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	<title>Lili BOULANGER - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Lili BOULANGER - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Julie Roset : M&#8217;a dit Amour</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/julie-roset-ma-dit-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 01:06:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au centre de cet album, une friandise à garder pour les jours de tristesse (ou de chagrin d&#8217;amour) : le Je t&#8217;aime d’Isabelle Aboulker, un festival de notes piquées, de coloratures, de trilles, de glissandos, d’humour, de drôlerie, envoyé avec une allure et une virtuosité débridées par Julie Roset. D&#8217;une gaieté juvénile.L&#8217;inventivité du programme qu’elle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au centre de cet album, une friandise à garder pour les jours de tristesse (ou de chagrin d&rsquo;amour) : le <em>Je t&rsquo;aime</em> d’Isabelle Aboulker, un festival de notes piquées, de coloratures, de trilles, de glissandos, d’humour, de drôlerie, envoyé avec une allure et une virtuosité débridées par <strong>Julie Roset</strong>. D&rsquo;une gaieté juvénile.<br />L&rsquo;inventivité du programme qu’elle a élaboré pour son premier récital (en parfaite complicité avec <strong>Susan Manoff</strong>) est l’un des plaisirs que distille ce catalogue d’œuvres connues (elles ne sont pas nombreuses) ou méconnues (la plupart).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="743" height="486" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-09.48.56.png" alt="" class="wp-image-206527"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset et Susan Manoff © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La jeunesse d&rsquo;Achille-Claude</strong></h4>
<p>Ainsi ces cinq mélodies de jeunesse de Debussy composées pour Marie-Blanche Vasnier, chez qui il fréquentait (il appelait les Vasnier sa « seconde famille ») et qui possédait une voix de soprano lyrique léger. D’où une version princeps d’<em>En sourdine</em> bien différente de celle qu’Achille-Claude inscrira ensuite parmi ses <em>Fêtes galantes</em>. La mélodie se promène sur les sommets de la voix, avant de plonger vers un <em>ré</em> sur « arbousiers » et de remonter dans les hauteurs : certes la prosodie y est malmenée avec insolence, mais la dame pouvait y éblouir (?) ses amies de ses suraiguës et flatter le jeune prodige de vingt ans (1882). <br />Qui l’année précédente lui avait brodé au petit point une <em>Fille aux cheveux de lin</em> « sur la luzerne assise » dont les vocalises sonnent Art nouveau avant l’heure : « Tout ce qui a quelque valeur en moi se trouve ici », écrivait-il. </p>
<p>Debussy ne s’était pas encore trouvé, mais il troussait allègrement la mélodie de salon virtuose. Julie Roset musarde sur ces sentes escarpées, toutes en courbes et contre-courbes, avec une joyeuse aisance. De même qu’elle s’amuse de <em>Fête galante</em> (au singulier, ne pas confondre avec <em>les Fêtes galantes</em>), une manière de pastiche (« musique Louis XIV avec formules 1882 » dit Debussy lui-même !), sur un texte de Banville aimablement toc avec ses Sylvandre et Philis s’esbaudissant « dans le grand parc où tout s’idéalise ».</p>
<p>Ou de <em>Silence ineffable</em>, qui semble faire de l’équilibrisme entre mélancolie dépouillée et harmonies fondantes, ou encore de la <em>Romance d’Ariel</em>, gracile et serpentine, s’irisant de vocalises aériennes et penchant en tout volupté vers Massenet.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="635" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-18.24.36-1024x635.png" alt="" class="wp-image-206529"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset au studio Teldex (capture d&rsquo;écran)</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Amours tendres</strong></h4>
<p>Est-ce à dire que c&rsquo;est un programme uniquement badin (il n’y aurait aucun mal à cela, d’ailleurs) ? Non !</p>
<p>S’ouvrant sur le quasi médiéval <em>M’a dit Amour</em> de Kœchlin (et prsque <em>a cappella</em>, le piano se limitant à quelques notes sur la pointe des doigts), il s’arrête un instant sur le délicat <em>Elle était descendue au bas de la prairie</em>, évocation préraphaélite par Lili Boulanger sur un poème de Francis Jammes : ah ! « cette grâce dégingandée qu’ont les jeunes filles trop grandes… », ah ! ces notes égrenées au piano, comme des gouttes d’eau sur un verre de cristal… Lui fait écho <em>Naïs</em>, le sensuel, subtilement érotique, poème de Sully-Prudhomme mis en ondes (musicales) par Reynaldo Hahn. La voix (virginale) de Julie, non moins troublante, et le piano de Susanne glissent au fil de cette eaux complice.</p>
<p>S’amusant à orientaliser, la <em>Rêverie</em> « pour calmer ma détresse » de Manuel Rosenthal (qui fut, on s’en souvient, le dernier élève de Ravel) appartient à la même veine liquide (pour le piano) et immatérielle (pour la voix). La limpidité du timbre et l’insinuante pureté de la ligne sont de la même insaisissable magie. De Rosenthal aussi, écouter les arpèges modulant sans cesse derrière <em>Pêcheur de lune.</em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="577" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-18.22.26-1024x577.png" alt="" class="wp-image-206528"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset (capture d&rsquo;écran)</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le toucher de Susan Manoff</strong></h4>
