Beaucoup d’énergie, peu de couleurs

Fidelio - Herrenchiemsee

Par Claude Jottrand | ven 18 Juillet 2014 | Imprimer

Pièce de résistance de la programmation de l'édition 2014 du Festival d’Herrenchiemsee, cette production concertante de Fidélio ne manquait pas d’originalité. S’écartant volontairement de la version originale, le chef a résolu de supprimer tous les textes parlés et de les remplacer par le récit d’un comédien, incarnant Jean-Nicolas Brouilly, l’auteur du livret. Celui-ci nous raconte l’histoire vraie d’Elisabeth Mercier s’introduisant, sous la terreur, au sein de la prison qui retient son mari enfermé, et réussit à le faire libérer des griffes d’un horrible geôlier, le scénario même qui a inspiré les rédacteurs du livret retenu par Beethoven. Cette version racontée, même si elle est peu orthodoxe, tient parfaitement la route et constitue – pourquoi pas – une alternative valable au livret original, dont les dialogues sont si souvent massacrés par des chanteurs peu familiers de la langue de Goethe. L’auteur de ce texte, Klaus Jörg Schönmetzler qui en est aussi le récitant, y met beaucoup de relief et de subtilité, suffisamment d’humour et de charme pour emporter une totale adhésion.

Hors ce rôle parlé, pas de mise en scène donc, les lieux ne s’y prêtent guère :  nous sommes dans la galerie des glaces du château que Louis II, roi de Bavière a fait construire en 1878, fidèle copie du corps central du château de Versailles, mais qu’il ne parvint jamais à achever. Pas de théâtre, donc pas de fosse, mais une galerie toute en longueur (98 mètres !), dégoulinant sous les ors et ouvrant sur un parc magnifique avec la tombée du jour pour décor. C’est donc sur la partie purement musicale que nous concentrerons notre propos.

La distribution réunit une équipe de bons chanteurs locaux, certes pas des vedettes internationales, mais d’honnêtes musiciens qui connaissent leur métier, ont le bagage technique nécessaire et assument leur rôle avec énergie et conviction. On remarquera surtout le Rocco de David Steffens, jeune baryton au timbre déjà riche, qui fait preuve d’une belle maturité malgré la verdeur de la voix. A ses côtés, la Léonore de Susanne Bernhard, voix un peu dure et monochrome mais aux aigus puissants, assume son rôle avec ardeur et engagement, mais ne suscite guère d’émotion. Jörg Dürmüller qui chante Florestan offre lui aussi plus de puissance que de réelle beauté vocale, mais en fin musicien il parvient à donner une belle consistance dramatique à son personnage qui, il est vrai, attire naturellement la sympathie. Impressionnant de vigueur et de puissance vocale, le Pizzaro de Jochen Kupfer s’impose naturellement. Sibylla Rubens chante Marcelline en minaudant un peu et est souvent couverte par l’orchestre, mais la voix est agréable. Daniel Johannsen accentue le caractère un peu ridicule du personnage de Jaquino, qu’il campe par ailleurs avec aisance. Falco Hunisch, dans le court rôle de Don Fernando qu’il a repris au pied levé, apporte ce qu’il y faut de majesté et d’autorité naturelle.

Moins convaincantes sont les performances de l’orchestre et de son chef : masquant un réel manque de couleurs par un volume très souvent excessif, des tempo rapides et une énergie un peu fébrile, Enoch zu Guttenberg présente une vision sans transparence de la musique de Beethoven, additionnant les voix, les lignes musicales les unes aux autres dans une grande surenchère sonore qui aboutit rapidement à la saturation. Les choeurs, fort nombreux et très enthousiastes renforcent encore ce sentiment. Si on ajoute à cela le fait que les solistes sont placés très à l’avant scène, hors du champs de vision du chef qui est d’ailleurs surtout concentré sur l’orchestre, on comprendra que le résultat final manque d’homogénéité sonore et surtout de cohérence dramatique. Les subtilités de la partition restent bien souvent cachées sous un volume sonore excessif. Le public, visiblement très enthousiaste, s’en satisfait néanmoins et applaudit généreusement l’ensemble de la performance.

 

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