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	<title>Die Frau ohne Schatten - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 04 Jul 2026 13:20:50 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Die Frau ohne Schatten - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Aix-en-Provence (GTP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-aix-en-provence-gtp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jul 2026 13:04:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette représentation de La femme sans ombre aura-t-elle permis de percer tous les mystères d’une œuvre protéiforme entre toutes, d’une complexité rarement vue en terme d’intrigue et d’un foisonnement orchestral qu’on ne connaîtra plus après cela dans l’œuvre de Richard Strauss ? Pas sûr du tout, pas en tous cas après une seule vision de cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette représentation de <em>La femme sans ombre</em> aura-t-elle permis de percer tous les mystères d’une œuvre protéiforme entre toutes, d’une complexité rarement vue en terme d’intrigue et d’un foisonnement orchestral qu’on ne connaîtra plus après cela dans l’œuvre de Richard Strauss ?<br />
Pas sûr du tout, pas en tous cas après une seule vision de cette nouvelle production signée magistralement par <strong>Barrie Kosky</strong> (c’est le troisième opéra de Strauss qu’il aborde après <em>Salome</em> et <em>Die schweigsame Frau</em>); il faudrait y revenir pour percer tous les desseins du metteur en scène australien qui nous emmène avec lui dans une lecture qu’il veut plurielle. Rien n’est univoque en effet ici, rien n’est simple ; quand on croit avoir saisi où veut nous conduire Kosky, on se retrouve vite détrompé et revenu au point de départ.<br />
Il faut dire que l’œuvre le permet, le commande même. Non seulement elle exige cet entre-deux permanent (entre le monde onirique ou symbolique et le plancher du monde, celui où travaillent le teinturier et sa femme), mais ce serait un contre-sens que de vouloir démontrer ou expliciter quoi que ce soit. Il y a trop de symboliques, de non-dits de la part de quasiment tous les personnages, qu’une lecture linéaire et unilatérale trahirait l’esprit même dans lequel Hofmannsthal et Strauss ont travaillé.</p>
<p>Rarement du reste un opéra aura demandé une gestation aussi longue (plus de huit années), rarement un  compositeur se sera autant impliqué auprès de son librettiste, fût-il l’un des plus brillants que l’histoire de la musique nous ait donné. Tout cela pour aboutir à un résultat foisonnant, trop foisonnant sans doute, et dans le livret, et dans la musique.<br />
Barrie Kosky prend le pari à la fois d’être fidèle au texte et de choisir les éléments du livret qu’il mettra en avant. Il opère ainsi une sorte de « sélection », revendiquant de ne pas tout exposer, conscient sans doute qu’à trop vouloir tout montrer (d’une œuvre d’une telle richesse), on prenait le risque de perdre le spectateur. Ainsi seront omis de façon figurative, parmi bien d’autres, les épisodes du faucon, du fleuve engloutissant la maison de Barak, ou encore de la caverne obscure et des deux cellules séparées de Barak et la Femme, etc.<br />
En revanche, l’antre de Barak et son épouse est montré avec force détails, au plus près du livret.</p>
<p>C’est dans le maniement des symboles que Barrie Kosky est sans doute le plus convaincant. La figure du père de l’Impératrice est représentée par une immense tête androgyne, tantôt debout et bien vivante, tantôt, au troisième acte, couchée sur le sol et n’offrant plus de prise à sa fille. La bascule (la chaise ou le cheval) acte le cheminement à la fois dans le temps, dans l’espace et dans les esprits. Et puis dans le happy end final, ces quatre enfants, copies conformes de leur parents mais avec des têtes de vieillards, signifiant bien que le cours inexorable de la vie a repris.</p>
<p style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Die-Frau-ohne-Schatten_Festival-dAix-en-Provence_2026_%C2%A9_Monika_Rittershaus27-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</p>
<p>Foisonnement d’idées donc de la part du metteur en scène et foisonnement dans la fosse d’orchestre. Il est clair que ce soir <strong>Klaus Mäkelä</strong>, à la tête de l’orchestre de Paris a considérablement marqué les esprits. Et qu’il a déjà tout compris à ce qu’est l’orchestre straussien. C’est une copie parfaite qu’il rend en dirigeant une des partitions les plus difficiles qui soient. Il fait justice à la noirceur du premier tableau du premier acte, mettant en avant des graves sonores et inquiétants. Il est tout aussi juste dans les traits lyriques, chantants, voire chambristes (les soli de cordes), il veille à l’équilibre avec la scène ; des saluts enthousiastes l’accueillent après les deux entractes et au rideau final.</p>