<p>Des <em>Chansons pour les oiseaux</em> de Louis Beydts, Julie Roset donne la plus belle version féminine possible (comme pour faire pendant à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/louis-beydts-melodies-par-cyrille-dubois-et-tristan-raes/">celle, il n’y a pas si longtemps, de Cyrille Dubois</a>, qui elle aussi rend justice à ce cycle magnifique, sur d’exquis poèmes de Paul Fort) : le pathétique de la <em>Colombe poignardée</em>, la candeur du <em>Petit pigeon bleu</em>, les miroitements de l’<em>Oiseau bleu</em>, hymne à la féminité (et à l’amour sur un contre-ré bémol), la fantaisie joyeuse (et acrobatique) du <em>Petit serin en cage</em>. </p>
<p>Comble de l’art, Julie Roset donne l’impression que tout cela est facile, ou naturel, de même que Susan Manoff l’accompagnant au piano. Louis Beydts, élève d’André Messager et Reynaldo Hahn, pratique le <em>less is more</em> : quelques accords, quelques arpèges, mais écoutez les infinies nuances de toucher dans la <em>Colombe</em> ou les harmonies changeantes de l’<em>Oiseau bleu</em> (la prise de son est magnifique, profondeur et proximité du piano, juste distance de la voix dont les envols respirent).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="735" height="742" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-09.47.44.png" alt="" class="wp-image-206525"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset  © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<p>La drôlerie de l’<em>Inconstante</em> de Charles Cros (« Sidonie a plus d’un amant »…) fut chantée autrefois d’une voix gentiment perverse par Brigitte Bardot, sur une musique moins subtile que celle d’Isabelle Aboulker qui est d’une espièglerie, d’un mutin, d’un piquant, d’un coq-à-l’âne adorables. Julie Roset chante cela avec l’œil qui brille (on l’entend), de même que <em>La princesse au petit pois</em>, son archaïsme au second degré, ses mélismes comiques, ses velléités de valse. Où l’on voit à quel point elle sait raconter une mini-histoire, donner vie et liberté à la musique.</p>
<h4><strong>À chaque pièce son esprit</strong></h4>
<p>Ces trois Aboulker sont parmi les merveilles de ce disque, elles ont l’élégance de contraster avec les pièces plus mélancoliques qu’on a évoquées, mais aussi avec la <em>Reine de cœur</em> de Poulenc, aux harmonies immédiatement reconnaissables (quelques tentations de valse là aussi), avec le tendre <em>Languir me fais</em> d’Enesco, aux couleurs modales, ou le symbolisme tardif de <em>Vers le pur amour</em> de Mel Bonis, une belle montée vers la lumière avec laquelle prend fin l’album.</p>
<p>Qui est une belle réussite d’accomplissement vocal, de musicalité, de beauté de timbre, de mise en valeur de l’esprit de chaque pièce (et « chacune des mélodies est un monde en soi », dit très justement Susan Manoff). <br />Réussite à deux : Susan Manoff est magnifique de toucher, de couleur, de respiration, à l’instar des deux plages purement instrumentales qu’elle s’autorise, le <em>Fille aux cheveux de lin</em>, le prélude de Debussy, et le <em>Banc songeur,</em> de Reynaldo Hahn, sensibles et discrètes.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/julie-roset-ma-dit-amour/">Julie Roset : M&rsquo;a dit Amour</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Récital de Marie-Laure Garnier et Tristan Raës &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-marie-laure-garnier-et-tristan-raes-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cycle « Femmes compositrices, une plume pour seule arme »&#160;présenté en cette 29e Saison Musicale des Invalides, étaient invités la soprano Marie-Laure Garnier et le pianiste Tristan Raës. Tous deux évidemment réunis pour une belle action, celle de mettre à l&#8217;honneur lesdites femmes compositrices dont l&#8217;Histoire a trop souvent oublié les noms –&#160;ou &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le cycle « Femmes compositrices, une plume pour seule arme »&nbsp;présenté en cette 29e Saison Musicale des Invalides, étaient invités la soprano <strong>Marie-Laure Garnier</strong> et le pianiste <strong>Tristan Raës</strong>. Tous deux évidemment réunis pour une belle action, celle de mettre à l&rsquo;honneur lesdites femmes compositrices dont l&rsquo;Histoire a trop souvent oublié les noms –&nbsp;ou les prénoms pour certaines d&rsquo;entre elles. Sans vouloir trancher l&rsquo;épineuse question de savoir si les compositeurs avaient quant à eux d&rsquo;autres armes que la « plume », ou même de se demander si Robert Schumann ou Gustav Mahler étaient de vrais goujats, il est à noter que le programme est des plus intéressants, quoique classique.</p>
<p>Le public attendait la généreuse soprano guyanaise, Révélation Lyrique aux Victoires 2021, dans ce programme intimiste où elle n&rsquo;est pas accompagnée par sa collaboratrice habituelle (Célia Oneto Bensaid) mais par le talentueux Tristan Raës, accompagnateur fidèle du ténor Cyrille Dubois. Ainsi, tous deux montrent une belle complicité dans une soirée où seront proposées des mélodies du XIXe au XXIe siècle –&nbsp;de Fanny Mendelssohn à Edith Canat de Chizy (ce&nbsp; dernier « compositeur »&nbsp;étant en résidence in loco).</p>
