’Hindemith, plonge dans les tréfonds d’Eros et Thanatos dans le huis clos du château de Barbe-Bleue avant de renaitre dans la Danse finale (même si ici le livret et ses considérations bibliques lui résiste en partie). Le dispositif scénique est réduit au strict minimum : une boite en forme de chambre obscure photographique, dressée sur une tournette, permet à la fois un précipité et un théâtre d’ombre où se déploie une direction d’acteur millimétrée. Ce carcan fécond s’ouvre dans la dernière œuvre pour laisser toute sa place à la jubilation de la danse. Quelques figurantes aident à donner le sens de ce fil rouge féminin à travers les âges. Tout juste pourra-t-on conseiller à ce jeune metteur scène d’user avec plus de parcimonie de la tournette.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2024_08_Heroine-Opera-national-de-Lorraine-©-Jean-Louis-Fernandez-5-copie-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-173808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Au-delà de la dimension scénique, l’Opéra national de Lorraine démontre une fois encore la qualité de ses forces vives. L’orchestre rutile dans un répertoire qui ne demande que cela pour construire les ambiances, peindre des tableaux étranges en déambulations psychanalytiques.<strong> Sora Elisabeth Lee</strong> s’y affaire avec un art consommé : l’auditeur attentif devinera sans mal ce que cache chacune des portes du château rien qu’en écoutant les irisations et frémissements qu’elle suscite dans ses cordes et ses vents. Seul ombre indésirée, cette science du détail oublie parfois la tension dramatique ou l’équilibre avec le plateau. Les chœurs mêlent leur magma coloré aux musiciens de l’orchestre dans une danse très en place rythmiquement.</p>
<p>La distribution apporte toute satisfaction. Comme un tour de chauffe, <strong>Rosie Aldridge</strong> propose une sœur Klementia marmoréenne dont les certitudes sont peu à peu ébranlées. La voix, puissante et bien projetée, laisse déjà présager de la Judith qu’elle sera à l’acte suivant. Carton plein dans le duo de Bartók où elle incarne la sensualité de l’amoureuse, l’effroi de la jeune femme, autant que l’autorité de l’héroïne. Elle triomphe de toutes les rigueurs de la partition en couronnant le tout d’un ut péremptoire et tenu à l’ouverture de la cinquième porte. Elle est rejointe sur scène par l’excellent <strong>Joshua Bloom</strong>, dont le timbre sombre et granuleux sied tout à fait au chatelain sanguinaire. L’opéra tout en entier tient sur le charisme scénique et vocal de ces deux interprètes. <strong>Anaïk Morel</strong> propose une Susana proprement exaltée, au volume conséquent et à l’aigu lumineux. <strong>Yannick François</strong> offre une lecture aussi sobre qu’à propos dans la partie dévolue au baryton de la <em>Danse des Morts</em>, rejoint par le timbre cristallin d’<strong>Apolline Raï-Westphal</strong>.</p>
<p>Ce spectacle ambitieux ne fait pas encore le plein en billetterie, il mérite un bouche-à-oreille enthousiaste.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hindemith-bartok-honegger-heroine-nancy/">HINDEMITH, BARTOK, HONEGGER, Héroïne &#8211; Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Carmen à l&#8217;Opéra Comique : Louis Langrée et Sora Elisabeth Lee remplacent Long Yu</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/carmen-a-lopera-comique-louis-langree-et-sora-elisabeth-lee-remplacent-long-yu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Jan 2023 15:00:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;exploison de l&#8217;épidémie de Covid en Chine empêche Long Yu et l’Orchestre Symphonique de Shanghai de participer aux représentations de la nouvelle production de Carmen mise en scène par Andreas Homoki à l&#8217;Opéra Comique du 24 avril au 4 mai. Le maestro chinois sera remplacé par Louis Langrée pour les quatre premières dates (24, 26, 28, 30 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;exploison de l&rsquo;épidémie de Covid en Chine empêche <strong>Long Yu</strong> et l’Orchestre Symphonique de Shanghai de participer aux représentations de la nouvelle production de <em>Carmen </em>mise en scène par Andreas Homoki à l&rsquo;Opéra Comique du 24 avril au 4 mai. Le maestro chinois sera remplacé par <strong>Louis Langrée </strong>pour les quatre premières dates (24, 26, 28, 30 avril) puis par <strong>Sora Elisabeth Lee</strong> pour les deux dernières (2, 4 mai)<strong>.