<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Arianna VENDITTELLI - Artiste - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/artiste/vendittelli-arianna/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/vendittelli-arianna/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 22 Dec 2025 07:07:09 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.0</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>Arianna VENDITTELLI - Artiste - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/vendittelli-arianna/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-gand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Dec 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=205615</guid>

					<description><![CDATA[<p>À y regarder trop grossièrement, Don Giovanni appelle deux types de partis pris : la franche comédie, complaisante à l’égard du « séducteur » (en réalité, violeur et meurtrier – il suffit de lire le livret) et la fresque sombre et austère où se côtoient vengeance, salut et rédemption. C’est l’alternative apparemment offerte par les &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-gand/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, Don Giovanni &#8211; Gand</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-gand/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Gand</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">À y regarder trop grossièrement, <em>Don Giovanni</em> appelle deux types de partis pris : la franche comédie, complaisante à l’égard du « séducteur » (en réalité, violeur et meurtrier – il suffit de lire le livret) et la fresque sombre et austère où se côtoient vengeance, salut et rédemption. C’est l’alternative apparemment offerte par les deux termes du <em>dramma giocoso</em> : drame joyeux ou intrigue au dénouement heureux. Mais comme toute proposition binaire, elle est simpliste et c’est dans l’interstice ouvert par l’espace entre les deux termes qu’il faut chercher à dialectiser pour gagner en pertinence.</p>
<p style="font-weight: 400;"><em>A priori</em>, la mise en scène de <strong>Tom Goosens</strong> met l’accent sur le <em>dramma</em> : la scénographie est épurée et les choix du metteur en scène sont condensés en quelques éléments percutants. Comme dans la partition, l’horizontal et le vertical s’opposent sur le plateau – opposition qui renvoie à la vie sur terre, longue fuite en avant vers la mort (où, alternativement, l’on monte aux cieux ou descend aux enfers) qui constitue, au fond, l’<em>horizon</em> (c’est-à-dire le but déjà visible mais jamais présent) de toute vie. L’horizontal, c’est donc le monde des vivants. Le vertical, le monde des morts. Et alors que l’horizontal finit quand il croise le vertical, le vertical connaît deux extrémités opposées : le salut, en haut, et  la damnation, en bas. Tout ceci est exprimé de manière redoutablement efficace par une échelle qui traverse la cage de scène pour se perdre dans les dessous et les ceintres. <em>Don Giovanni</em> est évidemment un opéra sur la mort (c’est un meurtre qui amorce l’intrigue, c’est le retour de la mort qui marque le dénouement et c’est la mort effective qui clôt l’opéra) et ce dispositif scénique la rend omniprésente : les vivants évoluent en constante interaction avec la perspective du salut ou de la damnation. Mais la proposition n’est pas austère : ce parti pris posé – et il l’est dès l’ouverture où une foule, nue ou presque, salue comme quand le spectacle du monde horizontal s’achève –, on ne sombre pas dans l’écueil d’un pathos excessif ou d’une posture moralisatrice vaine. Don Giovanni est un sale type, c’est clair. Tout le monde, au fond, le déteste et il n’est pas nécessaire d’exacerber les désirs de vengeance ou les passions irraisonnées pour le percevoir. Par exemple, Don Ottavio est ici plutôt un bon copain protecteur qu’un refuge pour une Donna Anna éplorée ou qu’un fiancé confronté à un rival. Ce cadre posé, la mise en scène s’autorise des traits d’humour bienvenus, souvent piquants, parfois cyniques. La fin n’est pas heureuse – tout le monde ressort traumatisé – mais les perspectives peuvent l’être pour celles et ceux qui ont œuvré à rendre le monde plus supportable pour les autres – forme d’idéal kantien ici teinté de représentations chrétiennes un peu kitsch (quand Don Giovanni finit aux trente-sixième dessous, les flammes de l’enfer surgissent brièvement).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2526DONproductiebeeldDonGiovanniTomGoossenscAnnemieAugustijnsOBVM5A1589-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205617"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© OBV/Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Dès l’ouverture, on sait que, en fosse, c’est aussi le <em>dramma </em>qui plane : l’attaque du premier accord est franche, acérée mais pas mordante – la fin est déjà présente mais l’espoir d’un éventuel salut demeure (les trombones de la damnation ne sont pas encore de sortie). Les cuivres offrent un son homogène, comme velouté mais à la fois ciselé, superbe de rondeur, tandis que les cordes concilient admirablement direction et nervosité. <strong>Fransesco Corti </strong>parvient ainsi à assurer la dynamique d’une partition où l’horizontal et le vertical se retrouvent sur un même plan qu’il faut parvenir à rendre cohérent. Les nombreux ensembles de la partie vocale (du duo au septuor) sont à cet égard particulièrement réussis : alors que des tessitures (et des points de vue) opposées s’y côtoient, le résultat est toujours remarquable d’homogénéité et les oppositions verticales sont résolues en une exposition horizontale qui unifie sans dissoudre.</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tension dramatique de l’ouverture – c’est-à-dire à la foncière instabilité dramaturgique, car, à ce stade, l’alternance entre ré mineur et majeur laisse la voie du salut ouverte – succède l’ancrage terrestre porté par un primesautier fa majeur. Et c’est évidemment Leporello que l’on entend. Celui de <strong>Michael Mofidian</strong> offre une belle projection et un timbre clair et canalisé qui permet une approche très vive du texte. Le phrasé est globalement bien mené, même si certaines notes tenues pourraient être davantage nourries ou, du moins, exploitées. Les cadences sont souples et élégantes, bien posées, très sensibles et expressives. Par rapport à son valet, le Don Giovanni de <strong>Wolfgang Stefan Schwaiger</strong> peut, à la toute première impression, paraître effacé, mais cette impression se dissipe dès que l’on prend conscience qu’il s’agit uniquement d’une question de différence de timbre. La voix n’est, en effet, ni très large, ni très imposante, de sorte que l’autorité du maître sur le valet ne se perçoit pas d’emblée. Le timbre est néanmoins riche et coloré, plein de belles harmoniques qui permettent au chanteur de traduire les nuances du personnage. Les récitatifs (Don Giovanni a peu d’airs) sont magnifiquement menés et offrent parfois autant, sinon plus, de sensibilité que les démonstrations vocales affirmées. À cet égard, l’accompagnement des récitatifs tantôt au pianoforte (lequel offre de superbes couleurs), tantôt au clavecin ou encore au violoncelle ou à la contrebasse (ou à des combinaisons de ces instruments) a fait l’objet d’un travail approfondi qui confère à ces moments un intérêt musical de premier ordre.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Marie Lys </strong>est une Donna Anna au volume contenu mais à l’ampleur dramatique certaine. Dans le médium, ses couleurs sont charnues, tandis que, dans l’aigu, les vocalises se déploient avec une agilité un peu piquante mais toujours bien sentie. On la suit davantage dans ses introspections et ses souffrances que dans ses colères, ce qui, du reste, est peut-être d’abord un choix de mise en scène. En Donna Elvira, <strong>Ariana Venditelli </strong>offre une voix bien accrochée et canalisée dans le haut du masque, ce qui permet une projection exemplaire dans l’aigu. L’approche est incisive dans le chant comme dans le jeu : c’est ici une femme déterminée que l’on voit, d’emblée émancipée du rôle de victime qui lui est parfois assigné. Don Ottavio trouve en <strong>Reinoud Van Mechelen </strong>un interprète idéal. On connaît sa voix bien accrochée et parfaitement canalisée. Il touche ici des océans de douceur et, dans les ensembles, révèle des trésors d’écoute et de musicalité. Sur le plan dramatique, le duo formé par Zerlina (<strong>Katharina Ruckgaber</strong>) et Masetto (<strong>Justin Hopkins</strong>) fonctionne parfaitement. La complicité est évidente et le burlesque assumé. Le timbre de Katharina Ruckgaber est lumineux et la voix très riche. On regrette un manque d’harmoniques aigues : certaines notes sont justes mais comme écrasées. Justin Hopkins offre une voix riche et large mais peine à donner au texte le relief qu’il devrait avoir – le timbre manque de l’éclat qui permet au texte de passer. <strong>Edwin Kaye</strong> offre enfin un Commandeur efficace, sans excès de pathos. Le timbre est large, ample et profond, sans être rocailleux et les phrases, conduites avec élégance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2526DONproductiebeeldDonGiovanniTomGoossenscAnnemieAugustijnsOBVM5A1771-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205618"/></figure>


<p style="font-weight: 400;">D’abord proposée à Gand, la production sera jouée à Anvers jusqu’au 18 janvier.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-gand/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Gand</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>GIACOMELLI, Cesare in Egitto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giacomelli-cesare-in-egitto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Oct 2025 11:56:55 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=201666</guid>

					<description><![CDATA[<p>Vous l’ignorez sans doute, mais vous avez déjà entendu la musique de Geminiano Giacomelli. « Sposa, son disprezzata », tube baroque longtemps attribué à Vivaldi, c’est de lui. Plus spécifiquement de Merope (Venise, 1734), un de ses grands succès dont provient également le mythique « Quell’usignolo » tant chanté par Farinelli. Le castrat légendaire y &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giacomelli-cesare-in-egitto/"> <span class="screen-reader-text">GIACOMELLI, Cesare in Egitto</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giacomelli-cesare-in-egitto/">GIACOMELLI, Cesare in Egitto</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vous l’ignorez sans doute, mais vous avez déjà entendu la musique de Geminiano Giacomelli. « Sposa, son disprezzata », tube baroque longtemps attribué à Vivaldi, c’est de lui. Plus spécifiquement de <i>Merope</i> (Venise, 1734), un de ses grands succès dont provient également le mythique « Quell’usignolo » tant chanté par Farinelli. Le castrat légendaire y affrontait Caffarelli, fabuleuse distribution parmi tant d’autres en cet âge glorieux du théâtre Grimani.</p>
