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	<title>Gérard PESSON - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 05 Sep 2024 07:14:42 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Gérard PESSON - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>A Puccini, la création reconnaissante</title>
		<link>https://www.forumopera.com/a-puccini-la-creation-reconnaissante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Sep 2024 05:40:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Tout le monde aime Puccini. Tout le monde sauf les compositeurs. » De ces deux propositions, une seule est vraie, ce qui passe pour à peine croyable pour qui connaît un peu cette niche d&#8217;ivoire qu&#8217;est la musique contemporaine. Comment apprécier au même titre la pugnacité d&#8217;une Sonate de Barraqué et la guimauve larmoyante de Suor &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Times New Roman, serif;"><span style="font-size: medium;">« </span></span></span>Tout le monde aime Puccini. Tout le monde sauf les compositeurs.<span style="color: #000000;"><span style="font-family: Times New Roman, serif;"><span style="font-size: medium;"> »</span></span></span> De ces deux propositions, une seule est vraie, ce qui passe pour à peine croyable pour qui connaît un peu cette niche d&rsquo;ivoire qu&rsquo;est la musique contemporaine. Comment apprécier au même titre la pugnacité d&rsquo;une Sonate de Barraqué et la guimauve larmoyante de <em>Suor Angelica</em> ? La hauteur d&rsquo;esprit d&rsquo;un quatuor à cordes de Lachenmann ne fait-elle pas irrémédiablement passer la dernière scène de <em>la Bohème</em> pour une bluette sans lendemain ? La réalité est certainement moins évidente, si l&rsquo;on en croit les sept compositrices et compositeurs interrogés ici. N&rsquo;ayant pour points communs que d&rsquo;avoir commis un opéra et de vouloir faire mentir les idées reçues, ils se livrent ici, sur un ton humoristique, analytique, mélancolique ou même sceptique, à un petit exercice d&rsquo;admiration puccinienne.<br /></strong></p>
<h4><strong>_______________________________________________________________________<br />Claire-Mélanie Sinnhuber</strong></h4>
<p><em><br />La Bohème</em>, je l’ai écoutée en boucle à l’âge de 18 ans, comme je pouvais écouter un album des Cure, c’était le disque compact Freni-Pavarotti-Karajan. J’étais fascinée par ce petit théâtre parisien tellement factice, où tout chantait en italien. Mais surtout, il y avait ce solo de Mimi, qui m’aimantait, me bouleversait.</p>
<p>Dans le calme de la nuit, j’écoutais : le silence, sur lequel se dessinait comme un trait de pinceau le mi velouté des cordes, sur lequel se posait le même mi de la voix lumineuse de Mirella Freni : « Sì…. » ; puis cette gamme ascendante du chant, si désarmante dans sa simplicité : « …mi chiamano Mimi…. ».</p>
<p>Ce « Sì » – presque une voix parlée, presque une voix d’enfant – chanté à l’unisson avec l’orchestre ouvrait un espace d’écoute et de délice pour moi alors inconnu.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="427" height="284" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/photo_CMS_Radel.jpg" alt="" class="wp-image-171383"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Claire-Mélanie Sinnhuber © Jean Radel</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>_______________________________________________________________________<br>François Paris</strong></h4>
<p>Mes souvenirs de Puccini sont multiples. Depuis mes études de direction d’orchestre, ils ont par la suite nourri ma vie de compositeur et s’ils se focalisent principalement autour de sa dernière œuvre <i>Turandot</i>, je crois pouvoir dire que j’ai une bonne connaissance de l’œuvre du compositeur dans son ensemble. Je pense aussi, avec le recul, avoir été profondément influencé par son écriture vocale, son sens de la dramaturgie et sa virtuosité orchestrale dans mes propres travaux.<br><span style="color: #000000;">C’est d’abord comme figurant (soldat noir&nbsp;!) que, participant à la production Vittorio Rossi, Michel Plasson à Bercy en 1985, je profitais des (nombreux&nbsp;!) moments où je n’étais pas sur scène pour suivre la partition, et ce plus de 40 soirs de suite (répétitions et représentations).<br></span>C’est ensuite au cours de mes études que j’évoquerai ici une rencontre à Sienne avec Franco Donatoni en 1991 qui comparait l’opéra français à l’opéra italien. Je le cite de mémoire : « Chez nous les Italiens, les choses sont claires. Dans <i>Turandot</i>, on te pose trois questions. Tu réponds et tu pars avec la princesse, tu échoues et l’on te coupe la tête. Au moins c’est clair. Alors que dans l’opéra français, Mélisande se trouve au milieu de nulle part, on ne sait pas comment elle est arrivée là, par le train de quelle heure ? Où devait-elle se rendre ? Et tiens, voilà Golaud, sorti lui aussi de nulle part, à qui elle demande de ne pas la toucher… Tout cela n’est pas très rationnel… ». J’ai toujours trouvé que cette manière de résumer les choses en disait beaucoup plus que de longs discours.<br>Avec Gérard Grisey, dans les années 90, nous avions de longues discussions sur l’art lyrique, à propos par exemple de l’orchestration du début du 3e acte de Turandot. Il était très admiratif (et moi de même) et me disait que, même s&rsquo;il n’était «&nbsp;pas très bien vu&nbsp;» de parler de Puccini (à l’époque) il assumait&nbsp;!<br>Enfin, j’évoquerai ici un dernier souvenir qui est plus récent et date de ma dernière rencontre avec Luciano Berio au festival MANCA en 2000. Il travaillait sur une nouvelle version de la fin de Turandot (créée en 2002) et j’étais très intéressé lorsqu’il me racontait l’immense travail qu’il avait effectué à partir de toutes les esquisses que Puccini avait laissées (en particulier sur le duo final). Il en avait déduit une fin beaucoup plus sombre que dans la version tonitruante (et d’un point de vue dramaturgique décidément peu crédible) de Franco Alfano.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Francois-Paris_carre.jpg" alt="" class="wp-image-171385" width="393" height="393"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>François Paris © lacroix.com</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>_______________________________________________________________________<br>Francesco Filidei</strong></h4>
