En noir et blanc et en demi-teinte

Macbeth - Genève

Par Fabrice Malkani | dim 24 Juin 2012 | Imprimer
 
C’est dans un superbe décor que Jonas Dahlberg, rend justice à Macbeth, la « pièce écossaise » de Shakespeare tout autant qu’à l’opéra de Verdi,  un décor noir et blanc qui permet toutes les nuances grâce aux lumières tamisées de Bernd Purkrabek, évoquant l’architecture gothique mais aussi les décors de films expressionnistes. Vaste cheminée, escalier monumental, tout suggère la majesté des lieux, comme surdimensionnés par rapport aux silhouettes de Macbeth que l’on distingue dès le Prélude, assis, pensif, derrière un premier rideau de tulle, tandis que Lady Macbeth, vêtue de blanc, apparaît derrière un deuxième voilage, descendant les escaliers une bougie à la main, pour franchir successivement les deux rideaux et entrer sur le devant de la scène exactement au moment où l’orchestre fait entendre le début du thème du somnambulisme qui réapparaît à l’acte IV. L’intelligence de la mise en scène de Christof Loy, qui présente ainsi un motif visuel associé au motif musical, tisse d’emblée les fils d’une histoire qui nous est ensuite donnée à voir comme une réminiscence, une remémoration par Macbeth lui-même des événements qui conduisent jusqu’à cet instant où Lady Macbeth s’allonge sur la scène pour y mourir. De la même manière, le chœur d’introduction fait apparaître, aux côtés de créatures figurant les sorcières, des soubrettes-infirmières soignant des blessés – c’est plus tard seulement que l’on comprendra qu’il s’agissait d’une préfiguration des assassinats et des combats à venir. Ici, c’est le caractère prophétique – à la fois énigmatique et annonciateur – qui est est traduit dans la mise en scène et les costumes d’Ursula Renzenbrink, toujours en noir et blanc.
Parallèlement à cette réussite visuelle, l’impression qui domine est celle de l’excellence de l’Orchestre de la Suisse Romande sous la direction d’Ingo Metzmacher et des Chœurs du Grand Théâtre de Genève dirigés par Ching-Lien Wu, remarquables tant au plan vocal que scénique.
En revanche, les voix qui se distinguent le plus ne sont pas celles que l’on attendait : ce sont ainsi les personnages secondaires du livret qui dominent vocalement. Christian Van Horn est un Banco de haute tenue, dont le beau timbre résonne avec aisance dans chacune des répliques, et donne une interprétation très émouvante de l’air « Come dal ciel precipita ». Andrea Carè incarne un Macduff qui soulève l’enthousiasme du public avec un « Ah, la paterna mano » sonore et lyrique, déchiré et lumineux à la fois. Mention spéciale également à la dame de compagnie, Natalia Gavrilan, pour la clarté et la puissance de son émission.
 
 
C’est que la voix engorgée de Franco Vassalo, qui remplace ce dimanche après-midi, dans le rôle de Macbeth, Davide Damiani indisposé, peine à se faire entendre distinctement, et ne parvient à toucher vraiment qu’à l’acte IV. Jennifer Larmore en Lady Macbeth donne quant à elle dans la caricature du personnage, et son chant est approximatif, pas toujours juste dans la cavatine ni dans la cabalette, n’échappant pas à une certaine vulgarité dans l’air « La luce langue » et dans le brindisi. Ce n’est que dans la scène déjà préfigurée lors du Prélude que les deux protagonistes enfin se révèlent musicalement, lorsque leur cheveux noirs ont laissé place à une chevelure blanche : renonçant aux effets forcés des airs précédents, Jennifer Larmore émeut véritablement dans la grande scène du somnambulisme, allant jusqu’au contre-ré bémol chanté sur un fil di voce, comme l’avait voulu Verdi. Et Franco Vassalo trouve des accents lyriques, servis par une projection et un volume améliorés, dans son air de la scène 5 (« Pietà, rispetto, onore »).
Si l’on regrette pour finir de ne pas entendre la musique de la bataille – qui participe de l’écriture contrastée de cet opéra –, le choix de terminer sur l’air de Macbeth (« Mal per me », emprunté à la version de 1847) se justifie entièrement dès lors qu’il s’agit d’exacerber les tensions entre les pôles opposés, même si la version retenue est par ailleurs bien celle de 1865, dont la scène finale de victoire est ici supprimée. C’est donc dans une totale cohérence des choix scéniques et musicaux que s’achève un spectacle qui laisse toutefois, pour ce qui concerne les voix, des sentiments mitigés malgré de très beaux passages.
 
 
 
 
 

 

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