<p>C’est dans ce théâtre justement, le plus fastueux de la Sérénissime, que cette deuxième mouture de <i>Cesare in Egitto</i> est donnée en 1735, là encore avec un cast de haut vol. Giacomelli est en vogue depuis ses débuts à l&rsquo;opéra, une dizaine d’années auparavant. Sa musique attire les illustres oreilles de Haendel, qui reprend <i>Lucio Papirio dittatore</i> à Londres, et de Vivaldi, dont certaines productions sont pimentées d’emprunts à Giacomelli (<i>Tamerlano</i>, <i>Dorilla in Tempe</i> et sans doute une bonne partie de <i>L’oracolo in Messenia</i>).</p>
<p>Natif de Parme, formé par le <i>maestro</i> Capelli et employé entre sa ville natale et Plaisance, Giacomelli n’appartient ni à la tradition vénitienne, ni à l’école napolitaine qui prend alors le dessus. Il est cependant pleinement de son époque : la lisibilité harmonique, l’agrément des mélodies et la virtuosité vocale le rattachent au nouveau style dit « galant ». Un adjectif qui ne traduit guère l’énergie d&rsquo;un musique très animée, notamment sur le plan rythmique. C’est particulièrement évident dans <i>Cesare in Egitto</i>, sous-tendu par une vive scansion exaltée par l&rsquo;<b>Accademia bizantina</b> et <b>Ottavio Dantone</b>, captés au festival d’Innsbruck en 2024. L’agencement des plans de cordes et l’impeccable précision sont mis en valeur par la prise de son, qui met l’orchestre en avant au détriment des solistes.</p>
<p>Ces derniers ne déméritent pas dans des parties taillées pour des vocalistes entrés dans l’histoire du chant. L’enjeu est surtout vocal, car cet épisode historique déjà bien connu sous la plume de Haendel souffre d’un certain déséquilibre. Le livret de l’estimé Domenico Lalli, remanié pour Venise avec l’aide du tout jeune Goldoni, souffre de redondances auxquelles la musique ne supplée guère. César et Cléopâtre y apparaissent en retrait : pas d’entrée glorieuse de l’empereur, qui tergiverse longuement ; pas de scène de séduction ni de duo entre les amants. La bataille qui clôt le II devait faire bel effet, mais César passe encore au second plan, laissant Ptolémée clore l’acte. L’Égyptien se taille une place au premier plan avec cinq airs, au même rang que la veuve de Pompée, Cornélie. Tous les autres personnages sont à égalité, de César et Cléopâtre aux seconds couteaux Lepido et Achilla : ce défaut de hiérarchie explique pourquoi le portrait du couple principal apparaît beaucoup moins élaboré que chez Haendel, qui n&rsquo;a pas omis de semer sa version d&rsquo;épanchements et d&rsquo;airs lents qui font défaut ici.</p>
<p>César était le castrat soprano Salimbeni, élève de Porpora, certes aujourd’hui moins resté dans les mémoires que Farinelli ou Caffarelli, mais révéré sur les plus grandes scènes italiennes, passé au service de l’empereur d’Autriche puis du roi de Prusse. <b>Arianna Vendittelli</b> lui succède avec une jolie voix, suffisamment agile et longue. Son charisme discret ne transcende pas ce héros en retrait.</p>
<p>Cléopâtre donne fort à faire à <b>Emőke Baráth</b> : sa créatrice Margherita Giacomazzi était amatrice de montagnes russes, comme l’attestent les rôles que lui confia Vivaldi juste avant, dont le célébrissime « Agitata da due venti ». Giacomelli cultive donc l’autorité de la reine, plus altière qu’éplorée ou piquante. À elle comme à César manque un vrai moment pathétique pour enrichir la palette, l’amer « Spose tradite » n’ayant pas la force tragique que Giacomelli a pu insuffler à d’autres pages. Avec un certain aplomb, le timbre pulpeux, Baráth est cependant plus à son avantage dans des lignes moins chahutées qui n’entravent pas son élan lyrique.</p>
<p>La vraie primadonna, c’était Vittoria Tesi. Au fil d’une carrière étalée sur près de 40 ans, son contralto profond, sa musicalité et sa présence l’érigèrent en légende vivante. <b>Margherita Maria Sala</b> a indéniablement de la présence et de l’autorité, mais ni les nuances, ni les talents de diseuse, ni les notes graves de sa devancière, dessinant une Cornélie un peu uniforme.</p>
<p>Ptolémée s’arroge cinq airs qui en dressent un portrait plus fouillé que chez Haendel, assez classique du ténor antagoniste de l’<i>opera seria </i>nouvelle manière. Amorevoli en fut le premier interprète, ce qui explique partiellement la place accrue du personnage. Dommage que <b>Valerio Contaldo</b> soit un peu relégué derrière l’orchestre, car il possède le juste centre de gravité pour ce type de rôle, assis dans le médium avec des envolées dans l’aigu, et déclame avec finesse et autorité. Il surprend par une virtuosité aiguisée dans le terrible « Scende rapido spumante » et se fait doux dans « A quelle luci ».</p>
<p>Son complice Achilla jouit d’une partie étendue à quatre airs. La contralto Della Parte, la créatrice, avait été primadonna pour Vivaldi la saison précédente. On apprécie toujours la musicalité et l’engagement de <b>Filippo Mineccia</b>, dont le live expose une voix qui peut paraître ingrate. Lepido fut aussi créé par un artiste repéré par Vivaldi, le castrat Saletti, pour qui il écrivit des écarts délirants dans <i>Griselda.</i> Giacomelli se montre bien plus raisonnable&#8230; Amoureux transi de Cornélie, le prince professe son amour et sa combattivité au fil de quatre airs qui servent surtout à étaler sa virtuosité. Le falsettiste <b>Federico Fiorio</b> a une voix claire, fine et aisée qui se raidit quand il s’enhardit, ce qui arrive assez peu.</p>
<p>On voudrait bien croire, comme l&rsquo;explique la notice, que <em>Cesare in Egitto</em> est le chef-d’œuvre de son auteur, mais il manque quelque chose à cet enchaînement de beaux airs pour nourrir les pleins et déliés d&rsquo;un drame efficace. Plus inégal musicalement, <i>La Merope</i> nous semble plus réussie sur ce plan. Est-ce pour cela que quelques coupes sont à déplorer (deux airs réduits à la partie A, da capo réduits) ? On est tenté de faire comme Vivaldi, et d’y piocher des airs çà et là : les vigoureuses interventions de Cornélie, le charmant « Bella, tel dica amore », l’impétueux « Scende rapido »…</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giacomelli-cesare-in-egitto/">GIACOMELLI, Cesare in Egitto</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A. SCARLATTI, Mitridate Eupatore &#8211; Palerme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/a-scarlatti-mitridate-eupatore-palerme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=201660</guid>

					<description><![CDATA[<p>Si ce Mitridate Eupatore n’est plus inconnu, il est pour le moins rare, le plus souvent largement amputé, mal transcrit, et toujours donné en version de concert, ou enregistré. Pour le 300e anniversaire de la disparition du compositeur, Palerme, qui le vit naître, recrée cet ouvrage majeur dans sa première version scénique moderne, en ne &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/a-scarlatti-mitridate-eupatore-palerme/"> <span class="screen-reader-text">A. SCARLATTI, Mitridate Eupatore &#8211; Palerme</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/a-scarlatti-mitridate-eupatore-palerme/">A. SCARLATTI, Mitridate Eupatore &#8211; Palerme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si ce <em>Mitridate Eupatore</em> n’est plus inconnu, il est pour le moins rare, le plus souvent largement amputé, mal transcrit, et toujours donné en version de concert, ou enregistré. Pour le 300e anniversaire de la disparition du compositeur, Palerme, qui le vit naître, recrée cet ouvrage majeur dans sa première version scénique moderne, en ne lésinant pas sur les moyens.  Le Teatro Massimo, plus grand théâtre lyrique d’Italie, retrouve les conditions de sa création vénitienne (1).</p>
<p>La production de la totalité de la partition qui nous est parvenue (2) nécessiterait environ cinq heures de musique. C’est pourquoi, une dizaine d’airs (ce qui est peu) ont été coupés sans nuire à la progression dramatique. Sinon, c’est la première fois qu’il est donné d’écouter l’ouvrage dans cette nouvelle transcription – qui respecte les cinq actes d’origine – due à trois musicologues spécialistes. <strong>Giulio Prandi</strong> signe la réalisation, ayant adjoint à l’orchestre une équipe de continuistes rompus à l’exercice.</p>
<p>L’action supposée se dérouler 150 ans avant notre ère, dans la ville de Sinope, est transposée dans notre monde contemporain, et l’on frémit lorsqu’apparaissent, muets, de sinistres sbires cagoulés, menaçants, avec des Kalachnikov. Or, malgré ces appréhensions, jamais on ne tombera dans un cliché réducteur, si galvaudé par nombre de metteurs en scène. L’oppression que la reine (Stratonica) et son nouveau mari (Farnace) font régner est bien traduite. La première, avec son amant pour complice, a fait assassiner le roi. Elle est la mère de Laodice, (épouse formelle de Nicodème), demeurée au royaume du Pont, et de notre Mitridate, qui revient sous l’identité d’Eupatore, ambassadeur de Ptolémée, roi d’Egypte, auprès duquel il a trouvé refuge. Il est accompagné de son épouse, qui l’assiste, déguisée en homme. L’Egypte se prépare à conclure une alliance avec le royaume du Pont. Ainsi Eupatore sera conduit à promettre au couple régnant la tête de l’héritier légitime. On ne détaillera pas les péripéties qui nourrissent l’intrigue, sinon qu’elles renouvellent les scènes et les climats, allant de la tendresse à la passion comme à la plainte ou à la fureur insensée. Les personnages sont à la mesure des héros du théâtre grec ancien, démesurés, attachants ou féroces, sans pour autant tomber dans la convention, comme on pouvait le redouter.</p>
<p>Rare sur nos grandes scènes, alors que sa réputation déborde les frontières de l’Italie,   <strong>Cecilia Ligorio </strong>réalise une mise en scène exemplaire. Sa transposition, jamais outrancière malgré le climat de violence dans lequel il baigne, se signale par sa clarté, sa beauté visuelle, son raffinement et son efficacité dramatique<strong>. </strong>Secondée par<strong> Paolo V. Montanari</strong>, scénographe, fin connaisseur de l’ouvrage (à la transcription duquel il a participé)<em>, </em>elle concentre l’attention sur chacun des protagonistes dont la direction d’acteurs n’appelle que des éloges. Les beaux décors, intemporels, signés <strong>Gregorio Zurla</strong><em>, </em>et les accessoires réduits au minimum, mais d’une harmonie constante, comme les lumières (de <strong>Fabio Barettin</strong>) nous plongent au cœur du drame. Les costumes (de<strong> Vera Pierantoni Giua</strong>) d’une élégance raffinée, participent idéalement à la caractérisation de chacun. Le régal sera aussi visuel que musical.</p>
