Blanchard magnifié pour 30 ans de Passions

Magnificat à la Chapelle Royale

Par Yvan Beuvard | jeu 27 Octobre 2016 | Imprimer

On connaît la vocation des Passions, l’Orchestre baroque de Montauban : ils n’ont de cesse de défricher le répertoire, particulièrement celui des compositeurs méridionaux, avec le concours régulier du Chœur de chambre de Joël Suhubiette, Les Eléments, ou de celui du Capitole de Toulouse. Trentenaire oblige, fêté dignement, Les Passions nous proposent trois grands motets d’Antoine-Esprit Blanchard, dont deux gravés pour la première fois, réalisés Jean-Marc Andrieu, qui préside aux destinées de la formation qu’il a créée.  Enregistrés en public lors d’un mémorable concert du Festival de Radio France – Montpellier – Régions, Forum Opéra en avait rendu compte. Rappelons que Blanchard succéda à Bernier comme sous-maître de la Chapelle royale, et s’illustra avec Mondonville comme un des derniers représentants du grand motet versaillais après la mort de Delalande, Lalouette et Couperin.

L’orchestre est à quatre parties, qui se réduisent à deux violons et basse continue dans les passages les plus intimes. Richement coloré, il sonne de façon sensiblement différente de celui de ses prédécesseurs et contemporains de la Chapelle royale : Blanchard a intégré les pratiques en cours dans la sinfonie. Si les ritournelles des récits et des chœurs en rondeau sont d’un recours fréquent ,  le style dramatique de nombreux numéros, particulièrement dans le In exitu Israel, est du plus bel effet. A signaler l’écriture violonistique exigeante et raffinée. L’orchestre s’affranchit souvent de la doublure des chœurs. Aucun numéro ne laisse indifférent. S’il fallait n’en retenir que quelques-uns, ce seraient les chœurs ouvrant et concluant le De profundis , mais plus encore l’In exitu Israel, œuvre majeure par ses proportions, sa force et sa variété (le spectaculaire tremblement de terre du n°5, l’ample finale, puissant, d’une écriture admirable). Les chœurs, essentiels et nombreux, sont une parfaite réussite. Chacune des interventions est un régal, ponctuelle comme dans les numéros les plus développés. Les Eléments se situent au plus haut niveau, à l’égal des plus réputés. L’homogénéité des pupitres, la qualité d’émission, de projection, le modelé, l’articulation, tout est là. Les polyphonies sont d’un soin rare, toujours transparentes et lisibles, les chœurs homophones grandioses, bien projetés. Anne Magouët affectionne ce répertoire et son chant s’épanouit particulièrement au De profundis et dans le dernier motet. Une mention spéciale pour Cécile Dibon-Lafarge, que l’on découvre ce soir, issue du chœur : la voix est sonore, longue et séduisante. Nicolas Geslot, le haute-contre idéal du chant français, à la diction toujours très claire donne une belle leçon de style. Outre son timbre et son phrasé, on admire son aisance à passer sans la moindre défaillance d’un registre à l’autre. La qualité d’émission, le soutien de Bruno Boterf sont remarquables, tout comme son intelligibilité. Si Alain Buet ne se cantonne pas dans la musique baroque, il l’illustre avec talent. La direction de Jean-Marc Andrieu, très engagée, attentive, est remarquable à plus d’un titre. Elle excelle à modeler le son et les équilibres, à imposer les tempi appropriés, mais surtout à donner cet élan, cette énergie vitale qui font que toujours la musique avance, avec naturel. L’élégance, la force, la souplesse, la sensibilité sont au rendez-vous. Pour leurs trente ans, les Passions se hissent au plus haut niveau, parmi les formations baroques d’excellence. Le travail inlassable, humble et passionné que conduit Jean-Marc Andrieu, déjà porteur d’une riche production, connaît ici une véritable consécration.

Le riche livret bilingue (français – anglais), d’une  cinquantaine de pages, est introduit par une étude pertinente de Bernadette Lespinard, spécialiste de Blanchard, auquel elle a consacré sa thèse. Il comporte comme il se doit les textes chantés et leurs traductions dans les deux langues.

 

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