<p><em>Die Frau ohne Schatten</em> exige une distribution vocale de tout premier plan, au moins pour les cinq rôles principaux. Et ce sont les trois femmes qui dominent ce quintette, on ne saurait trop les distinguer. <strong>Nina Stemme</strong> force l’admiration dans sa partie de Nourrice : qu’elle puisse, riche d&rsquo;une si longue carrière, forte de tant de rôles aussi « lourds », encore insuffler à son personnage cette percussion et cette force, est simplement confondant. <strong>Vida Miknevičiūtė</strong>, qui avait été une sublime Sieglinde de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/">tétralogie Thielemann/Tcherniakov</a> en 2022 possède aujourd’hui des moyens vocaux colossaux et que sa frêle silhouette ne permet pas de présager. Rien ne lui échappe, les graves sonores, mais aussi tous les suraigus, et sa partition en compte trois qu’elle n’élude pas. Au-delà de la performance technique, il y a l’actrice qui s’est emparée du rôle de l’Impératrice avec gourmandise.<br />
Nous situerons au même niveau la performance d’<strong>Ambur</strong> <strong>Braid</strong> dans le rôle de la femme de Barak. Barrie Kosky lui avait déjà confié le rôle de <a href="https://www.forumopera.com/breve/une-bien-sombre-salome-a-francfort/">Salome en 2020 à Francfort</a> (où elle a fait partie de la troupe) ; c’est toujours à Francfort qu’elle avait impressionné plus récemment avec le rôle dramatique de Chawa (Eve) dans l’opéra <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/stephan-die-ersten-menschen-francfort/"><em>Die ersten Menschen</em></a> de Rudi Stephan. La Canadienne maîtrise maintenant toutes les nuances ; de la force rageuse à l’amour retrouvé, elle sait poser toutes les couleurs adéquates.<br />
Barak est tenu par l’Américain <strong>Brian Mulligan</strong> ; formidable baryton aussi sonore que chatoyant (avec en surplus un jeu d’acteur épatant)… jusqu’au deuxième acte après lequel une légère de baisse de régime se fera sentir.<br />
Quant à <strong>Michael Spyres</strong>, qui prenait le rôle de l’Empereur, on ne saurait dire, à l’issue de cette première, si ce rôle est vraiment fait pour lui. Il a eu du mal à se libérer au I, nous l’avons trouvé plus à l’aise au II, dans une partie il faut le dire plus lyrique et qui nous a semblé mieux convenir à sa voix. L’avenir nous dira si le ténor américain persévérera dans des rôles plus lourds tels que celui-ci, qui se rapproche des ténors wagnériens.<br />
Le reste de la distribution est irréprochable, les chœurs sont à la hauteur avec, entre autres, ce qui reste une des plus belles inspirations de cet opéra, le chœur final du premier acte.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Berlin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-berlin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des nouvelles productions qui font office de manifeste pour les maisons d’opéra. Alors que Paris va se doter d’un nouveau Ring, le retour à l’affiche de Die Frau ohne Schatten au Deutsche Oper Berlin vient combler une étrange absence à l’affiche dans l’ouest berlinois. Pour l’occasion, on a fait appel à Tobias &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des nouvelles productions qui font office de manifeste pour les maisons d’opéra. Alors que Paris va se doter d’un nouveau Ring, le retour à l’affiche de <em>Die Frau ohne Schatten</em> au Deutsche Oper Berlin vient combler une étrange absence à l’affiche dans l’ouest berlinois. Pour l’occasion, on a fait appel à <strong>Tobias Kratzer</strong> (le metteur en scène du nouveau Ring munichois) et réuni une distribution au cordeau.</p>
<p>En fosse bien entendu,<strong> Donald Runnicles</strong> relève le gant. Le directeur musical – qui doit passer la main en 2027 – caresse un orchestre qui réagit à chacune de ses indications dans une lecture rapide, fiévreuse souvent : si les équilibres sont maintenus et ménagent de beaux espaces aux solistes (violoncelle et violon), la masse orchestrale s’avère souvent énorme au détriment de certains détails. C’est le travers de ce chef tout porté à l’efficacité théâtrale. De fait sa lecture est haletante, et ce soir, il ne mettra pas en difficulté un plateau qui sait repousser les assauts de la fosse.</p>
