Une nuit à l'opéra

L'italienne à Alger - Clermont-Ferrand

Par Anne Rouhette | jeu 16 Janvier 2020 | Imprimer

L’intrigue de l’Italienne à Alger, aussi loufoque que celle d’un film des Marx Brothers, a inspiré un Pierre Thirion-Vallet en grande forme pour cette séduisante production clermontoise. Transposée dans le milieu du cinéma hollywoodien des années 50, son Isabella, glamour à souhait dans son ensemble léopard, affronte le tout-puissant producteur Mustafa pour retourner dans sa chère Italie flanquée de son amant Lindoro, acteur vedette des studios Mustafa, et d’une cohorte de machinistes italiens, le tout sur fond (déjà) de conflit sur la réforme des retraites. Le résultat, porté par une distribution quasiment impeccable, est tout à fait convaincant, de la pantomime burlesque jouée pendant l’ouverture à la reconversion d’un irrésistible chœur masculin en danseurs des Ziegfeld Follies en passant par des jeux de scènes complexes et très soignés, notamment dans la chorégraphie qui clôt le premier acte et dans le maniement virtuose d’un poireau dans l’acte II par Mustafa. Le parti-pris de la farce cinématographique, réussi si l’on en croit les rires fréquents du public, a néanmoins pour effet d’atténuer certains moments d’émotion, notamment dans l’acte I quand Lindoro se retrouve juché sur un dromadaire face à la caméra de Mustafa pour sa cavatine. « Languir per una bella » se transforme alors en un air comique, ce que l’on peut regretter.


© Yann Cabello

Est-ce pour cela que le ténor Joseph Kauzman a paru un peu en retrait durant le premier acte ? Sa présence physique et vocale s’est en revanche affirmée dans le second, où il se hisse à la hauteur de l’excellent Taddeo de Rémi Ortega, aussi bon acteur que chanteur, d’Eugenio Di Lieto en Mustafa, dont le manque de profondeur vocale parfois est plus que compensé par une réjouissante présence scénique, d’une Elvira que Sophie Boyer parvient à rendre à la fois drôle et touchante, et de l’Isabella magistrale de Maria Ostroukhova. La contralto russe, tornade pulpeuse et magnétique, endosse le rôle avec un entrain jubilatoire ; avec son timbre riche, sa tessiture étendue et la souplesse de sa voix, elle se joue des vocalises les plus acrobatiques et emporte l’adhésion dans les récitatifs et les passages plus méditatifs, tandis que son aplomb et son sens dramatique lui permettent d’accomplir la performance de séduire avec une tête recouverte de bigoudis, ce qui, reconnaissons-le, n’est pas donné à tout le monde. Dans le petit rôle de Zulma, transformée en une délicieuse script-girl, Anne-Lise Polchlopek fait plus que tirer son épingle du jeu, tandis que Florian Bisbrouck livre une prestation irréprochable en Haly, assistant roublard du producteur Mustafa. Tous donnent l’impression de s’amuser sur scène, ce qui ne contribue pas peu au plaisir du public.

Ils sont en cela grandement aidés par l’orchestre Les Métamorphoses, dirigé par Amaury du Closel. Cordes moelleuses, bois et cuivres pleins de charme, les musiciens se laissent porter par la musique de Rossini pour impulser une bonne humeur communicative. Dans un décor où trône une caméra géante, les éclairages habiles de Véronique Marsy savent faire ressortir les détails les plus farfelus ou susciter l’illusion d’un plateau de cinéma, tout en sublimant des costumes pimpants parfaitement adaptés aux rôles et aux chanteurs. Même les discours des édiles à l’entracte pour annoncer le nouveau nom du Centre Lyrique Clermont-Auvergne, dorénavant baptisé Clermont Auvergne Opéra, ne sont pas parvenus à atténuer le plaisir que procure ce spectacle enthousiasmant. Qu’elle soit à Alger, à Hollywood ou à Clermont-Ferrand, cette Italienne triomphe décidément de tout !

 

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