La dernière Violetta de Renée Fleming (streaming)

La traviata (Streaming) - Londres (ROH)

Par Christian Peter | sam 16 Mai 2020 | Imprimer

Violetta, l’un des rares rôles verdiens que Renée Fleming a mis à son répertoire, est arrivée relativement tard dans sa carrière. Elle l’aborde en effet en 2003 à Houston puis au Metropolitan Opera avant de le reprendre en 2006 à Los Angeles aux côtés de Rolando Villazon (DVD Decca). Elle le chante encore à Chicago en 2007 puis de nouveau au Met en 2008, après quoi elle traverse l’Atlantique pour l’incarner une dernière fois à Londres en 2009 dans la production de Richard Eyre. Ce spectacle a fait également l’objet d’une parution en DVD (Opus Arte). Depuis le 8 mai le Royal Opera House le propose pour un mois sur sa chaîne You Tube.

Venu du théâtre et de la télévision le metteur en scène britannique abordait pour la première fois l’opéra avec cette Traviata qu’il avait concoctée en 1994 pour Angela Gheorghiu. Son approche de l’ouvrage est tout à fait traditionnelle, l’époque et les lieux de l’action sont respectés et la direction d’acteurs se révèle sobre et efficace dans les somptueux décors de Bob Crowley : un hémicycle au teintes mordorées au premier acte, une grande pièce lumineuse aux murs bleu clair, meublée de façon rustique au début du deux, un salon où domine le rouge, les chaises, le sol, les robes des choristes, pour le bal chez Flora, enfin une grande pièce sombre aux immenses persiennes fermées derrière lesquelles se profilent les ombres géantes des fêtards du carnaval pour le tableau final. 

Violetta est ici une femme dans l’éclat de sa maturité qui exerce sur le jeune Alfredo une irrésistible fascination, ainsi au premier acte Renée Fleming apparaît dans une somptueuse robe blanche constellée d’étoiles d’or, inspirée de celle que porte l’impératrice Sissi dans l’un de ses portraits les plus célèbres. A l’orée de la cinquantaine, la soprano américaine affiche une santé vocale à toute épreuve. « A fors’è lui », chanté avec sobriété, se conclut sur un trille exemplaire. Si elle aborde « Sempre libera » avec une relative prudence, les vocalises n’en sont pas moins exécutées avec précision et une largeur vocale qui ravit l’assistance. C’est cependant au deuxième acte que son incarnation culmine au cours de la scène qui l’oppose à Germont père où sa musicalité et son tempérament dramatique font merveille notamment dans un « Dite alla giovine » poignant, susurré avec un impeccable contrôle du souffle. Enfin son « Amami Alfredo » déchirant, lancé à pleine voix conclut magnifiquement ce tableau. Au dernier acte, après une lecture de la lettre quelque peu emphatique, le tempo rapide adopté par le chef prive « Addio del passato » d’une partie de son impact émotionnel qui, heureusement, demeure intact dans le duo avec Alfredo. Dommage que le metteur en scène ait eu l’idée de faire faire à Violetta le tour de son lit en courant avant de s’effondrer car cela nuit au recueillement de mise durant cette fin tragique.


Traviata. Fleming. Calleja © ROH / Catherine Ashmore

Joseph Calleja campe un Alfredo vocalement somptueux, le timbre est clair, la voix ample et la technique accomplie. Il ne fait qu’une bouchée de son air « lunge da lei » et de la cabalette « O mio rimorso ». Quel plaisir d’entendre un chant aussi aisé, des aigus émis avec autant de facilité avec l’impression agréable que le ténor a encore des moyens en réserve. Si le jeu de l’acteur n’est pas exempt d’une certaine gaucherie, cela ajoute encore à la candeur du personnage qui vit son histoire d’amour sur un nuage sans avoir conscience des réalités.
Thomas Hampson enfin est un Germont qui impressionne dès son entrée en scène. Voilà un rôle verdien qui ne le pousse pas aux limites de ses possibilités. Avec son timbre de bronze, il fait preuve d’une autorité implacable face à Violetta et lors de son irruption chez Flora il éructe plus qu’il ne chante ses invectives à son fils. Son « Di Provenza » impeccablement nuancé est l’un des plus accomplis qu’il nous ait été donné d’entendre.

Signalons enfin que les seconds rôles sont tous magnifiquement tenus comme il se doit dans une grande maison et que les chœurs sont exempts de tout reproche.

Au pupitre, Antonio Pappano conduit ses troupes tambour battant, avec un sens aigu du théâtre et des tempos contrastés en accord avec les situations, à l’exception peut-être du dernier acte, un rien précipité.

La partition est donnée dans sa quasi-totalité, toutes les cabalettes sont chantées mais aucune n’est doublée, pas de contre note à la fin de « Sempre libera » ni de « O mio rimorso », en revanche Violetta interprète les deux couplets de « Addio del passato » mais seulement le premier de « Ah fors’è lui ».     

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