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	<title>Lionel LHOTE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 21 Feb 2026 10:33:22 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Lionel LHOTE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 10:32:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à deux grands disparus ce soir à Toulouse, deux immenses figures qui ont laissé une empreinte durable au Capitole. D’abord José van Dam ; Christophe Ghristi, le directeur artistique du Théâtre National du Capitole de Toulouse prend brièvement la parole avant le spectacle alors que nous sommes le surlendemain de la mort de van &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hommage à deux grands disparus ce soir à Toulouse, deux immenses figures qui ont laissé une empreinte durable au Capitole. D’abord <strong>José van Dam</strong> ; Christophe Ghristi, le directeur artistique du Théâtre National du Capitole de Toulouse prend brièvement la parole avant le spectacle alors que nous sommes le surlendemain de la mort de van Dam. Il rappelle que le baryton belge a été de bien des enregistrements des opéras français que nous devons à <strong>Michel Plasson</strong> à la tête de l’orchestre du Capitole et que sur cette scène, il a figuré, entre autres, Don Quichotte en 1992, le Hollandais en 1993 et Scarpia en 1994. Tout cela longtemps après avoir gagné le grand prix du Concours de Toulouse, c’était en 1961.<br />
L’autre hommage c’est cette reprise d’une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-de-lammermoor-toulouse-reprise-robuste/">production de 1998</a> que nous devons à <strong>Nicolas Joel</strong>, du temps où il était à la tête de la maison (de 1990 à 2009). Production intemporelle, autant dire éternelle, avec une fidélité au texte qui va laisser aux protagonistes seuls le soin de dire le drame. Des changements de décors à chaque tableau, nous sommes bien dans la région des Lowlands écossais vers 1580, des costumes qui nous plongent eux aussi dans la fin du XVIe siècle, la reprise de la mise en scène par <strong>Stephen Taylor</strong> est fidèle, même si la conduite d’acteurs est minimaliste. A noter, sans doute la seule entorse – bienvenue – aux didascalies, le plateau entièrement vide qui accueille la première partie de la scène de la folie et qui plonge Lucia dans l’immensité de son trouble et de son errance.<br />
Même si l’on aime les transpositions lorsqu’elles sont pertinentes (et certaines  nous sont restées en mémoire comme celle d’Amélie Niermeyer à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lamermoor-hambourg-lucia-cest-adele/">Hambourg en 2021</a>) , force est de constater que le <em>bel canto</em> se goûte fort bien quand tout s’aligne pour lui laisser la place. C’est le cas donc ce soir avec une représentation qui fait la part plus que belle au beau chant grâce entre autre à une distribution qu’on osera qualifier de superlative.<br />
Mais pour que le chant s’épanouisse et puisse se goûter, pour que donc tout concourt à lui laisser la première place (c’est cela finalement le <em>bel canto</em>, la préséance du chant), il faut aussi un orchestre au service. Comme souvent à Toulouse, chance est donnée à un nouveau chef de venir diriger une phalange qui n’en finit pas de séduire. <strong>Fabrizio Maria Carminati</strong> est, avec <em>Lucia</em>, dans sa pleine zone de confort. Premier chef invité au Teatro Giuseppe Verdi de Trieste, après l’avoir été à Marseille, il œuvre actuellement en tant que directeur artistique du Teatro Massimo Bellini de Catane et sa réputation de spécialiste du <em>bel canto</em> italien n’est plus à faire.<br />
Sa direction est large ce soir, souvent d’une immense amplitude, les tempi sont retenus, la puissance l’est aussi quand il faudra permettre aux aigus filés de Lucia de passer la rampe. Rarement nous aurons senti une telle attention, de tous les instants, à ce qui se passe sur scène. A peine aurait-on pu souhaiter un rythme un peu plus allant dans le duo des amants au I (« Sulla tomba ») ; plus allant, ou en fait plus passionné : on ressentait la retenue des chanteurs dans ce qui est pourtant l’unique moment extatique de l’œuvre. Pupitres impeccables, on ne va pas les citer tous mais il est difficile de passer les cors sous silence (depuis le premier accord du prélude parfaitement étouffé, jusqu’à la scène finale où ils meurent avec Edgardo), difficile aussi de ne pas évoquer le violoncelle solo dans cette même scène conclusive, la harpe pour l’entrée de Lucia au I et bien sûr la flûte, judicieusement placée à l’extrême gauche de la fosse pour permettre la synchronisation dans l&rsquo;ensemble réussie avec Lucia dans la scène de la folie. Chœurs d’hommes et de femmes en belle forme.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_3932-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Plateau vocal de tout premier plan dominé par une <strong>Jessica Pratt</strong> confondante d’assurance. Elle entre sans autre forme de procès dans le vif (« Regnava nel silenzio » et puis le terrible « Quando rapita in estasi ») d’une partition tordue de chausse-trappes. Place d’emblée des <em>pianissimi </em>tombés du ciel, alterne avec le <em>forte</em> jaillissant de nulle part et exhibe un médium chevillé au corps. Les fleurs qui lui sont lancées au baisser de rideau venaient des mille et un cœurs qu’elle a fait chavirer.<br />
Elle reconstitue ce soir le duo avec <strong>Pene Pati</strong> (ils l’avaient inauguré en 2022 à Naples). Le rôle d’Edgardo (<a href="https://www.forumopera.com/pene-pati-mon-objectif-cest-de-toucher-lauditeur-emotionnellement/">même s’il  n’est pas le personnage auquel il s’identifierait volontiers</a>) lui permet de décliner toute la palette ensoleillée de sa voix. Un médium très large et fourni, des aigus plus assurés dans le <em>fortissimo </em>que dans le <em>piano</em>, mais surtout cette chaleur incandescente qui irradie jusqu’aux rangs du paradis. <strong>Lionel Lhote</strong> est un grand Enrico ; il est un personnage clé du premier acte et ne se loupe pas dans les difficultueux « Cruda, funesta smania » puis « La pietade in suo favore » qu’il maîtrise avec une crâne autorité. <strong>Michele Pertusi</strong> reçoit une ovation méritée du public : il campe un Raimondo finalement dévasté par le sort de Lucia et d’Edgardo. <strong>Valentin Thill</strong>, ancien élève de José van Dam, se sort bien de sa courte partition d’Arturo, <strong>Fabien Hyon</strong> est un Normanno démoniaque à souhait et <strong>Irina Sherazadishvili</strong> une Alisa qui tient toute sa place.<br />
Soirée dédicace digne des dédicataires.</p>
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		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Verdi a eu la coquetterie de prodiguer toute la science dont il est capable quand il le veut, ses subtilités harmoniques, ses trois finales impeccablement développés, sa fugue impeccable tout en éclatant de rire pour la conclusion joyeusement sceptique. » Ces lignes de Lucien Rebatet n&#8217;ont pas pris une ride, et elles résument la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Verdi a eu la coquetterie de prodiguer toute la science dont il est capable quand il le veut, ses subtilités harmoniques, ses trois finales impeccablement développés, sa fugue impeccable tout en éclatant de rire pour la conclusion joyeusement sceptique. » Ces lignes de Lucien Rebatet n&rsquo;ont pas pris une ride, et elles résument la quadrature du cercle qui attend l&rsquo;équipe en charge de mettre en scène <em>Falstaff</em> : unir le comique le plus débridé à une musique d&rsquo;une richesse qui fait penser à de la dentelle vocale et orchestrale. Trop souvent, les interprètes sacrifient l&rsquo;un au profit de l&rsquo;autre. On rit, mais en négligeant les trésors déversés à pleines mains par le vieux maestro, ou on adopte un ton d&rsquo;oratorio bien malvenu, de façon à permettre aux chanteurs et à l&rsquo;orchestre de se tirer des pièges de l&rsquo;écriture. Mais, pour l&rsquo;ouverture de la saison de La Monnaie, <strong>Laurent Pelly</strong> et <strong>Alain Altinoglu</strong> ont travaillé main dans la main pour équilibrer la balance de l&rsquo;œuvre, et parvenir à une réussite éclatante. Leur secret ? Ne plus voir l&rsquo;humour et la musique comme deux notions séparées, mais réaliser que le rire est DANS la partition même, qui va donc dicter tous les choix visuels.</p>
