Forum Opéra

Elsa Dreisig, « Invocation »

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CD
7 avril 2026
Il suffirait d’un autre chef…

Note ForumOpera.com

3

Détails

Antonín Dvořák (1841-1904)
Rusalka, Op. 114, acte I:
Mĕsíčku na nebi hlubokém Hymne à la Lune (Rusalka)

Leoš Janáček (1854-1928)
Jenůfa, acte II:
Prière. Kde to jsem (Jenůfa)
Giacomo Puccini (1858-1924)
Gianni Schicchi:
O mio babbino caro (Lauretta)

Giuseppe Verdi (1813-1901)
La forza del destino, acte II:
Aria e coro. La vergine degli angeli (Leonora, Coro)

Vincenzo Bellini (1801-1835)
Norma, acte I:
Introduction à Casta Diva

Cavatina. Casta Diva (Norma, Coro)

Charles Gounod (1818-1893)

Mireille, acte IV:
Air de la Crau. Voici la vaste plaine (Mireille)

Edvard Grieg (1843-1907)

Peer Gynt, Op. 23, acte IV:
Chanson de Solveig. Kanske vil der gå både Vinter og Vår (Solveig)

Peter Arnold Heise (1830-1879)

Drot og Marsk, acte IV:
Jeg beder for hver en vejfarende sjael (Aase)

Amy Beach (1867-1944)

3 Songs, Op. 11:
n° 2, Extase (Victor Hugo)
Carolina Uccelli (1810-1838)

Anna di Resburgo, acte I:
Recitativo. Sulla rupe triste e sola (Anna)

Aria e coro. Ma dopo tanti sospiri e pianti (Anna, Coro)

Gioachino Rossini (1792-1868)

Le siège de Corinthe, acte III:
Air avec chœur. Juste ciel! Ah, ta clémence (Pamyra, Chœur)
Richard Wagner (1813-1883)

Tannhäuser, acte III:
Prière d’Elisabeth. Allmächt’ge Jungfrau! Hör mein Flehen (Elisabeth)

Charles Gounod
Sapho, acte III:
Récitatif. Où suis-je? (Sapho)

Air. Ô ma lyre immortelle (Sapho)

Georges Bizet (1838-1875)

Clovis et Clotilde, WD 121:
Prière, ô doux souffle de l’ange! (Clotilde)

Giacomo Puccini 

Tosca, acte III:
Aria. Vissi d’arte (Tosca)

Giuseppe Verdi

Otello, acte IV:
Prière de Desdemona Ave Maria, piena di grazia (Desdemona)

Friedrich von Flotow (1812-1883)

Martha, acte II:
Aria. Letzte Rose (Harriet)

Elsa Dreisig, soprano

Chœur et Orchestre du Teatro Carlo Felice de Gênes
Chef de chœur
Claudio Marino Moretti
Direction musicale
Massimo Zanetti

1 CD Erato
Durée 79’45 »
Enregistré au Teatro Carlo Felice de Gênes
11-17 septembre 2024

Production executive
Alain Lanceron
Production musicale
Alessandro Baccaro
Prise de son
Florent Ollivier

Parution le 3 avril 2026

« Les invocations sont dans la musique lyrique des instants de pure magie », dit Elsa Dreisig, « ce sont des moments d’intimité où se montre la vulnérabilité d’un personnage, ou des moments plus dramatiques, souvent des prières. Ce sont des instants où le personnage de l’opéra se rapproche de lui-même, où l’on entend son âme chanter », dit-elle encore.

C’est un beau disque, un disque « à thème » qui fait suite à un autre, son album Miroir(s) d’il y a huit ans, où l’on trouvait de longs extraits, enregistrés sans doute un peu tôt, de quelques-uns des rôles qu’elle a chantés plus tard à la scène (Juliette, Salomé, Manon) et pour lequel Forum Opéra avait été sévère (trop).

On peut constater avec Invocation à quel point la soprano franco-danoise a gagné en maturité et la voix en largeur et en longueur.

Rayonnement

Il y a dans son choix quelques inévitables, « Hymne à la lune » et autre « Babbino caro », et aussi quelques inconnus au bataillon, Peter Heise ou Carolina Uccelli, mais surtout l’une des gageures ici (outre celle d’aborder quatorze compositeurs, et six langues), c’est d’enregistrer des rôles traditionnellement dévolus à des sopranos à la couleur ou au tempérament plus dramatiques, tels Leonora ou Elisabeth.

