Au secours, Florence Foster Jenkins revient !

Par Christophe Rizoud | lun 03 Décembre 2012 | Imprimer


Depuis plus d’un demi-siècle, son interprétation de l’air de la Reine de la nuit fait la joie des mélomanes de tout poil. Il était temps de se pencher sur le cas de Florence Foster Jenkins qui, après s’être auto-déclarée soprano colorature, cassa les oreilles de la haute-société new-yorkaise plusieurs années durant. Elle aurait même inspiré à Hergé le personnage de la Castafiore. Née Narcissa Florence Foster en 1868 en Pennsylvanie, elle manifesta très jeune un goût pour la musique contre lequel son père puis son mari, Frank Thornton Jenkins, luttèrent en vain. Elle divorça du second en 1902 et hérita du premier en 1909, mettant à profit la fortune léguée pour financer sa carrière de cantatrice. Son récital annuel dans la salle de bal du Ritz-Carlton faisait courir le tout New-York des années 1930, avide de distractions particulières. Les rires fusaient, parait-il, d’un bout à l’autre du concert mais Florence Foster Jenkins, convaincue de son talent, n’en tenait pas compte. Pourquoi aurait-elle douté de sa virtuosité quand, face à l’affluence, elle se voyait contrainte de sélectionner elle-même son public ? Sa mégalomanie lui ouvrit en 1944 les portes de Carnegie Hall qu’elle remplit jusqu’au dernier strapontin. Un mois plus tard, elle mourait d’une crise cardiaque causée selon certains par les critiques dont elle fut l'objet. Un enregistrement réalisé en 1941 donne un aperçu de son art : fausses notes, décalages et couinements. Comme elle exprimait ses doutes à propos d’une note à la fin d'un air, on lui aurait diplomatiquement répondu qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour une simple note. Cette anecdote, entre de nombreuses autres, est reprise dans Souvenir (Colorature en français), une pièce de théâtre écrite en 2005 par l’auteur américain Stephen Temperley, qui après avoir triomphé à Broadway, s’installe pour une dure indéterminée au Théâtre du Ranelagh à Paris, dans une traduction française de Stéphane Laporte. Interprété par Agnès Bove, soprano à laquelle revient la difficile tâche de chanter faux, et Grégori Bacquet dans le rôle du pianiste et accompagnateur attitré Cosme McMoon, ce texte, plus tendre que féroce, donne un visage humain à celle qui demeure pour la postérité un monstre vocal. [Christophe Rizoud]
Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste de Stephen Temperley, texte français Stéphane Laporte, Mise en scène d’Agnès Boury avec Agnès Bove et Grégori Baquet. Théâtre Le Ranelagh, Paris.
 

 

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