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Jessye Norman – Les inédits

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CD
31 mars 2023
Une grande dame en son jardin

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

 

Détails

Jessye Norman – The Unreleased Masters

CD 1

Richard Wagner

Tristan und Isolde, extraits

Isolde

Jessye Norman

Tristan

Thomas Moser

Brangäne

Hanna Schwartz

Le pilote

Ian Bostridge

Orchestre du Gewandhaus de Leipzig

Direction musicale

Kurt Masur

Enregistré à Leipzig en mars-avril 1998

 

CD 2

Richard Strauss

Quatre derniers lieder

Richard Wagner

Wesendonck Lieder

Jessye Norman

Soprano

Orchestre philharmonique de Berlin

Direction musicale 

James Levine

Enregistré à Berlin en mai 1989 et juin 1992

 

CD 3

Joseph Haydn

Scena di Berenice

Hector Berlioz

La mort de Cléopâtre

Benjamin Britten

Phaedra

Jessye Norman

Soprano

Orchestre symphonique de Boston

Direction musicale 

Seiji Ozawa

 

Coffret de 3 CD Decca 485 2984, 2h45′

 

Il y en eut, des rumeurs sur ces bandes inédites de Jessye Norman. On prétendit qu’elle avait enregistré tout le Tristan de Wagner, puis seulement des extraits, mais où elle aurait tenu à la fois les rôles de Brangäne et d’Isolde. On argua même qu’il existait une intégrale d’Elektra de Strauss sous la baguette de Claudio Abbado, malgré les dénégations répétées de tous ceux qui avaient travaillé avec le maestro. Trois ans et demi après la disparition de la diva, les mirages se dissipent, et nous voila confrontés avec la réalité. Pas d’intégrale cachée au fond d’une cave, mais des extraits substantiels du Tristan de Wagner, les Quatre dernier lieder de Strauss et les Wesendonck de Wagner, et un CD regroupant la Mort de Cléopâtre de Berlioz, la Berenice de Haydn et la Phèdre de Britten. Et finalement, au contraire de ce qui se passe d’habitude, la réalité dépasse les rêves pour ce qui est de la splendeur.

© DR

C’est vers le Tristan und Isolde que les lyricomanes se précipiteront d’abord. Non que le reste soit sans intérêt, on y reviendra. Mais l’aura mythique de l’œuvre, les antécédents wagnériens de la chanteuse, et les fantasmes qui ont entouré cette tentative (et surtout son inachèvement) ont aiguisé une curiosité légitime. Aucun artifice au final : ce sont des extraits assez classiquement sélectionnés, avec un titulaire pour chaque rôle (quel sens y aurait-il eu à fusionner Brangäne et Isolde en un seul personnage ?), et une distribution qui est bien plus qu’un faire-valoir pour la grande Jessye. A commencer par Kurt Masur et son Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, si rares à l’opéra. Le chef allemand séduit par une lecture cursive, rapide (un « Liebestod » de 6 minutes 15 !), qui allège constamment le propos sans tomber dans la superficialité, avec une mise en valeur de chaque pupitre, loin de la mélasse wagnérienne habituelle. Son sens dramatique et l’attention portée au texte, avec un orchestre qui ne couvre jamais les voix, révèle le grand chef d’opéra que Masur aurait pu être s’il avait fait d’autres choix de carrière. Il veille aussi à maintenir l’équilibre entre les éléments de sa distribution, même lorsque leurs moyens diffèrent. Il ménage un espace autour de Thomas Moser pour que ce dernier existe face à Norman. Et son Tristan, même s’il est loin du format héroïque, n’en est pas moins artistement réalisé et profondément touchant. Le pilote du jeune Ian Bostridge est un luxe absolu, et seule la Brangäne de Hanna Schwarz déçoit un peu dans ses appels, curieusement fâchés avec la justesse. Reste Isolde, celle qu’on attendait depuis si longtemps. Elle comblera, à condition de ne pas la comparer à ses devancières. Inutile en effet d’attendre une soprano torrentielle, hochdramatisch, qui mette ses pas dans ceux de Flagstad, Nilsson ou même Stemme aujourd’hui. Norman n’en a ni les moyens ni l’envie. Son Isolde est définitivement lyrique, une amoureuse plus qu’une femme offensée, avec un sens du legato souverain et une musicalité qui convaincront ceux qui restent de marbre face à l’art de Wagner tant elle y met de séduction et de tendresse. Les puristes noteront bien l’un ou l’autre aigu difficile, voire arraché, mais que pèsent ces peccadilles face à une incarnation aussi humaine ? 66 minutes de pur bonheur, juste un peu gâtées par des coupures au milieu du grand duo. Les extraits devaient être à l’origine plus généreux, mais il semble que les sessions d’enregistrement, qui datent de 1998, aient été interrompues à cause d’une mésentente entre la soprano et le chef. On avoue n’en percevoir aucun écho dans le produit final.

Jessye Norman © DR
© DR

Le deuxième CD est moins original, en ce sens qu’il offre des pièces que Norman comptait déjà dans sa discographie officielle. Les Quatre derniers lieder de Strauss, dont elle avait signé la version de référence avec Masur chez Philips au début des années 80, et les Wesendonck Lieder de Wagner, gravés en 1976 avec le London Symphony Orchestra et Colin Davis. Les prises présentées ici datent de 1992. On ne peut pas vraiment dire qu’elles témoignent d’un approfondissement de la part de la chanteuse. Le matériau vocal apparait même un rien diminué, avec des passages de registres plus difficiles et quelques raucités qui pourront déplaire. Cela reste néanmoins d’excellent niveau, et James Levine nous rappelle quel incroyable accompagnateur il fut, surtout à la tête des Berliner Philharmoniker. L’entente entre le chef et les musiciens est parfaite, et le violon solo de « Beim Schlafengehen » est à se damner. Il faudra un jour réevaluer les disques de l’attelage Berlin-Levine, mais ceci est un autre débat. Le troisième et dernier CD est construit autour du thème de l’Antiquité, et de trois figures féminines: la Bérénice de Haydn, la Cléopâtre de Berlioz et la Phèdre de Britten. Si la cantate de Berlioz avait déjà été enregistrée avec Daniel Barenboim, le CD n’en reste pas moins un indispensable, parce que l’identification de Jessye à ces figures antiques est totale, et que l’osmose entre texte, vocalité, langue et accompagnement orchestral y atteint des sommets. Sous la baguette d’un Seiji Ozawa visiblement emballé par sa chanteuse, l‘Orchestre symphonique de Boston se glisse dans les trois styles des œuvres avec une souplesse couleuvrine. La Phèdre de Britten, un des derniers opus du compositeur, reçoit enfin une interprétation a la hauteur de sa subtilité, et sera une révélation pour beaucoup.

Il n’y a pas de doute que la parution de ce coffret alimentera les discussions. A-t-on le droit, post mortem, de publier des enregistrements qu’un artiste ne souhaitait pas révéler au public? Le débat est pertinent et complexe. Sans prétendre apporter de réponse définitive, nous nous contenterons de souligner que ces trois disques ne font qu’ajouter à la gloire d’une des artistes les plus éminentes de notre époque, et qu’ils sont des acquisitions indispensables pour ses admirateurs.

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Richard Wagner

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Richard Strauss

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