<p>Une telle œuvre requiert des effectifs vocaux en nombre, l’occasion pour une maison de troupe et de répertoire de mettre en avant les jeunes talents qu’elle forme au travers de différents programmes. Toutes et tous se révèlent plus qu’à la hauteur et rejoignent les solistes dans l’excellence musicale offerte. Les veilleurs de la fin du premier acte, les servantes qui participent à la scène de séduction, les enfants du banquet improvisé sont au moins autant d’atouts que <strong>Nina Solodovnikova</strong> en Voix du Faucon, <strong>Hye-Young Moon</strong> (Voix de l’entrée du Temple) ou encore les trois frères estropiés de Barack – <strong>Philipp Jekal</strong>, <strong>Padraic Rowan</strong> et <strong>Thomas Cillufo</strong>. Seul <strong>Chance Jonas-O’Toole</strong> s’avère un rien sous-dimensionné pour donner tout son charme à l’apparition du jeune homme. C’est tout l’inverse pour <strong>Patrick Guetti</strong> dont le Messager sonore marque les esprits dès la première scène. Son volume est tel que sa diction en parait altérée. <strong>Clay Hilley</strong> ne fait qu’une bouchée du rôle impossible de l’Empereur. Il n’en a cependant pas encore l’élégance et son phrasé haché en fait un personnage bien prosaïque, ce qui sied à la mise en scène. <strong>Jordan Shanahan</strong> emporte la palme chez les hommes. La voix, belle et chaude, se coule dans les longues phrases dévolues à Barack. D’un timbre tout en rondeur, il tire les accents pathétiques qui rendent le personnage éminemment sympathique. Chez les femmes, <strong>Marina Prudenskaya</strong> se promène dans les habits de la nourrice. Elle en possède l’ambitus et l’endurance, et cette aura scénique et vocale qui lui permettent d’incarner une roublarde classieuse. <strong>Daniela Köhler</strong> maitrise sans doute possible les acrobaties de l’Impératrice. On regrettera simplement que son personnage évolue peu vocalement et ne trouve pas encore toute l’humanité qui doit lui revenir. A l’applaudimètre, <strong>Catherine Forster</strong> se taille la plus grande part du lion. Tout laisse en admiration&nbsp;: l’ampleur des moyens, l’endurance qu’elle conjugue avec une grande intelligence pour transformer son personnage en aimant. C’est rivé à cette présence, tour à tour pataude ou vindicative, que l’on passe une bonne partie de la soirée. &nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dob_frauohneschatten_gp0870Shanahan-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-181707"/><figcaption class="wp-element-caption"><em><sup>© Matthias Baus</sup></em></figcaption></figure>


<p>L’air de rien, Tobias Kratzer frappe un grand coup. Le rideau se lève sur un appartement bourgeois où un coursier (le messager) livre des colis. On déjà vu pareille scénographie, montée sur une tournette, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-lyon/">à Lyon par exemple</a>. On s’éveille dans la chambre. Monsieur part travailler. Arrivé dans le pressing de Barack et de sa femme, le mobilier est plus chiche. Des bâtonnets de poisson congelés feront l’affaire pour le diner du teinturier. On fait bien ce que l’on veut d’un conte, à fortiori quand celui-ci a été écrit en pleine psychanalyse naissante. Et Tobias Kratzer en fait une histoire déchirante de l’impératif à enfanter. C’est ce qui détruit les couples : il faut des descendants pour la transmission patrimoniale d’un côté bourgeois (l’ombre qu’il faut projeter sur le futur) ; pour montrer que l’on est homme digne et que son travail a un sens, de l’autre (nourrir ses frères avec ses deux mains). Dès lors, la transaction entre les deux mondes ne peut qu’être bassement mercantile. La nourrice loue un utérus. Une FIV et un choix de l’embryon par caméra de microscope et voici la Teinturière – rétive à la grossesse mais contrainte pécuniairement – en pleine fausse couche à la fin de l’acte 2. Le suivant s’ouvre sur les prolétaires en thérapie de couple qui les conduira à un divorce à l’amiable dans les dernières scènes. La nourrice se fera arrêter en tentant de dérober un enfant dans une maternité où plusieurs couples, dont un homosexuel, viennent récupérer leurs bébés dans des couveuses. L’impératrice enverra paitre son père et ses proches dans une scène qui n’est plus un jugement mais une fausse « baby shower ». Nos bourgeois pourront s’épanouir loin du poids social de la parentalité. La teinturière retrouve sa liberté et Barack, seul personnage qui énonce vouloir enfant dans le livret, aura une petite fille tout seul. Il vient la chercher à la sortie de l’école et lui met un bonnet vert en forme de grenouille (<em>Frosch</em> en allemand = <strong>Fr</strong>au <strong>o</strong>hne <strong>Sch</strong>atten) sur la tête. C’est là le dernier détail de génie d’une mise en scène captivante, dirigée comme une pièce d’Ibsen où même les choix qui frottent avec le livret du conte font sens. Tobias Kratzer et son équipe y parviennent par la minutie avec laquelle chaque détail trouve sa place et par l’adhésion complète de l’ensemble des artistes mobilisés. Le Deutsche Oper s’est dotée d’une grande production qui vient donner un éclairage contemporain, pertinent et clivant au chef-d’œuvre de Strauss et Hofmannsthal.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-berlin/">STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Berlin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten – New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-new-york/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chose promise avant la pandémie pour 2021, enfin rendue en 2024, Die Frau ohne Schatten revient en cette fin d’année sur les planches du Metropolitan Opera dans la production d’Herbert Wernicke et sous la baguette de Yannick Nézet-Séguin. En 2020, à la tête de l’orchestre de Rotterdam, sa lecture de cet étrange chef-d’œuvre nous avait &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chose promise avant la pandémie pour 2021, enfin rendue en 2024, Die Frau ohne Schatten revient en cette fin d’année sur les planches du Metropolitan Opera dans la production d’<strong>Herbert Wernicke</strong> et sous la baguette de <strong>Yannick Nézet-Séguin</strong>.</p>