<p>Les premières mesures, célébrissimes, nous donnent à entendre un vrombissement mêlé de vivacité, comme si les instruments s&rsquo;amusaient d&rsquo;être trop à l&rsquo;étroit dans la fosse d&rsquo;orchestre, et le rideau se lève sur une taverne stylisée, ridiculement petite, où Falstaff et le docteur Caïus s&rsquo;engueulent à qui mieux mieux sans trop y croire. Les crépitements vocaux qui suivent trouvent un écho dans un jeu de scène déjanté, avec d&rsquo;impayables morceaux de danse, comme si la scène était créée par ce qui émane de la fosse. Idem pour la deuxième scène, chez Ford et Alice, où le pépillement des bois accompagne l&rsquo;apparition d&rsquo;un intérieur à la fois bourgeois, fou et coloré, avec des escaliers qui ne mènent nulle part, comme dans un dessin de Escher. Les personnages bondissent, miment, courent, les rires fusent dans la salle, et les deux premiers actes ne connaissent aucun temps mort. Les moments de réflexion, où l&rsquo;action est suspendue, se déroulent dans un décor soudain devenu entièrement obscur ou subtilement modifié par les éclairages de <strong>Joël Adam</strong>. Au troisième acte, si différent des précédents, changement complet, avec un monde de féérie, de brouillard, des arbres tirés d&rsquo;un tableau de Magritte, des elfes et des voiles, avant que le comique ne reprenne ses droits avec l&rsquo;apparition hilarante de Falstaff, qu&rsquo;on se gardera de spoiler. Tout est réglé de main de maître, avec des équilibres millimétrés, et une compréhension intime de ce qu&rsquo;est le théâtre en musique. Plus qu&rsquo;un dialogue entre la fosse et la scène, c&rsquo;est à une fécondation du théâtre par la musique que l&rsquo;on assiste en direct.</p>
<p>Alain Altinoglu est comme enivré des mille possibilités que Verdi offre à l&rsquo;orchestre. Mais le rythme trépidant qu&rsquo;il impose à chacun n&#8217;empêche pas de goûter des alliages instrumentaux d&rsquo;une saveur inédite. On entend vraiment les dialogues de la contrebasse avec le piccolo, les solos suraigus du violoncelle, ou toutes les autres trouvailles d&rsquo;un maestro de 80 ans qui est passé du « zim-boum » des œuvres de la décennie 1840 à une maîtrise instrumentale stupéfiante. <strong>L&rsquo;orchestre symphonique de La Monnaie</strong> est galvanisé, et s&rsquo;ouvre ou se referme comme un éventail, dans une disponibilité fascinante. Les <strong>choeurs de La Monnaie</strong> n&rsquo;ont pas grand chose à chanter, mais ils le font avec une précision sans faille. Et la fugue finale, si périlleuse, est un festival de joies vocales.</p>
<p>On ne dira jamais assez à quel point <em>Falstaff</em> est un opéra de troupe, une musique et une pièce du collectif, où l&rsquo;esprit d&rsquo;équipe est pierre angulaire, comme le souligne le chef dans une passionnante introduction jointe au programme. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en s&rsquo;oubliant en tant qu&rsquo;individu que le chanteur pourra rendre justice à l&rsquo;opéra, et la quasi-totalité de la partition est constituée d&rsquo;échanges. L&rsquo;esprit de groupe est-il là ? Oui, mille fois oui, à tous les points de vue, dans l&rsquo;oblation de soi que chacun apporte, renonçant à briller individuellement pour mettre en valeur ses partenaires, mais aussi dans la circulation de l&rsquo;énergie d&rsquo;un protagoniste à l&rsquo;autre, chacun semblant passer à autrui la flamme qu&rsquo;il vient de recevoir. Il n&rsquo;y a donc pas grand sens à détailler trop les prestations individuelles. Mais comment résister devant les graves opulents de la Mrs Quickly campée par une plantureuse <strong>Daniela Barcellona</strong> ? Comment faire silence devant l&rsquo;art consommé de <strong>Lionel Lhote</strong>, qui tutoye désormais les plus grands, dont le Ford équilibre parfaitement noblesse du chant et petitesse du mari jaloux ? Comment ne pas fondre devant le couple d&rsquo;amoureux formé par <strong>Bogdan Volkov</strong> et <strong>Benedetta Torre,</strong> campés au sommet de leurs tessitures respectives et des décors, comme ravis vers le ciel ? Tous les autres rôles sont à leur place, dans une compréhension parfaite de la mécanique de la pièce, et visiblement ravis de s&rsquo;amuser autant.</p>
<p>Quant à <strong>Simon Keenlyside</strong>, il est permis de regretter que sa voix ait un peu perdu de cette fêlure, de cet émail légèrement ébreché, qui la rendait immédiatement reconnaissable. Mais s&rsquo;il a moins à offrir en terme de personnalité vocale, il n&rsquo;a rien lâché en termes de maîtrise et d&rsquo;endurance, et le style est toujours aussi châtié. C&rsquo;est donc logiquement qu&rsquo;il nous offre un « pancione » touchant davantage que grotesque, qui nous ferait presque croire qu&rsquo;il a vraiment été irrésistible à l&rsquo;époque où il était page du Duc de Norfolk. Même aux moments les plus désopilants, la rigueur ne perd pas ses droits, et le baryton parvient à rappeler tout ce que l&rsquo;écriture de Verdi doit au bel canto.</p>
<p>Un public debout fait un accueil triomphal à toute l&rsquo;équipe artistique au moment du rideau final. La saison de La Monnaie commence en force.</p>
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		<title>Julien Dran, un nouveau Faust dans la cour des grands</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/julien-dran-un-nouveau-faust-dans-la-cour-des-grands/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jun 2025 10:30:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Abondance de Faust ne nuit pas. Heureux les Parisiens qui après Benjamin Bernheim et Pene Pati disposent actuellement sur la scène de l’Opéra Comique d’un titulaire du rôle gounod-goethéen de haute volée. Après un premier acte un peu raide (mais dicté peut-être par le contexte dramatique*), Julien Dran se libère pour délivrer un chant stylé, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Abondance de Faust ne nuit pas. Heureux les Parisiens qui après Benjamin Bernheim et Pene Pati disposent actuellement sur la scène de l’Opéra Comique d’un titulaire du rôle gounod-goethéen de haute volée. Après un premier acte un peu raide (mais dicté peut-être par le contexte dramatique*), <strong>Julien Dran</strong> se libère pour délivrer un chant stylé, qui n’est pas sans évoquer les (bons) ténors d’autrefois. Timbre franc, diction exemplaire, usage à bon escient de la voix mixte et de poitrine et engagement scénique s’imbriquent pour composer un Faust comme on les aime, noble sans affectation, raffiné sans mièvrerie, expressif sans excès, fidèle à l’esprit du rôle autant qu’à sa lettre musicale. Ses partenaires ne lui cèdent en rien –truculent Méphisto de <strong>Jérôme Boutillier</strong>, fragile puis déchirante Marguerite de <strong>Vannina Santoni</strong>, Valentin héroïque de <strong>Lionel Lhote</strong>. Dans la version originale de l’opéra de Gounod où textes parlé et chanté alternent – une gageure pour les chanteurs –, quelques grands tubes de la partition cèdent leur place d&rsquo;autres numéros, non dénués d’intérêt – dont la cabalette de Faust, que Julien Dran, décidément dans une forme olympique, couronne d’un contre-ut d’une dizaine de secondes (voir ci-dessous). Le tout dirigé d’une baguette superlative par <strong>Louis Langrée</strong> dans une mise en scène de <strong>Denis Podalydès</strong> distinguée par le prix Claude Rostand du Syndicat de la Critique musicale. Encore quatre dates jusqu’au 1<sup>er</sup> juillet ; si vous n’avez pas votre billet, rien n’est perdu mais il faut se dépêcher.</p>
<pre>* Faust, âgé, s’interroge sur le sens de la vie, avant de conclure avec Méphistophélès un pacte qui lui rendra la jeunesse</pre>


<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/reel/DKxKv7QoUKr/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/reel/DKxKv7QoUKr/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; 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		<title>GOUNOD, Faust (Version de 1859) &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-version-de-1859-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Beaucoup d’œuvres du grand répertoire ont connu plusieurs versions, élaborées au gré de leur succès, des reprises successives, des exigences (ou des limites) des chanteurs, des remords de leur compositeur ou des contraintes de modes. Les puristes l’oublient en général, lorsqu’ils s’effraient de ne pas retrouver à la scène la version qu’ils se sont imposée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup d’œuvres du grand répertoire ont connu plusieurs versions, élaborées au gré de leur succès, des reprises successives, des exigences (ou des limites) des chanteurs, des remords de leur compositeur ou des contraintes de modes. Les puristes l’oublient en général, lorsqu’ils s’effraient de ne pas retrouver à la scène la version qu’ils se sont imposée à eux même par la pratique trop assidue d’une version unique au disque. Réjouissons-nous qu’une version largement oubliée de <em>Faust</em>, mais parfaitement légitime, c’est celle de la création de l’œuvre, vienne bousculer un peu nos habitudes d’écoute et apporter une lumière nouvelle sur une œuvre décidément bien riche.</p>
<p>A l’origine de ce travail d’archéologie musicologique figure une étude du Palazzetto Bru-Zane, le centre vénitien, et une publication des éditions Bärenreiter visant à retrouver la version initiale de l’œuvre, telle qu’elle fut créée au Théâtre Lyrique à Paris le 19 mars 1859.</p>
<p>Première surprise, pour qui ne s’est jamais penché sur ces questions, <em>Faust</em> se présente sous la forme d’un opéra-comique, avec des dialogues parlés en lieu et place des récitatifs avec lesquels l’œuvre a connu ensuite la postérité. L’idée un peu figée qu’il existerait deux catégories hermétiques dans le genre opéra, le grand-opéra et l’opéra-comique, l’une un peu moins noble que l’autre, plus proche du théâtre parlé, traitant de sujets plus futiles, se trouve ici remise en cause. On rappellera que le même chemin d’un genre à l’autre fut parcouru aussi par <em>Carmen</em> lorsque l’œuvre fut touchée par une popularité accrue. Sous cette forme, <em>Faust</em> se découpe en un prologue et quatre actes, au lieu de la forme traditionnelle en cinq actes que Gounod adoptera pour lui par la suite.</p>
