Oui, c’est moi, je t’aime

Quatre saisons avec Roberto Alagna

Par Christophe Rizoud | mer 15 Février 2017 | Imprimer
Marguerite
Tu m'as retrouvée; Me voilà sauvée!
C'est toi, je suis sur ton cœur !
Faust
Oui, c'est moi, je t'aime,
Malgré l'effort même du démon moqueur,
Je t'ai retrouvée.
 
Gounod, Faust, Acte V

 

« C’est vous Jacqueline ? »  Oui, c’est elle, Jacqueline Dauxois, docteur en littérature, auteure de plus de trente livres traduits, adaptés, filmés qui, quatre saisons durant, a suivi son idole de scène en scène, de rôle en rôle, groupie timide, écrivaine tapie dans la coulisse, souvent malmenée par le service d’ordre, transformant opiniâtrement en mots – et même en photos – chaque geste, chaque parole, chaque note pour donner à comprendre le mystère d’une voix.

« C’est vous Orphée ? ». Oui, c’est lui Mario, Otello, Manrico, Don Carlo, Lancelot. Autant de héros à l’intérieur desquels Roberto Alagna se glisse et auxquels, le temps d’une représentation, il prête son chant, son visage, sa silhouette pour le plus grand bonheur d’un public captivé.

« Il en faut de l’audace et du courage à un auteur rien du tout, pas star, pas médiatisé, qui n’est rien qu’écrivain, pour se lancer à l’abordage avec le projet d’expliquer à un astre qu’un livre s’écrit tout seul sur son chant ». Oui, Jacqueline Dauxois a eu l’audace de forcer les portes pour mener à bien une entreprise un peu folle, un peu vaine dont elle est – on l'espère – la première bénéficiaire. Côtoyer à la ville, sur les planches, avant, pendant et après le spectacle son chanteur préféré et raconter ces bribes de rencontre, ces instants volés entre deux répétitions ou deux représentations. Preuve s’il était nécessaire que la fortune sourit aux audacieux.

Une fois son « fichier Word » changé en livre, que reste-t-il de son aventure, sinon des souvenirs, partagés d’une écriture émiettée, comme autant de pièces d'un puzzle qui, assemblées, forment une image incertaine. L'admirateur de Roberto Alagna n'apprendra rien dans ces deux-cent-cinquante pages qu'il ne sache déjà, sur l'homme – généreux, impulsif, latin – et sur le chanteur – travailleur, volontaire, germain. L'amateur d'opéra ne trouvera aucune information susceptible d'enrichir sa connaissance du répertoire ou de la technique vocale, juste un vague aperçu du « prodigieux travail en coulisse d’un artiste génial ».

C'est que Jacqueline Dauxois  n'a pas peur des épithètes. D'une candeur parfois désarmante, voici l’écrivaine, prise au piège de son sujet comme le papillon de nuit dans un cercle de lumière. « Ce qu'il y a de pire chez le fanatique », disait Oscar Wilde, « c'est la sincérité ». A la lire, l’opéra aurait attendu Roberto Alagna pour cesser d’être « le grand temple de l’ennui » où une soprano et un ténor obèses – « trois cents kilos à eux deux ! – chantent des serments d’amour plantés comme des piquets.  Et la révolution Callas alors ? Justement parlons-en. La Divine se montrait certes « capable de jouer en comédienne consommée et de créer un personnage splendide, mais un seul, qui lui servait à tout interpréter. Alagna en invente un nouveau à chaque fois ». CQFD. Il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.

 

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