<p>En 2020, à la tête de l’orchestre de Rotterdam, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-paris-yannick-nezet-seguin-en-repetition-generale/">sa lecture de cet étrange chef-d’œuvre nous avait laissé sur notre faim</a>. La phalange du Met lui réussit bien davantage. Le chef a su trouver le juste équilibre entre une scansion assez lente ponctuée de scènes éruptives, entre opulence sonore et souci du plateau, entre soin du détail et transparence du son. Perdurent quelques temps morts, notamment au deuxième acte où le théâtre fuit ponctuellement les monologues de l’Empereur et de l’Impératrice. A l’exception des trois accords finaux en forme d’uppercut, toute la scène finale peine à trouver son climax. En contrepartie, l’orchestre sert la musique straussienne avec délice : exécution irréprochable, beauté intrinsèque de chaque pupitre et interprétation mémorable des solistes transforment la représentation en soirée mémorable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FRAU_EVAN_ZIMMERMAN_3423-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-178930"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Evan Zimmerman / Met Opera</sup></figcaption></figure>


<p>D’autant que le plateau réunit parmi les meilleures interprètes possibles et ce même pour les seconds rôles. On notera au passage que presque tous les personnages apparaissent sur scène – veilleurs et serviteurs par exemple – dans cette production, renforçant d’autant l’impact vocal de leurs interventions. <strong>Ronnita Miller</strong> possède le timbre sombre qui sied aux appels de la voix d’en bas et <strong>Jessica Falset</strong> la précision chirurgicale pour rendre déchirantes les lamentations du Faucon. Enfin, <strong>Ryan Capozzo</strong> donne à entendre un jeune homme très séduisant. Les trois frères de Barak – <strong>Thomas Capobianco</strong>, <strong>Aleksey Bogdanov</strong> et <strong>Scott Conner</strong> – enjambent toutes les embûches rythmiques et les écarts vocaux qui émaillent leurs rôles. <strong>Ryan Speedo Green</strong>, basse attitrée du Met, compose un inquiétant messager qui écrase le plateau de son timbre d’airain. On ne présente plus la Teinturière de <strong>Lise Lindstrom</strong>, ce soir en grande forme et particulièrement incendiaire. Il lui manque toujours le moelleux et un soupçon de legato pour incarner la femme amoureuse du dernier acte. Comme à Paris, c’est <strong>Michael Volle</strong> qui prête sa voix à son époux. Mouton à cinq pattes lyriques, le baryton confirme qu’il est le meilleur Barak du circuit : endurance, souffle, humanité du timbre et justesse de l’interprétation font de chacune de ses intervention un moment marquant. <strong>Elza van den Heever</strong> laissera aussi sa trace parmi les grandes impératrices. Depuis Paris, elle a mûri le rôle et là où on lui reprochait de ne jamais quitter le monde des Esprits où elle trônait sur son timbre cristallin qui lui donnait des airs de froidure. Elle a appris à briser la glace, montre toute l’évolution du personnage et fait de son interprétation un voyage initiatique vers la compassion et l’humanité. La voix, immense, assise sur une technique superlative fait oublier la difficulté extrême du rôle. En nourrice, <strong>Nina Stemme</strong> trouve un rôle qui correspond très exactement à ses capacités vocales à ce stade de sa carrière : elle peut donc incarner et colorer comme elle a le secret chacune des interventions du personnage le plus bavard de l’opéra. <a href="https://www.forumopera.com/nina-stemme-quel-plaisir-detre-de-retour-a-lopera-de-paris/">Comme pour Ortrud</a>, elle allège la ligne et propose même des <em>piani</em> dès qu’elle le peut, donnant ainsi de nombreuses facettes à une nourrice trop souvent interprétée d’un bloc sombre. Enfin, dernière couronne sur les lauriers de la soirée, <strong>Issachah Savage</strong> remplace au pied levé Russell Thomas. Le ténor <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-toulouse/">qui avait déjà fait sensation à Toulouse</a> fait chavirer le Met. La lumière chaude de son timbre ne s’altère jamais même dans les passages les plus tendus. Il survole avec aisance l’écriture heurtée et assassine du rôle.</p>
