Quel vivaldien ne connaît pas Federico Maria Sardelli ? Reconnu pour son travail musicologique, le mieux informé, pour sa connaissance de Vivaldi, dont il poursuit l’enrichissement du catalogue (*), pour ses qualités de direction et l’abondance de ses enregistrements, sans oublier ses talents d’historien – romancier ? Son témoignage est une somme. Pour être relativement nombreuses (Alessandro Scarlatti en laisse plus de 400), les cantates pour soprano sont de petits bijoux. Les enregistrements publiés par Tactus réunissent ceux diffusés en leur temps sous le même label, parfois repris (Brilliant). Méthodiquement conduite, cette intégrale, avec son ensemble Modo Antiquo, avec le même ingénieur du son, relève d’une unité de conception manifeste. Si on se réjouit de la présence de deux cantates récemment découvertes (RV 796 & 799), on s’interroge sur les raisons qui ont conduit à écarter les RV 649, 650, 663 et 666 (**). Chaque CD réunit 6 cantates.
Toutes comportent deux arias, séparées par un récitatif (***), ou bien sont fréquemment introduites par un autre, ce qui aboutit alors à quatre mouvements. Les récitatifs sont d’une vie singulière et captivent autant que les arias, même si la virtuosité trouve matière à se déployer dans celles-ci. Le figuralisme est constant, servant l’expression avec bonheur. Les trois premiers volumes rassemblent les cantates écrites pour soprano et basse continue, le dernier celles faisant appel à un ensemble instrumental plus fourni. Le chef tient la partie de traverso lorsque la partition y fait appel. Sans pour autant mépriser les trois premiers enregistrements, il est manifeste que l’écrin orchestral offert à la voix de Nicki Kennedy pour celles du quatrième CD offre des séductions sans pareilles.
Le continuo, confié le plus souvent à un violoncelle, à un théorbe (passant parfois à la guitare baroque) et au clavecin, stylistiquement idéal, est pleinement investi, avec un violoncelle (Bettina Hoffmann) aussi ardent et fougueux que tendre. Tout juste est-on surpris que le clavecin, dans toutes les œuvres, soit aussi discret, relégué par la prise de son derrière le violoncelle et le théorbe (ou la guitare pourTra l’erbe i zeffiri, RV 669). L’orchestre, riche de ses cordes (les soli de violon en sont remarquables dans les RV 680 et 681), de deux chitarrones, l’un jouant de l’archiluth, du traverso, autorise les dialogues concertants. L’auditeur familier de Vivaldi remarquera des emprunts, ou des similitudes à telle ou telle œuvre instrumentale, ce qui n’étonne guère.
Les trois solistes ont évidemment toutes les qualités techniques et stylistiques attendues, comme les moyens requis pour ce répertoire particulièrement exigeant. Dès la première cantate (Amor, hai vinto, RV 651) la sensibilité, la fraîcheur sont là, sans que jamais les traits des arias apparaissent comme démonstratifs. Les voix sont souples, longues, pour des phrasés admirables, et montrent une agilité stupéfiante dans les changements de registres que les traits requièrent. Il n’est pas un mouvement qui n’appelle de commentaire, l’intérêt est constant au point que l’on peut écouter les quatre CD à la suite sans que l’ennui guette, tant les thèmes et le langage se renouvellent, comme les couleurs, vocales et instrumentales. A l’écoute, rien ne permet de penser que les prises auront bientôt trente ans : l’approche du chef et musicologue s’avérait pertinente, et la qualité de la prise de son exemplaire.
Tous les textes chantés (en italien seulement), et les notices (it.-engl.) rédigées par le chef, pour chaque CD, figurent sur une volumineuse brochure de 41 p., disponible sur le site de l’éditeur.
(*) Peter Ryom, auquel on doit le catalogue des œuvres de Vivaldi qui fait autorité (RV), lui en a confié la poursuite et l’enrichissement. (**) enregistrées par Roberta Invernizzi pour le label Nar, en 2021. Douze figuraient à son programme en deux CD. De son côté, Ariana Venditelli, la même année, en offrait six pour la Vivaldi edition, chez Naïve. (***) ce qui nous renvoie au tripartisme du nouveau concerto pour soliste.

