Rééditions Sony Classical : pluie de pépites verdiennes

Par Julien Marion | ven 07 Novembre 2014 | Imprimer

Nouvelle salve de rééditions d’intégrales d’opéras chez Sony Classical. On signalera plus particulièrement un carré verdien de fort belle facture. Le Trouvère enregistré par Zubin Mehta 1969 avec le New Philharmonia Orchestra figure parmi les enregistrements studio les plus homogènes d’une discographie pourtant riche. Avec la Leonora divine (et très en voix) de Leontyne Price, le Manrico passionné de Placido Domingo, l’Azucena opulente de Fiorenza Cossotto et le Luna robuste de Sherill Milnes, côté distribution, c’est du premier choix. La direction animée et nerveuse du jeune Mehta ne gâche rien, bien au contraire : une vraie réussite.

On reste au même excellent niveau avec l’Otello enregistré par James Levine en 1978, avec le New Philharmonic Orchestra. Le chef se situe clairement dans la filiation toscaninienne, et propose une direction au scalpel, d’une tension jamais démentie. On retrouve Domingo pour son premier Otello de studio, sans doute son meilleur. La voix est encore en mesure de soutenir les défis insensés du rôle, et l’interprétation reste surveillée. Iago est campé par Sherill Milnes, aussi riche de voix qu’il est pauvre d’idées. Surtout, ce Maure a la chance d’avoir pour partenaire en Desdemone une Renata Scotto qui livre ici une leçon de chant verdien, débordant d’intelligence vocale (à défaut d’opulence). Un enregistrement qui se bonifie avec le temps.

On ne sait pas où classer le Falstaff atypique enregistré par Leonard Bernstein pour CBS à la tête de l’orchestre philharmonique de Vienne en 1966. La direction, géniale jusque dans ses excès, joue à fond la carte du théâtre, et pousse les vénérables Wiener dans leurs derniers retranchements. Le Pancione de Fischer-Dieskau est assurément bien peu latin, mais pour le génie du mot, il ne craint personne. Le reste de la distribution ne déchoit pas, entre la Quickly impayable de Regina Resnik, le Ford délectable de Rolando Panerai, sans oublier l’Alice délicieuse d’Ilva Ligabue : une version pour laquelle on avoue de coupables penchants.

On placera un cran derrière l’Aïda enregistrée avec les forces de l’Opéra de Rome en 1955 sous la baguette professionnelle de Jonel Perlea pour le compte de RCA. Certes, Jussi Björling est royal en Radamès, mais un peu froid, Leonard Warren exhibe sa robustesse en Amonasro et Boris Christoff est un Ramfis de luxe. Côté dames, en revanche, on est moins à la fête : en dépit de ses moyens encore flatteurs, Zinka Milanov s’approche ici de son automne. Surtout, son chant apparaît irrémédiablement daté. Quant à Fedora Barbieri, elle plafonne vite en Amnéris.

 

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