<p>Dans les trois mélodies de Fanny Mendelssohn (Vorwurf, Abendbild, Im Herbste), la voix large de la chanteuse séduit par sa riche texture. Mais le chant déçoit un peu en terme de prononciation de l&rsquo;allemand (les dentales) et dans certains passages de registres (avec des aigus un peu durs et, plus tard dans la soirée, d&rsquo;acier trempé). La jeune chanteuse sert avec talent les intentions de la compositrice même si la <em>S</em><em>ehnsucht</em> de ces images du soir et de l&rsquo;automne (sur des poèmes de Nicholaus Lenau) n&rsquo;est pas ici assez sensible. Les quatre chansons (dont <em>Pourriez-vous pas me dire</em>, <em>Chanson d&rsquo;Amour</em>, <em>Immortelle tendresse</em>) de Mel Bonis mettent décidément en évidence la sensualité de cette voix bien ronde et au phrasé soigné. Dans <em>la Chanson de printemps</em>, Marie-Laure Garnier impressionne par l&rsquo;énergie qu&rsquo;elle livre sans effort. Elle étincelle même grâce à son sens du récit et à une parfaite articulation. La joie de vivre débordante irrigue comme attendu le lied d&rsquo;Alma Mahler « In meines Vaters Garten »&nbsp;et le pittoresque « Madrid »&nbsp;de Pauline Viardot (à la fin du concert). Elle insuffle enfin au poème de Federico Garcia Lorca dans la pièce d&rsquo;Edith Canat de Chizy un beau souffle que relaie le piano de Tristan Raës.</p>
<p>Les quatre mélodies de Nadia et Lili Boulanger (<em>Versailles</em>, <em>Soir d&rsquo;hiver</em>, <em>Prière</em>, <em>Attente</em>) sont interprétées avec sensibilité mais la performance de la chanteuse (ici plutôt cantatrice) rappelle qu&rsquo;on devrait actuellement moins « wagnériser »&nbsp;et davantage doser les effets du chant pour d&rsquo;aussi subtiles harmonies. Le sens du théâtre de la soprano excelle par contre dans les dernières pièces du programme avec une magnifique partie consacrée aux « Liebst du um Schönheit »et «&nbsp;Die stille Lotusblume » de Clara Schumann, extraits des « Drei Lieder »&nbsp;(1841) et « Sechs Lieder »&nbsp;(1844), ainsi que dans la Scène d&rsquo;Hermione de Pauline Viardot. Bien servie par le pianiste, Marie-Laure Garnier, enfin bouleversante, forge l&rsquo;intensité de la tirade de Racine transcendée par l&rsquo;art de Viardot, et se révèle une superbe tragédienne (Hermione).</p>
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		<item>
		<title>Compositrices : une anthologie en 8 CD par le Palazzetto Bru Zane</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/compositrices-une-anthologie-en-8-cd-par-le-palazzetto-bru-zane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Mar 2023 16:26:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En écoutant ces musiques, on repensait à la récente exposition Rosa Bonheur du Musée d’Orsay : de même qu’on oubliait très vite que ces tableaux puissants et ces dessins étaient de la main d’un femme pour n’y voir que des œuvres représentatives de la sensibilité (non genrée !) de leur temps, très vite à l’écoute &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En écoutant ces musiques, on repensait à la récente exposition Rosa Bonheur du Musée d’Orsay : de même qu’on oubliait très vite que ces tableaux puissants et ces dessins étaient de la main d’un femme pour n’y voir que des œuvres représentatives de la sensibilité (<em>non genrée</em> !) de leur temps, très vite à l’écoute de cette anthologie la question du sexe des artistes passe au second plan. C’est un panorama du romantisme et du post-romantisme français qu’on entend là. Il se trouve que ces musiques ont été écrites par des femmes. Et, n’était le libretto, ce qu&rsquo;on entend pourrait être de Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Fauré ou Reynaldo Hahn.<br />
Certaines, les Louise Farrenc, Mel Bonis, Augusta Holmès, Cécile Chaminade furent célèbres, jouées, reconnues, avant d’être un peu oubliées, mais il en fut de même, somme toute, pour nombre de leurs collègues mâles.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="760" class="wp-image-126377 aligncenter" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/augusta_holmes-1.jpg" alt="" />Augusta Holmès © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>Certaines hardies, certaines cachées</strong></h3>
<p>Ce n’est pas que le statut de « femme compositeur » (le mot <em>compositrice</em> mit du temps à être accepté) fût facile. Issues pour la plupart de milieux bourgeois, on attendait d’elles qu’elles fussent d’abord épouses et mères de famille, et on aurait considéré comme peu convenable qu’elles fissent profession d’écrire de la musique. Même si à partir des années 1840, elles eurent accès aux classes théoriques du Conservatoire, harmonie, contrepoint, fugue ou composition, il fallut attendre 1903 pour qu’elles pussent briguer le Prix de Rome de composition musicale (et Lili Boulanger en fut la première lauréate en 1913).</p>
<p>Dans ces conditions, il est évident que leurs domaines de prédilection furent le piano ou la mélodie, et que l’opéra ou la musique symphonique furent réservées aux plus hardies ou aux plus libres.<br />