<p align="JUSTIFY">Ce ne fut pas un amour au premier regard, mais un lent et inexorable poison.<br>Ma tante, ayant obtenu par je ne sais quel moyen deux invitations, avait décidé de me traîner à une de ces <em>Butterfly</em> de province, riche d&rsquo;ombrelles et de paravents, qui plaisaient tant aux vacanciers retraités.<br>Prévenu comme pouvait l&rsquo;être un jeune homme de quinze ans à peine entré en contact avec des compositeurs dogmatiques qui voyaient en Puccini l&rsquo;ennemi à abattre, je relevais le défi, et décidais de m&rsquo;infiltrer parmi la petite bourgeoisie octogénaire qui infectait le milieu lyrique local, afin d&rsquo;étudier le phénomène avec le détachement proverbial d&rsquo;un critique de la <em>Frankfurter Allgemeine</em>.</p>
<p style="text-align: left;">Pour me préparer, je dérobais à la tante en question trois cassettes audio dans lesquelles l&rsquo;éditeur avait réussi à caser l&rsquo;intégralité du livret, et me moquais ouvertement des vers d&rsquo;Illica et Giacosa :</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp; &nbsp; &nbsp; « E suda e arrampica e sbuffa e inciampica!&#8230; Sareste addirittura cotto?&#8230;Dipende dal grado di cottura. »<br>&nbsp; &nbsp; &nbsp; « <i>Et l&rsquo;on sue, et l&rsquo;on grimpe, et l&rsquo;on souffle et l&rsquo;on trébuche&#8230; Serais-tu véritablement cuit </i>[amoureux, ndlr.]&nbsp;<i>? Cela dépend du degré de cuisson. »</i></p>
<p>Comment même comparer ce brouillamini de banalités aux textes si limpides concoctés par Cacciari pour Nono, qui, selon mes amis, étaient le nec plus ultra de la créativité contemporaine ?<br>« <span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;">Generò l’H </span><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;">URANO</b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;"> stellato gli alti monti il </span><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;">MARE</b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;"> infecondo </span><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;">TÉMIDE</b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;"> e il più tremendo </span><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit; font-family: 'Times New Roman', serif;">πολυτεκτονες Τηϑυος εκγονα, bella caviglia…» (1)<br></span>&#8230;Giacosa et Illica devaient être de véritables canailles, me disais-je.</p>
<p>J&rsquo;allais donc à ma première <em>Butterfly</em>, de laquelle je ne me rappelle que l&rsquo;audacieux parti pris scénique, accompagné d&rsquo;un arrière-plan de reniflements et de caramels déballés, qui laissaient à Pinkerton tout le loisir d&rsquo;exhiber son torse nu à une Cio-Cio-San qui avait dû avoir quinze ans (« tout juste »&nbsp;rappelle le livret) en même temps que la majeure partie du parterre.</p>
<p lang="fr-FR">Je sortais du théâtre en ricanant, mais dès le lendemain, je n&rsquo;arrivais pas à libérer mon cerveau de l&#8217;emprise de ces nombreuses incises mélodiques qui avaient trouvé terrain fertile dans la confusion émotionnelle d&rsquo;un adolescent en pleine crise hormonale. Bien sûr, les jeunes filles de quinze ans à l&rsquo;école ne ressemblaient en rien au papillon de la veille (lui aussi, accablé), mais les mélodies pucciniennes défaisaient et relâchaient la maille d&rsquo;un masque que je m&rsquo;étais obstinément tissé, et m&rsquo;indiquaient un chemin sur lequel diriger mes obsessions.<br>Je commençais à me rendre compte que le sarcasme n&rsquo;avait été qu&rsquo;un mécanisme de défense, et que le virus avait fonctionné avant tout grâce à la résistance que je lui avais opposée. Puccini m&rsquo;avait berné, et, pour faire bref, je me retrouvais frappé d&rsquo;une puccinite incurable, car les recettes de Sieur Giacomo ont de quoi faire pâlir celles de <em>Suor Angelica.</em><br><span lang="fr-FR">Pour conclure, il suffirait de dire que les êtres humains respirent de l&rsquo;air et non de l&rsquo;eau, qu&rsquo;ils peuvent bien sûr prétendre le contraire, mais que s&rsquo;ils essaient, ils se noient. On ne peut manger du sel, et dire que c&rsquo;est du sucre, ou bien si, on peut le dire, mais c&rsquo;est tricher, et une recette bien pensée pour faire pleurer fait pleurer, une recette bien pensée pour faire rire fait rire, et je ne comprends pas pourquoi je ne devrais pas me réjouir des bonnes recettes parmi mes jouets et mes confettis, maintenant qu&rsquo;à </span><span style="text-decoration: line-through;"><span lang="fr-FR">quinze</span></span><span lang="fr-FR"> cinquante-et-un ans « tout juste », je suis prêt à les déballer devant le parterre de mes pairs.</span></p>
<pre lang="fr-FR">(1) <em>Ce serait faire outrage à la limpidité du texte original du </em>Prometeo<em> de Nono-Cacciari que de le soumettre à une traduction [n.d.l.r.]</em></pre>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/filidei-1080x675-1_0-1-1000x600-1.jpg" alt="" class="wp-image-171386" width="521" height="313"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Francesco Filidei © Olivier Roller</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>_______________________________________________________________________<br />Diana Soh</strong>   </h4>
