La mort sereine, sinon joyeuse

Solokantaten für Bass

Par Yvan Beuvard | mer 15 Janvier 2014 | Imprimer
 
Thomas Bauer incarne l’excellence dans l’interprétation du lied germanique et de l’oratorio. L’audition répétée de ce CD nous fait regretter que davantage de cantates pour basse du Cantor ne nous soient parvenues*, si l’on excepte Amore traditore, qu’affectionnait Dietrich Fischer-Dieskau. Mais il est vrai que c’est une cantate profane.
Ich habe genug, est l’une des plus belles, sinon la plus belle. Le hautbois solo (oboe da caccia dans le 2e air) est admirable, fluide, expressif, d’une grande pureté d’émission et s’y marie au beau timbre de Thomas Bauer. La plénitude de leurs lignes de chant, sur les tensions harmoniques de l’orchestre, figure cette confiance du croyant attendant la mort, et l’accueillant avec sérénité. La douceur de l’endormissement (Schlummert ein) du deuxième air, puis la conviction jubitaloire du « Ich freue mich auf meinen Tod » emportent l’adhésion, servis pas une direction remarquable, qui sait ménager les équilibres.
Nous retrouvons le beau hautbois de Michael Niesemann dans Die Friede sei mit dir. La mélodie de l’aria, encadrée de récitatifs, est de style fleuri, avec le choral en cantus firmus au hautbois. Le registre convient parfaitement à Thomas Bauer, davantage baryton que basse. La cinquième strophe de Christ lag in Todesbanden confiée naturellement au chœur conclut cette belle cantate.
Méditation sur la souffrance et la mort, de nouveau, que la dernière pièce : Ich will den Kreutzstab gerne tragen [Je porterai la croix avec plaisir]. Le lamento berceur introduit un chant très figuraliste, où de longues vocalises douloureuses et des chromatismes soulignent la peine du portement de croix. Au récitatif succède une aria da capo ondoyante, qui fait la part belle aux trois hautbois : le voyage terrestre – maritime en l’occurrence – s’achève dans la confiance en Dieu. Thomas Bauer est chez lui, dans son domaine d’élection, et son engagement en fait une réussite remarquable. La plénitude du chant, la conduite de la ligne vocale, l’intelligence du texte sont ici au service d’incontestables sommets. Après un beau Wotan-Wanderer à Dijon, sensible et nuancé, Thomas Bauer y incarnera Le Comte des Nozze di Figaro en mai. Sa prise de rôle y est attendue.
Christoph Spering conduit depuis plus de 25 ans son chœur Chorus Musicus Köln et son orchestre Das Neue Orchester avec lesquels il a enregistré fréquemment. Toujours animé de un souci d’authenticité, de vérité, mais surtout d’une expression juste, avec une fraîcheur rare, il sait tirer de chacun le meilleur pour une interprétation parmi les meilleures.
Le livret bilingue (allemand-anglais) est solidement documenté et reproduit les textes chantés.
* N’aurait-on pu ajouter un ou plusieurs airs de basse extraits de cantates (les 49, 68 et 158, par exemple), même si leur exécution mobilise par ailleurs d’autres solistes ?
 

 

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