<p>La production visuellement captivante d’Herbert Wernicke célèbre bientôt son quart de siècle. Elle partage l’œuvre dans une parfaite dichotomie entre le monde des Esprits – tout en miroirs et de jeux de lumière spectaculaires – et une teinturerie sombre et foutraque, sans délaisser une direction aussi soignée que lisible. Si l’ensemble fonctionne à merveille au premier et au dernier acte, le deuxième acte s’avère plus faible, notamment dans la scène finale où aucune catastrophe ne vient séparer les personnages. Ce climax manqué de l’œuvre, tant en fosse que sur scène, sera la sombre la seule ombre au tableau d’une soirée de haut vol.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-new-york/">STRAUSS, Die Frau ohne Schatten – New York</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Femme sans ombre est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&#160;! Claus Guth, qui signe la mise en scène de cette Frau ohne Schatten (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Femme sans ombre</em> est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&nbsp;! <strong>Claus Guth</strong>, qui signe la mise en scène de cette <em>Frau ohne Schatten</em> (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le parti très respectable de non-littéralité, une lecture littérale qui, on l’imagine, l’aurait mené (et les spectateurs en même temps) dans des chemins insécures.<br />
C’est bien sans doute le défaut de cette pièce (ses huit années de gestation disent assez combien nos deux hommes ont bataillé pour mener l’entreprise à bien), de vouloir à la fois trop en dire et trop en faire entendre. Pour le coup, le fameux «&nbsp;trop de notes&nbsp;» reproché en son temps à Mozart aurait eu ici (et pas que, il y a un certain nombre d’opéras «&nbsp;bavards&nbsp;» chez Strauss convenons-en) une certaine pertinence. Quant au «&nbsp;trop de mots&nbsp;», ou peut-être «&nbsp;trop de densité&nbsp;», il aurait fallu les inventer pour dire à Hugo von Hoffmannstahl que trop, c’est parfois trop&nbsp;! Cette histoire, d’une éminente poésie, se perd dans les entrelacs de considérations dispensables, qui font que malheureusement, le spectateur peut être amené à devoir démêler l’important de l’accessoire, sans toujours être capable de le faire.<br />
Claus Guth décide de contourner l’obstacle et il le fait avec une rare habileté et, surtout, une idée force&nbsp;: l’Impératrice est malade, elle est victime d’hallucinations. C’est ce qui est montré en quelques secondes avant que retentisse le premier accord, et l’on comprend que toute la suite, les trois heures et demie de musique, constitueront le rêve qui habitera l’Impératrice jusques et y compris dans la scène de réconciliation finale, qui précèdera son réveil.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_848_e233afbafdbbd5d209f70b64fabed0b2_FRAU_20OHNE_20SCHATTEN_GP0509-1294x600.jpg" alt="" width="701" height="325">
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>Une idée qui va permettre à Guth ainsi qu’à <strong>Christian Schmidt</strong>, qui signe de magnifiques costumes ainsi que les décors, de nous proposer une fable onirique du plus bel effet. Visuellement, le spectacle est entièrement réussi, la scène est peuplée d’animaux féériques (à moins que certains ne soient diaboliques) qui entretiennent l’idée directrice du rêve de l’Impératrice. Dans ses rêves elle se revoit en gazelle immaculée, est confrontée au faucon, à son père Keikobad sous les traits d’un cerf à tête noire. Le personnage de l’Impératrice, spectatrice de sa propre histoire, est par conséquent présent sur scène pratiquement durant toute la durée de la représentation.<br />
Le reproche que l’on pourrait faire à cette mise en scène est en réalité le pendant de ses qualités. La trame narrative est simplifiée, des détails (y compris importants) sont laissés de côté (la pétrification de l’Empereur par exemple), mais tout cela vise à une meilleure appréhension d’un ouvrage sans doute excessivement foisonnant.<br />
Quant au foisonnement de l’orchestre (la fin du II nous renvoie dix ans en arrière, à <em>Elektra</em>), le rendu n’en est jamais brouillon. <strong>Constantin Trinks</strong>, à la tête d’une Staatskapelle des grands soirs, permet à ses cuivres en particulier et ses vents en général de briller, dans une partition extrêmement exigeante, et il faut saluer comme il se doit les deux solos (violoncelle au II et violon au III) qui embellissent les accompagnements et les intermèdes. N’oublions pas les chœurs du Staatsopernchor, tellement émouvants dans le final du premier acte.<br />