<p><span lang="fr-FR" style="font-size: revert;"><br />Malgré certains stéréotypes culturels, et la matière de certains livrets de ses œuvres de maturité, telles que <em>Madame Butterfly</em> ou <em>Turandot</em> &#8211; je suis particulièrement sensible à cette dernière en ce moment -, la musique de Puccini reste pour moi un péché mignon. Je trouve particulièrement réussie la façon dont il s&#8217;empare de cultures musicales étrangères afin de les intégrer à son propre monde. Sa musique est toujours si vocale, son sens de la ligne et de l&rsquo;orchestration si impressionnant. Il est à ce point incontournable que sa musique est devenue composante si importante de ce qui façonne notre image culturelle collective de ce qu&rsquo;est l&rsquo;opéra par excellence. En revanche, au-delà de l&rsquo;aspect musical, j’attends toujours un.e metteur.euse en scène capable d&rsquo;adapter ou de rendre l’histoire de <em>Butterfly</em> ou de <em>Turandot</em> plus pertinente pour les spectatrices de 2024. <br />Il est difficile pour un.e féminist.e aujourd&rsquo;hui de regarder l&rsquo;histoire d&rsquo;un viol statutaire et de prétendre que la musique (pourtant excellente !) parle d&rsquo;autre chose.<br /></span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-d-soh_pp-nb-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171387" width="499" height="332"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Diana Soh © Droits réservés</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>_______________________________________________________________________<br>Gérard Pesson</strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp;</h4>
<p></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">L’action de <em>Tosca</em> se déroule à Rome, et voilà ce qui a déclenché ma plongée dans la musique de Puccini, quand, au début des années 90, j’ai habité cette ville comme pensionnaire à la Villa Médicis. Cette découverte tardive n’est pas une incuriosité de ma part, mais tient plutôt à une certaine doxa des avant-gardes, auxquelles je m’attachais comme jeune compositeur, doxa dont Puccini, c’est peu de le dire, n’était pas l’invité permanent. Quelle surprise de découvrir plus tard que Schoenberg avait un grand respect pour Puccini, que son disciple et prosélyte, René Leibowitz, était un puccinien de cœur&nbsp;! Il est vain de mettre des frontières entre les musiques.<br>À partir de cette entame romaine, j’ai écouté, vu, lu, étudié les œuvres de Puccini jusqu’à en devenir assez familier, mais pas spécialiste. <br>Un pèlerinage dans la ville de Lucques s’imposait, et j’ai mieux appréhendé là, par un bel automne de 1992, que Puccini avait des racines profondes dans l’épaisseur du temps, étant 5e compositeur en ligne directe, tous issus de cette grosse bourgade toscane (le premier, Giacomo, né en 1712). Le rez-de-chaussée de la maison natale de Puccini, au coin de deux rues, était alors une boucherie. <br>Génie mélodique, sens infaillible de la dramaturgie, extrême mobilité de la musique, fluidité des idées, inventivité orchestrale subtile, ultra-mouvante, que Ravel admirait tant, et surtout, ce nerf de l’émotion dans son œuvre, comme sous-cutanée, qui semble la transposition de l’exigence anxieuse que Puccini montrait quand il cherchait un « sujet » et faisait écrire ses livrets avec un instinct très sûr, bien qu’il fût souvent accablé de doutes. <br><em>Gianni Schicchi</em>, son œuvre la plus parfaite sans doute, livret compris. <em>Tosca</em> et <em>Butterfly</em> qui ont conquis tous les cœurs de par le vaste monde. On pleure encore à la fin de <em>Butterfly</em>, vous pourrez le constater à chaque représentation. <br>Le degré de puccinisme se mesure lorsqu’en entendant l’hymne américain, on pense d’abord à <em>Madame Butterfly</em>. <br>Puccini est né en 58, comme moi, et nous avons les mêmes initiales ; j’espère juste passer l’année 24.<br></span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="560" height="315" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/560x315_gerard-pesson_1280x720.jpg" alt="" class="wp-image-171388"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Gérard Pesson © Radio France</sup></figcaption></figure>


<h4><strong><br>_______________________________________________________________________<br>Lucia Ronchetti</strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp;</h4>
<p></p>
<p align="LEFT"><em>Turandot</em>, le dernier opéra de Puccini, inachevé et énigmatique, est l&rsquo;un des grands chefs-d&rsquo;œuvre du XX<sup>e</sup> siècle, et une véritable bible pour mes projets choraux, de théâtre musical et d&rsquo;opéras.<br>La forte absence dramaturgique de Turandot au premier acte, et celle forcée, résultat d&rsquo;un finale inachevé sont exacerbées par de nombreuses tentatives malheureuses de terminer la partition. Ces absences donnent un espace aux personnages de Calaf et de Liù, qui émergent du néant, faisant partie du magma humain d&rsquo;un Pékin sans frontières. Dans cette partition magnifique et plurielle, Puccini conjugue le développement de ses protagonistes à la présence constante d&rsquo;une marée humaine tout en mouvement et en interactions, un monde sonore fait de crescendos de rage et de decrescendos de résignation. Ce supra-personnage qu&rsquo;est la foule collecte les nombreuses voix anonymes convoquées par Puccini. Au fil de la partition, du livret, mais aussi des lettres du compositeur, elles prennent des noms tels que « voix de femmes mystérieuses et distantes », « la foule », « le bourreau »&#8230; : toutes ces voix différentes et complexes qui hurlent, tremblent, maudissent et implorent. Elles brossent le portrait d&rsquo;un paysage urbain en ruine et en rébellion qui assiste à la décapitation rituelle des prétendants de Turandot.<br>Dans ses lettres, Puccini parle souvent des échos des voix, échos qui fusionnent et se dispersent dans celui du grand gong. L&rsquo;écho de ces voix se perd « dans le lointain », comme si la réverbération était engloutie par cette cité-monstre, où les ombres apparaissent dans le silence nocturne, devenant de plus en plus nombreuses, jusqu&rsquo;à émerger à nouveau en tant que masse. Puccini dépeint en des tons fauves le désenchantement des habitants de la métropole ; une ville grotesque et aliénante dans un style musical dadaïste.