<p>Certaines parties particulièrement populaires de l’œuvre ne figurent donc pas dans cette version : l’air initial de Valentin « Avant de quitter ces lieux » ajouté plus tard et que Gounod refusa toujours d’intégrer dans la partition finale, ou le célébrissime air du <em>Veau d’or</em>, ajout postérieur également. On n’y retrouve pas non plus le chœur emblématique « Gloire immortelle de nos aïeux », autre page pourtant considérée aujourd’hui comme incontournable. Beaucoup d’autres détails diffèrent également, parfois riches de sens pour qui veut analyser la partition par le menu. Au total, la version présentée ici est particulièrement cohérente, resserrée, pleine d’humour en tout cas dans sa première partie (c’est une autre découverte), dramatiquement très bien construite et aussi délicieusement datée – il faut en prendre son parti.</p>
<p>C’est ce que fait, avec un courage assumé, la mise en scène de <strong>Denis Podalydès</strong>, en grand amoureux du XIXe siècle, sans chercher à gommer les éléments les plus obsolètes, comme la très grande place de la religion, la position soumise des femmes ou la glorification de la guerre. Abordant le texte sans idée préconçue, il recherche la vérité de l’œuvre – ou plutôt une vérité de l’œuvre –  dans l’œuvre elle-même, sans puiser dans l’idéologie d’aujourd’hui pour juger celle d’hier. Cette démarche-là est assez rafraîchissante, instructive, et laisse le spectateur tirer lui-même des faits exposés les conclusions qui lui conviennent, sans se laisser dicter sa pensée. En grands professionnels du théâtre qu’il sont, Denis Podalydès à la mise en scène et <strong>Eric Ruff</strong> à la scénographie se mettent au service du texte pour en dévoiler un des sens profond, le combat intérieur entre sensualité et spiritualité, cette dernière largement aspergée d’eau bénite et penchant ici dangereusement vers la bondieuserie.</p>
<p>Au fil de la narration, chaque personnage est travaillé, caractérisé au départ des éléments du livret, ce qui aboutit à une très grande lisibilité du parcours dramatique et une forte cohérence du propos.</p>
<p>Le même travail de lisibilité et d’analyse a aussi été mené dans la fosse, où <strong>Louis Langrée</strong>, entraînant ses troupes avec compétence, rigueur et passion, rend perceptibles les différents plans sonores, souligne les rappels thématiques, déploie la ligne mélodique et révèle ainsi la puissance lyrique de la partition de Gounod et ses immenses qualités orchestrales dont il révèle la limpidité.</p>
<p>Il est aidé par une distribution de grande qualité, et largement dominée par <strong>Julien Dran</strong> dans le rôle titre. Rarement on aura entendu un Faust aussi énergique, débordant d’ardeur juvénile et de séduction spontanée. La voix est à la fois puissante et souple, parfaitement timbrée, avec des aigus d’une déconcertante facilité et d’une brillance remarquable, emportant tous les suffrages. La diction française est impeccable, on comprend chaque mot, les voyelles ne sont pas dénaturées et le discours chanté semble aussi naturel que les dialogues. Le Méphistophélès de <strong>Jérôme Boutillier</strong> déborde lui aussi d’énergie et de malice, sans noirceur excessive dans la définition du personnage mais avec beaucoup de caractère dans la voix et une grande aisance scénique. Un peu moins satisfaisante, <strong>Vannina Santoni</strong> dans le rôle de Margueritte n’était pas au meilleur de sa forme vocale. Telle qu’entendue lundi la voix manque de velouté, le timbre parait un peu métallique et les aigus sont poussés presque jusqu’au cri ; c’est parfois efficace, mais pas toujours agréable.</p>
<p>Privé de son air le plus célèbre, <strong>Lionel Lhote</strong> livre néanmoins une très belle prestation en Valentin, même si le rôle, dans cette version-ci, semble un peu affadi. Sa voix puissante, idéale pour les chansons à boire ou les fanfaronnades militaires, trouve ici un emploi très adéquat. Son complice <strong>Anas Séguin</strong> fait une intervention parfaite dans le petit rôle de Wagner. La voix est très chaude, le timbre riche est plein de couleurs et la diction impeccable. Dans le rôle de Siebel, <strong>Juliette Mey</strong> de démérite pas, la voix est agréable et bien timbrée, mais la prestation manque un peu de caractère et de personnalité – le rôle n&rsquo;est pas facile à défendre. Enfin <strong>Marie Lenormand</strong> donne beaucoup de relief au rôle un peu ingrat de Dame Marthe, poussé ici jusqu’à la caricature.</p>
<p>Les chœurs aussi sont excellents, précis et disciplinés, et très bien mis en valeur par la mise en scène, c’est assez rare pour être souligné.</p>
<p>Les spectateurs lors de la première saluèrent de longs applaudissements cette grande réussite à la fois lyrique et théâtrale. Une belle promesse pour l’Opéra-Comique de Paris, où le spectacle sera repris dès le 21 juin prochain.</p>
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		<title>DONIZETTI, La Fille du Régiment &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des spectacles dont la longévité surprend – pas à cause d’un manque de qualité, mais précisément parce que ces qualités nous semblaient trop spécifiques, trop reliées aux équipes en place lors des premières représentations, pour passer sans dommage l’épreuve du temps. Ainsi cette Fille du Régiment mise en scène par Laurent Pelly. Le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des spectacles dont la longévité surprend – pas à cause d’un manque de qualité, mais précisément parce que ces qualités nous semblaient trop spécifiques, trop reliées aux équipes en place lors des premières représentations, pour passer sans dommage l’épreuve du temps. Ainsi cette <em>Fille du Régiment </em>mise en scène par <strong>Laurent Pelly.</strong> Le triomphe de la création londonienne en 2007, puis les reprises à Vienne et à New-York au cours des mois suivants, ont installé aux quatre coins du monde lyrique ce Donizetti habillé en Offenbach, burlesque et exubérant. Mais il semblait difficile d’extraire de cette production son couple star, l’élégance un peu réservée de Juan Diego Flórez trouvant en une Natalie Dessay aux faux airs de Fifi Brindacier une réplique parfaitement complémentaire. Ajoutez à cela quelques <em>guests</em> prestigieux (Montserrat Caballé, Kiri Te Kanawa ou l’humoriste Dawn French se succédant en Duchesse de Crakentorp), et vous obteniez des équipes de rêve, difficiles à remplacer.</p>
<p>Pourtant, alors que ce spectacle fêtera bientôt ses vingt ans, il tourne toujours : Vienne l’a rejoué lors de la saison 2022-2023, la Scala de Milan le reprendra dans un an, et Paris programme, ces jours-ci, une série de représentations dont la première s’est conclue sous les bravos d’une salle enthousiaste. Les gags imaginés par Laurent Pelly n’ont pas tous bien vieilli, et certains coups de jeune donnés aux dialogues parlés ont un peu pris la poussière. Mais, miracle, après toutes ces années, cette <em>Fille du Régiment </em>garde son rythme, dans ce décor de cartes d’état-major qui laisse assez d’espace pour une direction d’acteurs au cordeau, prompte à transformer chaque air de bravoure en morceau de comédie musicale, avec chorégraphie obligée.</p>
<p>Si cela fonctionne toujours autant, c’est aussi grâce à un renouvellement judicieux des distributions, qui a vu les remplaçants devenir, progressivement, de nouveaux titulaires. <strong>Julie Fuchs</strong> comme <strong>Lawrence Brownlee</strong> connaissent tous deux très bien le spectacle. Elle, magnifique de présence scénique, se montre à l’aise en grande fille volontaire, dont l’exubérance cache mal la sensibilité à fleur de peau. Si le vibrato, ce soir, sonne un peu large, la ductilité du timbre et la facilité des aigus emportent la mise dans le « show » de « Salut à la France ! » comme dans l’émotion contenue d’« Il faut partir ». Lui, attachant en bon garçon naïf, franchit, comme on pouvait s’y attendre, l’épreuve des neuf contre-uts de « Pour mon âme… » en technicien et en styliste, rompu aux subtilités du bel canto. Mais dans un espace comme l’Opéra Bastille, ces subtilités ont du mal à passer la rampe, et contraignent le ténor américain à une sorte de <em>mezzo-forte </em>permanent, où nuances et couleurs deviennent secondaires. A côté de l’excellent Sulpice de <strong>Lionel Lhote</strong>, on retrouve avec plaisir de hautes et familières silhouettes&nbsp;: celle de <strong>Susan Graham</strong>, percutante et sensible Marquise de Berkenfield, celle de <strong>Felicity Lott</strong> (pour les amateurs d’archives, notez que ses débuts à l’Opéra de Paris datent de 1981&nbsp;!), toujours irrésistible sur scène, même quand son apparition se résume à quelques dialogues, amputés du «&nbsp;‘g Schätzli&nbsp;» suisse qu’elle chantait <em>in loco </em>en 2012.</p>