<p>Le rappel des événements précédant de quinze ans le drame se fait opportunément durant l’ouverture : la tromperie de Stratonice avec le cousin du roi, Farnace, l’assassinat du père de ses enfants, témoins, introduisent l’air de vengeance de Laodice, sa fille demeurée à la Cour. Les deux enfants du roi assassiné dominent l’action, par leur importance dramatique comme par la qualité de leurs interprètes. Contre-ténor de référence, spécialiste de Haendel (3) même si son large répertoire déborde les œuvres baroques,<strong> Tim Mead </strong>campe un Mitridate humain, complexe, résolu, habile, foncièrement bon, même s’il souhaite rendre aux siens la couronne arrachée à son père. La voix est chaleureuse et puissante, dès sa prière d’entrée <em>Patrii numi,amici dei</em>, où il expose son plan à son épouse, Antigone. La noblesse, l’autorité naturelle seront confirmés tout au long de l’ouvrage. La plénitude du chant et de l’orchestre complice du <em>Se il trono dimando </em>participe à l’émotion. Sa grandeur d’âme, son amour conjugal et fraternel, sa douleur, les tourments de l’ambiguïté des sentiments (<em>Parto si ; ma nel partir</em>) aussi nous touchent. Pour le rôle écrasant de Laodice, <strong>Arianna Vendittelli </strong>est aussi attachante que fabuleuse. D’une témérité, d’un courage qui forcent l’admiration dans son combat contre la mère assassine qui a trahi les siens, Scarlatti lui réserve les airs les plus nombreux et variés à l’extrême. Toujours juste, vraie, pathétique dans sa détresse (son lamento où elle croit son frère mort) et dans son désir de vengeance, c’est la figure la plus riche de tout l’ouvrage, idéalement servie. La plus humble de ses interventions nous émeut. Les qualités vocales, bien connues, sont ici magnifiées. <em>Doppo tre lustre</em>, puis <em>Cara tomba </em>atteignent au sublime<em>. </em><strong>Francesca Ascioti </strong>est Issicratea, l’épouse aimante de Mitridate. La voix est chaude, expressive, aux solides appuis pour une personnalité attachante. Nous découvrons <strong>Martina Licari, </strong>Nicomede, l’époux de Laodice. L’assurance vocale, la perfection stylistique, l’engagement, tout est là, et l’on espère retrouver notre soprano dans d’autres productions. D’une stature imposante, <strong>Renato Dolcini</strong> (Farnace) impose une autorité virile indéniable : la voix est sonore, bien timbrée, longue. Son agilité dans des traits d’une incroyable virtuosité impressionne, ainsi dans <em>Gia l’aquila Roma</em> (4). La Stratonica de <strong>Carmela Remigio</strong> est haute en couleurs, personnage maléfique et dominateur. Familière du répertoire bel-cantiste, à l’émission puissante, sensuelle, véhémente et âpre, elle s’intègre sans peine à une équipe dédiée au chant baroque. Ses accès de fureur, qu’il s’agisse de ses affrontements avec sa fille (<em>Quante furie</em>) ou d’exciter le peuple à réclamer la mort de son fils, confirment ses qualités de tragédienne. Moins caractérisé par le livret, Pelopidas, le conseiller et ministre<strong> </strong>de Farnace, est confié à <strong>Konstantin Derri</strong>, contre-ténor ukrainien prometteur. De façon générale, les airs sont très variés, comme les duos , tous remarquables, avec parfois des instruments concertants (le violon virtuose, le hautbois). Les pages orchestrales d’un raffinement et d’une force dramatique sortent des conventions. La distribution superlative, à elle seule, nourrit l’espoir d’un enregistrement. Le chœur intervient fort peu, mais à bon escient, et avec bonheur.</p>
<p>De l’orchestre du Massimo, Giulio Prandi n’a retenu que vingt cordes, hautbois, basson, trompettes et timbales, auxquelles il a associé un continuo remarquable (clavecin, deux superbes théorbes et le violoncelle), conduits par <strong>Ignacio Maria Schifani</strong>. Un important travail stylistique et technique a conduit l’orchestre en fosse à l’excellence, et rien ne permet à l‘écoute de distinguer son jeu de celui d’une formation spécialisée. L’attention portée aux voix, les équilibres, la dynamique, la clarté de l’écriture, le souci des couleurs, l’engagement n’appellent que des éloges.</p>
<p>Beaucoup plus qu’un sans-faute, cette réalisation n’est pas la simple exhumation d’un opéra parmi d’autres. C’est la révélation d’un authentique chef-d’œuvre et on comprend mal le relatif silence qui l’a entouré depuis si longtemps. Sa réalisation est d’une qualité exceptionnelle, où toutes les compétences s’allient pour que le temps semble suspendu durant pratiquement trois heures dont on n’a pas pris la mesure. L’accueil le plus chaleureux que lui a réservé un public ravi augure bien de sa diffusion, que l’on souhaite la plus large.</p>
<ul>
<li>
<pre><span style="color: #1e1e1e; font-family: Menlo, Consolas, monaco, monospace; white-space-collapse: preserve; font-weight: inherit;">(1) Ouvert en 1678, le S. Giovanni Grisostomo (« Le plus grand, le plus beau, le plus riche théâtre de la ville » ) devait avoir une capacité voisine de celle du Malibran, nom qu’il prit au XIXe S (900 places). Il comportait 5 étages de loges et une fosse spacieuse. 
</span>(2) En son temps, il fut repris à Reggio (1713), puis au Teatro Ducale de Milan (1717).Après une éclipse de plus de deux siècles, l’édition « moderne » de la partition, transcrite par Giuseppe Piccioli autorisa quelques réapparitions de l’ouvrage, tronqué (dont, en 1957, avec Joan Sutherland, en 1967, par l’orch. de chambre de l’ORTF). Malgré ses infidélités et approximations, l’enregistrement de Thomas Engelbrock fit date, en 1995 ; en version de concert, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/scarlatti-il-mitridate-eupatore-paris-auditorium-du-louvre/">Thibault Noally le donna à Beaune en 2017, puis à l’auditorium du Louvre en 2023</a>. En ce moment, Barcelone l’offre en version de concert (dir. Dani Espasa). Les très nombreux <em>Mitridate Eupatore</em>, qui jalonneront le siècle suivant usent le plus souvent du livret d’Apostolo Zeno. (
3) Haendel a passé l’hiver 1707-1708 à Venise et certainement assisté à la création de <em>Mitridate Eupatore</em>, ayant fait la connaissance du cardinal Vincenzo Grimani (propriétaire du théâtre San Giovanni Grisostomo), qui écrivit pour lui le livret d’<em>Agrippina</em>. Sa rencontre avec Alessandro Scarlatti est confirmée. Le regretté Jean-François Labie signale que Scarlatti a livré à Haendel « quelques-uns des secrets de l’oratorio » et suscité « sa véritable passion lyrique ». L’année de création de <em>Mitridate Eupatore</em>, mais à Rome, le cardinal Ottoboni, protecteur d’Alessandro Scarlatti, Caldara et Corelli, va leur adjoindre Haendel. 
(4) Les Parisiens le retrouveront en <em>Bajazet</em> en janvier (TCE, avec Thibaut Noally).</pre>
</li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/a-scarlatti-mitridate-eupatore-palerme/">A. SCARLATTI, Mitridate Eupatore &#8211; Palerme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>HAENDEL, Agrippina — Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-agrippina-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Jul 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=195893</guid>

					<description><![CDATA[<p>On connaît et admire avant tout Stéphane Fuget et son ensemble Les Épopées pour le travail unique qu&#8217;ils accomplissent dans le répertoire du seicento italien. Leur mémorable trilogie monteverdienne, donnée à Beaune sur trois années consécutives, en reste un jalon marquant, tout comme la bouleversante Morte d&#8217;Orfeo de Landi, récemment entendue à Versailles. Depuis quelque &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-agrippina-beaune/"> <span class="screen-reader-text">HAENDEL, Agrippina — Beaune</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-agrippina-beaune/">HAENDEL, Agrippina — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît et admire avant tout <strong>Stéphane Fuget</strong> et son ensemble <strong>Les Épopées</strong> pour le travail unique qu&rsquo;ils accomplissent dans le répertoire du <em>seicento</em> italien. Leur mémorable trilogie monteverdienne, donnée à Beaune sur trois années consécutives, en reste un jalon marquant, tout comme la bouleversante <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/landi-la-morte-dorfeo-versailles/"><em data-start="500" data-end="515">Morte d&rsquo;Orfeo</em> de Landi</a>, récemment entendue à Versailles. Depuis quelque temps, leur répertoire s&rsquo;ouvre à la tragédie lyrique française et – après une <em>Alcina</em> inaugurale ici même à Beaune il y a un an – aux opéras de Haendel. <em>Agrippina</em> est justement une œuvre singulière dans le corpus haendelien, profondément marquée par l&rsquo;esthétique vénitienne et qui s’inscrit en cousine éloignée de l’<em>Incoronazione di Poppea</em>. En effet, le livret, signé de la main du prélat Vincenzo Grimani — qui a visiblement laissé sa dalmatique à la sacristie — met en scène un véritable nid de vipères, où les manigances se succèdent, s’accumulent jusqu’au vertige, dans des jeux d’enchevêtrement et de retournement typiquement baroques. L&rsquo;action, touffue, tresse intrigues amoureuses et intrigues politiques sans jamais perdre de vue un humour ravageur – on se cache tour à tour dans les placards et on ose dire : « mon châtiment est double : on me ravit le pouvoir et on me marie à une femme ».</p>
<p>De fait, l&rsquo;interprétation proposée par les instrumentistes des Épopées et leur chef peut déconcerter, car elle ne correspond pas vraiment à ce qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre dans ce répertoire. Les timbres des instruments sont extrêmement caractérisés, résonnant dans leur crudité (comme ces hautbois francs, presque pétaradants) et les variations dynamiques et rythmiques sont parfois brutales. La rectitude de cette musique, même dans les récitatifs, moins proches de la langue parlée que le<em> recitar cantando</em> du XVIIe siècle, oblige tout de même à tenir une certaine rigueur dans l&rsquo;exécution. Portés par leur enthousiasme, les musiciens ne jouent parfois pas vraiment ensemble, les soucis d&rsquo;intonation sont récurrents et l&rsquo;ensemble manque d&rsquo;impact sonore. En somme, l&rsquo;orchestre peine à former une unité. Pourtant, que de choses palpitantes nous sont offertes dans cette interprétation ! Toujours attentif à la justesse des situations théâtrales, Stéphane Fuget révèle avec acuité tous les contrastes de la partition : des entailles nerveuses des cordes dans « Pensiero » aux traits rigolards du clavecin sous certaines interventions de Claude, on passe du tragique le plus poignant au comique le plus léger, créant là un tourbillon théâtral réjouissant.</p>
<p>Cette verve théâtrale habite également l&rsquo;ensemble des chanteurs de la distribution. À commencer par <strong>Arianna Vendittelli</strong>, qui incarne une Agrippine de grande classe, tantôt rouée, tantôt touchante, mais toujours souveraine. Sa voix au timbre fruité mord dans le texte avec une gourmandise évidente et l’interprète déploie une large variété d’inflexions vocales pour rendre compte au mieux des desseins de son personnage. Elle traverse tous ses climats affectifs avec l’aplomb d’une femme qui ne doute de rien, pliant le texte et la musique à sa volonté, en grande ordonnatrice de l’intrigue. À cette superbe maîtrise musicale et textuelle s’ajoute un charisme ravageur, presque cinématographique, qui donne à cette Agrippine les allures de star hollywoodienne – irrésistible, impitoyable, indéchiffrable. Sa grande rivale Poppée est incarnée par <strong>Ana Vieira Leite</strong>, qui semble se délecter d&rsquo;un rôle à sa mesure, et régale le public au passage. La voix manque peut-être un peu de sève ou de pulpe, avec un timbre parfois trop pâle pour pleinement séduire, mais la présence piquante, la vivacité du jeu, et surtout la musicalité souple et inventive de l’interprète compensent largement : elle donne au personnage une élégance vénéneuse et joueuse, parfaitement dessinée. Chaque pose, chaque mine semble étudiée pour portraiturer un personnage toujours sûr de ses charmes.</p>
