Lorsqu'Orphée descendit vers l'onde souterraine...

Orphée aux Enfers, Charpentier

Par Claire-Marie Caussin | lun 27 Janvier 2020 | Imprimer

Bien que l’art lyrique abonde d’œuvres évoquant le mythe d’Orphée, force est de constater que cet enregistrement de deux pièces de Charpentier constitue un apport bienvenu à la discographie.

Orphée descendant aux Enfers, écrit pour trois voix, est une partition brève mais qui dépeint avec un raffinement rare la douleur du héros et le réconfort que son chant apporte à Ixion et Tantale, condamnés à un supplice sans fin. Pas d’Eurydice, pas de chœur des esprits infernaux, pas même de grands effets tragiques ; c’est l’expression des affects qui prime, avec un recueillement et une sensation d’un temps suspendu tout à fait saisissants.

Ici pas de lyre pour le poète mais un violon, plus proche de la voix humaine, et qui accompagne ou prend le relais des mots d’Orphée. L’occasion de saluer la formidable interprétation des musiciens de l’ensemble A Nocte Temporis qui rendent toute la profondeur du discours musical et font preuve d’un sens de la ligne tout à fait remarquable.

Sur ce tapis sonore délicatement ciselé se déploie la voix de Reinoud Van Mechelen, claire, limpide, à la diction irréprochable – et reconstituant la prononciation baroque. Le haute-contre se fond dans le personnage avec une attention de tous les instants au texte, sans pour autant perdre le legato : une simplicité dans l’émission qui permet d’entendre la parfaite adéquation trouvée par le compositeur entre le livret et sa mise en musique.

Ces qualités vocales et musicales se confirment dans la seconde œuvre du programme, La Descente d’Orphée aux Enfers, opéra de chambre dont le troisième acte n’a jamais été écrit ou a été perdu. Créé en 1686 ou 1687 chez Marie de Lorraine, duchesse de Guise – et protectrice de Charpentier –, il met en scène la mort d’Eurydice puis le cheminement d’Orphée à travers les Enfers, jusqu’à ce que Pluton accepte de lui rendre son épouse défunte.

L’œuvre offre donc une grande variété de personnages et d’atmosphères, ainsi qu’une orchestration plus étoffée. Si la prononciation française des seconds rôles laisse à désirer à quelques occasions, tous les chanteurs (issus, à l'exception de Déborah Cachet, de l'ensemble Vox Luminis) sont rompus au style baroque et rendent l’interprétation vivante et sans temps mort. On notera tout particulièrement la performance du trio Ixion/Tantale/Titye, incarnés respectivement par Raphael Höhn, Philippe Froeliger et Lionel Meunier, aussi convaincants ensemble qu’en solo, ainsi que la Proserpine de Stefanie True et le Pluton de Geoffroy Buffière, qui font preuve d’un réel sens de la dramaturgie : un enregistrement qui vaut donc autant pour ses interprètes que pour les deux superbes pièces qu’il contient.

 

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