<br>La mort de Liù et celle de Puccini font s&rsquo;effondrer le mythe, la fable, l&rsquo;espoir ; tout retourne à la normalité, l&rsquo;anonymat et l&rsquo;indifférence, controlés par la justice aveugle du destin. Nous quittons le conte de fées et ses couleurs éblouissantes de songe pour revenir à une réalité en noir et blanc.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ddab89a285e2281024af645b71ab1c12-1605278670-1024x575.jpg" alt="" class="wp-image-171389" width="607" height="340"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lucia Ronchetti © Stefano Corso</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>_______________________________________________________________________<br>Hèctor Parra</strong>&nbsp;</h4>
<p align="LEFT">Ma relation avec la musique de Puccini a commencé dès ma plus tendre enfance, car ma grand-mère, chanteuse amateure, aimait chanter à la maison quelques-uns des airs les plus connus du compositeur, tels que « Un bel dì, vedremo » de <em>Madama Butterfly</em>, « O mio babbino caro » de <em>Gianni Schicchi</em> ou, évidemment transposé, « Nessun dorma » de <em>Turandot</em>. Puccini était sans doute son compositeur préféré et, par conséquent, l&rsquo;un des premiers dont j&rsquo;ai un souvenir conscient. La prodigieuse expressivité lyrique, la lucidité mélodique et harmonique inégalée de ses opéras me conduisent toujours à l&rsquo;émotion la plus puissante. <br>Mais depuis 2021, suite à ma résidence à la Villa Médicis pour composer l’opéra <em>Orgia</em>, d’après la tragédie de Pier Paolo Pasolini (dont la première a eu lieu en juin 2023), ma relation avec la musique de Puccini est devenue plus consistante et réfléchie. Par une accumulation de coïncidences, dont une conversation sur <em>Tosca</em> avec l&rsquo;ambassadeur de France à Rome à l&rsquo;époque, Christian Masset, dans son propre bureau au Palazzo Farnese (le même bureau que Scarpia !), j&rsquo;ai fréquenté la partition et les enregistrements de <em>Tosca</em> de plus en plus assidûment, au point qu&rsquo;elle est devenue la seule musique que j&rsquo;ai gardée en tête pendant l&rsquo;année de mon séjour à Rome. L&rsquo;influence de <em>Tosca</em> – un opéra que j&rsquo;admire et adore par-dessus de presque tout –&nbsp;dans <em>Orgia</em> et dans mon dernier opéra <em>Justice</em> est, je pense, très forte. &nbsp; &nbsp;&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="560" height="315" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/560x315_photo-hector-parra1.webp" alt="" class="wp-image-171390"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Hèctor Parra © Ircam</sup></figcaption></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>PESSON, Trois Contes — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-trois-contes-rennes-a-rennes-les-contes-sont-bons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Nov 2021 05:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/a-rennes-les-contes-sont-bons/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Mettre l’opéra contemporain à la portée de tous, beaucoup en rêvent, l’Opéra de Rennes l’a fait. A la portée de tous – et des enfants en particulier. Nous avons rarement vu autant d’enfants à l’opéra, lors d’une représentation publique, que dimanche dernier à l’opéra de Rennes. On y donnait les Trois contes de Gérard Pesson. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mettre l’opéra contemporain à la portée de tous, beaucoup en rêvent, l’Opéra de Rennes l’a fait. A la portée de tous – et des enfants en particulier. Nous avons rarement vu autant d’enfants à l’opéra, lors d’une représentation publique, que dimanche dernier à l’opéra de Rennes.</p>
<p>On y donnait les <em>Trois contes</em> de <strong>Gérard Pesson</strong>. Ce spectacle qui a un goût de fête de fin d’année a été créé il y a trois ans à Lille.</p>
<p>Les trois contes en question sont sans rapport l’un avec l’autre. Le premier, présenté avec humour en cinq versions, est le « Petit pois » d’Andersen. Le sujet : impossible de dormir dans un lit où traîne un petit pois quand on est princesse ! Le second narre le mystère de la disparition du manteau de l&rsquo;écrivain Marcel Proust. Le troisième, d’après Edgar Poe, est l’histoire du diable qui met la panique dans un village en déréglant son horloge. Vous voyez, des contes sans lien entre eux (… ou alors vraiment caché, le diable est peut-être dans les détails!)</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/trois_contes_opera_rennes_9_c_laurent_guizard_-_copie.jpg?itok=gm1x3yHT" title="Le troisième conte: le Diable dans le beffroi (Photo Laurent Guizard)" width="468" /><br />
	Le troisième conte: le Diable dans le beffroi © Laurent Guizard</p>
<p>Ce qui est bien dans cette affaire – et cela, beaucoup grâce à la qualité des interprètes – c’est qu’on comprend les textes. Cela est si rare à l’opéra !</p>
<p>Gérard Pesson enveloppe le tout d’une musique abondante, foisonnante, crépitante, sans repère tonal bien sûr, qui déroule tout au long de l’action son flot rocailleux ou limpide. Elle fourmille de références : Marche funèbre de Chopin, Cinquième de Beethoven, Zarathoustra, Chevalier à la rose, Madame Butterfly, Air du froid de Purcell, choral de Bach, et même chabadabada de Francis Lai. N’en jetez plus !</p>
<p>La mise en scène ne se  fait pas à l’économie : elle regorge de tableaux, de costumes, d’humour, d’effets spéciaux. Dans le conte sur Proust défile une succession de plateaux roulants portant chacun leur décor, qui sont autant de scènes différentes. Dans le conte du diable, le décor se présente sous forme d’un de ces livres d’enfant qui, lorsqu’on les ouvre, présentent des pages découpées en relief.</p>