</strong> Sora Elisabeth Lee est actuellement cheffe assistante de l&rsquo;Orchestre de Paris auprès du directeur musical Klaus Mäkelä.</p>
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		<title>Les Nommés des Victoires de la Musique Classique 2023</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/les-nommes-des-victoires-de-la-musique-classique-2023/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Jan 2023 08:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les prochaines Victoires de la Musique Classiques se tiendront en mars prochain à l&#8217;Auditorium de Dijon. Il s&#8217;agira de la 30e édition de ce palmarès désormais bien installé dans le paysage culturel et médiatique français. L&#8217;Orchestre Dijon-Bourgogne sera placé sous la direction de Debora Waldman et accompagnera les solistes nommés et les invités. En ce qui concerne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les prochaines <em>Victoires de la Musique Classiques </em>se tiendront en mars prochain à l&rsquo;Auditorium de Dijon. Il s&rsquo;agira de la 30<sup>e</sup> édition de ce palmarès désormais bien installé dans le paysage culturel et médiatique français. L&rsquo;Orchestre Dijon-Bourgogne sera placé sous la direction de <strong>Debora Waldman</strong> et accompagnera les solistes nommés et les invités. En ce qui concerne le lyrique, les artistes nommés sont<strong> </strong><strong>Lea Desandre</strong>, <strong>Barbara Hannigan</strong> et <strong>Marina Viotti</strong>, pour la catégorie « Artiste lyrique », ainsi que <strong>Marine Chagnon</strong>, <strong>Edwin Fardini</strong> et <strong>Alexandra Marcellier</strong>, pour la catégorie « Révélation artiste lyrique ». Côté direction musicale, les candidats au prix « Révélation, chef d’orchestre » sont <strong>Victor Jacob</strong>, <strong>Sora Elisabeth Lee</strong> et <strong>Lucie Leguay</strong>. Pour les instrumentistes, Lucile Boulanger (viole de gambe), Bertrand Chamayou (piano) et Nemanja Radulovic (violon) se disputeront la victoire de « Soliste instrumental » tandis que Joë Christophe (clarinette), Théo Ould (accordéon) et Aurélien Pascal (violoncelle) concourront pour celle de « Révélation, soliste instrumental ». Benjamin Attahir (<em>Layal</em>, pour violon et orchestre),<strong> Philippe Leroux </strong>(<a href="/lannonce-faite-a-marie-rennes-le-feu-sacre"><em>L’annonce faite à Marie</em></a>) et Fabien Waksman (<em>L’île du temps</em>, concerto pour accordéon et orchestre symphonique) sont quant à eux nommés dans la catégorie « Compositeur ». Enfin, dans la catégorie « Enregistrement », les candidats sont : <em>Vingt regards sur l’enfant Jésus (</em>Messiaen / Bertrand Chamayou &#8211; Erato), <a href="/cd/bach-matthaus-passion-par-raphael-pichon-et-pygmalion-la-passion-pichon"><em>Matthäus-Passion </em></a> (Bach / Pygmalion, <strong>Raphaël Pichon</strong>, <strong>Sabine Devieilhe</strong>, <strong>Lucile Richardot</strong>, <strong>Stéphane Degout</strong> &#8211; Harmonia Mundi) et les <em>Concertos pour piano n°1 &amp; 2 </em>de Saint-Saëns (Alexandre Kantorow &#8211; Bis). La soirée sera animée par Stéphane Bern, assisté de Clément Rochefort, en direct pour France 3 et France Musique. Le public pourra découvrir les chanteurs et les instrumentistes nommés dans ces catégories lors des émissions <em>Générations France Musique, le Live </em>(présentées par Clément Rochefort) les 21 et 28 janvier sur France Musique. Durant les 9 jours précédant la cérémonie, dont la date exacte n&rsquo;est pas encore connue, France 3 diffusera chaque soir un mini portrait des 9 Révélations de l&rsquo;année. Cette 30<sup>e</sup> édition permettra au public (et aux amis des candidats) de voter pour leur candidat favori (du 1<sup>er</sup> au 28 février 2023), mais uniquement dans la catégorie  « Enregistrement ».</p>
