Animer les pierres

La Clemenza di Tito - Paris (Garnier)

Par Yannick Boussaert | mer 15 Novembre 2017 | Imprimer

La clemenza di Tito dans la mise en scène de Willy Decker a deja amplement été commentée depuis les reprises de 2013 et 2011. Si le temps n'a pas de prise sur le marbre, il fissure pourtant à présent cette proposition froide, laide parfois et où les incongruités (comme ces costumes XVIIIe siècle ou cette affreuse couronne en carton maronnasse) agacent rapidement.

Pour habiter ces voûtes marmoréennes, il faut compter sur les interprètes. Ceux de la première distribution répondent présent. À commencer par Dan Ettinger que l'on aura cantonné trop vite au répertoire romantique italien. Son Mozart se veut précis, vif et nuancé. Ancien chanteur, son attention au plateau est sans faille. L'orchestre remarquablement bien préparé donne naissance à de vrais moments de poésie, notamment lors des deux solos qui accompagnent les grandes scènes de Sesto et de Vitellia. Le choeur, effacé au premier acte, finit par trouver une assurance collective au second.


© Sébastien Mathe

C’est à Ramon Vargas, davantage connu à Paris pour ses héros romantiques, qu’échoient la toge impériale et quelques morceaux de bravoure. Le ténor mexicain en vient à bout avec un timbre viril et plaisant, des vocalises rondement menées, une ligne et un legato qui siéent parfaitement au répertoire mozartien. Seul un vibrato plus large qu’il ne faudrait entache quelque peu son chant. Stéphanie d’Oustrac revisite cette production aussi constamment qu’elle fait montre de grandes qualités et d’un art des nuances  pour dépeindre les affres de l'infortuné Sesto. Amanda Majeski possède l’aigu tranchant et le grave puissant nécessaires au portrait de Vitellia, d’autant qu’elle se joue aisément des écarts de registres. Le timbre rond et chaud d’Antoinette Dennefeld (Annio) trouve un beau miroir dans la pulpe de celui de Valentina Nafornita (Servilia). Elles forment un beau couple qui rivalise de pianos disséminés avec science. Marko Mimica (Publio) complète la galerie avec les honneurs. En somme, à défaut de faire pleurer les pierres qui jonchent la scène du Palais Garnier, les interprètes de cette première distribution parviennent déjà à leur donner vie.

 
 
 

 

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