D.R.

Sa voix claire et sa sincérité sont bien sûr idéales pour les héroïnes fragiles, les douces victimes, ou les amoureuses, telle sa radieuse Rusalka : le timbre est lumineux, la ligne est enivrante, les aigus s’envolent. D’ailleurs la langue tchèque lui réussit : elle est particulièrement sincère et juste dans la prière de Jenůfa (en dépit d’un orchestre prosaïque). Homogène sur toute la tessiture, la voix a des couleurs dorées, on la sent sûre et solide, de là les phrasés et le legato irrésistibles de « O mio babbino caro ».

Raretés

Et sa Solveig est radieuse, ensoleillée, superbe de couleur et de nuances. Tout ce qu’on entend aussi dans l’ample mélodie d’Amy Beach, Extase (un beau poème de Victor Hugo), une des raretés de ce disque. Dont c’est un des meilleurs moments. Le coloris d’orchestre, assez sombre, met en lumière les belles envolées de la mélodie, très lyrique, et Elsa Dreisig construit avec beaucoup de sensibilité le crescendo d’émotion, qu’elle tempère de demi-teintes.


D’autres raretés convaincront moins, voire pas du tout : 
Peu connu ici (mais fameux au Danemark semble-t-il) le Drot og marsk (1878) de Peter Heise, une histoire de trahison et de conspiration dans un Moyen-Âge aussi conventionnel que cet air « Jeg beder for hver en vejfarende sjael », joliment chanté, mais à vrai dire oublié sitôt qu’entendu.

La Prière de Clotilde extraite de Clovis et Clotilde, cantate composée par Bizet à l’âge de 19 ans pour concourir au prix de Rome (qu’il obtiendra), est une autre curiosité. Bizet était alors sous l’influence de Gounod, d’où la sagesse sulpicienne de cette pièce touchante, comme on dit, sur un tapis de cordes en sourdine, qu’Elsa Dreisig chante avec simplicité, que faire d’autre ?

Rareté toujours, l’air extrait de Anna di Resburgo de la bien oubliée Carolina Uccelli (dont c’est le premier enregistrement mondial, – et peut-être le dernier), un air à vocalises et à flonflons (en l’occurrence rareté ne veut pas dire originalité), où du moins Elsa Dreisig (qu’on se souvient avoir vue dans la Trilogie Tudor à Genève – et notamment briller dans Roberto Devereux) peut montrer sa familiarité avec le répertoire romantique, auquel appartient aussi l’air de Pamyra, « Juste ciel ! Ah, ta clémence », du Siège de Corinthe, de belle conduite vocale, mais au sismographe émotionnel assez plat.

Excursions

Mais le sens de la ligne, la fermeté technique qu’on évoquait plus haut, lui ouvrent la porte à des airs où l’on a l’habitude de voix plus dramatiques.

Ainsi Elisabeth, l’un des Wagner « blonds » accessibles aux sopranos lyriques. C’est le cas avec la prière, « Allmächt’ge Jungfrau ! Hör mein Flehen ! », un air qui descend jusqu’au bécarre (c’est un peu bas pour elle), mais dont Elsa Dreisig donne une belle lecture, fervente et fière, la ligne constamment soutenue (et bien accompagnée par les bois, notamment la clarinette basse).

En revanche, monter jusqu’au si bémol ne lui pose aucune difficulté et son « Vissi d’arte » est lui aussi très beau, intense, poignant. On n’est pas sûr qu’elle serait une Tosca à la scène, mais dans un récital comme ici elle rend pleine justice à cette déploration.


Réticences

D’autres rôles manquent d’incarnation, de drame, de tension. À la décharge de la chanteuse il faut dire que Massimo Zanetti n’est pas un chef très inspiré ou inspirant, les tempi sont placides, la routine et l’ennui menacent ici et là, les sonorités sont parfois négligées. De ce point de vue, le plus anesthésié est l’air de la Crau de Mireille, « Voici la vaste plaine », dont toute la partie centrale, exsangue, sans accent, sombre dans le vague, le soprano semblant laissé à l’abandon. Il ne reste pas grand chose de l’orchestration de Gounod, ni de la puissance de la vision. Vaste plaine, en effet.