<p><strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>, qui avait incarné un <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-lincoronazione-di-poppea-versailles/">Ottone monteverdien</a> inoubliable sous la direction de Fuget, retrouve ici le même personnage, mais dans sa version haendelienne, plus jeune, plus vulnérable, plus exaltée. Seul être véritablement intègre au cœur de cette jungle de duplicité, Ottone devient avec lui une figure d’une poésie grave et jamais ingénue. La voix, charnue et souple, portée par un souffle ample, épouse les élans comme les abîmes du personnage avec une pudeur lumineuse. Son « Voi che udite », exténué, au bord de la rupture, la voix suspendue au-dessus d’un orchestre susurrant, apparaît comme un des sommets d’émotion de la représentation. En jeune Néron, <strong>Juliette Mey</strong> impressionne tout autant. Elle choisit d’incarner ce personnage, précédé par sa réputation sulfureuse, non pas comme un tyran en devenir ou un chien fou, mais comme un adolescent encore épargné par la corruption, tranquille, presque pudique. Sa voix lumineuse, son phrasé élégant, sa diction ciselée donnent au personnage une noblesse farouche, celle d’un être qui cherche encore sa place dans le monde corrompu des adultes. Les vocalises de « Come nube », où l’on devine cette fois les fureurs latentes du Néron à venir, sont exécutées avec un panache qui laisse poindre une tension incendiaire.</p>
<p>Claude prend ce soir l&rsquo;apparence de <strong>Luigi De Donato</strong>, comme lors de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/anniversaire-imperial/">la précédente <em>Agrippina</em></a> donnée au festival de Beaune, en 2012. Avec un collier clinquant autour du cou, il campe un portrait savoureux de l&#8217;empereur, d&rsquo;une drôlerie constante. On sent qu&rsquo;il connaît le personnage sur le bout des doigts et il sait le rendre terriblement attachant. Il se joue également de la tessiture du rôle avec une malice à peine déguisée, plongeant vers des graves abyssaux, presque<em> too much</em>, et il assure avec crânerie les difficultés de la partition. Dans l’air « Io di Roma il Giove sono », sa voix impressionne par sa vélocité, et il réussit à incarner à la fois le potentat vaniteux et l’homme mûr gagné par une sourde amertume en voyant le monde lui échapper. Les deux prétendants d&rsquo;Agrippine sont incarnés par <strong>Paul Figuier</strong> et <strong>Riccardo Novaro</strong>, qui se complètent idéalement. Le premier propose un Narcisse enflammé, sûr de lui, servi par un timbre homogène d&rsquo;une grande beauté et un relief vocal saisissant ; le second est un Pallante mordant, à la voix de basse chaude et ample. Enfin, <strong>Vlad Crosman</strong> assume avec une réjouissante impudence le rôle du serviteur complice Lesbo. Le personnage n&rsquo;a pas d&rsquo;aria et n&rsquo;intervient que dans les récitatifs et les ensembles, mais le chanteur distille ses quelques répliques avec un sens du tempo comique très sûr, contribuant à l&rsquo;esprit d’ensemble de cette représentation, où le théâtre prime toujours sur la simple démonstration vocale. Cette véritable soirée de théâtre musical couronne d&rsquo;ailleurs une édition du festival de Beaune – la première sous la direction du nouveau directeur artistique, Maximilien Hondermarck – marqué par des propositions radicales, comme l&rsquo;a été cette <em>Agrippina</em>, savoureuse et détonnante.</p>
<pre>Crédit photographique : Ars.essentia</pre>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-agrippina-beaune/">HAENDEL, Agrippina — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MONTEVERDI, I Grotteschi &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-i-grotteschi-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=187519</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quatrième tentative d’une série voulue par Peter de Caluwe, directeur sortant du Théâtre Royal de la Monnaie, et entamée en 2020, (les trois premiers essais concernaient respectivement Mozart, Donizetti et Verdi), ce spectacle ambitionne de fusionner en un seul les trois opéras de Claudio Monteverdi qui sont parvenus jusqu’à nous, en superposant un livret unique &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-i-grotteschi-bruxelles/"> <span class="screen-reader-text">MONTEVERDI, I Grotteschi &#8211; Bruxelles</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-i-grotteschi-bruxelles/">MONTEVERDI, I Grotteschi &#8211; Bruxelles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quatrième tentative d’une série voulue par Peter de Caluwe, directeur sortant du Théâtre Royal de la Monnaie, et entamée en 2020, (les trois premiers essais concernaient respectivement Mozart, Donizetti et Verdi), ce spectacle ambitionne de fusionner en un seul les trois opéras de Claudio Monteverdi qui sont parvenus jusqu’à nous, en superposant un livret unique écrit par le metteur en scène sur les trois livrets existants et en alternant une très large sélection de morceaux, airs, ensembles ou récits, issus des trois œuvres, sans quasiment rien y changer. D’autres extraits issus des madrigaux et des transitions orchestrales de la plume du chef d’orchestre viennent compléter la partition.</p>
<p>Ce projet un peu prétentieux, De Caluwe l’a confié à un très jeune metteur en scène, dont le talent l’avait déjà séduit avec une Tosca montée en 2021. Mais le projet ici est d’une tout autre envergure !</p>
<p>Le livret concocté par <strong>Rafael Villalobos</strong> situe l’action dans une famille riche et puissante (mais on ne sait pas d’où elle tire ces avantages), italienne semble-t-il et enfermée dans un huis clos, dont on va suivre les turpitudes, les luttes internes et les amours principalement ancillaires dans un esprit directement inspiré de la pire des téléréalités. Chaque personnage porte le nom d’une vertu (d’où le titre de <em>I Grotteschi</em>, ces statues allégoriques chères à la Renaissance) définissant sa place dans la hiérarchie sociale ou familiale, même si dans les parties chantées, bien souvent c’est le nom du personnage de l’œuvre originale qui revient. On comprend donc bien vite que Melancolia est Orphée que Coraggio est Ulysse, Costanza Pénélope, que Sapienza est Sénèque, etc, etc. La conséquence de cela, c’est que des relations familiales complètement farfelues s’établissent sous nos yeux ébahis : Ulysse devient le fils d’Orphée, et Néron le fils d’Ulysse et Pénélope ! Bien sûr, si ces noms ne vous disent rien, ça n’a aucune importance ; mais si au contraire – et il doit quand même bien y avoir une grande partie du public pour qui c’est le cas – vous attachez à chacun de ces personnages de la mythologie ou de l’histoire romaine des images relativement précises, forgées au fil d’’une éducation classique un peu structurée, la confusion gagne rapidement, teintée d’une certaine irritation. Les coucheries de Néron et de son petit frère (Caligula, donc…) forment le cœur de l’intrigue, avec toutes sortes de péripéties collatérales, dont un Sénèque vaguement pédophile, une infirmière pourvoyeuse de cocaïne, un jardinier sans jardin et une gouvernante au grand cœur pour consoler tout le monde.</p>
<p>Tous ces personnages évoluent dans un dispositif scénique grandiose, fait d’un double plateau tournant, à deux éléments superposés, qui contient toutes les pièces de la maison. Si l’extérieur fait penser aux architectures de Le Corbusier, les décors intérieurs suintent le mauvais goût criard, à l’exception d’une très belle bibliothèque, dont le plafond en forme de zodiaque rappelle furieusement une ancienne et magnifique production de la <em>Calisto</em> de Cavalli, par Herbert Wernicke à la Monnaie en 1993. Performance technique suffisamment rare pour qu’elle soit mentionnée, ce dispositif énorme et certainement très couteux tourne rapidement et sans bruit.</p>
<p> </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="701" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Miro_StephanieDOustrac©MatthiasBaus-1024x701.jpg" alt="" class="wp-image-187520"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Stéphanie d&rsquo;Oustrac, Costanza</sup></figcaption></figure>


<p>L’œuvre est divisée en deux parties distinctes, de deux actes chacune, ce qui mène à près de sept heures de spectacle entractes inclus, réparties sur deux jours. C’est beaucoup ! Elles portent les noms de Miro et Godo en référence au célèbre duo <em>Pur ti miro, pur ti godo</em> extrait du <em>Couronnement de Poppée</em>, duo qu’on retrouvera bien à la fin du spectacle, somptueusement interprété, mais au lieu qu’il s’agisse du dialogue de deux amants, c’est celui de deux rivales ! On ne peut s’empêcher de penser à la citation de Tennessee Williams : <em>N&rsquo;importe quoi pourrait être n’importe quoi d’autre, et tout cela aurait autant de sens</em>.</p>
<p>Reste à se laisser porter par la musique, la somptueuse, la voluptueuse, l’enjôleuse musique de Monteverdi, fort bien servie ici par la Cappella Mediterranea sous la direction de <strong>Leonardo </strong><strong>García Alarcón.</strong></p>
<p>La distribution vocale est dominée par <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong>, dans le rôle de Costanza, très largement repris de celui de Pénélope, épouse délaissée (Ulysse est très malade pendant la plus grande partie de la pièce), figure d’une maturité amère et lasse qu’elle rend avec beaucoup de subtilité. La voix est magnifique, chaude et tendre, et le style fort bien respecté.</p>
<p>Un peu moins pur stylistiquement, les deux frères Privilegio et Capriccio sont interprétés par <strong>Matthew Newlin</strong>, excellent et <strong>Federico Fiorio</strong>, moins chevronné, voix moins puissante aussi, et qui peine dans les vocalises. Les deux garçons paient généreusement de leur personne en se pliant aux caprices de la mise en scène. Leurs amantes, Fortuna et Impazienza sont incarnées par <strong>Giulia Semenzata</strong>, soprano vénitienne au timbre délicieux, voix très solide techniquement, passée par la Scuola Cantorum de Bâle, rompue au style italien du XVIIe siècle, et <strong>Jessica Niles</strong>, soprano américaine au style sans doute moins pur, mais non moins charmante, toutes deux également fort sollicitées par le metteur en scène et invitées à chanter dans les situations les moins confortables, ce dont elles se sortent très honorablement.</p>
<p>Grande réussite aussi pour la composition de <strong>Xavier Sabata</strong> dans le rôle travesti de Esperienza, la nourrice/gouvernante. Tour à tour réconfortante, hilarante et provocante, le personnage occupe une grande place dans l’intrigue, et le chanteur relève le défi avec panache, même si la voix se fatigue un peu au fil des deux représentations. Sa berceuse à la fin du premier acte de Godo fut un sommet d’émotion musicale.</p>
<p>Le patriarche de cette famille dysfonctionnelle, Melancolia, vieillard atteint de démence mais qu’on n’ose contrarier, est chanté par <strong>Mark Milhofer</strong> qui parvient à émouvoir par la candeur de son propos complètement décalé. Autre rôle très satisfaisant, <strong>Jérôme Varnier</strong> en Sapienza (alias Sénèque ou Caron), voix de basse du meilleur effet, au timbre riche et puissant. Il meurt à la fin du premier volet – c’est la science et la culture qu’on assassine – mais réapparaitra pour les ensembles du second, auxquels il faut bien une basse…</p>
