Un Maestro à la rescousse

Il Trovatore - Liège

Par Philippe Ponthir | dim 18 Septembre 2011 | Imprimer
 
 
Pour cette ouverture de saison, l’ORW se lance un défi de taille, celui de monter Il Trovatore qui n’avait plus connu les honneurs de la scène in loco depuis 2003. On connaît le fameux adage : il suffit de réunir quatre gosiers extraordinaires pour Le Trouvère. En effet, malgré – et surtout à cause de – ses exigences dramatiques, Verdi jusque dans ses derniers feux, s’adresse et requiert des chanteurs de toute première envergure pour livrer l’ensemble de son message. A Liège, la volonté de respecter l’œuvre et de la servir est patente. Le spectacle est agréable, lisible, accessible. Conscient du public auquel il s’adresse. Stefano Vizioli convainc par un équilibre et on se laisse emmener immédiatement dans un univers esthétique et crédible. Ses dispositifs scéniques ne sont pas révolutionnaires mais ils fonctionnent jusque dans les aspects nocturnes récurrents de la partition. Il participe activement au drame qui sera sur scène bel et bien présent.
 
 
L’équipe vocale réserve de belles surprises, peut-être pas forcément là où on les attendait. L’Ines de Ninon Dann est idéale et sous employée, il semble urgent de donner à cette belle artiste une matière plus conséquente pour se mettre en valeur. Il en va de même du Ferrando, rôle généralement sacrifié sur l’autel de la Casa Verdi de Milan, du splendide Luciano Montanaro ! Avec la complicité d’Arrivabeni, la basse hisse son Ferrando au niveau d’importance d’un premier plan. Du superbe travail simplement ! Autre immense bonheur, celui de retrouver un chanteur qui s’affiche désormais comme le baryton maison dans ce type d’emploi : Giovanni Meoni (Conte di Luna). Plus encore que dans Iago qui dans son impossible dramatisme, le repoussait parfois dans ses retranchements, Meoni trouve en Luna, un emploi quasi idéal. L’acteur pourrait certes être un rien plus subtil (on reste souvent dans un registre de poses de bon aloi, mais le metteur en scène a sa part de travail aussi …) mais vocalement, quel bonheur d’entendre chanter, phraser et nuancer Luna (en fait, comme il a été écrit …), cela ne serait pas envisageable sans un partenariat de tous les instants avec la fosse. On attend avec impatience son prochain Germont pour La Traviata programmée cette saison.
    
Très belle découverte que la mezzo américaine Ann McMahon Quintero ! Gageure réussie pour sa prise de rôle et Dieu seul sait qu’une première Azucena est un moment qui compte dans une jeune carrière. McMahon est un pur produit de la redoutable école américaine. Physique opulent et rayonnant, superbe visage expressif, la voix est d’une belle pâte, bien menée, d’une projection que l’on désirerait parfois un rien plus insolente (à réentendre dans une acoustique moins ingrate que le Palais Opéra) et surtout, même si elle remporte une belle victoire, est-ce le répertoire verdien que cette jeune et enthousiaste artiste doit fréquenter ? Nous n’en sommes pas convaincu. Il nous semble que le 19e siècle français lui serait plus propice.
 
Pour le reste, quand les choses ne se passent pas tout à fait comme on l’espérait, faut-il relater sincèrement ou faire preuve d’imagination complaisante ? Il y a matière à dire sur la prestation du couple Dessi Armiliato en cette matinée. Si la soprano est toujours en scène, l’aristocrate racée que nous aimons, vocalement, il devient difficile de nous satisfaire de sa prestation. Son art des récitatifs est toujours aussi appréciable mais désormais, l’artiste doit consacrer énormément d’énergie au contrôle d’une voix accusant dans l’aigu forte, une instabilité gênante. Consciente de ses moyens actuels, elle multiplie les effets et les économies, au détriment de la clarté d’un texte dont elle était une « Maestra ». La voix réussit encore quelques phrasés mémorables mais, ce dimanche, on ne peut dissimuler un malaise devant une artiste peinant à soutenir des tempi ou des syllabismes rapides au point de tomber dans un marquage indigne d’une cantatrice de son envergure (le dernier duo avec le baryton). Les choses ne vont pas s’arranger avec le Manrico de Fabio Armiliato. victime, de manière audible, d’une journée « sans ». La voix peinant à se réveiller (matinée du dimanche ?), on n’évitera pas, malgré toute la détermination et l’énergie rageuse du chanteur, les incidents et l’accident prévisibles de cette redoutable partition.
Une fois encore, pourtant, le bonheur est au rendez-vous avec la conviction d’assister à un moment unique face au travail d’orfèvre du Maestro Paolo Arrivabeni. On sait combien Il Trovatore peut tomber dans la fête aux pompiers. Pour Arrivabeni, point de page secondaire ! Nuances, annotations, tensions, détente, sublime chiaro oscuro, respect et encouragement de ses chanteurs. Au final, l’intime conviction d’observer, moment rarissime : un Maestro Concertatore à l’œuvre !
 

 

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