Dans l’anthologie de 8 disques (soit plus de dix heures de musique) que propose le Palazzetto Bru Zane, si on entendra beaucoup de mélodies, admirablement servies par Aude Extremo et Cyrille Dubois, la musique de chambre et la musique symphonique sont bien présentes.</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Celles qui osent l’orchestre</strong></h3>
<p>L’orchestre de <strong>Mel Bonis</strong>, élève de Guiraud et Franck, penche volontiers vers l’exotisme ou l’orientalisme (<em>Salomé</em>), mais la richesse voluptueuse de sa palette hérite de celle de Charles Koechlin, qui lui enseigna la composition orchestrale. Datés aussi de 1909, son <em>Rêve de Cléopâtre</em> ou son <em>Ophélie</em> sont superbes d’ampleur et de couleur dans l&rsquo;inerprètation de l&rsquo;<strong>Orchestre national du Capitole de Toulouse</strong> dirigé par <strong>Leo Hussain</strong>.<br />
La suite de ballet <em>Callirhoé</em> (1887) de <strong>Cécile Chaminade</strong> est d’une finesse d’écriture dans la tradition de Delibes et son <em>Concertino</em> pour flûte et orchestre op. 107 (1902), son œuvre la plus fameuse peut-être, rayonne d’une lumière printanière dans l’interprétation de <strong>Claire Le Boulanger</strong>, avec l&rsquo;<strong>Orchestre national de Metz</strong> dirigé par <strong>David Reiland</strong>.<br />
Il y a une sombre grandeur qui évoque César Franck dans la Symphonie en<em> ut</em> dièse mineur de <strong>Charlotte Sohy</strong> (qui signait Ch. Sohy, pour cacher sa féminité) et les quelques passages plus vifs n’en atténuent guère le caractère dramatique (elle fut composée en 1917). L’<strong>Orchestre National de France</strong> dirigé par <strong>Débora Waldman</strong> restitue toute sa puissance à cette œuvre que la compositrice n’entendit jamais de son vivant.</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" class="wp-image-126468" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/Mel_Bonis_6-1024x768.jpeg" alt="" />Mel Bonis © D.R.</figure>
<figure></figure>
<figure class="wp-block-image size-large">Quant à <strong>Augusta Holmès</strong>, son interlude <em>Ludis pro patria</em> a un charme à la Massenet et son poème symphonique <em>Andromède</em> (1899) pourrait être de Saint-Saëns, ou du premier Wagner.</figure>
<p>De <strong>Louise Farrenc</strong>, la Symphonie n° 3 en <em>sol</em> mineur datée de 1847 a déjà été enregistrée à plusieurs reprises. Belle lecture de l’Orchestre national de Metz et  David Reiland de cette œuvre elle aussi parfaitement de son époque, dont le romantisme fraternise avec celui de Schumann et Mendelssohn : la forme est savante, l’inspiration haute, le caractère noble, le discours orchestral puissant et clair.<br />
Farrenc enseigna le piano au Conservatoire de Paris où elle succéda à <strong>Hélène de Montgeroult</strong>, dont la Sonate en <em>fa</em>mineur datée de 1811 est la pièce la plus ancienne de cette anthologie. Se promenant entre classicisme et premier romantisme, elle n’est pas sans faire penser à Clementi. Là encore, une musique qui parle davantage de son époque que du genre de qui l’écrivit. Interprétation sensible et brillante quand il le faut par <strong>Mihály Berecz</strong>.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" class="wp-image-126466" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/1200x680_marie_jaell_gallica_bnu_strasbourg_vers_1876_.jpg" alt="" />Marie Jaëll © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>Une matinée chez Mme de Villeparisis</strong></h3>
<p>Encore un mot sur la musique de chambre avant d’en venir à la voix. Là encore, Mel Bonis impose sa personnalité. C’est à Fauré que fait penser sa Sonate pour violoncelle et piano (1904), toute en surprise et bifurcations inattendues, en chromatismes capricieux, où le violoncelle velouté de <strong>Victor Julien-Laferrière</strong> et le beau toucher de <strong>Théo Fouchenneret</strong> rivalisent d’intimité. Une sonate qui devrait être constamment au programme des violoncellistes s’il y avait une justice en musique.<br />
Les mêmes qualités d’élégance des deux interprètes illuminent les trois pièces pour violoncelle et piano (1914) de <strong>Nadia Boulanger</strong>, prestes et drolatiques.</p>
<p>De la même Nadia Boulanger, <em>La Sirène</em> (1908) est une vaste chose en trois scènes pour trois voix et un large orchestre, dont les évocations maritimes font penser à Guy-Ropartz ou à Magnard. Là encore, qui songerait à parler d’écriture féminine, à entendre ces houles orchestrales, ces cors profonds, ces harmonies sombres, cette écriture vocale très tendue et, avouons-le, cette touche de pompiérisme sur la fin, mais il est vrai que cette cantate fut écrite pour le Concours de Rome 1908…</p>
<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-126465" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/CS-1024x763.jpg" alt="" width="910" height="678" />Charlotte Sohy © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>La mélodie, domaine d’élection</strong></h3>
<p>La mélodie est bien sûr le domaine privilégiés de toutes ces femmes. Évidemment que les salons leur ouvraient naturellement leurs portes (et d’ailleurs plusieurs d’entre elles organisaient des concerts ou des festivals), et cela semble un trait commun à elles toutes que de se plier à l’esprit des poèmes qu’elles choisissent de mettre en musique.</p>
