La Passion selon Olivier Py

Dialogues des Carmélites

Par Jean-Marcel Humbert | mar 09 Décembre 2014 | Imprimer

Les Dialogues mis en scène par Olivier Py ont été largement salués comme l’un des meilleurs spectacles lyriques de ces dernières années. Mais Christophe Rizoud, au soir de la première, n’était pas aussi dithyrambique dans son compte rendu, et soulignait : « on se serait attendu à ce que le drame mystique de Poulenc inspire davantage Olivier Py ». Le DVD, très attendu, est une captation de la dernière représentation, donc encore mieux rodée, et avec en Sœur Constance, Sandrine Piau qui n’avait pu être présente lors de la première représentation. Il est difficile de juger de ce que gagne ou perd une représentation une fois filmée lorsque l’on ne l’a pas vue, et peut-être des scènes des Dialogues, prises individuellement, ont-elles pu paraître au théâtre plus poignantes. Mais jamais l’intensité du déroulement implacable des faits n’a été aussi bien rendu que par la présente captation par François-René Martin : la variété des angles de prise de vue, le nombre des gros plans, la connivence avec la mise en scène et la perfection aussi du suivi des personnages dans leurs déplacements et certains de leurs gestes, font de ce DVD un modèle du genre, avec toutefois un petit bémol pour la prise de son qui n’est pas toujours à la hauteur de l’image.

Bien sûr, les qualités de la mise en scène d’Olivier Py, des décors de Pierre-André Weitz et de leurs éclairages par Bertrand Killy sont magnifiées par la prise de vue, mais la scène exceptionnelle de la mort de la première prieure crucifiée à son lit vertical – fantastique Rosalind Plowright – reste un peu en-deçà de ce que l’on pouvait imaginer : cadrages parfois hasardeux, éclairage trop pâle, sans doute pourra-t-on dire que l’image répond ici à la déstructuration du personnage si l’on ne savait que techniquement il était difficile de faire mieux. D’autres moments passaient également certainement mieux à la scène qu’à l’écran, comme ces tableaux vivants Saint-Sulpiciens qui viennent dans le film couper le cheminement visuel de l’action, et dont la touchante naïveté, prise au premier degré, en fera sourire plus d’un. En revanche, le moment où, lors de la dernière rencontre entre Blanche et son frère, elle parle en lui tournant le dos et, quand elle se retourne, découvre qu’il n’est plus là, sans pouvoir mesurer – ni le téléspectateur – depuis quand il est parti, est un grand moment de cinéma qui prend certainement le pas sur la vision directe.

Le film rend également justice à l’énorme travail de direction d’acteurs du metteur en scène, et aux qualités d’acteur des interprètes, quand on mesure ce que représente une prise unique alors qu’au cinéma les prises sont multipliées autant qu’il est nécessaire. Ici, pas un regard qui ne soit juste, pas un geste qui ne soit parfaitement exécuté, et notamment la main de Madame de Croissy mourante qui essaie désespérément, à deux reprises, de joindre celle de Blanche, avant de retomber inerte. Bien sûr, ni Patricia Petibon ni Sandrine Piau n’ont maintenant l’âge de leur personnage, et certains gros plans sont parfois cruels, mais l’on gagne en réflexion et murissement ce que l’on perd en spontanéité et jeunesse, notamment dans la première scène réunissant les deux jeunes femmes, et cela ajoute au caractère intemporel de l’œuvre.

Tout a été dit des qualités vocales de la distribution, du plateau exceptionnel réuni ici, et de la profonde humanité qui anime les personnages, même si l'interprétation de Mère Marie par Sophie Koch paraît au DVD un peu trop grossie, alors que la Madame Lidoine de Véronique Gens est au contraire beaucoup plus retenue. C’et du côté des hommes que l’on trouve l’évocation du tourbillon révolutionnaire, réduit ici à sa plus simple expression, tant la représentation est construite sur l’enfermement plutôt que sur le regard extérieur. Là aussi, nul ne démérite, et tout particulièrement Philippe Rouillon, excellent marquis de La Force. La direction de Jérémie Rhorer, un rien trop brillante, bénéficie d’un orchestre d’exception.

Aucun bonus pour ce DVD avec sous-titres (souvent bienvenus) en français, anglais et allemand. Petite brochure de 8 pages (qui situe l’action en  1798 !), en français et anglais, ignorant superbement, contrairement aux prescriptions de la belle loi Toubon, la présence d’une troisième langue.

Ce DVD est certes parmi les meilleurs, mais sans constituer la référence, car il ne faudrait pas oublier pour autant la belle version mise en scène par Marthe Keller à l’Opéra de Strasbourg (Arthaus), également remarquable par sa direction d’acteurs, avec Patricia Petibon en sœur Constance.

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