La force de l’âge d’or

La Forza del Destino

Par Jean-Philippe Thiellay | jeu 22 Juillet 2010 | Imprimer
 
Comment ne pas ressentir un brin de nostalgie avec cette collection Myto historique qui régulièrement, nous propose des trésors de l’époque, bien révolue, où distribuer la Forza del destino ne posait pas de problèmes insurmontables aux directeurs de théâtres ? Toscanini disait qu’il fallait les quatre meilleurs chanteurs du monde pour donner Il Trovatore ; l’affirmation est tout aussi vraie pour la Forza, qui a quasiment disparu de l’affiche.
 
A Florence, en 1956, Renata Tebaldi, qui avait débuté dans le rôle de Leonore trois ans auparavant sous la direction de Dimitri Mitropoulos, revient aux côtés de Giuseppe di Stefano, Gian Giacomo Guelfi et Fedora Barbieri… avec Gabriele Santini sur le podium. Toute la soirée, le frisson passe, le public rit (duo Melitone / Guardiano), vibre, demande des bis (en vain) et fait un triomphe mérité aux chanteurs.
 
Giuseppe Di Stefano, alors au sommet de sa carrière, est irrésistible même si, comme d’habitude certains aigus sont un peu bas. La franchise de l’accent, la passion et l’urgence qu’il met dans chacune de ses phrases, comme si elles devaient être les dernières, entraînent tous ses partenaires, à commencer par Gian Giacomo Guelfi, Don Carlo di Vargas. Encore très jeune (32 ans), le baryton n’est certes pas au niveau de ses illustres collègues, certains aigus étant excessivement détimbrés, mais la prestation est de très bonne facture. Fedora Barbieri, autre spécialiste du chant verdien, donne une incarnation endiablée de Preziosilla, rôle ingrat s’il en est. Certes, on n’est pas dans le raffinement le plus pur (certains accents du Rataplan… sont même franchement hors sujet) mais le public adore et nous aussi. Le reste de la distribution est complété et de quelle manière, par Giulio Neri, superbe Guardiano, et Paolo Washington en Marquis de Calatrava.
 
La star de la soirée, c’est bien évidemment Renata Tebaldi dont le timbre s’épanouit idéalement dans ce rôle sur mesure. Elle balance dans le duo du premier acte avec Di Stefano des décibels en quantité avant de faire, dans le duo avec le Père Guardiano et bien sûr dans « Pace pace… », une démonstration impressionnante de sa musicalité et de ce que chanter legato veut dire. Myto a l’excellente idée de proposer en bonus de très substantiels extraits de sa prise de rôle de cette même Leonora, le 14 juin 1953, sur la même scène florentine, face en particulier au Guardiano de Cesare Siepi, très récemment disparu. La baguette de Mitropoulos est plus excitante que celle de Santini trois ans plus tard, mais dans les deux cas, les forces du Comunale de Florence sont au top. Et quand on rapproche ces enregistrements de celui du Nabucco récemment sorti chez le même éditeur dans lequel l’orchestre était mauvais, on voit l’importance du rôle du chef (cf notre critique).
 
Un tel témoignage, malgré une offre abondante, avec Tebaldi en Leonora1, a toute sa place dans la discographie de l’amateur d’opéra.
 
Jean-Philippe THIELLAY
 
 
1 1953 : ses débuts à Florence, captés par Line music ; 1955 : chez Decca, avec Del Monaco, sous la direction de Molinari Pradelli ; 1955 : chez Line Music, à la Scala, avec Modesti et Votto ; 1958 : chez Hardy Classic (également en DVD HVC capté à Naples), avec Corelli, et toujours Molinari Pradelli.
 

 

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