<p><strong>ForumOpéra</strong> avait salué comme il le méritait<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://forumopera.improba.eu/cd-dvd-livre/lili-et-nadia-boulanger-melodies-avec-un-grand-enthousiasme-interieur/"> le disque consacré il y a trois ans à <em>Nadia et Lili Boulanger</em></a> par <strong>Cyrille Dubois</strong> et <strong>Tristan Raës</strong>, merveilleuse réussite de clarté vocale, de diction limpide en complicité avec un piano poète suggérant d’impalpables atmosphères.<br />
On retrouve ces qualités, cruciales pour le répertoire de la mélodie française, dans leurs nombreuses contributions ici. Cyrille Dubois se montre à nouveau ici parfait diseur, mais jamais au détriment de la beauté de la ligne vocale. <em>Prima la musica</em> ou <em>prime le parole</em> ? Les deux ensemble sans aucun doute.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" class="wp-image-126464" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/lili-et-nadia.jpg" alt="" />Nadia et Lili Boulanger © D.R.</figure>
<p>On avouera un coup de cœur pour les lignes flexibles des <em>Petits poèmes au bord de l’eau</em> (1910) d’<strong>Hedwige Chrétien</strong>, allusifs, subtils, élégants (avec un sens de la prosodie digne de Reynaldo Hahn) et Tristan Raës met en valeur toutes les subtilités de la partie de piano.<br />
Tout aussi personnelle, l’invention mélodique de <strong>Marie Jaëll</strong>, toujours inattendue. Cyrille Dubois distille les lignes serpentines de la <em>Rêverie</em> extraite des <em>Orientales</em> de Victor Hugo et l’<em>entre chien et loup</em> de <em>Quatre heures du matin</em>, extrait de <strong><em>La Mer</em></strong> de Jean Richepin.</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Une attention particulière à la prosodie</strong></h3>
<p>Et comment ne pas penser à Moussorgsky en entendant les <em>Mélodies russes</em> (1866) de <strong>Pauline Viardot</strong> (sur des textes de Pouchkine ou de Lermontov, que sans doute lui fit connaître son vieil amoureux Tourgueniev). Particulièrement belle et émouvante, portée par la voix enivrante d’<strong>Aude Extremo</strong>, dont le timbre est sans doute assez proche de celui de la créatrice de Dalila et de la <em>Rhapsodie pour alto</em> de Brahms, la pathétique <em>Berceuse cosaque</em>.</p>
<p>D’autres personnalités semblent d’un tempérament plus convenu telle <strong>Clémence de Grandval,</strong> pourtant élève de Chopin pour le piano et de Saint-Saëns pour la composition : on ne risque guère de surprise avec les mélodies ici choisies ni avec son <em>Andante et intermezzo</em> pour trio.</p>
<p>En revanche il y a quelque chose d’ingénu et de sincère dans les mélodies de <strong>Marie-Foscarine Damaschino</strong>. Compositrice cachée, qui fit éditer quelques-unes de ses œuvres à compte d’auteur et sous pseudonyme masculin (Mario Foscarina…). Cyrille Dubois semble se jouer de la tessiture immense d’<em>A une femme</em> (poème de Victor Hugo) ou de « J’ai dans mon cœur ».</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Douceurs et confidences</strong></h3>
<p>On trouvera aussi dans cette anthologie des berlingots musicaux comme <em>Du cœur aux lèvres</em>, ou <em>L’amour s’éveille</em>, deux valses 1900 de <strong>Jeanne Danglas</strong>, très café-concert et divette, aussi charmeuses que le « Je te veux » de Satie ou <em>Les Chemins de l’Amour</em> de Poulenc, dont Cyrille Dubois distille avec humour le charme penché.</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" class="wp-image-126376" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/chaminade-1024x538.jpg" alt="" />Cécile Chaminade © D.R.</figure>
<p>Cyrille Dubois, très en verve décidément, restitue aussi bien la tendresse délicate des mélodies de Cécile Chaminade, <em>Rêve d’un soir</em> et <em>Veux-tu ?</em> que <em>L’Amour</em>, confidentiel puis farouche, d’<strong>Augusta Holmès</strong> ou, d’elle aussi, <em>Le Vin</em>, spectaculaire chanson à boire). Il se joue des lignes insinuantes, très Art nouveau, de la <em>Bilitis</em> de <strong>Rita Strohl</strong> (poème de Pierre Louÿs), non moins que des arabesques sensuelles de son <em>Sonnet</em> (Charles Sinnoir).</p>
<p>Et on imagine le plaisir des interprètes à faire découvrir des pièces aussi originales que les <em>Méditations</em> (1922) de Charlotte Sohy, dont, après avoir cherché à qui elles font penser (Fauré, Lili Boulanger ?), on finit par conclure qu’elles ne ressemblent qu’à Charlotte Sohy (autrice aussi des poèmes, d’ailleurs).</p>
<p>Quelle émotion enfin de retrouver la voix plus charnue, aux fragilités touchantes, de <em>Yann Beuron</em> dans sept mélodies de Mel Bonis, denses, secrètes, profondes.</p>
<p>Le dixième et dernier disque s’achève délicieusement par l’album <em>Pour les tout-petits</em> de Mel Bonis (1913), inventif, ludique, inattendu, léger et drôle, rappelant son intérêt pour la pédagogie musicale, et qui pourrait être posé sans rougir à côté de l’<em>Album für die Jugend</em> de Schumann et de l’<em>Album pour la jeunesse</em> de Tchaïkovski.</p>