<p>Coraggio, l’époux alité de Costanza, qui alterne les moments d’inconscient comas et les réveils brumeux, rôle finalement restreint, est tenu par <strong>Jeremy Ovenden</strong>. Virtù, l’épouse enceinte mais vite répudiée de Privilegio est tenue avec émotion et pas mal d’abattage par la mezzo <strong>Raffaella Lupinacci. </strong> Le couple formé par le jardinier Giudizio et l’infirmière Carita (<strong>Anico Zorzi Giustiniani</strong> et <strong>Arianna Venditelli</strong>), lui un peu en retrait par rapport à elle, complète la distribution.</p>
<p>L’orchestre, placé dans une fosse au plancher rehaussé pour plus d’ampleur sonore – il est vrai que la fosse est une invention bien plus tardive – est assez complet et reprend l’effectif de l’Orféo, le plus fourni des trois opéras, soit 22 musiciens. Certains instruments ont été dédoublés et le continuo est extrêmement fourni, qu’on en juge plutôt : deux violes de gambe, un violoncelle, une contrebasse, basson, harpe, théorbe, archiluth, clavecin et orgue ! Ce chatoiement sonore en vient presque à couvrir les chanteurs, en particulier ceux qui s’expriment depuis le haut du dispositif scénique, et dont les voix ont finalement dû être amplifiées pour remplir le vaste plateau de la Monnaie.</p>
<p>Avec une vigueur infatigable, beaucoup d’imagination et un sens aigu des contrastes, les troupes de Leonardo García Alarcón moulinent les partitions sans faiblir, sous l’œil extrêmement attentif de leur chef. Les chanteurs sont un peu plus libres&#8230;</p>
<p>Certes le travail accompli est considérable, mais ça n’est pas pour autant que le résultat est entièrement satisfaisant. Et on est en droit de s’interroger sur le but poursuivi. En quoi un livret recomposé, une œuvre faite de coupures et de collages seraient plus intéressant, mieux disposé à assurer à l’œuvre un accès pour un public plus large ? Personnellement, je n’y vois que l’argument de la nouveauté, et il est bien mince. Ni le livret un peu racoleur, passablement incohérent, ni l’intrigue fort compliquée, ni le spectacle beaucoup trop long ne sont de nature à favoriser l’accès à Monteverdi, que du contraire.</p>
<p>Les œuvres sous cette forme recomposée peinent à trouver une cohérence musicale, la progression dramatique est chaotique, et si certains passages sont de grande beauté, l’ensemble du spectacle, auquel on aura consacré les meilleures heures de tout un weekend, demeure un défi pour le bon sens. Dans les deux volets, des passages entiers pourraient avantageusement être coupés, la faiblesse du livret et l’incohérence des personnages ne permettant pas de capter l’attention. En d’autres termes, l’œil et l’esprit s’ennuient beaucoup, malgré les mouvements incessants des protagonistes ; en dépit d’une incontestable réussite musicale, le défi n’est donc pas entièrement rempli.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-i-grotteschi-bruxelles/">MONTEVERDI, I Grotteschi &#8211; Bruxelles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=177327</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après Il ritorno d’Ulisse in patria, le deuxième spectacle lyrique de la Trilogie d’automne de Ravenne est une nouvelle production de Dido and Æneas de Henry Purcell. Mort plus jeune mais de la génération suivant Monteverdi, Purcell n’écrivit qu’un seul véritable opéra. Ses autres œuvres scéniques – The Fairy Queen ou King Arthur – sont &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/"> <span class="screen-reader-text">PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/">PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">Après <i>Il ritorno d’Ulisse in patria</i></a>, le deuxième spectacle lyrique de la <i>Trilogie d’automne </i>de Ravenne est une nouvelle production de <i>Dido and Æneas</i> de Henry Purcell. Mort plus jeune mais de la génération suivant Monteverdi, Purcell n’écrivit qu’un seul véritable opéra. Ses autres œuvres scéniques – <i>The Fairy Queen</i> ou <i>King Arthur</i> – sont qualifiées de «&nbsp;semi-opéras&nbsp;», alternant<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>entre dialogues parlés, danse et formes musicales.</p>
<p>La proposition du festival permet au public de découvrir deux spectacles conçus par la même équipe, car la mise en scène de <i>Dido and Æneas </i>est également signée <strong>Pier Luigi Pizzi</strong>. Celui-ci transforme l’opéra de Purcell en mise en abîme. L’histoire de Didon, Reine de Carthage, et Énée, prince de Troie, dont la liaison est contrariée par les machinations d’une magicienne, provoquant l’indignation et la mort de Didon, est associée à l&rsquo;ode <i>Hail ! Bright Cecilia</i>, que Purcell composa à la gloire de sainte Cécile – sainte patronne des musiciens –, qui sert de récit-cadre. Un groupe d’étudiants se réunit pour chanter l’ode à la sainte, avant d’improviser l’opéra principal qui les émut au point de finalement reprendre leur chant initial. À la différence d’<i>Il ritorno</i>, où ce sont les dieux qui tirent les ficelles, <i>Dido and Æneas </i>devient ainsi une œuvre d’hommes, célébrant la victoire de l’art sur la mort. Cette idée de mise en scène est autrement plus originale et forte que celle réalisée dans <i>Il ritorno</i>.</p>
<p>La scène est simple. Un orgue en arrière-plan et, devant, une table jonchée d’instruments sont les éléments principaux des décors. Délimité par un rideau, cet espace deviendra tour à tour la chambre de Didon ou l’antre de la Magicienne. Les musiciens de l’orchestre arrivent par les coulisses. Selon un vieux principe, l’action scénique a déjà commencé lorsqu’ils s’accordent ; la différence entre récit-cadre et intrigue centrale s’estompe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Didone_e_Enea©Zani-Casadio-_ZANI7328-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177316"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Zani-Casadio</sup></figcaption></figure>


<p>Le public retrouve les interprètes de l’œuvre de Monteverdi. La réunion des étudiants, qui ressemble à une répétition au cours de laquelle Pizzi crée des histoires secondaires entre les convives, voit entre autres le retour de <strong>Žiga Čopi</strong> dont la prestation est plus lyrique et incarnée que celle de la veille, lorsqu’il chantait Eurymaque. Son air, qu’il chante en se promenant entre le chef d’orchestre et le chœur, est un des points forts du prologue. On revoit aussi <strong>Federico Sacchi</strong> qui, en imitant des gestes de rappeur qui se répandent dans le chœur, confère une sonorité plus douce à sa basse profonde.</p>
<p>Dans la partie principale, Didon (<strong>Arianna Venditelli</strong>) possède une voix puissante, par moments agréablement voilée. Elle est presque complaisante dans son chagrin, qui semble lui convenir. L’issue de l’intrigue est déjà toute tracée.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le chœur du prologue, aux déplacements précis et à l’interaction sans faille, revient et conserve son rôle important. Soixante-dix ans après Purcell, cet élément de la dramaturgie lyrique sera au centre de la « réforme » de Christoph Willibald Gluck.</p>
<p>Belinda (<strong>Charlotte Bowden</strong>), confidente de Didon, colore son chant de quelques notes espiègles et coquettes, presque fébriles, à l’image de Mélantho que la chanteuse interpréta la veille. <strong>Mauro Borgioni</strong> dans le rôle d’Énée déploie la même vigueur que dans le rôle d&rsquo;Ulysse, avec davantage de passion et en donnant plus de relief à ses lignes vocales. Tout l’ensemble réagit à l’écriture de Purcell, moins abstraite – pour ainsi dire – que celle de Monteverdi. Parfois, ces particularités vocales sont mises en valeur d’une manière très soutenue.</p>
<p>Cela vaut aussi pour la mise en scène. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">Si, dans <i>Il ritorno</i></a>, Pizzi agit avec plus de circonspection, se fiant en grande partie à la force de l’œuvre, il souligne à présent des effets présents dans la musique. Ainsi, la Magicienne, annoncée par des <i>glissandi</i> exagérés à l’orchestre, est entourée de servantes aux ailes noires et baignée dans une lumière rouge, ressemblant à une maîtresse de cérémonie sadomasochiste. <strong>Delphine Galou</strong> se montre à la hauteur de cette partie démoniaque et implacable.</p>
<p>L’Accademia Bizantina, toujours sous la baguette d’<strong>Ottavio Dantone</strong>, est renforcée de timbales et de trompettes. L’orchestre ne s’en tient pas moins à l’équilibre et à l’homogénéité sonores, et cela malgré quelques manifestations de force et d’élan chorégraphique.</p>
<p>Pizzi reste également fidèle à sa technique de rehausser certains personnages en fonction de leur état d’âme. Lorsque Didon et Énée réapparaissent, ils portent des costumes rouge et jaune.</p>
<p>Si <i>Il ritorno</i> se termine par une <i>lieto fine</i> (fin heureuse), la catastrophe à l’issue de <i>Dido and Æneas </i>est inévitable, nécessaire et en même temps davantage cathartique. Elle permet à la musique, au moment de la reprise des derniers numéros de <i>Hail ! Bright Cecilia</i>, de l’emporter sur la mort. Le public est tout aussi acquis à la cause que la veille, accueillant avec enthousiasme la réussite de ces deux productions jumelles de la <i>Trilogie d’automne</i> de Ravenne.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/">PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MONTEVERDI, Il ritorno d&#8217;Ulisse in patria – Ravenne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=177310</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis 2012, le Festival de Ravenne, ayant lieu aux mois d’été, est suivi d’une Trilogie d’automne essentiellement lyrique. Cette ville en Émilie-Romagne, connue pour ses magnifiques mosaïques paléochrétiennes et la tombe de Dante, est alors à l’abri d’afflux de touristes et dégage un calme qui la rend particulièrement séduisante. Dans son poème Ravenna, Oscar Wilde &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/"> <span class="screen-reader-text">MONTEVERDI, Il ritorno d&#8217;Ulisse in patria – Ravenne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">MONTEVERDI, Il ritorno d&rsquo;Ulisse in patria – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis 2012, le Festival de Ravenne, ayant lieu aux mois d’été, est suivi d’une <i>Trilogie d’automne </i>essentiellement lyrique. Cette ville en Émilie-Romagne, connue pour ses magnifiques mosaïques paléochrétiennes et la tombe de Dante, est alors à l’abri d’afflux de touristes et dégage un calme qui la rend particulièrement séduisante. Dans son poème <i>Ravenna</i>, Oscar Wilde s’étonnait : « Quel étrange silence ! […] Assurément on pourrait vivre ici bien loin de toute crainte, à voir le défilé des saisons, depuis l’amoureux printemps jusqu’à la pluie et la neige de l’hiver, sans jamais avoir un souci. »</p>