<p> </p>
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		<title>BRAUNFELS, Die Vögel — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-vogel-strasbourg-fait-pour-nous-sortir-du-quotidien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jan 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/fait-pour-nous-sortir-du-quotidien/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Contre vents et marées covidés, l’Opéra national du Rhin sera parvenu à lever le rideau sur Die Vögel pour sa création française, 102 ans après sa naissance à Munich. L’œuvre est une pépite du répertoire post-romantique comme l’a rappelé un récent numéro de l’Avant-Scène Opéra, excommuniée dans les cartons de l’art dégénéré, puis remisée comme tout &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-vogel-strasbourg-fait-pour-nous-sortir-du-quotidien/"> <span class="screen-reader-text">BRAUNFELS, Die Vögel — Strasbourg</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Contre vents et marées covidés, l’Opéra national du Rhin sera parvenu à lever le rideau sur <em>Die Vögel </em>pour sa création française, 102 ans après sa naissance à Munich. L’œuvre est une pépite du répertoire post-romantique comme l’a rappelé <a href="https://www.forumopera.com/actu/cinq-cles-pour-les-oiseaux-de-walter-braunfels">un récent numéro de l’Avant-Scène</a> Opéra, excommuniée dans les cartons de l’art dégénéré, puis remisée comme tout bonnement dépassée après-guerre, avant que des défricheurs – chez Decca notamment – ne viennent remettre ces pans succulents des débuts du XXe siècle sur nos scènes. Pourtant il s’en est fallu de peu : le jour même, le directeur musical Aziz Shikhakimov et six instrumentistes parmi les vents (ô combien sollicités dans cette œuvre) ont été testé positifs. Branle-bas de combat toute la journée pour trouver au pied levé six remplaçants, cependant que <strong>Sora Elisabeth Lee</strong>, qui devait diriger la dernière et n’aura pu répéter qu’une fois avec l’orchestre, s’apprête à effectuer des débuts anticipés sur la scène rhénane. Fatalement, les pupitres se cherchent un peu toute la soirée et le plateau est déstabilisé par des tempi différents de ceux des répétitions. D’autant que la cheffe sud-coréenne veut surtout mener tout le monde à bon port et entame l’œuvre en redoublant de précaution. Pas d’accident, à peine quelques scories, de menus décalages donc mais au final une représentation qui tient la route. On a assisté à première moins en place que celle-ci, d’autant qu’une fois les marques prises, Sora Elisabeth Lee déploie une belle dynamique et capitalise sur le travail évident réalisé par le directeur musical lors des répétitions avec l&rsquo;orchestre, en particulier sur les couleurs.</p>
<p>L’Opéra national du Rhin réunit un plateau de première volée pour la création française. L’œuvre regorge de petites interventions qui donnent vie à toute cette volière. A saluer les interventions percutantes de <strong>Young-Min Suk</strong>, Zeus sonore et autoritaire ; <strong>Antoin Herrera-Lopez Kessel</strong>, Aigle inquiétant ; <strong>Daniel Dropulja</strong>, Corbeau insidieux. Les grives et hirondelles, solistes pour certaines issues du chœur, complètent ce premier bestiaire. Six rôles occupent une place prépondérante dans le récit. Le Roitelet au timbre corsé de <strong>Julie Goussot</strong>, très à l’aise en scène dans le rôle de secrétaire du roi/manager qui