<p>Une anthologie indispensable, dont on espère qu’elle donnera des idées aux programmateurs&#8230;</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/compositrices-une-anthologie-en-8-cd-par-le-palazzetto-bru-zane/">Compositrices : une anthologie en 8 CD par le Palazzetto Bru Zane</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Lili et Nadia Boulanger &#8211; Mélodies</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lili-et-nadia-boulanger-melodies-avec-un-grand-enthousiasme-interieur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2020 14:19:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aussi laconiques que soient la discographie et les récitals consacrés à Lili et Nadia Boulanger, le duo Contraste a déjà montré à plusieurs reprises ses affinités avec les deux compositrices : récipiendaire du prix homonyme en 2010, il avait interprété puis enregistré Clairières dans le ciel pour le label Hortus. Mais aujourd’hui Cyrille Dubois et Tristan &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Aussi laconiques que soient la discographie et les récitals consacrés à Lili et Nadia Boulanger, le duo Contraste a déjà montré à plusieurs reprises ses affinités avec les deux compositrices : récipiendaire du prix homonyme en 2010, il avait interprété puis <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/cyrille-dubois-chante-14-18">enregistré <em>Clairières dans le ciel</em> pour le label Hortus</a>.</p>
<p>Mais aujourd’hui <strong>Cyrille Dubois</strong> et <strong>Tristan Raës</strong> franchissent un pas supplémentaire avec un album entièrement consacré aux mélodies des deux sœurs. Une volonté d’exhumer des pièces rares, mais aussi une démarche féministe ainsi qu’ils l’expliquent dans le livret accompagnant l’enregistrement : « en ces heures où l’évidence de l’égalité homme/femme peine encore à s’imposer, il nous paraît nécessaire et heureux que des interprètes masculins rendent hommage à deux des plus grandes compositrices de notre répertoire ».</p>
<p>Si l’on est sensible à cet argument, on est surtout émerveillée par la (re)découverte de ces mélodies, qui sont l’occasion d’entendre la singularité de Lili et de Nadia Boulanger : singularité par rapport à Fauré, Debussy ou Ravel, modèles auxquels on les rattache sans cesse comme si elles n’en étaient que des héritières – voire des imitatrices ; singularité également de l’une par rapport à l’autre, car on en vient parfois à oublier que chacune avait son style propre, et un talent tout personnel.</p>
<p>L’enregistrement s’ouvre par neuf mélodies de Nadia Boulanger où le pianiste Tristan Raës démontre une science des couleurs et des atmosphères saisissante, et ce dès les premières mesures. Si le précédent album du duo, consacré à Franz Liszt, avait déjà mis en valeur les qualités techniques du musicien, le répertoire français permet d’entendre mieux encore son aptitude à construire un paysage sonore où le texte peut se déployer, notamment dans « La Mer » où il trouve un son riche, profond et évocateur.</p>
<p>De son côté, le ténor Cyrille Dubois parvient à rendre toute la délicatesse exigée par les poèmes et la musique sans jamais tomber dans la mièvrerie. Sans doute est-ce la simplicité de l’émission – sans jamais grossir la voix, en privilégiant le texte aux grands éclats vocaux, y compris dans l’aigu – qui assure cette impression de sincérité. Sans doute est-ce aussi l’intelligence du programme, qui allie élégie sentimentale – le « Poème d’amour » ou « Ecoutez la chanson bien douce » – et mélodies plus sombres – « Versailles » ou « Le Couteau ». Le timbre se fait malléable, se pliant à toutes les exigences expressives de la musique : très beaux effets de <em>crescendo</em>, aigu rayonnant, et vaillance qui peut laisser place, en quelques secondes, à un son lumineux et éthéré ; probablement ce que la compositrice attendait lorsqu’elle a noté, sur la partition de « Soir d’hiver », l’indication « avec un grand enthousiasme intérieur ».</p>
<p>Cette malléabilité de la voix et du piano est d’autant plus importante que les <em>Quatre chants</em> de Lili Boulanger sont assez différents des mélodies de Nadia en termes d’atmosphère et d’écriture. Les poèmes mis en musique sont éminemment tragiques, mais surtout la compositrice fait preuve d’une audace harmonique plus grande que sa sœur. Première femme lauréate du Prix de Rome de composition en 1913, Lili Boulanger teinte ses mélodies de modalité et de chromatisme, sans en faire des procédés systématiques. Elle se plaît dans une musique mouvante harmoniquement, privilégiant l’évocation à l’imitation : autant de traits esthétiques dont Tristan Raës s’empare à des fins expressives tandis que la voix de Cyrille Dubois se fait plus corsée. Le contraste avec la première partie de l’album est clair, et l’on ne sait ce qui est le plus frappant du drame de « Dans l’immense tristesse » ou de la douceur colorée d’exotisme du « Retour ».</p>
<p>Mais de tout l’enregistrement, <em>Les Heures claires</em>, composées à quatre mains par Nadia Boulanger et Raoul Pugno, sont sans doute le cycle où la complicité du pianiste et du ténor est la plus évidente. De la fragilité et la retenue de « Vous m’avez dit » à l’intensité de « S’il arrive jamais » s’affirme une urgence à dire ce texte superbe que la musique souligne avec une inventivité remarquable.</p>
<p>Un album féministe ? Peut-être, mais un album surtout qui rend justice à deux compositrices dont l’œuvre n’a pas à rougir devant leurs plus illustres contemporains.</p>