<p>Les chœurs, en grande forme ce soir, et l’orchestre, sensiblement plus nonchalant, ne peuvent éviter quelques décalages ; il faut dire que la battue d’<strong>Evelino Pido</strong>, souvent mécanique, n’était pas de nature à leur inspirer grand-chose. Au fil des représentations, l’énergie qui se déploie sur scène contaminera peut-être la fosse.</p>
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		<title>Camille ERLANGER, La Sorcière</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/camille-erlanger-la-sorciere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une découverte, sinon une révélation ! La réapparition d’un compositeur, Camille Erlanger, qui n’est qu’un nom, parcimonieusement et rarement cité, et d’un opéra, La Sorcière, jamais redonné depuis sa création. Portée à bout de bras par Guillaume Tourniaire, maître d’œuvre d’une version de concert donnée au Victoria Hall de Genève le 12 décembre 2023, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une découverte, sinon une révélation ! La réapparition d’un compositeur, Camille Erlanger, qui n’est qu’un nom, parcimonieusement et rarement cité, et d’un opéra, <em>La Sorcière</em>, jamais redonné depuis sa création. <br />Portée à bout de bras par <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, maître d’œuvre d’une version de concert donnée au Victoria Hall de Genève le 12 décembre 2023, avec un <em>cast</em> de solistes aussi solide que nombreux (24 rôles), ainsi que l’Orchestre et le Chœur de la Haute Ecole de Musique de Genève.</p>
<p>Avec ces trois disques, enregistrés <em>live,</em> insérés dans un livre copieux, Tourniaire semble d’ailleurs en passe de devenir une manière de spécialiste d’Erlanger, dont le même automne 2023 il dirigeait <em>L’Aube rouge</em> au Wexford Festival Opera (WFO), où l’on entendait déjà <strong>Andreea Soare</strong>, interprète ici d’un rôle-titre plutôt exigeant. La vidéo en reste disponible en streaming. Rappelons qu’il y a quelques années, dans une démarche similaire, Tourniaire avait déjà ressuscité<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ascanio-honneur-aux-maitres-ciseleurs/"> <em>Ascanio</em> de Saint-Saëns</a>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="559" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.25.20-1024x559.png" alt="" class="wp-image-173956"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andreea Soare, Guillaume Tourniaire © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p><em>La Sorcière</em> a été créé en 1912 à l’Opéra-Comique, dans des décors de Lucien Jusseaume (qui avait dessiné ceux de Pelléas), avec une distribution de premier ordre sous la baguette de François Ruhlmann : Marthe Chenal (l’une des grandes Tosca du moment) dans le rôle de Zoraya la sorcière, Léon Beyle (titulaire-maison de tous les grands rôles de ténor) dans celui d’Enrique, Jean Périer (le créateur de Pelléas) en cardinal Ximénés, avec la débutante Ninon Vallin en Manuela.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1913_janvier_337_marthe_chenal-Copie.jpg-759x1024.jpg" alt="" class="wp-image-173955"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marthe Chenal dans la Sorcière</sub></figcaption></figure>


<p>Le livret reprend une pièce de Victorien Sardou (1903), conçue pour Sarah Bernhardt (comme Cléopâtre, Fedora<em>, Theodora</em>, <em>Tosca</em>, qu’il écrivit aussi pour elle). Il répond aux attentes du public de l’Opéra-Comique. André Sardou, fils de Victorien, se charge de l’adaptation et combine, selon des recettes éprouvées, l’exotique, le pittoresque, et les scènes obligées, duos amoureux, procès, bûcher. <em>Le Trouvère</em> ou <em>Carmen</em> ne fonctionnaient pas autrement.</p>
<h4><strong>Deux ou trois choses sur Camille Erlanger, pour mémoire…</strong></h4>
<p>Soit goût personnel, soit adaptation au style de la maison, Camille Erlanger cultive avec constance la veine pittoresco-dépaysante. Élève en composition de Léo Delibes au Conservatoire, il remporte le premier grand prix de Rome en 1888, devançant Paul Dukas, avec sa cantate <em>Velléda</em>. On sait peu de choses de sa vie personnelle, sinon que, né d’une famille de commerçants juifs (et l’Action Française s’en souviendra pour dire beaucoup de mal de sa musique), il épouse Irène Hillel-Manoach, allié à la famille Camondo (ils ont un fils, Philippe Erlanger (1903-1989), futur auteur de biographies à succès).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="771" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Erlanger-par-Capiello-3-1024x771.jpeg" alt="" class="wp-image-173966"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Erlanger (à gauche) avec Catulle Mendès, par Capiello</sub></figcaption></figure>


<p>La notoriété lui vient avec <em>Saint-Julien l’hospitalier</em>, légende dramatique d’après Flaubert. Une suite symphonique, <em>La Chasse fantastique</em>, en est tirée en 1894. Donnée en concert lors d’un festival Berlioz, elle sera tancée vertement par un de nos excellents collègues («&nbsp;musique exaltée, démonstrative, mais qui sent l’artifice&nbsp;»)… <br>Ce sera la seule mention dans les pages de <em>ForumOpera</em> d’une de ses œuvres. Son nom sera parfois cité, parmi ceux de Xavier Leroux (soit dit en passant auteur de la musique de scène pour la pièce de Sardou au théâtre Sarah-Bernhardt), Georges Hüe, Henry Février, ou ceux, moins délaissés par la postérité, de Gustave Charpentier ou Alfred Bruneau, tous grands fournisseurs de l’Opéra-Comique et parfois du Palais Garnier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="765" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Scene-de-La-Sorciere-Erlanger-acte-I-1024x765.jpg" alt="" class="wp-image-173967"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Décor du 1er acte à la création par Jusseaume</sub></figcaption></figure>


<p>À la salle Favart Erlanger donne <em>Kermaria</em> (1897), drame breton, <em>Aphrodite</em> (1906) d’après Pierre Louÿs (thème émoustillant et succès public), <em>Le Juif polonais</em> (1900), d’après Erckmann-Chatrian, sa plus durable réussite, épisodiquement reprise jusque dans les années trente). <br><em>Le Fils de l’Etoile</em> (1904), sur un livret de Catulle Mendès, a les honneurs de Garnier. Cette fresque «&nbsp;d’un goût épico-wagnérien&nbsp;» (dixit Jacques Tchamkerten, dans le livret du présent album) évoque un soulèvement des Hébreux contre l’empereur Hadrien. Un <em>Bacchus triomphant</em>, créé à Bordeaux en 1909, célèbre la vigne et le vin. <em>L’Aube rouge</em> (Rouen, 1911) met en scène les milieux nihilistes russes. <em>Hannele</em>, d’après Gerhardt Hauptmann, terminé en 1913, ne pourra être créé (un auteur allemand, ce n’est pas le moment) et devra attendre Strasbourg en 1950.</p>
<h4><strong>Un travail d’édition aussi exemplaire que l’interprétation</strong></h4>
<p>Faut-!l le dire, le livret de cette <em>Sorcière</em> est d’un intérêt assez mince… Tout l’intérêt réside dans le traitement qu’en fait Erlanger. Évidemment anachronique, si l’on songe à <em>Pelléas</em> (1902), mais en somme proche des véristes italiens (certains critiques évoqueront Puccini, et sous leur plume ce ne sera pas un compliment).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="508" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.28.07-1024x508.png" alt="" class="wp-image-173958"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andreea Soare, Guillaume Tourniaire, Carine Séchaye © C. Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>La scène est à Tolède en 1507. Don Enrique Palacios, capitaine des archers, doit arrêter la Mauresque Zoraya, coupable d’avoir enlevé le corps du Maure Kalem (lapidé pour avoir aimé une chrétienne). Elle l’embobine si bien qu’il tombe bien sûr amoureux d’elle. «&nbsp;Je donnerai des heures d’ivresse à celui qui bravera les flammes du bûcher pour celles que le soleil d’Afrique a coulées dans mes veines…», dit-elle dans un envol (?) lyrique. «&nbsp;Ce sera moi !&nbsp;» répond-il.</p>
<h4><strong>La version Erlanger du leitmotiv</strong></h4>
<p>Si le tutti orchestral du début semblera passablement tintamarresque (ce penchant aux débordements sonores sera tenu à grief par les détracteurs d’Erlanger), la scène d’ensemble à multiples personnages qui suit offrira à Tourniaire – dont le commentaire musical est l’un des grands attraits de cette édition (un travail exemplaire) –&nbsp;prétexte à débusquer un des traits de la manière d’Erlanger : son usage de « sujets musicaux », ses leitmotivs en somme. D’abord celui de l’accusation (une gamme chromatique descendante), puis celui de l’oppression (des triolets d’accords violents).</p>
<p>Puis tout s’apaisera et on entendra celui de Zoraya, apparaissant dans un rayon de lune en <em>ré</em> majeur, une flûte puis le violon solo déroulant son thème sur des arpèges de harpe.<br>Insensiblement viendra ensuite un frémissement des cordes, voluptueux comme du Massenet, induisant le motif du désir, aux harmonies fondantes, pour ne pas dire sucrées…. «&nbsp;Elle est belle&nbsp;», chantera alors Enrique, désormais captif.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="498" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.26.00-1024x498.png" alt="" class="wp-image-173957"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Guillaume Tourniaire, Jean-François Borras, Joe Bertili, Maxence Billemaz © C.Parodi</sup></figcaption></figure>


