Voilà longtemps qu’on n’avait pas vu une telle affiche à l’Opéra de Paris, surtout dans une œuvre aussi exigeante qu’Un ballo in maschera où pas moins de cinq grandes voix sont requises*. Autour d’Anna Netrebko en Amélia, une première distribution réunit ce que l’on fait de mieux aujourd’hui dans ce répertoire. Deux dates surtout étaient dans le collimateur des aficionados car rehaussées par la présence de Ludovic Tézier. Peu de jours avant la première, la défaillance de l’autre baryton prévu, remplacé par Etienne Dupuis, a soudain élargi le champ des possibles.
Ce dernier opte pour un Renato humain, charnel, gouverné par ses sentiments. La voix, projetée, claire, mobile, privilégie l’élan dramatique et la couleur expressive. Le chant est vif-argent, l’accent appuyé, l’aigu franc et le personnage apparaît d’abord vulnérable, candide presque. Sa désillusion n’en sera que plus cruelle.
De son côté, Ludovic Tézier incarne la grande tradition du baryton verdien. Le timbre sombre et dense, l’émission parfaitement centrée et le legato souverain dessinent un Renato d’autorité, redoutable avant même d’être trahi. La jalousie se vit dans l’orgueil, la blessure est d’amour-propre. « Eri tu » devient une méditation noble à la violence contenue, sculptée à même le marbre. Le sang en sera le prix.
Alors Dupuis ou Tézier ? les deux approches sont valables – et c’est une chance de bénéficier de deux propositions différentes à ce même niveau de qualité. Puis, choisir n’est plus possible, faute de représentations à venir avec Étienne Dupuis (la dernière était ce lundi, 2 février). Il reste en revanche quatre dates avec Ludovic Tézier (8, 11, 14 et 17 février mais une seule – le 8 – avec Anna Netrebko,). Un nouveau Renato – Ariunbaatar Ganbaatar – est attendu sur la scène de la Bastille à compter du 20 février, avec – qui sait ? – une nouvelle manière d’interpréter les maris trompés.
* lire le compte rendu de Christian Peter