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		<title>Clairières. Songs by Lili &#038; Nadia Boulanger</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/clairieres-songs-by-lili-nadia-boulanger-ail-et-pitie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Jan 2020 20:57:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nicholas Phan est un artiste attachant, dont on a pu suivre le parcours à travers les différents disques qu’il a déjà fait paraître chez le label Avie, un parcours britténien entamé il y a maintenant près d’une décennie, depuis Winter Words sorti en 2011, bientôt suivi par Still Falls the Rain et (provisoirement ?) parachevé avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Nicholas Phan</strong> est un artiste attachant, dont on a pu suivre le parcours à travers les différents disques qu’il a déjà fait paraître chez le label Avie, un parcours britténien entamé il y a maintenant près d’une décennie, depuis <em>Winter Words</em> sorti en 2011, bientôt suivi par <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/seul-face-a-peter-anthony-philip-et-ian"><em>Still Falls the Rain</em></a> et (provisoirement ?) parachevé avec <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/illuminations-rimbaud-oui-mais-verlaine">Illuminations</a> </em>en 2018, tous trois avec l’excellente pianiste <strong>Myra Huang</strong>, plus les quelques instrumentistes exigés par certaines œuvres.   </p>
<p>Après avoir ajouté à Britten Debussy et Fauré dans ce dernier disque, <em>Clairières</em> lâche le maître d’Aldeburgh pour s’avancer courageusement dans un univers exclusivement français, et qui est encore loin d’être parmi les plus rebattus, même si les interprètes s’y intéressent sérieusement depuis quelques années : les mélodies de Lili Boulanger et, peut-être même plus rare, celles de sa sœur aînée Nadia, qui lui survécut pendant soixante années.</p>
<p>Hélas, il n’y a pas que du bien à dire de l’évolution suivie par  le ténor américain. Certes, on admire sa volonté de s’avancer résolument dans le domaine français, mais il faudra bien répéter certaines remarques déjà formulées à propos d’<em>Illuminations </em>: si la maîtrise de la langue est globalement correcte, il y a néanmoins des détails qui feront tiquer l’auditeur francophone. Un coach de langue a-t-il été sollicité pour les séances d’enregistrement ? On en doute, ou du moins il a du s’assoupir par moments, car quel professionnel digne de ce nom aurait laissé Nicholas Phan prononcer « Ayez pitié » comme si cela s’écrivait « Ail et pitié » ? Certes, cette plante monocotylédone est souvent associée par les anglophones au stéréotype même du Français moyen, mais elle n’a pas grand-chose à faire dans les poèmes de Maeterlinck mis en musique par les sœurs Boulanger. Plus gênant, les nasalités excessives qui, là encore, rendent un peu risible la déclamation du ténor, tout comme le recours fréquent au falsetto. Et peut-être plus inquiétant, certains signes de fatigue prématurée, la voix bougeant parfois de façon bien curieuse.</p>
<p>Malgré tout, pour le magnifique cycle <em>Clairières dans le ciel</em>, sommet de la production de Lili Boulanger, Nicholas Phan sait trouver les accents justes et mobiliser très intelligemment ses ressources vocales et expressives. Evidemment, il y a dix ans, un tel disque aurait pu apparaître comme une révélation, mais cette partition a trouvé depuis peu le plus idoine des interprètes en la personne de Cyrille Dubois, qui la chante <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/lopera-de-paris-rend-hommage-a-lili-boulanger">depuis au moins 2013</a> et qui l’a enregistrée <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/cyrille-dubois-chante-14-18">en 2015 pour le label Hortus</a>. Si sincère que soit la version de Nicholas Pham, elle pâtit inévitablement d’une moindre maîtrise de la langue.</p>
<p>Si l’on ajoute que le minutage du disque est assez chiche (moins de 55 minutes), et qu’il n’y a pas d’inédits à attendre – même pour Nadia, le terrain a déjà été balisé <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/mademoiselle-premiere-audience-unknown-music-of-nadia-boulanger-la-tres-grande-mademoiselle">au disque du moins</a> –, on comprendra que ce récital-ci ne s’impose pas de manière impérieuse dans les discothèques.</p>
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		<title>Hymne au soleil. Œuvres chorales</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/hymne-au-soleil-oeuvres-chorales-moi-je-faisais-quadmirer-not-brave-generale-boulanger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 May 2018 05:32:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien que son décès soit survenu en 1918, ce n’est évidemment pas la Première Guerre mondiale, ni même la grippe espagnole qui a fauché Lili Boulanger dans sa prime jeunesse, mais la maladie de Crohn, suite d’une pneumonie contractée à l’âge de 2 ans. Première femme titulaire du Prix de Rome (en 1913), l’aînée des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bien que son décès soit survenu en 1918, ce n’est évidemment pas la Première Guerre mondiale, ni même la grippe espagnole qui a fauché Lili Boulanger dans sa prime jeunesse, mais la maladie de Crohn, suite d’une pneumonie contractée à l’âge de 2 ans. Première femme titulaire du Prix de Rome (en 1913), l’aînée des sœurs Boulanger avait tout pour devenir l’un des grands compositeurs français du XX<sup>e</sup> siècle, et seule l’extrême brièveté de sa carrière l’en aura empêchée. Il n’y a néanmoins rien à jeter dans ce qu’elle eut le temps de composer, et il est heureux qu’elle ait trouvé un aussi brillant défenseur que le ténor Cyrille Dubois, brillant interprète de son grand cycle de mélodies <em>Clairières dans le ciel</em>. Si la France n’est donc pas totalement oublieuse, il faut malgré tout se féliciter que les musiciens étrangers ait le bon goût de se pencher avec intérêt sur les partitions de Lili Boulanger.</p>
