Forum Opéra

Aix 2026 : cinq regards sur l’humanité, du conte mozartien au mythe straussien

Partager sur :
Brève
12 décembre 2025

Essentiellement imaginée par Pierre Audi, mais mise en œuvre par Bernard Foccroulle puis Ted Huffman suite au décès brutal du metteur en scène et directeur de théâtre en mai dernier, la 78e édition du Festival d’Aix-en-Provence mettra l’accent sur des œuvres confrontant leurs protagonistes à des parcours initiatiques qui les amènent à une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Pas moins de quatre opéras mis en scène et deux ouvrages en version de concert seront proposés aux festivaliers.

Le festival s’ouvrira avec une nouvelle production de Die Zauberflöte (la première depuis 20 ans à l’Archevêché) confiée au metteur en scène Clément Cogitore et au chef d’orchestre Leonardo García-Alarcón, lequel dirigera pour la première fois l’ouvrage, sortant ainsi de son répertoire baroque traditionnel. Clément Cogitore envisagera l’œuvre comme un passage de l’enfance à l’âge adulte et s’appuiera sur une scénographie légère, utilisant des images projetées dans un style mêlant théâtre de tréteaux et lanternes magiques. La distribution inclut des chanteurs aguerris et des artistes plus jeunes dont certains sont passés par l’Académie du festival : Sabine Devieilhe en Reine de la Nuit, Brindley Sherratt en Sarastro, et les débuts aixois de Ying Fang (Pamina), Mauro Peter (Tamino) et Sean Michael Plumb (Papageno).

Die Frau ohne Schatten sera sans doute le morceau le plus spectaculaire de l’été. Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal y explorent l’accession à l’humanité à travers le personnage de l’impératrice qui doit acquérir une ombre pour accéder à la maternité. Familier du Strauss symphonique, Klaus Mäkelä, rare en fosse, dirigera cette œuvre pour la première fois et sera à la tête du Chœur et de l’Orchestre de Paris. La mise en scène de Barrie Kosky visera elle-aussi l’épure et l’intensité, pour se concentrer sur le parcours des personnages. La distribution vocale est ici qualifiée de « cinq étoiles », affichant Vida Miknevičiūtė (l’Impératrice), Tamara Wilson (la Teinturière), Nina Stemme (la Nourrice), Michael Spyres (l’Empereur) et Brian Mulligan (Barak).

Créé en 2019 in loco, le spectacle de Roméo Castellucci autour du Requiem de Mozart sera repris cet été après avoir été joué avec un immense succès à Bâle, Bruxelles ou encore Barcelone (pour ne citer que les villes dont le nom commence par un « B »). Comme en 2019, Raphaël Pichon sera à la tête de l’ensemble Pygmalion. La distribution est toutefois différente, affichant une nouvelle génération de solistes : Mélissa Petit, Beth Taylor, Duke Kim et Alex Rosen.

La création reste un des moteurs du festival avec cette année, Francesco Filidei. On doit au compositeur italien L’Inondation (donnée notamment Salle Favart) et Il Nome della rosa (créé en mai à la Scala, et qui devrait être repris à l’ONP dans quelques saisons). Son nouvel opus sera un opéra de chambre, Accabadora, d’après un roman de Michela Murgia. L’Accabadora (en français la dame de la bonne mort) est une figure féminine plus ou moins légendaire des traditions de la Sardaigne (le compositeur étant lui-même à moitié sarde) laquelle était amenée à abréger les jours d’un mourant, à la demande de membres d’une famille ou de l’intéressé. Le livret combinera les langues italienne et sarde. La distribution inclut Anna-Sophie Neher et Rachel Masclet dans une mise en scène de Valentina Carrasco. L’ouvrage sera donné dans le cadre intime du Théâtre du Jeu de Paume qui accueillera également El Cimarrón. L’œuvre de Hans Werner Henze est basée sur l’histoire authentique d’un esclave cubain évadé (ce qu’on appelait le crime de marronnage à l’époque coloniale). D’une durée d’une heure et demie environ, il sera donné en anglais et cette résurrection coïncide avec le centenaire du compositeur.

Les Vêpres siciliennes seront données en concert dans leur version originale française sous la direction de Daniele Rustioni à la tête du Chœur et de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon. John Osborn sera Henri, et Nicola Alaimo son père Guy de Montfort. Après Norma, Karine Deshayes se lancera dans un nouvelle prise de rôle ambitieuse avec la duchesse Hélène. Christian Van Horn sera Procida. Toujours en concert, Le Château de Barbe-Bleue sera également dirigé par Klaus Mäkelä à la tête de l’Orchestre de Paris. Judith sera Irene Roberts et Barbe-Bleue Gerald Finley. Le festival proposera une multitude de concerts classiques (Pierre-Laurent Aimard, le concert final de la Résidence Instruments) ou de jazz et musiques du monde (Samara Joy, Karim Sulayman, l’Aga Khan Master Musicians, Layale Chaker & Sarafand, Klangforum Wien). Enfin, on signalera un certain nombre de récitals ou concerts vocaux : Sonya Yoncheva (dans un programme baroque), Benjamin Bernheim, Michael Spyres, Ailyn Pérez, Stéphane Degout (pour des lieder orchestrés sous la direction de Raphaël Pichon). Deux concerts de la Résidence Voix permettront de découvrir de nouveaux talents lyriques.

Suite aux bons résultats de l’année 2025, la situation financière du festival s’est bien améliorée, mais la nécessité de « réduire la voilure » a été mentionnée, sans que les impacts spécifiques ne soient précisés, mais sans compromis sur la qualité artistique. La programmation de l’année 2027 devrait être un mixe des projets lancés par Pierre Audi et ceux de Ted Huffman. Interrogé sur ses ambitions pour 2028, l’auteur et metteur en scène new yorkais a rappelé qu’il ne prenait ses fonctions qu’en janvier, mais que ses projets seraient animées par une volonté de création, de rajeunissement des talents et de simplicité, à l’image de ses propres spectacles : une volonté qui semble bien en phase avec ces contraintes budgétaires.

Plus d’information sur Festival d’Aix-en-Provence | 2 — 21 JUILLET 2026

(brève complétée le 12 décembre à 18h20)

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Mehr Licht !
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

[themoneytizer id="121707-28"]