<p>Cette année, le festival propose des nouvelles productions de deux opéras qui représentent des moments cruciaux de l’histoire du genre : <i>Il ritorno d&rsquo;Ulisse in patria</i> (<i>Le Retour d&rsquo;Ulysse dans sa patrie</i>) de Claudio Montverdi ainsi que <i>Dido and Æneas</i> de Henry Purcell. <i>Il ritorno</i> fut créé en 1640 à Venise alors que le genre de l’opéra avait à peine quarante-cinq ans. À l’époque, plusieurs théâtres se disputaient la primauté dans la Cité des Doges. Leurs spectacles, s’adressant à l’ensemble de la population y compris les basses couches sociales, attiraient la foule et virent l’avènement d’un type d’interprète, que l’on qualifierait aujourd’hui de « vedette », auquel le public vouait un véritable culte.</p>
<p>L’histoire d’<i>Il ritorno</i> est bien connue : dix ans après la fin de la guerre de Troie, le Roi Ulysse rentre dans son pays. Hormis son épouse Pénélope, plus personne ne s’attend à son retour, et cette dernière est désormais harcelée par trois Prétendants. La déesse Minerve conseille à Ulysse de s’introduire dans son palais déguisé en mendiant. Lors d’un concours de tir, il tue les Prétendants et révèle son identité avant reprendre possession du royaume.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Pier Luigi Pizzi</strong>, qui signe aussi les costumes, se fie en grande partie à la musique. Les décors sobres et abstraits d’une teinte bleu-blanc-gris contrastent avec les couleurs en aplat plus vives de l’arrière-plan. De temps à autre, un personnage se distingue par des attributs plus individuels. Ainsi, lors du prologue, la Fragilité humaine apparaît sous les traits d’un jeune homme pâle, nu et tremblant ; le Temps tient une faucille à la main ; l’Amour, les yeux bandés, est aveugle. Ce jeu de symboles délibérément direct continue ensuite dans la première scène de Pénélope, assise à un métier à tisser duquel sort un long tissu noir représentant les dix années d’attente. Certaines images semblent évoquer l’imagerie préraphaélite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1003" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il_ritorno_di_Ulisse_In_patria©Zani-Casadio_KEZ2537ok-copia-1024x1003.jpg" alt="" class="wp-image-177320"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Arianna Vendittelli et Valerio Contaldo © Zani-Casadio</sup></figcaption></figure>


<p>Le potentiel politique de l’argument – les retombées sociétales et psychologiques de la guerre – est laissé de côté au profit d’une interprétation davantage onirique et esthétique. Le spectateur se demande par moments si toute l’intrigue n’est pas le produit de l’esprit tourmenté d’Ulysse lorsqu’il se réveille sur la plage d’Ithaque.</p>
<p>L’orchestration originale étant inconnue, la production de Ravenne propose un effectif inspiré de celui d’<i>Orfeo</i>, chef-d’œuvre de Monteverdi souvent vu comme le premier opéra de l’histoire : orchestre à cordes avec viole de gambe, flûtes et cornets ainsi qu’une large section de continuo (clavecin, luth, théorbe, guitare, harpe, orgue). Sous la direction d’<strong>Ottavio Dantone</strong>, l’Accademia Bizantina adopte une sonorité très lisse et homogène, particulièrement adaptée aux pages évocatrices de la partition, tel que le mystérieux passage instrumental précédant le réveil d’Ulysse à la plage. Ce dernier échoue sur un lit de sable que l’on voyait auparavant dans la chambre de Pénélope, reprenant ainsi un autre symbole unificateur entre plusieurs scènes.</p>
<p>Ulysse se ranime peu à peu, aussi bien musicalement que physiquement, passant par plusieurs états d’âme, et le baryton véloce de <strong>Mauro Borgioni</strong> transmet d’une manière virtuose le moindre aspect de ses sentiments parfois contradictoires. Cela s’observe aussi dans le rôle de Pénélope. La contralto <strong>Delphine Galou</strong> campe une Reine tiraillée entre le désespoir et la révolte, conférant une couleur riche et profonde aux sons les plus graves de sa tessiture. Ces différents caractères font partie de la dramaturgie lyrique de l’œuvre et transpirent dans la direction d’acteur.</p>
<p>Malgré les tourments sentimentaux omiprésents, une des scènes les plus fortes et sensuelles est sans aucun doute le duo entre Ulysse et son fils Télémaque (V<strong>alerio Contaldo</strong>). Celui-ci, brillant ténor héroïque avant la lettre dont l’enthousiasme un peu naïf anime aussi sa vocalité, est le premier à comprendre que son père est de retour, et Pizzi souligne l’aspect résolument corporel de leurs retrouvailles.</p>
<p>Le couple Eurymaque et Mélantho, dont la présence annonce d’emblée l’ultime victoire de l’amour, est un autre exemple de cette physicalité. Le ténor doux et suave d’Eurymaque (<strong>Žiga Čopi</strong>) reflète sa personnalité et contraste avec celle de Mélantho (<strong>Charlotte Bowden</strong>), plus entreprenante et plus tard vêtue de rouge, qui laisse éclore quelques notes ludiques et espiègles. </p>
<p>Hormis Ulysse, ce sont les dieux qui apportent un autre type de voix à la distribution. Que ce soit les basses profondes et puissantes de Neptune (<strong>Federico Domenico Eraldo Sacchi</strong>) et Jupiter (<strong>Gianluca Margheri</strong>) ou la Minerve d’<strong>Arianna Venditteli</strong> – dont le jeu fanfaron et faussement viril accompagne des lignes vocales très dessinées –, tous ces personnages projettent leur voix plutôt que d’opter pour un chant introspectif. Le duo de Minerve et Junon (<strong>Candida Guida</strong>) – lorsque les dieux décident de mettre fin aux épreuves d’Ulysse – est une sorte de combat vocal truffé de mélismes. Malgré l’aspect déclamatoire du chant, qui prévaut d’une manière générale, ces moments trahissent la nécessité de passages virtuoses pour les « vedettes » de l’opéra vénitien.</p>
<p>En ce qui concerne les Prétendants de Pénélope, c’est l’intérêt des doubles rôles qui entre en linge de compte. Derrière le rôle de Pisandre, on reconnaît aisément le contre-ténor svelte et pâle au timbre aérien de la Fragilité humaine (<strong>Danilo Astore</strong>) ; Neptune revient sous forme d’Antinoüs. On voit ainsi – chose étonnante – un dieu et une allégorie tomber sous les flèches d’Ulysse. Aussi, les Prétendants – complétés par Amphinome (<strong>Jorge Navarro Colorado</strong>) – sont-ils des éléments perturbateurs, avec leurs fraises noires, leurs chemises colorées à manches bouffées et leur trio très dynamique exigeant une grande réactivité musicale.</p>
<p>Un des personnages qui se démarque davantage des autres et Irus, serviteur des Prétendants. Glouton, opportuniste et vulgaire à souhait, ce type de personnage sera à l’origine de l’<i>opera buffa</i> qui s’établit au XVIII<sup>e</sup> siècle. <strong>Robert Burt</strong> tire le meilleur d’une conception caricaturale d’Irus qui finit pourtant par se suicider.</p>
<p>Ce n’est qu’à la fin du spectacle que la mise en scène semble s’effacer complètement devant l’œuvre, concentrant l’attention sur les interprètes et oubliant l’espace scénique. Le public accueille d’une manière très enthousiaste cette première représentation dans le cadre de la <i>Trilogie d’automne</i>.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">MONTEVERDI, Il ritorno d&rsquo;Ulisse in patria – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>HANDEL, Berenice &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/handel-berenice-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 May 2024 07:02:05 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=164090</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quinze ans après Alan Curtis et le tout jeune Franco Fagioli, Berenice revient au Théâtre des Champs-Elysées. Ce n’est pas l’œuvre de Haendel la plus réussie : à coté de rôles marquants (Berenice et Demetrio) qui enchainent les airs raffinés et variés, les autres personnages ne brillent qu’épisodiquement et doivent souvent se contenter d’airs de &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/handel-berenice-paris/"> <span class="screen-reader-text">HANDEL, Berenice &#8211; Paris</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/handel-berenice-paris/">HANDEL, Berenice &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quinze ans après <a href="http://licida.over-blog.com/article-berenice-de-handel-au-theatre-des-champs-elysees-41952641.html">Alan Curtis et le tout jeune Franco Fagioli</a>, <em>Berenice</em> revient au Théâtre des Champs-Elysées. Ce n’est pas l’œuvre de Haendel la plus réussie : à coté de rôles marquants (Berenice et Demetrio) qui enchainent les airs raffinés et variés, les autres personnages ne brillent qu’épisodiquement et doivent souvent se contenter d’airs de remplissage peu inspirés. Quant au livret, certes non dénué d’humour, il est davantage prétexte à affects qu’efficace théâtralement : les tergiversations de la reine Berenice pour prendre un époux au milieu d’un enchevêtrement de quiproquo politico-amoureux sont assez répétitives.</p>
<p>Pour la défendre, il faut donc à la reine d’Egypte des artistes brillants et fin connaisseurs du style de Haendel, à même d’en révéler les trésors quelquefois enfouis. C’est le cas de l’équipe de ce soir. A commencer par <strong>Il Pomo d’Oro</strong> et la direction décidemment toujours épatante de <strong>Francesco Corti</strong>. Avec une finesse rythmique ravissante, il faut entendre leurs ritournelles faire irruption dès que le chanteur a terminé sa phrase, et leur inventivité pour consteller d’effets harmoniques étonnants les passages les moins inspirés.</p>
<p>Le rôle titre fut écrit pour la grande Strada del Po (qui créa aussi <em>Alcina</em> par exemple), et c’est peu dire que <strong>Sandrine Piau</strong> sait incarner la reine avec prestance et piquant (air inaugural impérieux). Cependant, si la voix a conservé une agilité certaine et rare après une telle carrière (quoique toujours avare de trilles) et qu&rsquo;elle a étoffé son medium, les aigus sont dorénavant assez mats et il faut toute son éloquence extraordinaire pour compenser une palette de couleurs réduite. Cela ne suffit hélas pas à renouveler l’intérêt à chaque reprise de l’air concertant « Chi t’intende » dont elle peine à rendre le caractère douloureux.</p>
<p>Fabio n’a l’occasion de briller que via son premier formidable air « Vedi l’ape » où les cordes imitent par triolets les tournoiements saccadés d’une abeille avec un grâce infinie. <strong>Matthew Newlin</strong> s’en sort superbement via notamment de très belles variations sur une belle étendue, avec un léger grain dans le grave qui rappelle Kobie van Rensburg.</p>
<p>Alessandro, rôle assez transparent car trop tempéré, est littéralement transcendé par la performance d’<strong>Arianna Vendittelli</strong> : son « Che sara quando amante » prodigieux lui permet de faire fi d’une tessiture limitée, par une intelligence technique surprenante et audacieuse (<em>canto di sbalzo</em>). Son deuxième air est d’une sensibilité à fleur de peau très émouvante, et le public ne retient pas son enthousiasme après le dernier.</p>
<p><strong>Ann Hallenberg</strong> ne fait qu’une bouchée de la très secondaire Selene. Son « Gelo, avampo » est à la fois très intense et équilibré. Elle est suprême dans les récitatifs qu’elle anime comme personne (ces intonations, ces œillades !) tandis que son « Si poco e forte » est une merveille de second degré.</p>
