Tout est bien qui finit... bien

Götterdämmerung - Dresde

Par Yannick Boussaert | dim 29 Octobre 2017 | Imprimer

Initiée en février 2016, la collaboration entre le Semperoper de Dresde et Nina Stemme arrive à son terme. Après la Walkyrie et Siegfried, la soprano suédoise vient couronner la fin du festival scénique de Richard Wagner. Un festival qui sera repris dès janvier 2018 dans son intégralité, mais avec un cast renouvelé et bien moins magnétisant sur le papier que les forces en présence ce dimanche.

Car Nina Stemme, engagée seulement cet automne, électrise cette journée encore davantage que les deux précédentes. Le rôle est ainsi voulu par Wagner : il demande de porter et la rage et l’amour en étendard avec la plainte et le désespoir au fond de la gorge. Une synthèse, pour reprendre le mot de Christophe Rizoud à Stockholm, où la suédoise n’a pas de véritables concurrentes à l’heure actuelle. Certes, d’autres savent venir à bout de ce marathon scénique et disposent d’un aigu tout aussi triomphant. Aucune encore ne sait fondre comme Nina Stemme les couleurs d’un timbre (toujours beau, égal sur toute la tessiture) dans les écarts meurtriers du deuxième acte et de la scène finale : ceux qui d’un « jammer » étouffé viennent ensuite déchirer les cintres d’un « rache » meurtrier ; ceux qui rappellent toujours la jeune déesse adolescente, fidèle à l’amour, quand la femme adulte découvre la trahison et sa brûlure amère. Entre le métal mordant comme la glace dans lequel elle puise à foison et ce feu vital, Nina Stemme fait toujours pencher son interprétation vers le second et conduit l’œuvre vers sa conclusion naturelle : la rédemption par l’amour.


© Klaus Gigga

Comme pour les deux journées précédentes, le Semperoper a réuni une distribution de wagnériens chevronnés. On y retrouve avec plaisir l’Alberich D’Albert Dohmen, ce soir un peu effacé, surtout devant un Falk Struckmann survitaminé. Ses appels au II sont telluriques comme il faut. Son demi-frère trouve en Iain Paterson un interprète méticuleux qui croque aussi bien la vanité de Gunther que son sens de l’honneur. Aussi le trio conclusif de l’acte deux est-il un des climax de la soirée. Siegfried est confié à Andreas Schager, que la plupart des grandes scènes s’arrachent. Paris s’apprête à découvrir son Parsifal. Certes le ténor s’empare de ce Siegfried aisément et fait montre de ressources peu entendues ces dernières années. Mais il faudrait qu’il puisse mieux canaliser son émission car dès que l’écriture le chahute, des notes claironnantes et souvent prises par en dessous viennent enlaidir une ligne qui ne brille déjà pas par la beauté du timbre. La voix épaisse et l’aigu sûr d’Edith Haller lui permettent de donner un vrai relief au personnage faussement important de Gutrune. Christa Mayer, sans démériter, ne fait pas ressentir toute l’urgence du retour de Waltraute. Les chœurs du Semperoper sont superlatifs, précis et puissants.

Il en est de même avec une Staatskapelle de Dresde opulente, aux cuivres chauds (hormis des canards à la chaîne dans l’ouverture du III). A sa tête, Christian Thielemann réalise un travail d’orfèvre où chaque leitmotiv est ciselé avec grâce. Les plans orchestraux voient se superposer toutes ses cellules musicales avec évidence. Le voyage sur le Rhin est un vrai moment joyeux et poétique ; la marche funèbre solennelle et puissante. Pourtant, le chef ne propose pas d’autre discours que celui de la magnificence sonore et du suivi scrupuleux de la structure de l’œuvre.

Willy Decker a le mérite de tenir jusqu’au bout le fil rouge du Ring comme un théâtre du monde. On retrouve donc les fauteuils de velours rouge orientés vers le public, mise en abyme aussi facile que gratuite. Wotan, que l’on croyait pourtant morfondu sur son trône, vagabonde encore sur le plateau. Il assiste impuissant à la mort de Siegfried et finit par inviter Brunnhilde à ses côtés. Des idées en vrac – les Gibischung pâle copie des amants incestueux de la Walkyrie ; Gutrune qui tue Hagen, son violeur du premier acte – ne constituent pas un tout cohérent. Erda, enfin, pousse le globe blanc et pur du monde nouveau, élégante conclusion.

 

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