<p>Côté chant, ce fut un gala ! Et cela malgré l’absence de l’interprète principale, Camille Merckx, souffrante, qui fut remplacée par l’excellente <strong>Victoire Bunel</strong>. Celle-ci chanta sa partition derrière son pupitre tandis que le metteur en scène <strong>David Lescot</strong>, vêtu en femme, mimait son rôle de reine sur le plateau. La performance de la remplaçante fut digne de son prénom, Victoire !</p>
<p>La délicieuse soprano <strong>Maïlys de Villoutreys</strong> fit tinter le cristal de son timbre dans son rôle de princesse.</p>
<p><strong>Armando Noguera</strong> fut un roi admirable. Le ténor <strong>Pierre Derhet</strong> fait partie de ces voix agréables qui s’adaptent en souplesse au répertoire contemporain. Il en est de même de <strong>Melody Louledjian</strong>. Ah, si tous les guides de musée pouvaient s’exprimer en chantant comme elle le fait dans le conte sur le manteau de Proust !</p>
<p>Le baryton <strong>Jean-Gabriel Saint Martin</strong>, le comédien<strong> Jos Houben</strong> et la danseuse <strong>Sung Im Her</strong> complétèrent cette distribution exemplaire.</p>
<p>L’Orchestre de Bretagne apparut fort à fait à l’aise sous la baguette de <strong>Aurélien Azan-Zielinski</strong>.</p>
<p>Il n’y a pas à dire, à Rennes les Contes sont bons !</p>
<p>
	 </p>
<p style="margin-left: 0.6cm;margin-right: 0.6cm">
	 </p>
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		<title>PESSON, Trois Contes — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/trois-contes-rennes-le-petit-pois-de-proust-au-village/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Jan 2021 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;Inondation, l&#8217;an passé, l&#8217;Opéra de Rennes et Angers-Nantes Opéra proposent à nouveau à leurs publics de prendre le risque passionnant de la création contemporaine en reprenant une création lilloise de l&#8217;an passé. Comme le soulignent les deux directeurs dans le programme de salle, « &#8230; il est essentiel que les nouvelles œuvres ne soient pas présentées uniquement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <em>l&rsquo;Inondation</em>, l&rsquo;an passé, l&rsquo;Opéra de Rennes et Angers-Nantes Opéra proposent à nouveau à leurs publics de prendre le risque passionnant de la création contemporaine en reprenant une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/trois-contes-lille-le-beau-est-toujours-bizarre">création lilloise </a>de l&rsquo;an passé. Comme le soulignent les deux directeurs dans le programme de salle, « &#8230; il est essentiel que les nouvelles œuvres ne soient pas présentées uniquement dans les théâtres qui les créent, mais qu’elles puissent voyager et rencontrer un public élargi en étant portées avec engagement par d’autres maisons d’opéras. » L&rsquo;engagement est d&rsquo;autant plus fort ici qu&rsquo;après un mois de remontage, seule une répétition générale viendra couronner le travail de l&rsquo;équipe. Les représentations rennaises et nantaises sont annulées tandis que pèse l&rsquo;incertitude sur les séances prévues à Rouen en avril.</p>
<p>En associant<em> la Princesse au petit pois, Le Manteau de Proust et Le Diable dans le beffroi</em>, le compositeur <strong>Gérard Pesson </strong>et son librettiste <strong>David Lescot</strong> – qui signe également la mise en scène – créent un triptyque qui tient du patchwork tant les trois œuvres sont éloignées les unes des autres. Deux contes d&rsquo;époques variées (Andersen et E.A. Poe) encadrent le récit d&rsquo;une « obsession littéraire », une histoire vraie relatée par la journaliste Lorenza Foschini. Les deux promoteurs du spectacle n&rsquo;ont aucunement cherché à unifier ces trois récits, leur attribuant même un traitement volontairement disparate, tant pour l&rsquo;œil que pour l&rsquo;oreille, sans que cela pèse au spectateur.</p>
<p>Aux toilettes somptueusement mordorées des résidents du château crées par <strong>Mariane Delayre</strong> répondent les tenues de papiers découpés accompagnant le réjouissant village en livre pop-up imaginé par <strong>Alwyne de Dardel</strong>. Les lumières raffinées de <strong>Paul Beaureilles</strong> parachèvent l&rsquo;enchantement visuel et unifient l&rsquo;ensemble.</p>
<p>Gérard Pesson pare sa partition d&rsquo;univers très contrastés. Il multiplie les clins d’œils, les citations et utilise avec talent l&rsquo;Orchestre National de Bretagne qui, sous la baguette d&rsquo;<strong>Aurélien Azan Zielinsky </strong>allie un superbe travail de couleurs à une grande précision, tout en se pliant à de plaisantes facéties : les musiciens interviennent vocalement à bouche fermée comme un chœur en fosse, rythment une phrase à coup de piano à bouche, d&rsquo;harmonica ou de compression de bouteilles d&rsquo;eau,&#8230; Les percussions sont très sollicitées, y compris sur des instruments improbables comme des gonfleurs à pied.</p>
<p>Les trois histoires s’enchaînent sans pause sur le mode d&rsquo;une anadiplose : le petit pois aux vertus insomniaques sort d&rsquo;un musée, tout comme le manteau de Proust qui abritait les nuits blanches de son propriétaire. Proust écrit des livres qui parlent du temps perdu. Le village de Vondervotteimittiss – c&rsquo;est-à-dire I wonder what time it is – a la même obsession et son décor est ici celui d&rsquo;un livre géant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="334" src="/sites/default/files/styles/large/public/trois_contes_opera_rennes_8_c_laurent_guizard.jpg?itok=Y8lw3Htr" title=" © Laurent Guizard" width="468" /><br />
	 © Laurent Guizard</p>