<p>Page charmeuse en effet, que ce premier duo, où <strong>Andreea Soare</strong> se joue des intervalles redoutables qu’Erlanger avait écrits pour Marthe Chenal. La barcarolle orientalisante («&nbsp;Dans ma demeure…&nbsp;») où elle évoque, dans une phrase aux lignes et aux modulations insinuantes, les herbes magiques dont elle connaît les secrets, amènera le thème de l’amour interdit avec son intervalle de neuvième mineure, ondulant sur un rythme de boléro.</p>
<h4><strong>Un couple idéal</strong></h4>
<p>C’est selon nous le deuxième acte qui contiendra les plus beaux moments. Un prélude «&nbsp;atmosphérique&nbsp;», aux sinuosités orientalisantes (on pense à <em>Antar</em> de Rimsky-Korsakov), des cloches au lointain, dignes du prélude du troisième acte de <em>Tosca</em>… Les talents de coloriste et d’orchestrateur d’Erlanger sont évidents, il joue des timbres (le cor anglais du thème du destin), d’harmonies changeantes, de mélodies qu’il n’étire jamais, de leitmotivs qu’il tuile subtilement, et d’un sensualisme très Art nouveau pour un duo des deux amants s’inscrivant dans la lignée de Gounod. <br>Sur les ondulations des cordes, le mariage est idéal entre les deux voix : le timbre chaud de <strong>Jean-François Borras</strong>, sa musicalité, ses phrasés de violoncelle et sa diction parfaite sont mis au service d’un rôle d’homme sensible, très original, fragile, introverti et celui d’Andreea Soare, aux mêmes couleurs fauves, se plie souplement lui aussi à l’écriture vocale singulière d’Erlanger : on a le sentiment qu’il écrit ici pour les voix comme il écrit pour les bois, en longues lignes fluides, sans effet, sinon l’exacerbation du désir qui monte irrésistiblement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="688" height="502" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.28.52.png" alt="" class="wp-image-173959"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eva Rubicek, Daria Novik, Andreea Soare © C. Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Changement de ton</strong></h4>
<p>Rebondissement parfaitement mélo, on apprendra bientôt que Enrique doit épouser (le jour même) la douce Joana, fille du gouverneur Padilla, l’ennemi juré des Maures….<br>Cette grosse ficelle nous vaudra un troisième acte avec l’incontournable scène de bal (et au passage un nouveau chœur brillamment écrit : après celui très syncopé des pauvres gens, celui des invités, à plusieurs voix aussi, sera d’une sensuelle élégance et mettra en valeur la qualité du <strong>Chœur de la HEM de Genève</strong>).</p>
<p>Mais surtout elle amènera un deuxième duo Zoraya-Enrique qui sollicitera toute la tessiture d’Andreea Soare, avec des sauts de notes considérables, dans une longue imprécation aux aigus exigeants, d’écriture très anguleuse. Puis le thème du désir, de retour, la conduira à une suave romance «&nbsp;avec un charme enveloppant et magique&nbsp;» (dixit Erlanger) : accords de treizième, harmonies capiteuses, on y entend toute l’originalité d’Erlanger et une inspiration qui dépasse le simple métier. Andreea Soare se prête avec brio aux exigences multiples du rôle (notamment ici à une note haute sans préparation, dont elle ne fait qu’une bouchée).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="788" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Scene-de-La-Sorciere-Erlanger-acte-IV-1024x788.jpg" alt="" class="wp-image-173968"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Décor de la scène du tribunal de l&rsquo;Inquisition (1912) par Jusseaume</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme un écho de Tosca</strong></h4>
<p>Tous les scénaristes américains vous le diront, rien de tel qu’une bonne scène de procès. Celle de l’acte IV sera particulièrement réussie. C’est Enrique qu’on juge. Il a trucidé d’un coup de dague l’envoyé du Saint-Office qui venait arrêter la sorcière.</p>
<p>Si le prélude en renoue avec les tonitruances du tout début et avec le thème de l’Inquisition, très vite le duo de barytons entre Padilla (rôle très court luxueusement distribué à <strong>Alexandre Duhamel</strong> et le cardinal Ximénès (<strong>Lionel Lhote</strong>, impressionnant) introduit une scène redoutablement efficace, éclairée par une extravagance : le témoignage d’Afrida, une sorcière un peu allumée, prétexte à un numéro de possession assez foutraque, émaillé de rires hystériques où <strong>Marie-Eve Munger</strong> peut délirer tout son saoul dans un brillant numéro «&nbsp;à effets&nbsp;». <br>Autre sorcière convoquée, Manuela (<strong>Sofie Garcia</strong>) accablera aussi Zoraya dans un monologue évoquant étonnamment l’air de Liu dans <em>Turandot</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="874" height="535" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.31.44.png" alt="" class="wp-image-173962"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marie-Eve Munger © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>D’ailleurs c’est immanquablement au deuxième acte de <em>Tosca</em> que fera penser l’interrogatoire de Zoraya par un Ximénès ressemblant furieusement, y compris vocalement, à Scarpia. La violence de la scène se résoudra dans le lamento de Zoraya, «&nbsp;Toutes les douleurs de la défaite&nbsp;», qui est en somme son «&nbsp;Vissi d’arte&nbsp;». <br>Nouvel exemple de la puissance d’inspiration d’Erlanger, et de son âpreté parfois. Moment désolé, aux dissonances parfois grinçantes, où la voix s’entrelace au hautbois et au cor anglais, et culmine dans des imprécations (« Ici est l’Enfer ») où Andreea Soare est impressionnante d’engagement et d’intensité. Après un ultime thème d’amour au hautbois, Lionel Lhote lancera un monumental et glaçant « Nous la brûlerons après Vêpres ! »</p>
<p>La courte scène finale, celle du bûcher, s’éclairera encore d’une prière de Jean-François Borras décidément magnifique dans une de ces mélodies un peu hirsutes qu’ose Erlanger et d’un ultime monologue douloureux de Zoraya. Mais entre le <em>Dies Irae</em> de l’orchestre, l’intervention terrassante de l’orgue du Victoria Hall, l’éveil magique de Joana (<strong>Servane Brochard</strong>) que la sorcière avait plongée dans le sommeil, et l’empoisonnement des deux amants, Erlanger ne lésine pas sur les moyens…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="436" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.34.43-1024x436.png" alt="" class="wp-image-173964"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On l’a dit, <em>La Sorcière</em> n’a jamais été redonné à la scène. Un tel opéra pourrait-il l’être aujourd’hui, ce n’est pas sûr. Et sans doute, un enregistrement comme celui-ci effectué <em>live</em> avec l’adrénaline du <em>one shot</em> est-il le meilleur moyen de le ramener dans la lumière. D’autant que la prise de son, dans l’acoustique du Victoria Hall, malcommode aux effectifs pléthoriques, est excellente –&nbsp;les voix ne sont jamais couvertes, ce qui est méritoire dans cette configuration..<br>Surtout il est servi par un <em>cast</em> remarquable, jusqu’aux plus petits rôles, par un <strong>Orchestre de la HEM</strong> comme toujours excellent (homogénéité des cordes, beauté des vents –&nbsp;très sollicités par Erlanger), et surtout par la direction ardente, fluide et passionnée d’un Guillaume Tourniaire qui prend au sérieux cette musique.</p>
<p> Une musique dont Jacques Tchamkerten prophétise que notre époque saura peut-être lui trouver des qualités et une portée que les auditeurs de la Belle Epoque, qu’ils fussent enracinés dans la tradition Gounod-Massenet ou inscrits dans une modernité Debussy-Dukas, n’avaient pas été en mesure de discerner.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/camille-erlanger-la-sorciere/">Camille ERLANGER, La Sorcière</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jul 2024 08:52:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Madama Butterfly est un de ces opéras porté à bout de bras par le rôle-titre&#160;; les personnages qui gravitent autour de la célèbre geisha font figure de faire-valoir, guère plus. Bien sûr Pinkerton a un premier acte survitaminé, mais plus rien ensuite ou presque. Suzuki tourne sans cesse autour de Cio-Cio-San, mais c’est pour lui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Madama Butterfly</em> est un de ces opéras porté à bout de bras par le rôle-titre&nbsp;; les personnages qui gravitent autour de la célèbre geisha font figure de faire-valoir, guère plus. Bien sûr Pinkerton a un premier acte survitaminé, mais plus rien ensuite ou presque. Suzuki tourne sans cesse autour de Cio-Cio-San, mais c’est pour lui servir le thé. Les autres rôles, pour indispensables à l’action qu’ils soient, sont sans commune mesure. Il faut donc des bras solides pour porter un rôle harassant, des bras et une voix. <strong>Ermonela Jaho</strong>, dont c’était l’anniversaire à l’occasion de l’avant-dernière de <em>Madama Butterfly</em> au Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, n’a peut-être pas la stature physique d’un colosse mais possède avec sa voix l’arme absolue pour tout emporter sur son passage. Et c’est ce qu’elle fait à Aix où elle se produit pour la première fois, après avoir emporté avec elle ce rôle qui lui va si bien un peu partout dans le monde.<br />
