Son portrait tout craché

Le Postillon de Lonjumeau

Par Laurent Bury | lun 29 Avril 2019 | Imprimer

Alors que l’Opéra-Comique vient de postillonner copieusement, en reproposant le chef-d’œuvre d’Adolphe Adam dont les dernières représentations françaises étaient sans doute celles de Dijon en 2004, le label Malibran publie un enregistrement inédit du Postillon de Lonjumeau, qui vient s’ajouter à celui qui figurait déjà à son catalogue, réunissant Henry Legay et Janine Micheau en 1952. Il s’agit cette fois d’une captation plus récente, et surtout réalisée en direct au cours d’une représentation. Autrement dit, l’un des atouts en sera incontestablement cette vie théâtrale qu’il est toujours malaisé de recréer en concert ou en studio.

Surtout, par rapport aux distributions « de prestige », ce Postillon-ci offre l’avantage de ressembler bien davantage à ce que l’on peut attendre dans ce genre de répertoire. Si gâtés qu’ils aient été par la nature, des artistes non francophones se montrent forcément gênés dans les importants dialogues parlés. Sur ce plan, la version de studio publiée en 1986 par EMI pâtissait du français ampoulé et improbable de John Aler et de June Anderson, malgré leurs efforts méritoires et indépendamment de leurs qualités strictement vocales. Même Jean-Philippe Lafont paraissait bien guindé dans le rôle de Biju. Du fait du succès de cette œuvre outre-Rhin, il existe aussi des enregistrements en allemand (YouTube propose deux vidéos où Helge Rosvaenge et Nicolaï Gedda interprètent le grand air de Der Postillon von Longjumeau), mais ce n’est bien sûr pas tout à fait la même chose. Grâce à une distribution sans stars, mais rompue à ce style, la version Malibran nous livre un portrait fidèle du Postillon, un instantané pris sur le vif plutôt qu’une photo Harcourt habilement retouchée. Surtout pour une intrigue dont tout le sel repose sur la transformation de quelques rustiques en personnages sophistiqués, il est bon de pouvoir sentir la différence entre le premier acte et les suivants : la truculence du maréchal-ferrant, on l’entend ici, et l’on comprend aisément que, dans les autres versions, on ait préféré dispenser mesdemoiselles Micheau et Anderson de l’éloge de la soupe aux choux que prononce Madeleine.

La présente captation repose donc avant tout sur Charles Burles, le seul nom que les plus jeunes générations connaîtront peut-être, grâce à ses enregistrements les plus tardifs, comme Hadji dans la Lakmé de Natalie Dessay (1998), alors qu’il avait été Gérald face à Mady Mesplé en 1970. En la personne de ce ténor né à Marseille en 1936 – et encore bien vivant –, on trouvera un parfait représentant du style de l’opéra-comique français, et un interprète qui eut toujours l’intelligence et la modestie de ne chanter que les rôles auxquels sa voix convenait. Les aigus tant attendus sont émis avec toute la souplesse souhaitable, et avec cet effet de quasi-androgynie qu’ils produisent en général. On trouvera sur la deuxième galette de ce coffret quelques extraits d’un concert de 1963 où le ténor chante, outre deux airs du Postillon, celui de La Dame blanche qui lui permet de monter jusqu’au contre-mi bémol.

Autour de lui, on découvre des artistes qui, loin du battage médiatique, n’en ont pas moins fait une solide carrière. Qui connaît aujourd’hui Anne-Marie Sanial ? En fouillant sur Internet, on apprend que vers les années 1960-70, cette soprano chanta notamment dans quelques opérettes, ce qui explique sa capacité à assurer le texte parlé du Postillon (on peut la voir en Arlette – Adèle en VO – d’une Chauve-Souris montée en français à l’Opéra de Monte-Carlo, publiée en DVD par les Editions Montparnasse). La voix est charmeuse et saine, typique d’une certaine école française, non sans quelque acidité dans l’extrême aigu, mais la prise de son n’est pas non plus d’une qualité optimale, ceci expliquant peut-être cela. Engagé en 1952 par la Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux, le baryton Jacques Doucet avait été Escamillo à l’Opéra-Comique ; il était plus tard devenu directeur artistique du Capitole de Toulouse. Egalement baryton, Jean Brun fut Wagner dans un Faust enregistré en 1976 par Alain Lombard, où Giacomo Aragall tenait le rôle-titre et où Montserrat Caballé était Marguerite ; dans le rôle de Biju, il exécute avec brio le seul air de la partition qui n’incombe pas aux deux personnages principaux.

Richard Blareau fut à la tête de l’orchestre de l’Opéra-Comique de 1947 à 1972, ce qui faisait de lui le candidat idéal pour enregistrer les piliers du répertoire maison, dont Si j’étais roi, du même Adolphe Adam, ainsi que toute une série d’opérettes françaises ou viennoises en traduction.

 

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