On savait Barbara Hannigan capable de chanter en dirigeant. À Rotterdam, elle complique encore l’exercice : elle chantera, dansera et dirigera en même temps.
Du 8 au 11 octobre au Nieuwe Luxor Theater, la soprano et cheffe canadienne est au cœur de La Mer, création conçue et chorégraphiée par Nanine Linning pour le Scapino Ballet Rotterdam.
Elle commence la soirée sur scène, silencieuse, avant de descendre dans la fosse pour prendre la tête du Rotterdam Philharmonic Orchestra. Elle y dirige pour la première fois La Mer et Sirènes de Debussy, cette dernière avec les seize chanteuses du Laurens Collegium.
Puis il faut la faire remonter. Littéralement : elle est hissée hors de la fosse pour rejoindre les danseurs.
Dans Abyssal, nouvelle œuvre de Yannis Kyriakides pour soprano, électronique et orchestre, elle chante et danse tout en continuant à diriger les musiciens restés en contrebas, grâce à des signaux électroniques intégrés à la partition. Kyriakides signe également Measure of the Sea, autre création mondiale au programme.
« Je n’ai encore jamais été sollicitée pour quelque chose d’aussi complet », reconnaît la soprano. Autour d’elle : 25 danseurs, seize chanteuses, un orchestre symphonique, de la vidéo et plus de quatre-vingts costumes du créateur japonais Yuima Nakazato.
La Mer confronte l’océan rêvé par Debussy à celui d’aujourd’hui, menacé par le réchauffement, les microplastiques et les zones privées d’oxygène. Chez Linning, les sirènes incarnent notre appétit pour le « toujours plus ».
Autre première pour Hannigan : elle avait déjà chanté avec le Rotterdam Philharmonic, mais ne l’avait encore jamais dirigé.
À 55 ans, elle ajoute donc la danse à ses talents de soprano et de cheffe d’orchestre.
À Rotterdam, même la fosse ne suffit plus à la contenir !

