Canticles de Britten, tout (ou presque) pour Cyrille Dubois

Par Laurent Bury | lun 19 Janvier 2015 | Imprimer

Samedi 17 et dimanche 18 janvier, l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille proposait d’entendre l’intégralité des cinq Canticles composés par Benjamin Britten entre 1947 et 1974, soit pratiquement du début à la fin de sa carrière. Dans ces œuvres denses, parfois austères, la voix est plus que jamais à l’honneur, surtout celle du fidèle compagnon, créateur de toutes ces pièces, le ténor Peter Pears. Le baryton n’étant sollicité que pour la quatrième de ces cinq pièces, Stéphane Degout fait ici figure de guest star. Il est devenu courant que le contre-ténor requis par ce même « Journey of the Magi » se substitue à la voix de contralto prévue dans « Abraham and Isaac » (créé en 1952 par Kathleen Ferrier) : Xavier Sabata ne peut s’empêcher de théâtraliser cette musique de chambre prévue pour le concert, mais l’on ne s’en plaindra pas. Enfin, dans les premier, troisième et cinquième Canticles, le ténor est seul maître à bord, et Cyrille Dubois s’impose une fois de plus comme une évidence, dans un répertoire qui paraît écrit pour lui : raffinement des nuances, style impeccable et déclamation convaincue, l’émotion jouant à armes égales avec la discipline vocale dans le mystérieux « The Death of Saint Narcisus ». Le corniste Vladimir Dubois – aucune parenté avec Cyrille, semble-t-il – dialogue uniquement avec le ténor pour « Stil Falls the Rain ». La présence d’un harpiste étant requise pour le cinquième Canticle, Emmanuel Ceysson est également chargé d’interpréter la brillante Suite pour harpe seule de Britten dans la première partie de soirée. Enfin, la pianiste Anne Le Bozec contribue par son jeu plein de retenue au climat de recueillement de ce concert, superbe hommage à un compositeur que la France ne célébra guère en 2013, l’année de son centenaire.