Plateau vocal de première classe. <strong>Camilla Nylund</strong> dans le rôle-titre est au sommet de sa forme. Rien ne nous dit qu’elle ait été à quelque moment que ce soit en difficulté. Elle gravit toutes les marches de sa partie avec beaucoup d’application. La &nbsp;précision des accents, la projection impressionnante et, surtout, une identification à l’Impératrice qui rend le personnage si attachant. <strong>Andreas Schager</strong> est un empereur à la santé vocale insolente. On connaît le bonhomme, rien dans cette partie pourtant exigeante ne peut l’effrayer. On aurait toutefois aimé qu’il rende, par son jeu, davantage la complexité du personnage, souvent tiraillé entre le doute et l’ignorance de son devenir. <strong>Oleksandr Pushniak</strong> est le Teinturier Barak. Ne possédant pas exactement les mêmes moyens vocaux que les autres personnages principaux, il compense par une intensité dramatique rare. Le spectateur souffre avec lui, espère avec lui et finalement se réjouit avec lui lors de l’improbable <em>happy end</em>. <strong>Elena Pankratova</strong> est une formidable femme du Teinturier. Grâce à son jeu, toujours crédible, et son engagement vocal, comme d’habitude sans retenue. Manque parfois alors une application dans la diction, mais la prestation d’ensemble (et notamment l’aria «&nbsp;Schweiget doch, ihr Stimmen&nbsp;» au début du III suivi du magnifique duo avec Barak) méritait les ovations qui l’attendent au baisser de rideau. <strong>Michaela Schuster</strong> est une Nourrice qui possède également de magnifiques moyens vocaux. La puissance est là, la nuance un peu moins et parfois un vibrato qui s’impose et semble trahir une certaine fatigue de la voix. Tous les rôles secondaires sont irréprochables&nbsp;; les trois frères (<strong>Karl-Michael Ebner</strong>, <strong>Jaka Mihelač</strong>, <strong>Manuel</strong> <strong>Winckhler</strong>) l’esprit messager (<strong>Arttu Kataja</strong>), la voix du faucon (<strong>Maria Kokareva</strong>) et surtout le jeune homme (<strong>Johan Krogius</strong>), qui complètent parfaitement une distribution sans point faible.</p>
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		<title>Wolfgang Sawallisch, Complete Opera Recordings</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wolfgang-sawallisch-complete-opera-recordings/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2024 03:44:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Warner Classics poursuit son édition de l’intégrale des enregistrements de Wolfgang Sawallisch – «&#160;un des plus grands évangélisateurs modernes de la musique allemande et de la meilleure manière de la faire&#160;», écrivait Sylvain Fort dans son hommage nécrologique en 2013. Après l’œuvre symphonique, mélodique et chorale en juin dernier, quinze opéras – trente-et-un CD – &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Warner Classics poursuit son édition de l’intégrale des enregistrements de Wolfgang Sawallisch – «&nbsp;un des plus grands évangélisateurs modernes de la musique allemande et de la meilleure manière de la faire&nbsp;», écrivait Sylvain Fort dans <a href="https://www.forumopera.com/wolfgang-sawallisch-le-survivant/">son hommage nécrologique en 2013</a>.</p>
<p>Après l’œuvre symphonique, mélodique et chorale en juin dernier, quinze opéras – trente-et-un CD – sont réunies en un seul coffret luxueux, de <em>Die Zauberflöte</em> qui n’est pas la meilleure des versions car desservi par une distribution un cran en dessous d’autres (Moll, Schreier, Moser, Rothenberger), à <em>Die Kluge</em> et <em>Der Mond</em>, deux ouvrages en un acte de Carl Orff peu enregistrés – le second bénéficie de la présence lumineuse d’Elisabeth Schwarzkopf.</p>
<p>Entre cet alpha et ces omégas voulus par l’éditeur&nbsp;: Wagner et Strauss, deux monuments dont Sawallisch se pose en gardien d’une tradition musicale au cœur de laquelle il a grandi. En découlent une précision et une fidélité sans faille aux intentions des compositeurs. Ce respect de la lettre n’est pas synonyme d’un quelconque académisme, ou pire, d’une absence de vision. Au contraire, quelle que soit la partition, sa direction se caractérise par une clarté exceptionnelle, une attention méticuleuse aux détails orchestraux, et une capacité à révéler la profondeur émotionnelle de l’œuvre interprétée.</p>
<p>Derrière le chef symphonique, derrière l’homme de théâtre soucieux d’équilibre entre la fosse et la scène, il y a aussi le pianiste et accompagnateur de grands <em>Liedersänger</em> tels Dietrich Fischer-Dieskau, Margaret Price, Lucia Popp, entre autres. Le sens du mot, si essentiel dans la conversation en musique straussienne, pose en référence l’enregistrement de <em>Capriccio</em> en 1959 où rayonne Elisabeth Schwarzkopf en Comtesse partagée entre Nicolaï Gedda et Dietrich Fischer-Dieskau. Auréolés de distributions non moins prestigieuses, <em>Intermezzo</em> (Popp, Fischer-Dieskau, Moll), <em>Die Frau ohne Schatten</em> (Kollo, Studer, Schwarz) et <em>Elektra </em>(Marton, Studer) renvoient à la période munichoise de Sawallisch lorsque sous sa direction, musicale entre 1971 et 1982, puis générale jusqu’en 1992, le Bayerische Staatsoper retrouvait son éclat d’antan.</p>
