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Wagner, Das Rheingold – Simon Rattle

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CD
26 octobre 2023
Dentelle de Bayreuth

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

Richard Wagner (1813-1883), L’Or du Rhin, prologue du Festival scénique L’anneau du Nibelung, sur un livret du compositeur
Création à Munich le 22 septembre 1869

Détails

Alberich
Tomasz Konieczny

Wotan
Michael Volle

Fricka
Elisabeth Kulman

Donner
Christian Van Horn

Froh
Benjamin Bruns

Loge
Burkhard Ulrich

Freia
Annette Dasch

Mime
Herwig Pecoraro

Erda
Janina Baechle

Fasolt
Peter Rose

Fafner
Eric Halfvarson

Woglinde
Mirella Hagen

Wellgunde
Stefanie Iranyi

Flosshilde
Eva Vogel

 

Orchestre symphonique de la Radio bavaroise

Direction musicale

Simon Rattle

 

2 CD BR-Klassik, 2h23′, 900133, enregistrés à Munich en avril 2015

 

 

 

Encore récemment, un distingué mélomane de nos connaissances se laissait aller à donner son avis sincère au sujet de Wagner. Il déplorait la lourdeur de l’orchestration, l’abus de puissance, la massivité de la musique, tout en reconnaissant sa beauté intrinsèque. Ainsi, même dans les milieux culturels, Wagner continue à traîner sa réputation de compositeur abonné à la fanfare, incapable de subtilité, pour tout dire … teuton. Simon Rattle a toujours eu à cœur d’élargir le public de la musique savante. Cela passe d’abord par battre en brèche les clichés qui empêchent l’accès à cette forme d’art. Au moment de se saisir de la Tétralogie du grand Richard, il va donc en faire ressortir toute la finesse, et dérouler les sortilèges de l’orchestration de la façon la plus exhaustive qui soit, pour montrer que l’écriture du Ring joue certes sur la puissance, mais que la palette expressive y est bien plus large que cela.

Certes, nous avons eu Karajan et Pierre Boulez dans cette optique d’un Wagner « dégraissé », mais tous deux ont buté sur le problème d’une distribution un peu à contre-emploi (Karajan), voire carrément déficiente (Boulez) ; ils ont dû en outre se contenter des prises de son de leur époque. On a pas mal progressé depuis, et Sir Simon peut compter sur les ingénieurs de la radio bavaroise et leurs équipes ultra-familiarisées avec l’orchestre de Wagner, puisque ce sont elles qui assurent les retransmissions de Bayreuth chaque année. Que l’auditeur s’apprête donc à effectuer un fantastique voyage géologique, tant les différentes « couches » de la partition seront mises en valeur. Dans un opéra qui se déroule des profondeurs du Rhin aux sommets du Walhalla, avant de replonger vers le Nibelheim, puis retour, c’est fantastiquement sensé. L’Orchestre symphonique de la radio bavaroise a déjà livré un Ring complet au disque. C’était au début des années 90, en studio, sous la baguette de Bernard Haitink. Depuis, le niveau de la phalange a encore progressé, lui permettant de se mesurer sans aucune crainte aux plus grands ensembles de la planète. Et ces instrumentistes savent leur Wagner sur le bout des doigts. Avec un outil d’une telle qualité entre ses mains, le chef peut se permettre les expériences les plus inouïes. Impossible d’énumérer ici tous les détails que la direction fait ressortir, des harpes qui accompagnent le thème du Walhalla aux pizzicati pour entourer le personnage de Loge, l’orchestre de Wagner étincelle, bondit, gémit, ronronne et se pâme tour à tour. Il explose aussi lorsqu’il le faut, mais Rattle le reprend aussitôt en main dans une sorte de kamasutra musical qui exaspère la jouissance au lieu de l’empêcher. Un tel contrôle du son laisse pantois. Les auditeurs de ces concerts munichois ont eu bien de la chance, et on comprend que le chef ait été nommé directeur musical peu après. Il avait passé son baptême du feu, et de quelle façon !

On l’a dit, Karajan et Boulez péchaient par leurs distributions. Rien de tel ici, où Rattle est allé chercher les meilleurs titulaires du moment (nous sommes en avril 2015), avec un travail de casting qu’on imagine très patient. Son contrôle du volume permet en plus à chacun de déployer sa vocalité naturelle, sans avoir à pousser. Ajoutons que le chef interdit à ses chanteurs tout histrionisme, même dans les rôles comiques. Pas question de sangloter, de réciter, de forcer. Se déploie alors sous nos oreilles émerveillées un bel canto wagnérien, aérien et cursif, qui devrait achever de convaincre les plus rétifs face à la « musique de l’avenir ». Tout commence avec des Filles du Rhin qui sonnent comme de vraies femmes, avec des timbres bien différenciés les uns des autres. L’Alberich de Tomasz Konieczny surprend, tant on est habitué à entendre ce timbre si reconnaissable depuis quelques années en Wotan, notamment dans la dernière Tétralogie de Bayreuth. Amateurs de gnômes glapissants et hirsutes, passez votre chemin. Tout le rôle est ici chanté, et non déclamé, et de quelle façon. Noblesse, mordant, articulation, tout est de premier ordre, et représente idéalement cette « aspiration de la laideur vers la beauté » voulue par Wagner. Les deux malédictions sont à thésauriser. Le Wotan de Michael Volle apparaîtra peut-être légèrement en retrait. A force de contrition et de retenue, Volle passe peut-être un peu à côté du rôle, et son « Vollendet » est vraiment trop murmuré pour convaincre. S’ajoute à ces choix contestables un grave fuyant, qui n’a jamais vraiment été le fort du chanteur. Son épouse ne semble faire qu’une bouchée de lui : Elisabeth Kulman est une vraie perle, avec un timbre dont la beauté semble fasciner le chef. Chacune des phrases de Fricka est prise lentement, de façon à permettre à la chanteuse de filer ses sons. Foin des mégères, la Fricka du Rheingold doit être séduisante, et elle l’est ici au-delà de toutes nos espérances. Loge, Donner et Freia sont de la meilleure eau, et le Loge de Burkhard Ulrich a juste ce qu’il faut de nasalité pour incarner l’insolence et la ruse. Son autorité (le souvenir de Windgassen chez Karl Böhm affleure souvent), la façon dont le timbre se détache de l’ensemble, ses sons haut perchés sont parfaitement en situation.

Fasolt et Fafner sont équilibrés. A Peter Rose le ton attendri et les aigus qui percent le cœur, à Eric Halfvarson les rugissements d’un bloc de haine. Ces sons semblent sortir d’un corps qui est déjà transformé en dragon. Mime pleure sans geindre, et la Erda de Janina Baechle est une vraie contralto, dont les graves semblent pouvoir descendre indéfiniment vers les profondeurs où elle vit. Tout ce beau monde est comme ensorcelé par une baguette magique, qui charme et hypnotise tel le musicien dans le conte de Grimm. Vite, la Walkyrie ! Et si vous avez des amis qui continuent à résister à Wagner, ce coffret est à leur offrir.

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