<p><strong>John Chest</strong> jouit de très beaux moyens mais souffre d’un vocabulaire belcantiste encore trop limité, et d’une prudence excessive à l’exception de quelques aigus bien préparés.</p>
<p><strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> propose un Arsace mémorable à l’encontre de la partition grâce à un timbre de contre-ténor alto très personnel et des vocalises liquides qui ne manquent que de longueur de souffle.</p>
<p><strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> préfère une fois encore faire résonner sa puissante voix et son émission très moelleuse, plutôt que chercher la difficulté technique (cadences souvent plus narcissiques que risquées). Il n’y a guère que dans son invocation des enfers qu’il sort de sa torpeur pour affronter avec vaillance une écriture à la fois syllabique et torturée de croches, ne loupant que quelques notes graves. Il le fait très bien mais en signalant ses limites dans une reprise très peu variée.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/handel-berenice-paris/">HANDEL, Berenice &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Feb 2024 05:30:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=154939</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cela ressemble à un appartement-témoin, c’est lisse, blanc, pas très habité. Normal, c’est un décor de Reality TV. Plantes vertes en plastique, colonnes en stuc, mobilier moitié faux Louis XVI, moitié contemporain. Au fond, une photo panoramique de Naples. En haut une passerelle métallique et des projecteurs. De temps à autre, des panneaux glissant à &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-lausanne/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Lausanne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-lausanne/">MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela ressemble à un appartement-témoin, c’est lisse, blanc, pas très habité. Normal, c’est un décor de Reality TV. Plantes vertes en plastique, colonnes en stuc, mobilier moitié faux Louis XVI, moitié contemporain. Au fond, une photo panoramique de Naples. En haut une passerelle métallique et des projecteurs. De temps à autre, des panneaux glissant à l’avant-scène viendront clore le «&nbsp;quatrième mur&nbsp;» pour nous rendre complices du hors-champ. Les protagonistes y rejoindront l’équipe technique, cameraman, preneur de son, assistants et maquilleuse. Des écrans diffuseront le générique de l’émission («&nbsp;www.lascuoladegliamanti&nbsp;»…) avec les sourires engageants des quatre sujets d’étude, ou de temps à autre des captations en direct de l’action.</p>
<p>Voilà l’idée. L’équivalent aujourd’hui des utopies à la Marivaux, de tous les <em>Triomphe de l’amour</em> et autre <em>Dispute</em>, de ces expériences parfois cruelles confrontant des personnages travestis ou des jumeaux séparés dès la naissance, ce serait l’univers artificieux des <em>Loft</em> ou des <em>Iles de la Tentation</em>. De fait ces programmes stéréotypés, avec leurs personnages de convention (le naïf, l’aguicheuse, etc.) ont un air de famille avec le conte philosophique de Da Ponte et Mozart, cruel lui aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="712" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-4-1024x712.jpg" alt="" class="wp-image-154943"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Le risque étant, en cherchant son inspiration du côté de ces univers tape-à-l’œil, de se laisser contaminer par leur – comment dire ? – trivialité. D’épaissir le trait et de perdre ce qui fait le prix de <em>Cosi fan tutte</em>, sa délicatesse de touche et de sentiments, sa mélancolie profonde, d’enfouir sous une verve vaudevillesque sa vision tragique des relations amoureuses entre les femmes et les hommes.</p>
<p>Il est vrai que Mozart et Da Ponte n’avaient pas eu peur non plus d’utiliser les clichés de leur époque (les barbes postiches et les costumes « albanais ») pour faire surgir une certaine vérité d’une situation archi-fausse. Ce <em>dramma giocoso</em> n’est gai qu’à la surface. De là, une kyrielle d’airs fermés qui ne dépareraient pas un opera <em>seria</em>. C’est la part du <em>dramma</em>. Mais quoi de plus <em>giocoso</em> que les deux grands finals, d’une verve inépuisable. Étonnante si l’on se souvient qu’en 1789 tout va mal dans la vie de Mozart. Il a des dettes, il lance des appels au secours à son ami Puchberg, Constance est malade et les cures coûtent cher, elle met au monde en novembre une petite fille qui ne vit qu’une heure alors qu’il est en pleine écriture de <em>Cosi</em>, qui sera créé au Burgtheater le 26 janvier 1790.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-154941"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Les chargeurs réunis</strong></h4>
<p>C’est un opéra plein d’écueils. D’abord il n’est pas court… et, si beaux soient-ils, les airs interrompent l’action. Ce qui explique sans doute l’inclination du metteur en scène <strong>Jean</strong> <strong>Liermier</strong> à multiplier les gags, par crainte de l’ennui sans doute, à le tirer un peu trop du côté de la farce et de la parodie. Aidé en cela par un couple de garçons quasiment en roue libre, surtout le Guglielmo de <strong>Robert</strong> <strong>Gleadow</strong>, l’espièglerie du personnage tournant à la gaudriole. Son penchant à finir tous les verres et à les remplir quand ils sont vides le mènera à une titubante ébriété. Avant cela la scène du faux empoisonnement à l’arsenic au début du premier final les conduira, Ferrando et lui, l’un attifé en don Juan de dancing, l’autre hirsute et débraillé, à une truculence un peu hors de contrôle, dirons-nous…</p>
<h4><strong>La <em>Mozart touch</em> et comment l’avoir…</strong></h4>
<p>Tant est délicate la balance mozartienne… <br>Mais, puisque nous en sommes à la <em>Mozart touch</em>, c’est à <strong>Marie Lys</strong> qu’on donnera la palme. Qui, tout en jouant tout à fait le jeu de la mise en scène, chante de façon exquise les deux airs de Despina, envoyant des coloratures à la fois brillantes et drôles dans « In uomini in soldati » et dans « Una donna a quindici anni » glissant un « Hé ! Ragazzi ! » adressé aux garçons passant dans la <em>strada</em>, aussi saugrenu que délicieux. Mais c’est surtout l’équilibre parfait entre mille ingrédients, la beauté du chant (et du timbre), le legato, l’ironie, le respect impeccable du texte, et en même temps la liberté, l’imagination, le charme, le piquant, l’apparente facilité, la désinvolture, qui font penser « Voilà, Mozart est là… »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="693" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-5-1024x693.jpg" alt="" class="wp-image-154944"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marie Lys © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Dès le début, l’esprit des ensembles aura été tout aussi mozartien, menés d’une main ferme par <strong>Diego Fasolis</strong>, d’ailleurs sur un tempo assez raisonnable. Comme l’avait été l’ouverture, qu’on a connue plus folle et où on avait remarqué comme à l’habitude la fluidité des bois de l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong>. Des ensembles nombreux où le premier souci est d’équilibrer des voix venues d’écoles très dissemblables, impression ressentie dès le premier quintette, « Sento o Dio », d’un faux pathétique très réussi, donné avec l’enjouement qu’il faut. En revanche, le quintette des adieux, « Di scrivermi », puis le sublime <em>terzettino</em>, « Soave sia il vento », un peu hâtif, un peu vert, nous sembleront en manque de suavité, de poli, et pour tout dire d’émotion.</p>
<h4><strong>Un opera seria déguisé</strong></h4>
<p>C’est à partir de son aria héroïque « Temerari….Come scoglio » que <strong>Arianna Vendittelli</strong> (Fiordiligi) trouvera la plénitude de ses moyens vocaux, comme si cet air de bravoure, avec ses redoutables sauts de notes (jusqu’à une douzième !) dégageait tout-à-coup le paysage. Celle que nous avions vue sur la même scène dessiner une remarquable Suzanna allait y darder, après un récitatif altier, des aigus impérieux (même si elle allait esquiver le deuxième <em>si</em> bémol final), enrichir la reprise de fières vocalises et trouver des graves qui ne sont peut-être pas son registre le plus assuré.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-154946"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Arianna Venditelli et Wallis Giunta © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Encore plus redoutable, dans la deuxième partie, l’aria «&nbsp;Ei parte… Per pietà&nbsp;», véritable air d’opera <em>seria</em>, étonnant de la part de la petite jeune fille des premières scènes, ici écartelée entre son amour naissant (pour Ferrando) et son remords (de trahir Guglielmo). Air grandiose accompagné par l’octuor des bois, où la voix sinue entre des plongées vers le plus grave de la tessiture (jusqu’au <em>la</em> dièse) avant de s’exalter sur les sommets : un superbe récitatif accompagné, à la fois désespéré et passionné, incarnation de la maturité nouvelle du personnage, puis une <em>aria</em> noble et ardente, hérissée de sauts de notes tout aussi escarpés. C’est ici la belle étoffe vocale qu’on admire, le timbre chaud, les traits en triolets impeccables et la solidité jusqu’au bout (avec un court fléchissement ce soir-là sur un passage dans les graves, comme pour rappeler à l’auditeur que ce genre de performances vocales ne va pas de soi…)</p>
<h4><strong>Ambiguïtés</strong></h4>
<p>La Dorabella de <strong>Wallis Giunta</strong> mettra davantage de temps à convaincre. On est accoutumé dans les rôles de soprano 2 chez Mozart à des timbres plus charnus, plus chauds, notamment pour cette frivole Dorabella, que l’on pressent moins vertueuse que sa sœur. La voix est très proche de celle de Fiordiligi, et on croira entendre certaines acidités dans son premier air «&nbsp;Smanie implacabili&nbsp;». Déjà leur premier duetto, «&nbsp;Ah ! guarda sorella&nbsp;», les cueillant sans doute à froid toutes deux, n’avait pas eu la rondeur souhaitable, notamment dans les voix parallèles, et les arabesques finales, un peu rêches, avaient paru flotter quelque peu. En revanche leur duetto du second acte, «&nbsp;Prenderò quel brunettino&nbsp;», avec ses longues phrases à la tierce sera d’une musicalité et d’une drôlerie parfaites.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="927" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-6-1024x927.jpeg" alt="" class="wp-image-154949"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Robert Gleadow et Wallis Giunta © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Mais c’est dans son duo avec Guglielmo, «&nbsp;Il cor vi dono&nbsp;», que Wallis Giunta montrera le mieux les qualités et les couleurs de sa voix, sa chaleur, son sens de la ligne. Dans une séquence dont la subtilité et la mélancolie secrète sont un peu mises à mal par la mise en scène : Guglielmo y joue un jeu de dupes insinuant auquel Dorabella se laisse prendre en toute sincérité. Ici, tout se terminera par de torrides galipettes sur un lit, filmées en plongée depuis la passerelle (allusion à Loana et Jean-Edouard ?) Contraste entre l’image sans équivoque et la douceur des voix entrelacées. Entre la voluptueuse séduction de la voix de Robert Gleadow, sa musicalité (et la finesse des contrechants de violon) et son jeu pour le moins caricatural de dragueur basique.</p>