<p>C’est d’Allemagne que vient cette fois ce disque monographique publié par le téméraire label Carus, et plus précisément de la petite ville d’Ochsenhausen, dans le Bade-Wurtemberg, où a été fondé en 2005 l’<strong>Orpheus Vokalensemble</strong>, ici dirigé par <strong>Michael Alber</strong>. Cette formation s’est rapidement imposée au premier rang des chœurs de chambre professionnels, et a déjà enregistré plusieurs disques parus chez Carus, qui illustrent toute la diversité de son répertoire. Fort d’une trentaine de chanteurs, il offre aux compositions de Lili Boulanger toute la limpidité de son chant aux voix saines et une diction française de très bon aloi (on retiendra notamment son habileté à négocier nos traîtres e muets). Même remarque pour les dix solistes, tous issus de l’ensemble vocal : à part notre compatriote <strong>Clémence Boullu</strong>, aucun n’est francophone, mais tous s’expriment dans un français remarquable, et leurs qualités de timbre sont tout aussi dignes d’éloges. Presque toutes ces œuvres chorales font en effet appel, souvent pour une des strophes du poème, à une voix solo qui se dégage de la masse sonore. On signalera notamment la prestation du baryton <strong>Christos Pelekanos</strong> dans l’émouvant « Pour les funérailles d’un soldat », celle du ténor <strong>Jo Holzwarth</strong> dans la lancinante « Vieille prière bouddhique ».</p>
<p>Dans ce programme assez habilement agencé pour éviter tout sentiment de monotonie, quatre pièces pour piano permettent à <strong>Antonii Baryshevskyi</strong> d’être seul sous le feu des projecteurs, mais la très belle partie instrumentale des morceaux vocaux laissait déjà deviner la sensibilité du pianiste.</p>
<p>Ce bouquet fort élégamment assemblé, qui inclut une première mondiale – on est ravi de penser que toutes les autres fleurs en ont déjà connu un enregistrement – vient apporter une preuve supplémentaire du génie de leur auteur. Et comme jadis en revenant de la revue du 14 juillet 1886, « moi je faisais qu’admirer not’ brave général(e) Boulanger ».</p>
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		<title>Lili Boulanger, le retour se confirme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lili-boulanger-le-retour-se-confirme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2014 15:41:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1913, elle était titulaire à 19 ans d’un Premier Grand Prix de Rome, récompense qui n’avait jusque-là jamais été attribuée à une femme. Cinq ans après, elle mourait de tuberculose intestinale. Longtemps, sa mémoire fut entretenue par son illustre sœur, Nadia. Et depuis quelques années, tout un faisceau de signes portent à espérer que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 1913, elle était titulaire à 19 ans d’un Premier Grand Prix de Rome, récompense qui n’avait jusque-là jamais été attribuée à une femme. Cinq ans après, elle mourait de tuberculose intestinale. Longtemps, sa mémoire fut entretenue par son illustre sœur, Nadia. Et depuis quelques années, tout un faisceau de signes portent à espérer que <strong>Lili Boulanger </strong>est enfin reconnue comme un très grand compositeur. En octobre 2013, on donnait à Rouen sa cantate <em>Faust et Hélène. </em>En décembre de la même année, l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille lui rendait un vibrant hommage (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/breve/lopera-de-paris-rend-hommage-a-lili-boulanger">voir brève</a>). Tout récemment, Stéphanie d’Oustrac a inclus dans son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/cd/invitation-au-voyage-melodies-francaises-en-finir-avec-roland-fine-bouche">disque de mélodies françaises</a> trois extraits du cycle <em>Clairières dans le ciel </em>(1906). Et du 19 décembre au 10 janvier, on pourra prochainement applaudir cette même cantate en version scénique. Pas en France, mais en Suède : dans le cadre des commémorations de la Grande Guerre, l’Opéra de Malmö a décidé de monter <em>Faust et Hélène</em> qui, après sa création en concert à Paris, avait été mise en scène par Raoul Gunsbourg à Monte-Carlo en 1924. Six instrumentistes au lieu d’un grand orchestre, un livret traduit en suédois… Malgré tout, voilà une initiative intéressante qui donnera peut-être des idées à d’autres théâtres. Et qui sait, peut-être un compositeur intrépide s’attaquera-t-il un jour à compléter l’opéra qu’elle avait pratiquement achevé, mais dont la partition est en grande partie perdue, d’après <em>La Princesse Maleine</em> de Maeterlinck.</p>
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