La soprano albanaise délivre une prestation ébouriffante de vérité, d’engagement, de justesse et surtout d’émotion. Si l’on met de côté les dix premières minutes, avant qu’elle fasse son entrée, son personnage est ensuite présent sur scène d’un bout à l’autre, y compris dans le long intermède musical qui sépare les actes II et III. Le rideau est alors fermé, mais elle est là, accroupie, face au public&nbsp;: elle scrute l’<em>Abraham</em> <em>Lincoln</em> qui doit lui ramener celui qui est tout pour elle. Sa première apparition est magique&nbsp;: silhouette frêle, tout de blanc vêtue, en costume japonais traditionnel. Elle est déjà entrée dans son personnage, elle est déjà toute à l’Américain, rien ne peut l’éloigner de lui&nbsp;; elle s’obstine, se voile la face, refuse de voir la vérité et lorsque, enfin, celle-ci s’impose à elle, elle butte contre son destin qui prend la forme d’un soldat lui présentant le poignard fatal.<br />
Si l’engagement de l’actrice est stupéfiant, la réussite de la chanteuse est absolue et la copie absolument parfaite&nbsp;: la voix épouse en permanence les tempêtes de la pensée. La douceur, la tendresse – ces suraigus filés semblant couler directement du ciel aixois- , la colère, la violence – les <em>forte</em> qui passent la rampe tant la projection est volontaire. Avant de recevoir les saluts enthousiastes du public, celui-ci avait bruyamment manifesté à l’issue d’un « Un bel dì vedremo » qu’on avait rarement entendu de ce calibre. Ermonela Jaho ressort visiblement épuisée de sa prestation, de longs moments s’écoulent où elle reçoit, seule sur scène, les acclamations tellement méritées.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Madama-Butterfly_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Ruth-Walz_2-1294x600.jpg" alt="" width="718" height="333">
© Ruth Walz</pre>
<p>Le reste du plateau vocal est à la hauteur des attentes. Le Pinkerton d’<strong>Adam Smith</strong> est bien campé en Américain totalement incapable de se rendre compte de la situation. Sa gaucherie, sa veulerie, mais aussi sa prise de conscience ultime et trop tardive sont fort bien rendues. On sait que le Britannique a le ténor vaillant. Il le confirme ce soir, mais on aurait aussi souhaité davantage de nuances dans les moments où le personnage est capable de prise de conscience, c’est-à-dire essentiellement le duo d’amour du I, seul moment où <a href="https://www.forumopera.com/adam-smith-je-crois-que-pinkerton-est-vraiment-amoureux/">Pinkerton semble véritablement épris de Cio-Cio-San</a>. Les deux, dans ce moment-là, n’étaient pas bien accordés&nbsp;; mais reconnaissons que cela correspond aussi à la réalité de leurs personnages. Mention spéciale pour le Sharpless de <strong>Lionel Lhote</strong>. Un baryton tout à la fois cassant et souple, chaleureux même, dans son dialogue avec Butterfly au II. La Suzuki de <strong>Mihoko Fujimora</strong> fait bien plus que servir le thé à sa maîtresse&nbsp;; elle a tout de suite compris quel personnage était Pinkerton&nbsp;; son autorité, portée par une belle projection, donne à son personnage une épaisseur que l’on ne trouve pas souvent dans ce rôle. L’oncle Bonzo (<strong>Inho Jehong</strong>) est effrayant à souhait, Goro (<strong>Carlo Bosi</strong>) a l’abattage nécessaire.<br />
Ce soir, l’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Lyon sont en belle forme. Equilibre savant entre la fosse et la scène, grâce à une attention de tous les instants de <strong>Daniele Rustioni</strong> qui soigne particulièrement les plages orchestrales.<br />
Quant à la mise en scène, elle se fait un peu oublier et ce n’est pas un reproche. <strong>Andrea Breth</strong> (de retour à Aix après sa <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/salome-aix-en-provence-elsa-dreisig-devoilee/">Salome en 2022</a></em> ) reprend les stéréotypes japonisants, les préjugés pourrait-on dire qui étaient ceux de Puccini, lequel ne connaissait absolument pas cette culture. Elle s’est intéressée au travail de deux photographes autrichiens qui se sont rendus au Japon à la fin du XIXe siècle et ont réalisé des clichés très esthétiques de femmes japonaises – avec par exemple un fond peint dans un style japonisant et le recours aux masques. Ce qui est intéressant c’est la manière dont les univers américain et japonais se heurtent l’un à l’autre, esthétiquement parlant. Le tout donne une image de sobriété tout à fait bienvenue et qui a laissé, une fois n’est pas coutume, toutes leurs places aux voix.</p>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Apr 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=161004</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un rideau de tulle représentant sur sa moitié haute une forêt d’arbres nus et sur sa moitié basse des racines dans une terre noirâtre. Six jeunes femmes paraissent à l’avant-scène, couronnées de fleurs et voilées, comme des fiancées, accompagnant Mélisande en tenue de mariée qui tient dans ses mains une balle lumineuse. Elles rencontrent un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Un rideau de tulle représentant sur sa moitié haute une forêt d’arbres nus et sur sa moitié basse des racines dans une terre noirâtre. Six jeunes femmes paraissent à l’avant-scène, couronnées de fleurs et voilées, comme des fiancées, accompagnant Mélisande en tenue de mariée qui tient dans ses mains une balle lumineuse. Elles rencontrent un homme gigantesque qui installe Mélisande sur les marches recouvertes de mousse, au bord du couloir d’eau où elle est rentrée à l&rsquo;avant-scène – c&rsquo;est là que Golaud la trouvera.</p>
<p style="font-weight: 400;">On comprendra plus tard, au fil de ses apparitions, que cet homme gigantesque, incarnant le berger qui mène les moutons à l&rsquo;abattoir puis le médecin qui ne parvient pas à guérir Mélisande, est un passeur entre le monde des vivants et des morts et qu&rsquo;il préside à ce drame de fantômes. Le duo de metteurs en scène <strong>Barbe &amp; Doucet</strong> s&rsquo;inspire en effet de l&rsquo;attirance de Debussy pour le spiritisme, comme beaucoup de personnes de son temps, et de l&rsquo;omniprésence de la mort dans les pièces de Maeterlinck, pour convoquer dans cette œuvre les esprits et les morts (tous les personnages ont « déjà les cheveux gris »), nous donnant accès à « l&rsquo;envers des destinées » – jusqu&rsquo;à l&rsquo;image finale qui révèle Mélisande endormie, par transparence, dans la face terreuse du rideau de tulle. La présence obsédante des six jeunes filles, échos aux servantes de la pièce de Maeterlinck (que Debussy a conservées seulement au moment de la mort de Mélisande), fait planer un sentiment de mystère. Elles semblent les gardiennes d&rsquo;un secret, représenté par la balle lumineuse ou la balle d&rsquo;or du petit Yniold.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans ce sens, la scénographie présente différents îlots suspendus qui descendent des cintres (surmontés de deux arbres nus, d&rsquo;un château ou d&rsquo;un arbre-nuage), avec des racines pendantes à leur base. Ces îlots sont une référence revendiquée à <em>L&rsquo;Île des morts</em> d&rsquo;Arnold Böcklin, mais renvoient en vérité plus au surréalisme d&rsquo;un Magritte, voire à une esthétique proche de l&rsquo;<em>heroic fantasy</em>. Tout ceci a l&rsquo;avantage de veiller à la caractérisation scénique de chaque scène et dessine une atmosphère sinistre et poétique qui sert adroitement le drame, mais mène aussi à une certaine surcharge symbolique et crée un mystère un peu trop fabriqué, d&rsquo;autant plus que la direction d&rsquo;acteur prend plutôt le parti d&rsquo;une naturalisation des rapports entre les personnages.</p>
<p><figure id="attachment_161138" aria-describedby="caption-attachment-161138" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-161138 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/N.-MINASYAN-L.-LHOTE-©-J-Berger_ORW-Liege-1024x681.jpg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-161138" class="wp-caption-text">Nina Minasyan &amp; Lionel Lhote © J-Berger</figcaption></figure></p>
<p><span style="font-size: revert;">Le baryton </span><strong style="font-size: revert;">Lionel Lhote</strong><span style="font-size: revert;"> chante Pelléas pour la première fois. On aurait pu croire a priori que sa voix était plus forgée pour se couler dans la tessiture de Golaud, mais le registre aigu est d’une telle clarté que son Pelléas sonne comme une évidence. Le chant est toujours coloré et il donne à chacune de ses interventions des nuances choisies, avec une franchise du dire qui émerveille.</span></p>