<p>La fuite du temps est manifestement l&rsquo;un des fils rouges de la soirée : l&rsquo;histoire du manteau de Proust se déroule comme une longue paperole en un flux continu de scénettes cinématographiques qui défilent de gauche à droite de la scène. L&rsquo;intervention du diable fait sonner un coup surnuméraire à l&rsquo;horloge du village, précipitant le sonneur et tout le bourg dans le chaos. L&rsquo;histoire de la princesse, elle, est déclinée en six versions successives – dont une improbable marche arrière en quête du petit pois perdu – qui évoquent une histoire favorite répétée chaque soir à un enfant.</p>
<p>Mais ici, au fil des versions, dans le château barricadé, l&rsquo;arrivée de la princesse est accueillie tantôt comme une joie ou un danger, l&rsquo;exogamie souhaitée ou refusée. La crainte de l&rsquo;altérité, les dangers du conformisme, s&rsquo;imposent donc également comme des thèmes prégnants de la représentation : la famille de l&rsquo;écrivain, obsédée par le qu’en-dira-t-on, brûle les souvenirs compromettants qu&rsquo;un collectionneur passionné recueille religieusement, tandis que l&rsquo;Autre par excellence – le diable – dérègle avec jubilation la routine bien huilée d&rsquo;un village coupé du monde.</p>
<p>David Lescot assume brillamment les contrastes de ces trois narrations, servi par une équipe de six chanteurs impeccables. <strong>Maïlys de Villoutreys, Pierre Derhet, Armando Noguerra, Melody Louledjian, Jean Gabriel Saint-Martin </strong>et<strong> Camille Merckx</strong> incarnent cette galerie de personnages avec autant de précision que d&rsquo;humour. Beauté et complémentarité des timbres, aisance scénique, plaisir du jeu et du chant&#8230; l&rsquo;on regrette simplement que les moyens de chacun ne soient pas plus sollicités par la partition.</p>
<p>En attendant un report au mois de novembre en Bretagne, les<em> Trois contes</em> sont à suivre en streaming les lundi 25 et mardi 26 janvier 2021 à 20h sur le site de l&rsquo;opéra de Rennes. Cette captation vidéo réalisée lors de la création de l’œuvre à Lille en 2019 comporte plusieurs différences dans la distribution : L&rsquo; Ensemble Ictus y est dirigé par Georges-Elie Octors. Jacques Guérin y interprète Le Roi ; Marc Mauillon, le gardien du beffroi ; Enguerrand de Hys ,le Prince, Werner et le garçon.</p>
<p> </p>
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		<title>PESSON, Trois Contes — Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/trois-contes-lille-le-beau-est-toujours-bizarre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Mar 2019 22:57:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Le beau est toujours bizarre » écrivait Charles Baudelaire et il semble bien que Gérard Pesson et David Lescot son librettiste soient partis de cette citation comme inspiration des Trois Contes, opéra en création mondiale et dont la première avait lieu ce mercredi 6 mars 2019 à l’Opéra de Lille. Une citation qui figure d’ailleurs en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Le beau est toujours bizarre » écrivait Charles Baudelaire et il semble bien que <strong>Gérard Pesson</strong> et <strong>David Lescot</strong> son librettiste soient partis de cette citation comme inspiration des <em>Trois Contes</em>, opéra en création mondiale et dont la première avait lieu ce mercredi 6 mars 2019 à l’Opéra de Lille. Une citation qui figure d’ailleurs en préambule du récit de Lorenza Fochini <em>Le Manteau de Proust</em>, deuxième texte d’un corpus qui réunit aussi <em>La Princesse au petit pois</em> (Andersen) et <em>Le Diable dans le beffroi </em>(Poe). Un assemblage iconoclaste, donné d’une seule traite en 1h30, sans interruption du flot musical. Ainsi, après les cinq variations autour de la Princesse au petit pois (une exposition classique, un récit accéléré, un récit ralenti, un récit tragique etc.) l’on bascule directement dans la scène du musée Proust qui lance le défilé cinématographique des saynètes qui narrent comment la pelisse de l’écrivain français a pu finir dans une boite en carton et du papier de soie. Ni une ni deux, un livre géant débarque du fond de scène, s’ouvre en décor de place du village encerclée de collines et couronnée d’un beffroi en son centre. Un narrateur (rôle parlé) vient nous conter l’histoire inventée par Poe, pendant que 6 solistes ponctuent ce récit.</p>
<p>Le matériau musical de Gérard Pesson est à l’avenant : il ponctue, souligne et commente les situations tel un caméléon s’adaptant à son environnement. L’<strong>Ensemble Ictus</strong> fait la part belle aux percussions, sollicitées pour peindre d’étranges couleurs dans la trame de ces contes, un peu à la manière d’un Ravel. Fidèle à son art du pastiche, le compositeur français truffe sa partition de citations et de références à des opéras – <em>Madama Butterfly</em>, <em>Der Rosenkavalier</em> etc.– ou de pages symphoniques (là une cellule de Bruckner, là du Schumann et surtout <em>Ainsi parlait Zaratoustra</em> utilisé comme un véritable leitmotiv wagnérien) qui ne durent jamais guère plus qu’une mesure. Un capharnaüm en apparence que <strong>Georges-Elie Octors</strong> s’ingénie à mettre en bon ordre avec succès. Leur répétition éventuelle finit par susciter des effets comiques même pour le public le moins spécialiste. Il en résulte une œuvre jouissive, abordable immédiatement pas tous, délectable pour les plus érudits (s’ils veulent s’amuser à faire la chasse aux références) et surtout éminemment théâtrale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/trois-contes-02-03-19-simon-gosselin-52.jpg?itok=bqo6-aEt" title="© Simon Gosselin" width="468" /><br />
	© Simon Gosselin</p>
<p>L’entente avec le librettiste et metteur en scène est palpable tout du long tant on sent que les interludes ont dû être composés pour servir le récit que le metteur en scène voulait pouvoir déployer ; comme par exemple cet effet de rembobinage en pantomime pour revenir au début de la<em> Princesse au petit pois</em> et commencer une nouvelle variation. La scénographie est du reste parfaitement lisible avec des décors et costumes adaptés à chaque époque, avec une mention spéciale pour les costumes de plastique façon parc à thème des personnages du <em>Diable dans le Beffroi</em>. Les chanteurs acteurs sont dirigés de main de maître et leur plaisir à être en scène crève aussi les yeux.</p>
