Vertiges et beautés du Mai Baroque à Lyon

Par Fabrice Malkani | mar 22 Mai 2012 | Imprimer

Regroupant Le Concert de l'Hostel Dieu, Il Delirio Fantastico, l'Ensemble Céladon et l'Ensemble Boréades, le Mai Baroque de Lyon a présenté du 17 au 20 mai 2012 quatre spectacles propres à faire aimer du public un répertoire souvent considéré comme difficile d'accès. Sans renoncer à aucune exigence de leur art, les interprètes ont choisi un parti pris de convivialité, à travers les adresses au public, leurs explications et présentations, et une rencontre en fin de soirée autour d'un verre. Le 19 mai, l'Ensemble Céladon a permis de partager l'émotion profonde et les vertiges suscités par les sonorités de la langue portugaise portées par la voix limpide et remarquablement sonore du contre-ténor Paulin Bündgen, accompagné par les merveilleux instrumentistes - les gambistes Éleanor Lewis-Cloué et Luc Gaugler, le luthiste Rémi Cassaigne (qui joue aussi d'une petite guitare), et les envoûtantes percussions exotiques (et métissées) de Ludwin Bernaténé. Solennité du chant savant et rythmes entraînants de la musique populaire y alternent dans cette présentation de toutes les facettes de la musique de la Renaissance portugaise, dont les dernières notes semblent toujours des questions restant en suspens.
Le dernier soir, il s'agissait d'une performance mise en espace par Pierre-Alain Four (directeur artistique de l'Ensemble Boréades). Dans la même chapelle baroque du Sacré-Cœur, on assistait au passage de la parole au chant, à la juxtaposition de l'œuvre ancienne (Bach) ou moderne (André Caplet, Petr Eben, Kodaly) et du texte contemporain posant la question de l'art, de l'artiste et du statut du public. Plongée dans l'ivresse baroque des voix talentueuses de Delphine Ardiet, Caroline Adoumbou-Marmond, Fanny Mouren, oscillation constante entre l'abandon à la musique lié à l'élévation spirituelle (Hager Hanana, au violoncelle baroque, d'abord lointaine et invisible, puis assise juste devant les spectateurs, virtuose et recueillie à la fois) et la distanciation quasi brechtienne provoquée par un texte qui interpelle le public, s'adressant à lui tout en parlant de l'essence de l'art. Splendide déambulation des cantatrices, prenant peu à peu possession de l'ensemble de la chapelle, situées tout à tour au-dessus (et la musique semble alors sourdre de la pierre), devant, sur les côtés, derrière - surplombant le public, l'enveloppant de leurs voix, se mêlant à lui. Les auditeurs saluent avec enthousiasme cette belle réussite d’une entreprise audacieuse. [FM]
 
 
 
 
 

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