<p style="font-weight: 400;">Ayant accepté la difficile tâche de remplacer au pied-levé le Golaud ô combien inouï de Simon Keenlyside, <strong>Alexandre Duhamel </strong>met à profit sa fréquentation assidue du rôle (peu d&rsquo;interprètes peuvent se vanter d&rsquo;avoir gravé deux fois au disque leur Golaud !). Son interprétation du personnage, compte-tenu de la situation, a quelque chose d’assez terre à terre mais atteint une efficacité scénique. Ce Golaud-là est un homme rugueux, de timbre et de comportement, presque ogresque dans sa démesure. Il serait plus touchant encore s’il exposait plus souvent ses blessures et ses doutes, comme il le fait si justement dans ses appels à Mélisande en voix mixte à l’acte V, désarmants de douleur contenue.</p>
<p><figure id="attachment_161142" aria-describedby="caption-attachment-161142" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-161142 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/N.-MINASYAN-©-J-Berger_ORW-Liege-1024x681.jpg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-161142" class="wp-caption-text">Nina Minasyan © J-Berger</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Face à eux, <strong>Nina Minasyan</strong> est une Mélisande touchante, loin des interprétations faussement équivoques du personnage que l’on voit parfois : elle est ce qu’elle dit, le plus sincèrement possible, traversant le drame avec une joie ou une tristesse non feintes, selon ce que dit très exactement Mélisande. Un vibrato assez présent perturbe cependant le phrasé, ne permettant pas à la chanteuse de glisser sur le texte avec limpidité.</p>
<p>Le tout jeune finaliste du Concours Reine Élisabeth de l&rsquo;année dernière <strong>Inho Jeong</strong> endosse le manteau du vieil Arkel. On sent qu&rsquo;il fait de grands efforts de prononciation, mais le texte de Maeterlinck demeure hélas assez flou, ce qui enlève un peu d&rsquo;autorité au personnage, bien que l&rsquo;artiste fasse montre d&rsquo;une belle présence scénique. <strong>Marion Lebègue</strong> est convaincante dans le rôle de Geneviève, même si sa voix ne semble pas toujours se déployer avec aisance, la tessiture du rôle se situant sur son passage entre registre de tête et registre de poitrine. Dans le rôle d&rsquo;Yniold, <strong>Judith Fa</strong> peine parfois à passer la rampe, mais apporte beaucoup de fraîcheur et de sensibilité sur le plateau. Enfin, <strong>Roger Joakim</strong> en impose en médecin, en berger et dans le rôle muet de passeur qu&rsquo;il endosse tout au long de la représentation, grâce à une voix bien projetée et beaucoup de charisme.</p>
<p><figure id="attachment_161132" aria-describedby="caption-attachment-161132" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-161132 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/J.-FA-©-J-Berger_ORW-Liege-1024x681.jpg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-161132" class="wp-caption-text">Judith Fa © J-Berger</figcaption></figure></p>
<p>Dans la fosse, <strong>Pierre Dumoussaud</strong> dirige avec bonheur un <strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie &#8211; Liège</strong> en grande forme. S&rsquo;il est vrai que le volume orchestral est souvent fort et peut couvrir la voix de certains interprètes, le travail sur la différenciation des climats et le développement dramatique de l&rsquo;œuvre est vraiment remarquable. Les premiers actes voient plutôt les sonorités aiguës mises en valeur, avant que la pâte orchestrale s’obscurcisse progressivement, à mesure que le drame avance. La petite harmonie colore l&rsquo;ensemble de manière particulièrement ondoyante et le chef met en valeur certains traits de la partition qui peuvent passer d&rsquo;ordinaire inaperçus, comme lorsque Golaud rassure Mélisande en disant « et puis l’année prochaine… » et qu&rsquo;un tressaillement de cordes laissent présager le pire (la mort de Pelléas) comme le meilleur (la naissance de l&rsquo;enfant).</p>
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		<title>BERLIOZ, Béatrice et Bénédict &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-beatrice-et-benedict-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la grisaille d&#8217;un dimanche de novembre, l&#8217;Opéra de Rennes – en coproduction une nouvelle fois avec son partenaire nantais – nous plonge, avec Béatrice et Benedict, sous le soleil d&#8217;une fantaisie shakespearienne qui convoque la lumière de Sicile et le « bling-bling » de la mafia des années 1980. L&#8217;épanadiplose musicale voulue par Berlioz &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la grisaille d&rsquo;un dimanche de novembre, l&rsquo;Opéra de Rennes – en coproduction une nouvelle fois avec son partenaire nantais – nous plonge, avec <em>Béatrice et Benedict</em>, sous le soleil d&rsquo;une fantaisie shakespearienne qui convoque la lumière de Sicile et le « bling-bling » de la mafia des années 1980.</p>
<p>L&rsquo;épanadiplose musicale voulue par Berlioz avec la reprise du motif initial à la fin de l’œuvre a sans doute servi de point de départ à <strong>Pierre-Emmanuel Rousseau</strong> qui en reprend l&rsquo;idée en nous donnant à voir un mariage en décalé : nous assistons d&rsquo;abord à la soirée d&rsquo;un premier couple avant de plonger dans les préparatifs et la cérémonie d&rsquo;épousailles de nos héros.</p>
<p>Visuellement, l&rsquo;évocation des années 1980, en particulier pour ce qui est des costumes, n&rsquo;est pas aussi réussie que dans les précédents opus du metteur en scène. Lui qui réalise également costumes et scénographie, affectionne le passé récent dans des évocations vintage pleines de charme. Ici, avec un style Memphis et des « color blocks » architecturés éminemment visuels, les choix de couleurs jouent plus le choc que l&rsquo;harmonie donnant une certaine trivialité à l&rsquo;ensemble.<br />Ceci dit, l&rsquo;action se déroulant chez les mafiosi siciliens, l&rsquo;ostentation et le mauvais goût assumé de <em>l&rsquo;honneur des Prizzi</em> ou de <em>House of Gucci</em> peut s&rsquo;afficher sans incohérence.<br />Les tenues de Béatrice notamment sont une citation directe de celles d&rsquo;Anjelica Huston dans le film de son père John, où l&rsquo;intrigue, précisément, se noue lors d&rsquo;un mariage.</p>
<p>La scénographie, pour sa part, nous installe fort agréablement dans une noce de plein-air, sous les guirlandes lumineuses d&rsquo;un bord de mer. Là, Hero et Claudio vont pouvoir s&rsquo;unir tout en conspirant pour réunir les ennemis jurés que sont Benedict et Béatrice. Entre madison et livraison de cocaïne, tout cela fonctionne parfaitement dans un rythme et une joie communicatifs.</p>
<p>Les femmes dominent la distribution, à la fois dans le duo du premier acte et dans le trio du second qui disent avec une grâce infinie l&rsquo;épanouissement de l&rsquo;amour. Ils sont portés par la voix suave d&rsquo;<strong>Olivia Doray</strong> – en difficulté dans un air d&rsquo;entrée à la justesse discutable mais qui trouve ensuite lumière et agilité pour incarner le personnage de Héro. La soprano est soutenue par la sérénité royale de l&rsquo;Ursule de <strong>Marie Lenormand</strong> qui assume avec panache les oripeaux d&rsquo;une Régine des grands soirs. <strong>Marie-Adeline Henry</strong>, quant à elle, fait éclater la magnifique projection de son timbre charnu sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ambitus pour camper une Béatrice femme de tête.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Beatrice-et-Benedict_MSP-©-Bastien-Capela-pour-Angers-Nantes-Opera-4-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-150472"/><figcaption class="wp-element-caption">                                                          <sup>© Bastien Capela</sup></figcaption></figure>


<p>Face à elle, le Bénédict de <strong>Philippe Talbot</strong> porte beau même si la voix mériterait plus de largeur et d&rsquo;impact mais cette fragilité est compensée par une excellente diction – surtout pour la projection des consonnes.<br />C&rsquo;est le Claudio de <strong>Marc Scoffoni</strong> que l&rsquo;on aurait plus aimé entendre car cette très belle voix se trouve ici cantonnée à quelques modestes interventions. Il les assume parfaitement tout comme ses deux comparses, <strong>Lionel Lhote</strong> et <strong>Frédéric Caton</strong>, tous deux impeccables.</p>
<p>Le <strong>Chœur d&rsquo;Angers-Nantes Opera</strong> est lui, mis à contribution à de nombreuses reprises et nous régale de fantaisie, de nuances. Comme toujours, Pierre-Emmanuel Rousseau, merveilleux directeur d&rsquo;acteur, individualise chaque silhouette et projette une vie singulière dans cette comédie tandis que les dialogues, modernisés, apportent un naturel supplémentaire à l&rsquo;intrigue.</p>
<p>Le travail de couleurs de l&rsquo;ensemble de la partition est merveilleusement rendu sous la baguette aussi dansante que volubile de <strong>Sascha Goetzel</strong> qui drape de nuances subtiles les surprises mélodiques du compositeur et joue des complexités harmoniques avec le même pétillant dont il polirait à une opérette viennoise.<br />Le chef d&rsquo;orchestre autrichien est, depuis l&rsquo;an passé, directeur musical de l&rsquo;Orchestre National des Pays de Loire mais dirige des productions lyriques dans l&rsquo;ouest depuis plus de dix ans, avec un <em>Enlèvement au Sérail</em> ou encore un <em>Rigoletto</em> de belles factures où déjà s&rsquo;exprimait cette fine sensibilité qui fait mouche une fois encore.</p>