<p>Plaisir enfin pour le public de voir un tel investissement, surtout lorsque le chant s’épanouit à ce niveau d’excellence. <strong>Maïlys de Villoutreys</strong>, princesse au timbre cristallin, enchante tout le premier conte par la précision et la beauté diaphane de ses interventions. A ses côtés, <strong>Enguerrand de Hys</strong> incarne un prince lumineux avant d’enfiler l’habit et les accents malicieux de Werner chez Proust. <strong>Marc Mauillon</strong> se distingue dans les trois rôles qui lui reviennent (le Roi, Jacques Guérin et le gardien du Beffroi), même si c’est dans le premier que se développent les plus belles lignes et le flair comique du chanteur. <strong>Camille Merckx</strong> (la Reine) possède une voix ample et charnue qui colle immédiatement au portrait de la reine malicieuse ou tyrannique (selon les variations du conte). <strong>Melody Louledjian</strong> (guide du musée, Marthe Robert etc.)<strong> Jean-Gabriel Saint Martin</strong> (Robert Proust) viennent compléter ce délicieux plateau vocal. La faconde de <strong>Jos Houben</strong> et le diable au corps de <strong>Sung Im Her</strong> ajoutent enfin une cerise de folie sur le gâteau. Si vous ne passez pas par Lille d&rsquo;ici au 14 mars 2019, la dernière représentation sera rediffusée sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://operavision.eu/">operavision.eu</a>. </p>
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		<title>Gérard Pesson, Musique de chambre, Cantates</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/gerard-pesson-musique-de-chambre-cantates-si-ravel-aujourdhui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Jun 2018 09:25:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si Ravel était notre contemporain, il s’appellerait peut-être Gérard Pesson.  Par le raffinement de son écriture, par le côté ludique dont ses créations sont rarement exemptes, Pesson s’inscrit dans la même lignée que tout un pan de la carrière de Maurice Ravel. Ce n’est évidemment pas l’hispanisme qu’on retrouve chez lui, mais plutôt la subtilité &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si Ravel était notre contemporain, il s’appellerait peut-être Gérard Pesson.  Par le raffinement de son écriture, par le côté ludique dont ses créations sont rarement exemptes, Pesson s’inscrit dans la même lignée que tout un pan de la carrière de Maurice Ravel. Ce n’est évidemment pas l’hispanisme qu’on retrouve chez lui, mais plutôt la subtilité orchestrale d’œuvres comme les <em>Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé</em>, par exemple, dont on retrouve ici la parcimonie, la décantation sonore.</p>
<p>Ce double CD que publie NoMadMusic (qui avait déjà proposé en 2015 <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/les-troqueurs-la-double-coquette-trouble-dans-le-genre">son stupéfiant travail sur <em>La Coquette trompée </em>de Dauvergne</a>) permet de balayer presque deux décennies dans la carrière de Gérard Pesson. Les œuvres réunies sur les deux disques couvrent un période allant de 1992 à 2011, et font la part belle à la voix. L’intégralité de la seconde galette est consacrée aux trois cantates formant <em>Cantate égale pays</em>, composé entre 2007 et 2010. Autrement dit, une bonne manière de se familiariser avec un compositeur français de notre temps, ce qui n’est pas si courant au disque et qui mérite en soi d’être salué.</p>
<p>Le rapport à Ravel apparaît avec évidence dans les <em>Cinq Chansons</em> écrites en 1999 sur des poèmes de Marie Redonnet et destinées à être interprétées avec les <em>Chansons madécasses</em>, par le même effectif vocal et instrumental. Si l’on pense ici à Ravel, c’est aussi à cause de l’exotisme délibéré de certaines de ces mélodies, en particulier. La soprano <strong>Marion Tassou </strong>reprend ici une partition initialement destinée à une voix de mezzo (c’est Katarina Karnéus qui en avait assuré la création, au Châtelet en 2000) : à aucun moment l’auditeur n’a le sentiment qu’une voix plus grave soit absolument indispensable, et l’interprétation rend justice à la quotidienne étrangeté des textes de Marie Redonnet.</p>
<p>Pour <em>Cantate égale pays</em>, le lien avec Ravel réside cette fois dans l’hommage au XVIIIe siècle tel qu’avait pu le pratiquer l’auteur du <em>Tombeau de Couperin</em>, en reprenant des formes musicales anciennes pour mieux leur procurer un rhabillage incontestablement moderne : toccata, choral, et l’idée même de cantate renvoient ici à Bach. Et l’on pourrait trouver quelque chose de ravélien dans l’utilisation même de la voix, savamment distillée goutte à goutte, loin de tout déchaînement d’ampleur romantique. Les poèmes mis en musique ont quelque chose de mallarméen dans leur économie raffinée, mais le deuxième des trois volets, inspiré par la poésie de Gerard Manley Hopkins, renvoie explicitement à Purcell et, à travers lui, à Benjamin Britten, d’autant qu’il fait intervenir une voix de contre-ténor, hommage à l’<em>Orpheus britannicus</em> mais aussi à celui qui confia à Alfred Deller son premier rôle scénique dans l’opéra <em>A Midsummer Night’s Dream</em>. Dans la diction des textes de Mathieu Nuss et d’Elena Andreyev, on pourra trouver parfois une pointe d’accent anglais aux six membres de l’ensemble vocal EXAUDI, qui devient évidemment un atout pour déclamer les poèmes de Hopkins. On admire néanmoins la pureté du son, les impressionnantes notes très longtemps tenues des sopranos, dans un climat qui évoque parfois les premières phrases du chœur des bêtes dans <em>L’Enfant et les sortilèges</em>. De leur côté, les neuf instrumentistes de L’Instant Donné évoluent avec une parfaite aisance dans cet univers dont ils sont tout à fait familiers. La qualité du travail de tous est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un <em>live</em>.</p>