« Casta Diva » pêche d’être seulement « bien chantée » ; accompagnée scolairement, cette Norma, bien peu prêtresse, reste extérieure à la tragédie, et pourtant tout est là, la beauté et la richesse du timbre, le léger vibrato, la précision des vocalises, la colorature finale, mais la placidité terrible des Chœur et Orchestre du Teatro Carlo Felice de Gênes fait que ça ne décolle pas.
La grande scène de Sapho, « Ô ma lyre éternelle » est, elle, un peu étriquée, en manque d’ampleur, de fièvre, d’exaltation ; le rôle écrit pour un mezzo (il est ici transposé d’un ton) appelle une voix plus opulente, et davantage d’engagement dramatique (c’est la mort de la poétesse, elle se jette dans les flots avec la dernière note).

On en dirait presque autant de la prière de l’Ave Maria d’Otello, un peu dolente, ne laissant rien entrevoir du sombre pressentiment qui habite Desdémone. Comme pour « Casta Diva » , on serait tenté de dire que c’est extrêmement bien chanté, que la voix est aussi pure que l’héroïne, que rien ne manque, sauf…

De sorte que, paradoxalement, il y a davantage d’émotion, d’effusion, – et l’élan dont on est parfois en manque- dans la « Dernière rose de l’été », l’air de Martha, qui clôt cet album, et qui est d’une couleur vocale superbe, chaude, intense.

Un album où les beautés sont nombreuses. C’est d’elles qu’on se souviendra, en oubliant les quelques (légères) déceptions.

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Invocation

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Légende

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Rusalka, Op. 114, acte I:
Mĕsíčku na nebi hlubokém Hymne à la Lune (Rusalka)

Leoš Janáček (1854-1928)
Jenůfa, acte II:
Prière. Kde to jsem (Jenůfa)
Giacomo Puccini (1858-1924)
Gianni Schicchi:
O mio babbino caro (Lauretta)

Giuseppe Verdi (1813-1901)
La forza del destino, acte II:
Aria e coro. La vergine degli angeli (Leonora, Coro)

Vincenzo Bellini (1801-1835)
Norma, acte I:
Introduction à Casta Diva

Cavatina. Casta Diva (Norma, Coro)

Charles Gounod (1818-1893)

Mireille, acte IV:
Air de la Crau. Voici la vaste plaine (Mireille)

Edvard Grieg (1843-1907)

Peer Gynt, Op. 23, acte IV:
Chanson de Solveig. Kanske vil der gå både Vinter og Vår (Solveig)

Peter Arnold Heise (1830-1879)

Drot og Marsk, acte IV:
Jeg beder for hver en vejfarende sjael (Aase)

Amy Beach (1867-1944)

3 Songs, Op. 11:
n° 2, Extase (Victor Hugo)
Carolina Uccelli (1810-1838)

Anna di Resburgo, acte I:
Recitativo. Sulla rupe triste e sola (Anna)

Aria e coro. Ma dopo tanti sospiri e pianti (Anna, Coro)

Gioachino Rossini (1792-1868)

Le siège de Corinthe, acte III:
Air avec chœur. Juste ciel! Ah, ta clémence (Pamyra, Chœur)
Richard Wagner (1813-1883)

Tannhäuser, acte III:
Prière d’Elisabeth. Allmächt’ge Jungfrau! Hör mein Flehen (Elisabeth)

Charles Gounod
Sapho, acte III:
Récitatif. Où suis-je? (Sapho)

Air. Ô ma lyre immortelle (Sapho)

Georges Bizet (1838-1875)

Clovis et Clotilde, WD 121:
Prière, ô doux souffle de l’ange! (Clotilde)

Giacomo Puccini 

Tosca, acte III:
Aria. Vissi d’arte (Tosca)

Giuseppe Verdi

Otello, acte IV:
Prière de Desdemona Ave Maria, piena di grazia (Desdemona)

Friedrich von Flotow (1812-1883)

Martha, acte II:
Aria. Letzte Rose (Harriet)

Elsa Dreisig, soprano

Chœur et Orchestre du Teatro Carlo Felice de Gênes
Chef de chœur
Claudio Marino Moretti
Direction musicale
Massimo Zanetti

1 CD Erato
Durée 79’45 »
Enregistré au Teatro Carlo Felice de Gênes
11-17 septembre 2024

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Production musicale
Alessandro Baccaro
Prise de son
Florent Ollivier

Parution le 3 avril 2026

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