Standing ovation pour Aleksandra Kurzak

La Traviata - Paris (Bastille)

Par Audrey Bouctot | sam 29 Septembre 2018 | Imprimer

Emouvante soirée à l’Opéra national de Paris que cette reprise de la Traviata dans la mise en scène de Benoît Jacquot, à propos de laquelle tout a déjà été écrit : malgré quelques jolis tableaux, le statisme des personnages et l’absence de direction d’acteurs plombent comme à chaque fois ce qui devrait être à l’image du premier acte, une fête.

Assez inégale à certains égards, la soirée s’avère in fine largement dominée par la magnifique performance vocale et scénique d’Aleksandra Kurzak, qui a démontré à l’instar de Jean-François Borras en Alfredo, posséder tous les registres pour aborder le chef d’œuvre de Verdi.

Facilité déconcertante des aigus, cristallins et naturels, dentelle de vocalises dans la cabalette finale : le premier acte sied comme un gant à la fraîcheur vocale de la soprano. Mais c’est à l’acte II que la chanteuse se métamorphose et déploie un médium riche et encore amplifié. Elle réussit à instaurer une intimité avec le public qui ne cessera de se renforcer tout au long de l’œuvre, malgré l’immensité de la salle. Très émouvante face à Germont père, elle trouve toujours l’intention juste et ne surjoue jamais le désespoir. Sans avoir recours au port de voix, toute en retenue, Aleksandra Kurzak, dramatique et expressive, déploie des trésors de nuances dans les piani pour une interprétation toute en finesse de Violetta. Méconnaissable à l’acte III, elle parvient à teinter encore différemment sa voix pour « Addio del passato ». Le public l’acclame avec une standing ovation amplement méritée. 


© Sébastien Mahé / Opéra national de Paris

Jean-François Borras convainc vocalement en Alfredo dès le Brindisi grâce à une ligne chant particulièrement élégante dont il régalera l’auditoire toute la soirée. Scéniquement, il n’est pas vraiment aidé par l’absence de mise en scène au cours de l’acte I mais il réussit à se libérer de ce carcan dès l’acte II. Sa présence, son phrasé, les trésors de nuances déployés et son timbre qu’il fait évoluer admirablement au cours de l’œuvre le rendent à tous égards très complémentaire d’Alexandra Kurzak.

Un peu moins engagé scéniquement, George Ganigdze campe un Giorgio Germont sévère, dont le timbre se réchauffe au fur et à mesure que le personnage s’humanise, ce qui ne le prive pas de se montrer bouleversant lors de son duo avec son fils dès le II. On notera également les très belles prestations de Virginie Verrez en Flora Bervoix, Cornelia Oncioiu en Annina ou encore Christophe Gay en Marquis d’Obigny.

Musicalement, la soirée fut aussi agréable sans être pour autant envoûtante, du fait d’une direction un peu inégale de Giacomo Sagripanti. Si l’ouverture est donnée comme une valse, les décalages avec les chœurs, aussi minimes soient-ils, sont inacceptables dans une partition aussi connue, et demeurent trop nombreux encore à l’acte I et au début du second tableau du II. Les tempi alors beaucoup trop rapides anéantissent la beauté musicale des danses, et ruinent la portée dramatique de la montée en tension jusqu’à la scène finale, parfaite, sans aucun décalage. Gageons que ces imprécisions s’estomperont au fur et à mesure des représentations à venir. 

 

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