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		<title>Les Troqueurs / La Double Coquette</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/les-troqueurs-la-double-coquette-trouble-dans-le-genre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2015 06:42:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On commence par se demander : A quoi bon ? Lorsque le passé nous a légué une partition à laquelle il ne manque rien, et qui est intégralement chantée, à quoi bon solliciter l’intervention d’un compositeur d’aujourd’hui pour compléter ce qui n’était nullement incomplet ? D’ailleurs, qui a eu l’idée de faire ainsi parachever La Coquette trompée, de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On commence par se demander : A quoi bon ? Lorsque le passé nous a légué une partition à laquelle il ne manque rien, et qui est intégralement chantée, à quoi bon solliciter l’intervention d’un compositeur d’aujourd’hui pour compléter ce qui n’était nullement incomplet ? D’ailleurs, qui a eu l’idée de faire ainsi parachever <em>La Coquette trompée</em>, de Dauvergne ? Compte tenu de la modernité de Dauvergne en son temps, lit-on sur Internet, « il semblait donc naturel d’en imaginer une mise en perspective contemporaine ». Naturel ? Mais à qui ? Aux 2 Scènes de Besançon, théâtre à la demande duquel Gérard Pesson a ajouté un prologue et truffé de vingt-quatre « additions » la partition originale, avec la complicité de Pierre Alferi pour le texte. S’autorisant du goût des XVIIe et XVIIIe siècles pour les parodies d’opéra, le compositeur présente ainsi son travail : « écho, écart, détournement, zig-zag, volte-face, coutures souvent imperceptibles, les maîtres-mots étant l’ambiguïté et la surprise ». Ambiguïté très relative car, si les instruments sont les mêmes, et malgré diverses citations et pastiches, il n’y a guère à se tromper, et l’on reconnaît sans peine la musique du XXIe siècle, ainsi que le texte moderne, qui joue ouvertement des ruptures de registre (« si j’étais elle je tomberais raide dingue de lui »…). Malgré tout, il résulte de ce constant va-et-vient un certain trouble qui n’a rien de désagréable, et qui contribue même à rehausser l’intérêt de la partition initiale. Dauvergne pouvait composer d’admirables tragédies lyriques, l’admirable enregistrement de son <em>Hercule mourant</em> nous l’a prouvé, mais l’audace et la modernité de ses opéras-comiques sont sans doute moins frappantes. Le trouble délicieux ressenti à l’audition a pour prolongement ce « trouble dans le genre » cher à Judith Butler, déjà présent dans l’intrigue de Charles-Simon Favart, où Florise se déguise en homme pour mieux enquêter sur l’infidélité de son amant Damon, séduit par Clarice. Pour Pesson et Alferi, Florise plaît finalement autant en homme à Damon qu’en femme à Clarice, avec vaudeville final en forme d’invitation à jouir sans entraves : « Qui se laisse par tout charmer connaît mieux le bonheur d’aimer. Une moustache qui se détache, et vos désirs changent de genre. L’identité n’est qu’un décor, il faut en affranchir nos corps ».</p>
<p>Ceux à qui le principe même du mélange des époques (et des genres) répugnerait – du moins est-il clairement signalé, notamment par la modification du titre, qui devient <em>La Double Coquette </em>– se rabattront sur l’autre disque du coffret, qui offre du pur Dauvergne. Son opéra bouffon <em>Les Troqueurs</em> avait connu une première intégrale, dirigée en 1994 par William Christie. La présente version s’en distingue notamment en faisant voler en éclats le ballet final, redistribué tout au long de l’œuvre pour séparer les scènes. Pour les voix, on entend ici une distribution associant plusieurs générations de baroqueux : du côté des nouveaux venus, <strong>Maïlys de Villoutreys</strong>, dont on avait beaucoup aimé le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/cd/laborde-rameau-le-pretexte-dun-centenaire">disque Laborde</a>, <strong>Benoît Arnould</strong>, beau Tancrède de Campra dans une intégrale récente ; du côté des talents confirmés, <strong>Jaël Azzaretti</strong>, qui commence à se voir confier des rôles plus importants, <strong>Robert Getchell</strong>, seul non francophone de l’équipe, mais cela ne s’entend vraiment qu’à de rares moments ; et pour ceux qui sont de l’aventure baroque depuis quelque temps déjà, <strong>Isabelle Poulenard</strong>, sur qui les années n’ont pas de prise, et Alain Buet, particulièrement en verve dans ces<em> Troqueurs</em> captés il y a déjà quatre ans.</p>
<p>Et si, finalement, l’idée de transformer <em>La Coquette trompée</em> en <em>Double Coquette</em> revenait à l’<strong>Ensemble Amarillis</strong> ? Les onze instrumentistes emmenés avec ardeur par <strong>Héloïse Gaillard</strong> et <strong>Violaine Cochard</strong> mettent autant d’énergie à interpréter la vigoureuse musique que Dauvergne prête aux paysans des <em>Troqueurs</em> que les airs infiniment plus raffinés, quasi raméliens, qu’il compose pour refléter le désordre des sentiments dans sa <em>Coquette trompée</em>. Et l’inventivité de la musique de Gérard Pesson leur inspire tout autant de virtuosité et d’élégance dans leur jeu. Si toute cette histoire vous trouble comme il sied, il n’y a plus qu’à aller voir le spectacle en scène, à Saint-Quentin-en-Yvelines le 6 novembre, ou à Paris, au Théâtre des Abbesses, du 17 au 19 novembre (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.festival-automne.com/edition-2015/gerard-pesson-annette-messagerbrpierre-alferi-fanny-de-chaille-la-double-coquette">renseignements</a>).</p>
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