<h4><strong>Vérité et mensonge</strong></h4>
<p>C’est le moment où se révèle l’ambiguïté profonde de <em>Cosi fan tutte</em> : grâce au stratagème fomenté par Don Alfonso, naissent deux couples vocaux parfaits, le baryton avec le soprano 2 et le ténor avec le soprano 1. Mal apariés aux temps de leurs amours anciennes, les voici accédant sous le travesti à leur vérité musicale. La vérité par le mensonge en somme…<br>Son trouble, Ferrando, l’âme sensible, le montrera dans le très beau récitatif accompagné «&nbsp;Barbara !&nbsp;Perché fuggi ? » qui introduit l’aria de Fiordiligi «&nbsp;Per pietà&nbsp;», mais surtout dans sa grande scène «&nbsp;In qual fiero contrasto…. Tradito, scernito&nbsp;» qui répond au rondo de Guglielmo «&nbsp;Donne mie&nbsp;» (excellent Robert Gleadow qui retrouve là l’insolence du fringant Figaro qu’il fut sur la même scène).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="495" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-fan-tutte-c-Jean-Guy-Python-3-1024x495.jpg" alt="" class="wp-image-154942"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Arianna Vendittelli, Wallis Giunta, Marie Lys © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Le Ferrando de <strong>Pavel Petrov</strong> déploie dans cet air farouche tout l’éclat d’une voix très lyrique, à la fois projetée, solide et ensoleillée. C’est une voix mozartienne d’aujourd’hui, sincère et ardente, évidemment très éloignée des mellifluences viennoises de jadis. Son <em>aria</em> du premier acte « Un’aura amorosa… » avait déjà montré ses qualités de vaillance et la franchise de son timbre, auquel il ne manque qu’un rien de velouté peut-être.</p>
<h4><strong>Fosse et plateau</strong></h4>
<p>On a dit la qualité des ensembles. Les deux grands Finals, qui n’ont rien à envier à ceux des <em>Noces</em> et de <em>Don Giovanni</em>, ne sont qu’invention et changements de tempo. <strong>Rubén Amoretti</strong> (Don Alfonso) met sa prestance au service de ce théâtre de marionnettes dont il tire les ficelles en jouant habilement de la maturité de sa voix. Le final du premier acte, lancé par deux flûtes dialoguant avec les deux donzelles (très joli duetto sur « Ah, che tutta »), se résoudra après le faux suicide à l’arsenic par la pétulante apparition de Despina en costume orange de secouriste (succès garanti) et de sa <em>pietra mesmerica</em> (ici une colorature délirante de Marie Lys déchainée). On admire l’élégance avec laquelle Mozart et Diego Fasolis mènent le jeu. Il semble que plus les <em>lazzi</em> sur scène tournent à la farce, plus la musique est complexe, savante et décalée… Parfaite réussite collective, fosse et plateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/992feec_1686068113510-file72jfw4u4t7nx2hes2ex-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-155425"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub> ©&nbsp;Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Le Final de l’acte II, qui se terminera par une scène de mariage comme avait commencé l’opéra (avec pièce montée et invitées chapeautées de capelines), les deux garçons réapparaissant en officiers de marine, se teintera, en dépit des titubations de Guglielmo, d’une délicate mélancolie : on reviendra à l’ambiguïté initiale, mais Fiordiligi et Ferrando, les deux personnages les plus sincères, laisseront suggérer par l’inflexion d’on sait quelle couleur vocale, que désormais le ver est dans le fruit…</p>
<p>Sur les écrans au premier plan, apparaîtra un triple message : « Si vous voulez que les couples d’origine se reforment tapez 1, si vous voulez que Ferrando épouse Fiordiligi tapez 2, si vous voulez que Guglielmo épouse Dorabella tapez 3… »</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-lausanne/">MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Nov 2023 06:34:50 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=149665</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après avoir recouru à la mise en scène d’Ivan Alexandre pendant plusieurs saisons, l’Opéra Royal du Château de Versailles se dote de sa propre production de Don Giovanni. Le metteur en scène retenu pour l’occasion, Marshall Pynkoski, a souhaité insister sur le caractère enjoué du chef d’œuvre de Mozart, cette « pièce de théâtre comique &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Après avoir recouru à la mise en scène d’Ivan Alexandre pendant plusieurs saisons, l’Opéra Royal du Château de Versailles se dote de sa propre production de </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Giovanni</span></i><span style="font-weight: 400;">. Le metteur en scène retenu pour l’occasion, </span><b>Marshall Pynkoski, </b><span style="font-weight: 400;">a souhaité insister sur le caractère enjoué du chef d’œuvre de Mozart, cette « pièce de théâtre comique » (</span><i><span style="font-weight: 400;">dramma giocoso</span></i><span style="font-weight: 400;">), en y insufflant son esthétique d’un parfait classicisme. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La structure scénographique de </span><b>Roland Fontaine, </b><span style="font-weight: 400;">reprise du </span><i><span style="font-weight: 400;">Giulietta e Romeo </span></i><span style="font-weight: 400;">de Zingarelli présenté il y a quelques semaines dans cette même maison, constitue l’unique fond de décor. Les personnages y vont et viennent, utilisant portes et fenêtres à leur disposition, dans un tourbillon parfaitement cadencé. La scène d’ouverture est vertigineuse, et, un peu plus tard dans la soirée, le sextuor de l’acte II donne lieu à de virtuoses mouvements avec une parfaite synchronisation entre la musique et l’entrain des chanteurs. Pour autant, et peut-être encore davantage que dans ses mises en scène précédentes, Marshall Pynkoski travaillé au plus près la direction d’acteurs, la chorégraphiant presque. La scène dans laquelle Donna Anna reconnaît le meurtrier de son père devant Don Ottavio est à ce titre éblouissante, se joignant à la perfection au récitatif accompagné.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Symboles d’une production soignée jusqu’au moindre détail, les très belles chorégraphies proposées par </span><b>Jeannette Lajeunesse Zingg</b><span style="font-weight: 400;"> et les huit danseurs du </span>Ballet de l’Opéra Royal<span style="font-weight: 400;"> sont également à signaler. Combien de productions de </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Giovanni</span></i><span style="font-weight: 400;"> présentent une danse paysanne de l’acte I aussi ciselée que celle de ce soir ? À de rares instants pourtant, cette débauche de mouvements, de costumes et de danses n’est pas loin de frôler l’indigestion : le début du finale du premier acte, où l’on voit de jeunes serveurs danser avec leurs plateaux est à ce titre un peu inutile. Les magnifiques costumes XVIIIe siècle dessinés par </span><b>Christian Lacroix</b><span style="font-weight: 400;"> mettent en valeur les différents personnages et leurs disparités sociales : du noir et du rouge pour les aristocrates, du multicolore pour les paysans. Au final, la production tient son objectif : proposer une mise en scène de répertoire lisible, esthétiquement soignée et vivante.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="720" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IR94419.jpg" alt="" class="wp-image-150766"/><figcaption class="wp-element-caption"><kbd><sub>© Ian Rice</sub></kbd></figcaption></figure>


<p><span style="font-weight: 400;">La distribution réunit de jeunes chanteurs, dont certains font leurs débuts dans leur rôle. Tous investis et talentueux, aucun ne va cependant au bout des exigences de son personnage, le stress d’une première expliquant peut-être cela. </span><span style="font-weight: 400;">Le Don Giovanni de </span><b>Robert Gleadow</b><span style="font-weight: 400;"> est tout aussi brut de décoffrage et carnassier que l&rsquo;étaient ses Figaro et Leporello, vus à Versailles à plusieurs reprises. Comme souvent avec le baryton-basse canadien, on admire la présence scénique, qui envahit l’espace presque jusqu’à saturation, tout en restant un peu sur sa faim vocalement (« Fin ch&rsquo; han dal vino » trop précipité, « Deh, vieni alla finestra » manquant de douceur). Le contraste est fort avec le Leporello au chant très soigné de </span><b>Riccardo Novaro</b><span style="font-weight: 400;">, irrésistible dans les récitatifs. Après avoir incarné Zerlina, </span><b>Florie Valiquette</b><span style="font-weight: 400;"> fait ce soir de beaux débuts en Donna Anna, en dépit d’une entrée quelque peu tendue. Son investissement fait merveille dans le récitatif accompagné précédant </span><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Or sai chi l&rsquo;onore</span><span style="font-weight: 400;"> », et son timbre cristallin et son aisance dans l’aigu irradient son aria de l’acte II. Privé de « </span><span style="font-weight: 400;">Il mio tesoro</span><span style="font-weight: 400;"> », </span><b>Enguerrand de Hys </b><span style="font-weight: 400;">est un Don Ottavio affirmé, et les très beaux ornements de son </span><span style="font-weight: 400;">« Dalla sua pace » illustrent une musicalité parfaite. </span><span style="font-weight: 400;">On connaissait la Donna Elvira impétueuse d’</span><b>Arianna Vendittelli</b><span style="font-weight: 400;"> de la production Minkowski / Alexandre. Plus posée dans cette nouvelle production, elle trouve de beaux accents tragiques dans </span><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Mi tradi</span><span style="font-weight: 400;"> », qui la voit toutefois puiser dans ses extrêmes limites du registre aigu.</span><span style="font-weight: 400;"> La Zerlina d’</span><b>Éléonore Pancrazi, </b><span style="font-weight: 400;">idéale de simplicité, est une belle découverte, tout comme la Masetto de </span><b>Jean-Gabriel Saint-Martin</b><span style="font-weight: 400;"> et le Commandeur de </span><b>Nicolas Certenais</b><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p><b>Gaétan Jarry</b><span style="font-weight: 400;"> dirige l’ensemble avec une énergie impressionnante et communicative, parfaitement en phase avec la mise en scène : beauté des enchaînements, belle attention aux ensembles. Sur instruments anciens, l’</span>Orchestre de l’Opéra Royal<span style="font-weight: 400;"> n’atteint toutefois pas toujours la cohésion nécessaire, notamment les cordes, comme en témoigne un début de finale de l’acte I un rien désordonné. L’ensemble, encore jeune, gagnera sans doute en précision au fil des quatre représentations, et certains pupitres brillent d’ores-et-déjà, notamment la flûtiste </span><b>Gabrielle Rubio</b><span style="font-weight: 400;">. Quelques lauriers enfin pour le </span><i><span style="font-weight: 400;">continuo</span></i><span style="font-weight: 400;"> renversant et humoristique de </span><b>Ronan Khalil</b><span style="font-weight: 400;"> : quelle beauté dans l’accompagnement à la tierce de la mandoline dans la Sérénade de l’acte II !</span></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