lui est dévolu, se différencie avec élégance des pyrotechnies du Rossignol. <strong>Josef Wagner</strong> ne fait qu’une bouchée du long monologue de Prométhée qui le place en droite filiation avec celui d’Erda, ou avec les imprécations d’un Jochanaan chez Strauss. <strong>Christoph Pohl</strong> a fort à faire en Huppe, roi des oiseaux. Il manque par endroit de volume mais compose un personnage truculent, jovial et paresseux, vivant aux dépens des autres (comme tout bon manager, en somme). Les deux héros de l’histoire, Fidèlami et Bonespoir proposent deux vocalités très éloignées, au-delà de la différence de tessiture. Fidèlami, le baryton, s’avère un Papageno qui affronte un orchestre wagnérien. <strong>Cody Quattlebaum</strong> y excelle et impose un charisme scénique certain (malgré un bras cassé à vélo dans les semaines précédant le spectacle). Bonespoir se situe à un niveau encore supérieur. C’est un Tamino, pour le phrasé et les lignes vocales, qui doit aussi savoir puiser dans l’héroïsme d’un Bacchus. <strong>Tuomas Katajala</strong> en vient à bout avec les honneurs, de belles nuances parfois chahutées dans les passages fortissimo où le timbre s’entache d’un vibrato serré. Qu’importe, le portrait du jeune idéaliste épris d’ailleurs et de lointain est convaincant. Enfin <strong>Marie-Eve Munger</strong> remporte le triomphe attendu dans un rôle qui a tout pour séduire : roucoulades, suraigus filés et interminables comme celui qui conclut l’opéra, grand duo avec le ténor. La soprano pépie avec une agilité d’acrobate et s’adapte même au gré des phrases aux tempi changés, qui la surprennent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/lesoiseaupg-1312hdnpresse.jpg?itok=otzZuzTr" title="© Klara Beck / Opéra national du Rhin" width="468" /><br />
	© Klara Beck / Opéra national du Rhin</p>
<p>Pour cette création historique, l’ONR a fait appel à un jeune talent, déjà auréolé de succès en France et à l’étranger. Après <a href="https://www.forumopera.com/448-psychosis-strasbourg-les-voix-eclatees">un remarquable <em>4.46 psychosis</em> sur cette même scène</a>, <strong>Ted</strong> <strong>Hufmann </strong>délaisse et les esthétiques post-romantiques et le conte d’Aristophane pour n’en garder que l’idée initiale. Fidèlami et Bonespoir sont deux humains qui par lassitude et ennui de leur quotidien dans la grande ville des hommes rêvent d’ailleurs, croient le trouver chez les oiseaux et les engagent dans un projet révolutionnaire et utopique : détrôner les dieux. Nous voici donc dans les bureaux d’une entreprise tertiaire, faite des ces <em>cubicles</em> des années 70, et des ces jobs qu’on qualifierait de <em>bullshit</em> aujourd’hui. On s’y ennuie ferme. L’employée qui deviendra le Rossignol, découpe un patron au ciseau, d’autres baillent. Puis survient le grain de folie à la fin de la journée de travail, la révolte, le manager de plateau qui se prend au jeu, la bataille de boulettes de papier, les ramettes qu’on vide. Cette folle nuit au bureau continue au deuxième acte : on a renversé les bureaux et l’ordre établi, les photocopieuses ont déversé leur bourrage de papier partout sur scène. Arrive Prométhée, l’agent de surface venu nettoyer les bureaux de nuit. Il prévient que ça va barder. Zeus, le PDG n’a guère besoin d’élever la voix pour que tous remettent le plateau en l’état. Mais il leur reste le souvenir de la folie et de la respiration de liberté, comme ce que le chant du Rossignol a laissé entrevoir à Bonespoir, le temps d’un conte. L’oiseau découpe un dernier patron ravissant sur ses dernières notes. En somme, Ted Hufmann a mis en scène l’adage « l’opéra c’est fait pour nous sortir du quotidien ». Un beau pied de nez à cette querelle qui nous occupe à longueur de colonne et dans la section commentaires. Celle de cette chronique n’y échappera certainement pas.</p>
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