<p>Invité à Bayreuth de 1957 à 1962, Sawallisch entretient avec l’œuvre de Wagner un rapport d’abord orchestral. Captée <em>live</em> à Munich en 1989, sa Tétralogie aligne quelques grands chanteurs – Waltraud Meier, Julia Varady, Hildegard Behrens, René Kollo, Kurt Moll… – mais c’est dans la fosse que se noue le drame. Les maîtres-mots en restent clarté et précision. L’enregistrement des <em>Maîtres chanteurs</em> (Heppner, Studer, Moll) coïncide avec la décision du chef d’abandonner l’opéra en 1992.</p>
<p>Moins essentiels mais non moins intéressants car rarement enregistrées, <em>Abu Hassan</em> de Weber (Moser, Gedda, Moll) et <em>Die Zwillingsbrüder</em> de Schubert (Gedda, Moll encore), deux <em>singspiel</em> en un acte, complètent la collection.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jan 2024 13:14:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est la seule reprise dans cette saison lyrique toulousaine, où l’on trouve par ailleurs six nouvelles productions, excusez du peu. La Femme sans ombre donc, imaginée par Nicolas Joël en 2006, et redonnée, sans ride aucune, par Stephen Taylor. Quelle heureuse initiative de reprendre une pièce trop peu donnée (sans doute parce que nécessitant cinq &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la seule reprise dans cette saison lyrique toulousaine, où l’on trouve par ailleurs six nouvelles productions, excusez du peu. <em>La Femme sans ombre</em> donc, imaginée par Nicolas Joël en 2006, et redonnée, sans ride aucune, par Stephen Taylor. Quelle heureuse initiative de reprendre une pièce trop peu donnée (sans doute parce que nécessitant cinq chanteurs hors calibre), et qui contient quelques pages du meilleur Strauss. Les Toulousains ne s’y sont pas trompés, qui ont massivement investi les sièges du théâtre du Capitole, attirés aussi sans doute par une distribution qui s’annonçait de haut vol, et qui s’avéra effectivement de très haute tenue. Attirés peut-être aussi par <strong>Franck Beermann</strong>, chef ô combien apprécié de ses musiciens et qui a commis dans la fosse du Capitole déjà de fort belles prestations (Wagner, Strauss et Smetana) ces dernières saisons. On le retrouve donc à la tête d’un orchestre pléthorique et pour tout dire débordant dans les loges ; le rendu de cette première est une fois de plus époustouflant. Il trouve dès les premières secondes les couleurs straussiennes, cette virevolte des accords, il dynamise les envolées lyriques, fait chanter les bois, mais aussi un somptueux violoncelle et un violon solo parfait. Faut-il redire qu’aujourd’hui la phalange toulousaine, dans tous les répertoires qu’elle aborde, n’a pas à rougir de la comparaison avec les plus prestigieuses.<br />
Le décor imaginé par Nicolas Joël rend assez bien le conte féérique conçu, dans la douleur il est vrai, par Hugo von Hoffmannsthal. Tout se joue dans l’alternance entre l’étage supérieur, accessible par d’immenses escaliers, et les sombres tréfonds de l’atelier et du foyer du teinturier ; nous sommes alors dans la quasi obscurité, alors que plus haut, les lumières inondent l’espace. Lorsque, <em>in extremis</em>, l’Impératrice projettera enfin son ombre, la frontière entre les deux univers aura été effacée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR4432-credit-Mirco-Magliocca-1294x600.jpg" alt="" width="763" height="354" />
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Les seconds rôles, qui ont toute leur importance dans le déroulé de la pièce, sont très correctement pourvus : on ne pourra que louer l’engagement de <strong>Aleksei Isaev</strong> (le Borgne), <strong>Dominique</strong> <strong>Barberi</strong> (le Manchot), <strong>Damien</strong> <strong>Bigourdan</strong> (le Bossu), <strong>Thomas Dolié</strong> (le Messager des esprits) et <strong>Julie</strong> <strong>Goussot</strong> (le Gardien et la Servante). Aisance aussi et un entrain communicatif.<br />
On attendait la prise du rôle-titre d’<strong>Elisabeth</strong> <strong>Teige</strong> qui s’empare là de son second rôle straussien après Chrysothemis l’an passé. La partie, notamment par le III, est d’une plus grande ampleur que celui de la sœur d’Elektra. Teige peine quelque peu à entrer dans le rôle au premier acte et ne se départira pratiquement jamais d’un vibratello, certes pas entièrement dérangeant mais parfois encombrant. En revanche rien à dire sur la technique infaillible, la beauté des aigus et la capacité à envoyer des suraigus assurés. Les menues réserves que nous apportons à une prestation d’une grande qualité d’ensemble devraient s’estomper, une fois oublié le stress de la première.<br />