<p>Il prend ici la tête de l&rsquo;<strong>Orchestre National de Bretagne</strong>, pour qui cette représentation est véritablement une Première, alors que le reste de la distribution a déjà remporté un grand succès à Nantes le mois dernier.<br />Les vents sont merveilleux de délicatesse, les cordes sensibles, intelligentes et l&rsquo;instrumentarium « exotique », relevant de l&rsquo;univers populaire italien, parfaitement utilisé. Plutôt que d&rsquo;imposer des tempi forcés et des fortissimo récurrents, le chef aquarelle sa palette – dès la magnifique ouverture et tout au long de la soirée – de nuances diaprées, raffinées, de suspensions pleines d&rsquo;émotion. Il évite habilement le genre pompier, au profit d&rsquo;un impressionnisme avant l&rsquo;heure.</p>
<p>Comme le souligne Matthieu Rietzler, directeur de l&rsquo;institution, c&rsquo;est la toute première fois qu&rsquo;un opéra de Berlioz résonne sous les ors de la maison rennaise, qui ne pourrait accueillir les autres créations lyriques du compositeur, une raison supplémentaire de venir y applaudir le spectacle jusqu&rsquo;au 18 novembre avant une séance angevine le 3 décembre prochain.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-beatrice-et-benedict-rennes/">BERLIOZ, Béatrice et Bénédict &#8211; Rennes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BERLIOZ, Les Troyens &#8211; Londres (Royal Albert Hall)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-troyens-londres-royal-albert-hall/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Sep 2023 17:41:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une tournée triomphale débutée à la Côte-Saint-André et poursuivie à Versailles, Salzbourg, Berlin, cette série de représentations du chef d&#8217;oeuvre de Berlioz s&#8217;achève par une ultime représentation au Royal Albert Hall de Londres. Le spectacle est donné dans le cadre des concerts-promenades, les fameux Proms de la BBC : il s’agit d’ailleurs du 64e &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une tournée triomphale débutée à la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-troyens-la-cote-saint-andre">Côte-Saint-André</a> et poursuivie à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-troyens-versailles">Versailles</a>, Salzbourg, Berlin, cette série de représentations du chef d&rsquo;oeuvre de Berlioz s&rsquo;achève par une ultime représentation au Royal Albert Hall de Londres. Le spectacle est donné dans le cadre des concerts-promenades, les fameux <em>Proms</em> de la BBC : il s’agit d’ailleurs du 64e concert d’une saison qui s’achèvera le 9 septembre avec la traditionnelle <em>Last Night of the Proms</em>.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cDt5CrTj-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-140923"/><figcaption class="wp-element-caption">© Andy Paradise</figcaption></figure>


<p>En Cassandre, la voix d’<strong>Alice Coote</strong> nous a semblé mieux assurée qu’à Versailles, sans les tensions dans un aigu qui nous a paru moins strident. Le si naturel conclusif de son duo avec Chorèbe est ici parfaitement en place. Le mezzo britannique offre surtout une présence scénique particulièrement excitante, avec un engagement et une fougue remarquables, sans doute un peu hors style : on peut dire qu’elle brûle les planches, ce qui tombe à pic compte tenu du contexte dramatique. En Chorèbe, le baryton <strong>Lionel Lhote</strong> offre une belle musicalité, mais la voix manque de largeur et sonne un peu étriquée. Si on peut apprécier un étonnant si naturel à l’unisson de celui d’Alice Coote, la note est un brin écrasée par la puissance vocale de sa partenaire. <strong>Adèle Charvet</strong> est un luxe en Ascagne, dont elle fait une personnage à la fois touchant et drôle. <strong>Beth Taylor</strong> est l’une des révélations de la soirée. Dès sa première note, on est séduit par ce timbre sombre, chaud et rare dans cette tessiture de contralto. L’abattage scénique est également indéniable et on suivra de près la carrière de cette jeune chanteuse écossaise de 29 ans. Après quelques phrases un peu hésitantes au début du III, <strong>Laurence Kilsby</strong> offre un excellent Hylas, puis un Iopas encore meilleur, plein de poésie. La voix est bien conduite, l’aigu en mixte finement maîtrisé et la projection tout à fait correcte. Pour l’escale londonienne, la distribution est par ailleurs très légèrement renouvelée par rapport aux deux concerts en France. <strong>Alex Rosen</strong> campe Hector et une sentinelle, comme à la Côte-Saint-André et à Versailles, mais également Narbal en remplacement de William Thomas, souffrant. On ne perd certainement pas au change, les promesses de son Hector se réalisant largement dans le rôle plus important de Narbal. Le chant est stylé, et le timbre, sombre, est assez personnel : certainement un chanteur à suivre lui aussi. En remplacement de William Thomas également, <strong>Tristan Hambleton</strong> est un roi Priam bien chantant. <strong>Ashley Riches</strong> s’investit dramatiquement en Panthée mais l’émission est un peu débrayée. <strong>Paula Murrihy</strong>, qui incarne Didon, vient clairement du monde du baroque où l’on privilégie plutôt aujourd’hui des voix un peu blanches. La musicalité est parfaite, la technique impeccable et la tessiture ne lui pose aucun problème, mais ce manque de couleurs prive de corps son interprétation. Le mezzo-soprano irlandais est également plus à l’aise dans la douceur amoureuse pudique que dans les imprécations vengeresses finales. <strong>Michael Spyres</strong> livre une prestation remarquable. Le médium est solide et le chanteur a gagné dans l’homogénéité des registres. Le registre aigu est sûr, le contre-ut d’« Inutiles regrets », particulièrement exposé, ne lui posant d’ailleurs aucun problème. La puissance et le souffle du chanteur confère à son Enée une véritable vaillance, à laquelle manque toutefois le <em>spinto</em> héroïque qu’on associe spontanément au guerrier troyen. L’articulation de l’ensemble des solistes est toujours aussi excellente, mais la compréhension est souvent contrariée par l’acoustique réverbérée de l’auditorium, en particulier dans les passages <em>forte</em>. Plus important encore que la simple articulation, il faut insister sur un vrai travail sur la couleur des mots : par exemple sur « les grrrrrecs » où le « r » ainsi renforcé exprime le mépris des troyens pour leurs ennemis.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/By03XVwC-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-140928"/><figcaption class="wp-element-caption">© Andy Paradise</figcaption></figure>


<p>La direction de <strong>Dinis Sousa</strong> est particulièrement exaltante en première partie, avec des passages absolument stupéfiants comme un sidérant « Châtiment effroyable ». La tension retombe toutefois dans une seconde partie moins dramatique et plus élégiaque, et ce compris dans la grande scène finale de Didon. L’orchestre est ce soir parfaitement en place et nous n’aurons droit à aucun pains. La sonorité typique de la formation, la nervosité des attaques, pâtissent néanmoins de la réverbération de l’auditorium et du gigantisme des lieux. Les cuivres, éclatants à Versailles, sont davantage équilibrés avec les cordes. Les percussions sont également moins présentes et sonnent plus discrètes. Au global, la « sauvagerie » des représentations précédentes est ici un peu atténuée. Les chœurs, particulièrement sollicités, sont absolument parfaits, tant musicalement que dramatiquement, la mise en espace leur donnant l&rsquo;occasion un jeu de scène particulièrement élaboré.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/9Yn-nkqh-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-140925"/><figcaption class="wp-element-caption">© Andy Paradise</figcaption></figure>


<p>Un atout de cette série de concerts réside en effet dans la mise en espace de <strong>Tess Gibbs</strong>, laquelle explose les cadres habituels du genre avec une direction d’acteurs et des mouvements scéniques élaborés et bien venus. On oublie ainsi rapidement que l’on est au concert et non à une représentation. La pantomime de la <em>Chasse royale</em> ne respecte toutefois pas tout à fait le livret, figurant l’agitation des protagonistes sous l’orage plutôt que la rencontre et la séduction des deux amants. L’arrivée d’Andromaque accompagnée de son fils est en revanche particulièrement réussie, l’émotion surgissant de ces deux présences muettes et éplorées.<br>Malgré ces quelques réserves, le spectacle vaut mieux au final que la somme de ses parties grâce à une unité, une cohérence, un engagement et une théâtralité absolument époustouflants. Le triomphe final est à la hauteur de la qualité de cette longue soirée de près de 5h30. On saluera au passage les quelques 300 spectateurs debout au parterre (privé de sièges pour les <em>Proms</em>) dont l’endurance est un symbole des vertus britanniques.</p>


<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Les-Troyens-Alex-ROSEN-Londres-RAH-2023-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-140933" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption">© Andy Paradise</figcaption></figure>
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