Le Trouvère est dans l'escalier

Il Trovatore - Zurich

Par André Peyrègne | mer 27 Octobre 2021 | Imprimer

Mademoiselle Thomas, metteuse en scène, doit aimer les escaliers. Elle en rêve, elle en raffole. Dans la vie, elle ne doit pas être femme à prendre les ascenseurs ou les tapis roulants.

La preuve de cet amour pour les escaliers : elle nous en impose un en guise de décor pour le « Trouvère » à l’Opéra de Zurich – un escalier monumental qui couvre tout le plateau et qui monte jusqu’au fond à mi-hauteur de la scène. Un grand escalier tout nu, tout vide. On l’avouera, il y a plus chatoyant comme décor! Où est le Trouvère ? Dans l’escalier ! 


© Monika Ritterhaus - Opéra de Zurich

Pour donner quand même de la vie et de la couleur à son spectacle, Adele Thomas a habillé ses personnages de tenues moyenâgeuses – ce qui n’est pas condamnable en soi, sauf qu’ici cela prend une allure carnavalesque. L’air de la sorcière Azucena « Stride la vampa » tourne au grand guignol. Ne parlons pas de la scène de l’union nuptiale entre les deux héros Leonora et Manrico où, du haut de l’escalier, descend un soleil de music-hall, ou celle de la prison où, dans une ambiance de lumières dorées, on se croirait sur les marches d'une comédie musicale. A la fin, quand le trouvère est précipité dans le bûcher, des ricanements sataniques venus de la scène nous privent d’entendre le formidable accord final de l’orchestre placé là par Verdi pour tomber comme un couperet sur la fin du drame.

Côté musique, il y a deux grands gagnants dans ce spectacle : le chef d’orchestre Giannandrea Noseda, qui est à son affaire dans le répertoire verdien et qui fait sonner l’orchestre zurichois comme un orchestre italien, et l’interprète de Leonora, Marina Rebeka, voix flamboyante, égale d’un bout à l’autre de la tessiture, musicalité parfaite, aigus sonores.


© Monika Ritterhaus - Opéra de Zurich

Tous les autres se situent un cran, voire un bon cran en dessous.

Le ténor polonais Piotr Beczala a un très beau timbre, il a brillé dans le fameux air « Di quella pira », mais pourquoi force-t-il sa voix ? Cela le prive du charme d’une émission « naturelle ».

Quinn Kelsey, interprète du comte de Luna – le seigneur autour duquel tourne le drame – a la voix homogène d’un bon baryton verdien.

La très bonne Agnieszka Rehlis a séduit la salle par son engagement dans le rôle de la sorcière Azucena. Mais son timbre manque de noirceur pour ce rôle.

Derniers des cinq protagonistes phares de cet opéra, Robert Pomakov, dans le rôle du capitaine Ferrando, a un timbre ingrat, sa voix est instable dans le grave.

Le reste de la distribution est tout à fait satisfaisant.

Le chœur est très bon. Il aura monté autant de notes de la gamme que de marches d’escalier !

 

 

 

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