Sous le charme de la mort, vis heureux !

Requiem

Par Hélène Mante | lun 16 Mars 2015 | Imprimer

Compositeurs actifs en Sicile au XVIIe siècle, Mario Capuana et Bonaventura Rubino seraient-ils de ces Maîtres de Chapelle qu'on se targue de voir resurgir des couloirs du temps ? Publiée à titre posthume, la Messa di defonti a quattro voci (1650) de Mario Capuana connaît, aujourd’hui, une renaissance inédite sous l’impulsion du Chœur de Chambre de Namur, dirigé par Leonardo García Alarcón. Si le pari eut été de ressusciter les morts, alors pari doublement tenu puisqu’à l’œuvre de Capuana vient se greffer la Messa di’ Morti (1653) de Fra’ Bonaventura Rubino. Conformes au Concile de Trente (1563), ces deux œuvres s’inscrivent dans l’esprit de la Contre-Réforme catholique : émouvoir les fidèles par des effets d’imitation et de représentation du pathos religieux.

Rien de créatif ni d’original dans les messes de Requiem de Capuana et Rubino, il faut le dire. Berceau du « baroque sicilien », ces œuvres tiennent davantage à la maîtrise d’une écriture foisonnante de styles préexistants. De l’évocation du chant grégorien au concert baroque en passant par diverses formes et inspirations de la Renaissance, ces deux partitions ressemblent à des « cabinets de curiosités » où badinent polyphonie, contrepoint, homophonie, madrigalisme, polychoralité, procédés chromatiques, dissonances, homorythmie, monodie accompagnée, etc. Capuana manie le pathos avec le charme délicat – parfois si fragile – de l’au-delà. Quant à Rubino, il gamberge dans un style polyphonique vénitien particulièrement fleuri où rares sont les moments de plénitude si chers au repos éternel. Tandis que Capuana illumine d’une religiosité pondérée et discrètement raffinée, la lumière vivifiante et diaphane de Fra’ Rubino pourrait presque éblouir « La Grande Faucheuse ». 

Dans cet enregistrement (Ricercar), le Chœur de Chambre de Namur déploie un style vocal issu de l’âme d’un organiste accompli, usant des voix de manière à ce que chaque intonation semble s’élever de l’orgue lui-même. Ce traitement vocal est astucieux, offrant des effets d’échos jusque dans l’antre des mots (prosodie syllabique contrastante) : Leonardo García Alarcón aspire à l’unité du chœur et de la basse continue. Et que dire de ces subtils effets d’alternance entre rythmes binaires et ternaires – la fameuse mensura – si ce n’est qu’ils évoquent pleinement le charme d’un au-delà à tous les temps. Un bémol cependant, et non le moindre ! A l’image de ces compositeurs siciliens, la maîtrise y est si ingénieuse que certains contrastes en deviennent particulièrement prévisibles et laborieux (dissonances/consonances, retards/anticipations, solo/tutti, etc.), si loin de cet étonnement qui vous ravit, si loin de ces moments de liberté inattendus…

 

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