Le choix du roi

Atys

Par Frédéric Platzer | ven 11 Novembre 2011 | Imprimer
 
Historiquement, les plus jeunes en ont peut-être entendu parler et les autres s’en souviennent : en 1987, William Christie avait déjà remonté l’opéra soi-disant préféré de Louis XIV, ou du moins celui qu’on appelait « l’opéra du roi », Atys. À l’époque, le DVD n’existait pas et le public n’ayant pu se rendre à l’Opéra-Comique avait dû se contenter d’une retransmission télévisée, en plus du coffret de trois CD sorti chez Harmonia Mundi. L’unanimité s’était faite autour de ce spectacle extraordinaire mêlant chant, musique et danse car le résultat était tout simplement magnifique. Outre un casting vocal de choix, l’orchestre des Arts Florissants comprenait dans ses rangs tout un aréopage de jeunes musiciens talentueux qui n’allaient pas tarder à quitter la phalange de Christie pour fonder leurs propres ensembles de musique ancienne. La production avait coûté très cher et notre plus français des chefs américains pensait alors que cette expérience ne pourrait plus se renouveler. Dans le public d’alors se trouvait un Américain, Mr. Ronald Stanton, mécène important de la Brooklyn Academy of Music, qui avait adoré le spectacle. Quelques années plus tard, ce dernier rencontre William Christie et lui propose de financer la recréation du spectacle de 1987 qu’il avait tant apprécié. Ce dernier n’hésite pas une seconde et avec quelques-uns de ses complices de la première heure, accepte le challenge et se remet au travail. Si les effectifs ont bien changé depuis 1987, nous avons de nouveau affaire à une distribution quasiment parfaite.
Pratiquement, le coffret de deux DVD qui nous est proposé aujourd’hui est le résultat de ce qui a été filmé en mai 2011 à l’Opéra-Comique. De l’extérieur, l’objet est déjà splendide, avec les superbes photos, l’argument résumé en plusieurs langues et la distribution complète. Le premier DVD inséré dans le lecteur, on ne peut qu’être embarqué dans l’histoire.
Musicalement, Lully sait très bien appliquer une progression dans les effets : très régulièrement, on passe d’un solo, encore assez nettement marqué par l’air de cour à un duo, à un trio ou à un quatuor avant que le tout soit amplifié par les chœurs. Après un début assez conventionnel – ce qui ne veut pas dire sans intérêt – et de beaux airs bien charmants, le début du IIIe acte marque une réelle différence de niveau avec la fameuse scène du sommeil qui voit un groupe de sept musiciens monter sur scène pour accompagner le dieu du sommeil (Paul Agnew) et ses trois acolytes. Ce moment, qui voit le temps se suspendre, est magique et connaît très peu d’équivalents dans toute la musique baroque. La suite de l’opéra, qui va rester d’un très grand niveau, nous montre les ravages de la jalousie et tout finira dans un bain de sang (Atys, envoûté, tuera son aimée Sangaride puis se donnera la mort). Aucun ennui, aucune longueur : bravo !
Vocalement, les premiers rôles sont tous formidables avec bien évidemment une mention spéciale pour Bernard Richter (Atys), Emmanuelle de Negri (Sangaride) et Stéphanie d’Oustrac. Les deux premiers nous touchent par leur histoire et la dernière, la jalousie réincarnée, nous joue une déesse aux sentiments décidément bien mortels. Le reste de la distribution (Marc Mouillon, Sophie Daneman, Jaël Azzaretti, Cyril Auvity) ext également de très haut niveau. Quant aux vétérans Nicolas Rivenq et Bernard Deletré, ils apportent indéniablement leur expérience à l’ensemble.
Visuellement, la mise en scène de Jean-Marie Villégier, un « ancien » de 1987, n’a pas pris une ride et tous les éléments mis en place ou suggérés sont efficaces. Les décors sont magnifiques, à commencer par le sol - superbe - en faux marbre d’un hypothétique château sur lequel évoluent chanteurs, danseurs (en groupes ou en soliste comme Gil Isoart) et musiciens (sept interviennent sur scène). Les costumes, argentés-dorés, sont également de très bonne facture et concourent à la magnificence de l’ensemble.
Sûrement, ce spectacle correspond bien à une certaine définition de l’opéra : plein les yeux (costumes, décors, déplacements, danses et prises de vue) et plein les oreilles (musique et chant) ! Pour finir, le second DVD contient plus d’une heure et demie de bonus consistant en de passionnants entretiens avec quelques-uns des acteurs de cette aventure. Si vous avez commencé une liste pour le Père Noël, vous pouvez y inclure cet Atys les yeux fermés.
 

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