Il aurait eu 60 ans aujourd’hui. Et l’on mesure, dix ans après sa disparition, combien Brian Asawa manque encore au paysage lyrique. Né à Fullerton, en Californie, en 1966, et élevé à Los Angeles, le contre-ténor américain avait fait irruption dans le monde de l’opéra au début des années 1990 avec un timbre lumineux et charnu, d’une sensualité presque troublante.
Premier contre-ténor à remporter, en 1991, le Metropolitan Opera National Council Auditions au niveau national, il rejoignit l’année suivante le prestigieux Adler Fellowship de l’Opéra de San Francisco, après être passé par le Merola Opera Program. En 1994, il fut l’un des lauréats du premier prix d’Operalia, qu’il partagea notamment avec José Cura.
Pour qui suivait de près sa carrière, Brian Asawa refusait de ressembler au contre-ténor que l’on attendait de lui. Monteverdi, Haendel ou Mozart, bien sûr, mais aussi Britten — son inoubliable Obéron du Songe d’une nuit d’été —, Moussorgski, Stravinsky, Ligeti, Eötvös ou Johann Strauss : de Boris Godounov au Grand Macabre, de The Rake’s Progress à Angels in America, il multiplia les expériences singulières, passant du baroque à la modernité avec une liberté peu commune.
Il rêvait même de Tancrède, d’Arsace (Semiramide) ou de Smeton (Anna Bolena), et s’amusait à imaginer ce que sa voix pourrait encore inventer : Elektra, ou même Liù dans Turandot, dans les plus audacieux de ses songes.
Chez Asawa, le contre-ténor n’était jamais une frontière, mais un territoire à agrandir.
Sa disparition, le 18 avril 2016, à 49 ans, interrompit brutalement une trajectoire qui semblait encore pleine de promesses.

