Pourquoi Aida ?

Aïda

Par Christophe Rizoud | mer 30 Mai 2012 | Imprimer
 
Tiens pourquoi Aïda ? Un nouveau numéro de l'Avant-Scène Opéra se justifie habituellement par une actualité, le plus souvent parisienne. Mais là, pour autant qu'on le sache, il n'est pas prévu de représenter prochainement à Paris, ou même lors des principaux festivals de l'été, l'antépénultième opéra de Verdi.
Surtout qu'il ne s'agit pas d'une remise à jour de l'édition précédente (qui datait d'avril 1993) mais bien d'une refonte totale du numéro*. Même le guide d'écoute, élément fondamental de toute publication de l'Avant-Scène Opéra, socle sur lequel s'empilent analyses et études autour de l'œuvre considérée, a été récrit. Signé non plus Jean de Solliers mais Chantal Cazaux, il n'en est pas moins instructif. On apprécie comme souvent que le propos, sans se dévoyer, s'adresse au plus grand nombre et on en aime l'écriture imagée. Exemple, à propos de l'anathème lancé par Amnéris à la fin de la première scène de l'acte IV : « La révolte d'Amnéris achève d'en faire, comme Eboli, un serpent au repentir brûlant : sa voix se dresse comme la flamme sur un orchestre sauvagement cuivré ».
De la même manière, le « regard sur l'œuvre », cette somme d'articles qui analyse sous différents angles l'opéra étudié, tire un trait sur le passé. Seule subsiste « Aida, de l'archéologie à l'égyptomanie » par Jean-Marcel Humbert. On s'en réjouit à plusieurs titres. Le texte d'abord retrace fidèlement la genèse d'Aïda, de l'écriture du scénario par Auguste Mariette à la première représentation au Caire en 1871. Alors que l'origine du livret a longtemps fait l'objet de controverses, Jean-Marcel Humbert en a formellement identifié la source, considérée jusqu'alors comme perdue. Par ailleurs, Jean-Marcel Humbert est un de nos collaborateurs permanents. Docteur en égyptologie de Paris-Sorbonne, il a, pour nous et auparavant pour son propre plaisir, assisté à des dizaines (centaines ?) de représentations d'Aïda. Cette connaissance sur le terrain de l'opéra de Verdi lui permet dans un deuxième article de passer en revue les différentes productions qui se sont succédé ces dernières années sur les plus grandes scènes du monde. Il en tire plusieurs enseignements, l'un d'eux étant qu'Aïda, malgré un contexte géographique et historique prépondérant et donc structurant, n'a pas fini de stimuler l'imagination des scénographes et, par conséquent, de faire « rêver des générations de spectateurs ».
Dans cette nouvelle édition, on apprécie aussi qu'au contraire d'autre fois, la musique, plus que l'histoire ou la littérature, occupe l'essentiel du numéro. A travers d'abord une revue de presse de l'époque où on lit amusé sous la plume du critique de la Gazzetta Musicale di Milano que « si Aida et wagnérisme étaient synonymes, je n'hésiterais pas un instant à me faire l'apôtre de Wagner », mais aussi au moyen de deux études, aussi prégnante l'une que l'autre. La première, signée Jean-Pierre Bartoli, se penche sur la veine orientaliste qui a inspiré bon nombre d'opéras du Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi en 1624 à Cleopâtre de Massenet en 1914. Dans la deuxième, Fabrizio Capitanio explique les typologies de soprano et mezzo-soprano verdien, avant de tracer plus précisément le profil vocal de Teresa Stolz et de Maria Waldmann, les créatrices scaligères des rôles d'Aïda et d'Amnéris.
Tout cela est bien joli mais ne répond pas à notre question : pourquoi Aïda ? La lecture de la discographie, complétée par Chantal Cazaux à partir de celle établie par Piotr Kaminski en 1993, nous propose une réponse. Alors que le disque et le chant verdien traversent l'un comme l'autre une crise régulièrement pointée du doigt par les médias, on compte depuis 1990 six nouveaux enregistrements d'Aida dont trois en studio. La vidéographie, elle, peut s'enorgueillir de vingt-cinq titres supplémentaires, sans parler de l'œuvre à l'affiche qui en vingt ans aligne une cinquantaine de productions. C'est dire la vitalité d'un opéra qui, plus que jamais, forme l'ABC du répertoire (le B étant pour La Bohème de Puccini et le C pour Carmen de Bizet). Une raison amplement suffisante pour une nouvelle édition de l'Avant-Scène, non ?
* Les études et documentations publiées dans la précédente édition d'Aida en 1993 sont disponibles gratuitement au format pdf sur le site Web de L'Avant-Scène Opéra
 

 

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