<strong>Ricarda</strong> <strong>Merbeth</strong> est quant à elle une straussienne chevronnée (une des rares à avoir chanté à la fois Chrysotemis puis Elektra) ; elle nous rappelle ce soir combien le rôle de la femme de Barak est périlleux et éreintant et l’on comprend sa volonté évidente au premier acte de s’économiser, afin d’être sûr de tenir la distance. Et de fait, la prestation va crescendo, culminant dans le duo du III avec Barak d’une indicible beauté. Et toujours, chez Merbeth, cette façon absolument unique d’articuler, de telle sorte que chaque mot, chaque syllabe soit compréhensible. Du grand art. Que dire alors de l’art de <strong>Sophie</strong> <strong>Koch</strong> ? Sa Nourrice envahit le premier acte et y prend toute la lumière. La gamme est étoffée de haut en bas, avec les années les graves gagnent en consistance, le timbre en couleurs. Une prestation qui nous fait dire que Sophie Koch pourrait maintenant aborder d’autres rôles straussiens (Salome ou Chrysothémis ?). Qui plus est, Koch brille ce soir par une élégance rare, une présence raffinée, recherchée et une gestuelle quasiment chorégraphique.<br />
Chez les hommes que du bonheur également. Nous découvrons <strong>Issachah</strong> <strong>Savage</strong>. Il est un Empereur détonnant. Sa projection n’a d’égal que sa facilité à gravir les aigus. Dommage que le médium soit inconsistant et que la prononciation trahisse de temps à autre ses origines américaines. Nous retiendrons aussi sa très belle présence. Et nous gardons le Barak de <strong>Brian</strong> <strong>Mulligan</strong> pour la fin. Rien chez lui ne trahit ses origines d’Outre-Atlantique ; sa diction est parfaite, sa technique tout autant. Mais il y a surtout un timbre envoûtant, qui nous fait prendre le personnage de Barak en pitié. Grâce à un baryton énergique et qui fait mouche à chaque intervention, Mulligan signe un premier acte de tout premier ordre et dont nous nous souviendrons.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Die Frau ohne Schatten aura été particulièrement bien servie cette dernière décennie. Aujourd’hui, quand elle ne nous a pas quitté tragiquement, cette génération de chanteurs cherche à passer le relais, à l’image d’une Nina Stemme, Teinturière une dernière fois à New York la saison prochaine. C’est dans ce contexte que l’Opéra national de Lyon choisit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Die Frau ohne Schatten</em> <a href="https://www.forumopera.com/spectacles/?_sft_oeuvre=die-frau-ohne-schatten&amp;oeuvre=Die%20Frau%20ohne%20Schatten">aura été particulièrement bien servie cette dernière décennie</a>. Aujourd’hui, quand elle ne nous a pas quitté tragiquement, cette génération de chanteurs cherche à passer le relais, à l’image d’une Nina Stemme, <a href="https://www.forumopera.com/nina-stemme-quel-plaisir-detre-de-retour-a-lopera-de-paris/">Teinturière une dernière fois à New York la saison prochaine</a>. C’est dans ce contexte que l’Opéra national de Lyon choisit de faire rentrer l’œuvre à son répertoire en ouverture de saison, avec une distribution, qui, si elle n’est pas inconnue, vient faire ses preuves dans cet étrange chef-d’œuvre.</p>
<p>Des nombreux aspects positifs de ce spectacle, ce sont bien les chanteuses et les chanteurs qui remportent principalement nos suffrages. L’ensemble des petits rôles tout d’abord, issus du Lyon Opéra Studio, s’illustre avec brio. On invite les programmateurs à noter le nom de <strong>Robert Lewis</strong> à qui échoit non seulement le rôle du frère Bossu mais surtout les interventions du Jeune Homme, tendues comme seul Richard Strauss sait en composer pour les ténors. C’est un sans faute où son timbre chatoie en permanence, assis sur une projection confortable. <strong>Pete Thanapat</strong> (le Manchot) et <strong>Pawel Trojak</strong> (le Borgne) disposent du talent nécessaire pour le rejoindre et former un trio équilibré, jamais pris en défaut ou inaudible, comme cela arrive parfois. <strong>Giulia Scopelliti</strong> s’attèle aussi à deux rôles : celui du Faucon dont elle rend les plaintes mécaniques lancinantes et celui du Gardien du temple où elle trouve des accents enjôleurs tout à propos. <strong>Julian Orlishausen</strong> impose quant à lui un Messager marmoréen.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Opera_LaFemmeSansOmbre_Generale_11_copyrightStofleth-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-148762"/><figcaption class="wp-element-caption">&nbsp;<sup><strong>©</strong> Bertrand Stofleth</sup></figcaption></figure>


<p>Les deux couples principaux méritent les honneurs des plus grandes scènes. Certes, <strong>Sara Jakubiak</strong> simplifie quelque peu les acrobaties de son entrée et reste en retrait pendant la première moitié du spectacle. Ce n’est que pour mieux incarner un troisième acte brulant, dont elle déjoue les sauts d’octaves, comme si l’humanité, la tessiture plus centrale du personnage alors lui convenaient davantage que les éthers initiaux. La robustesse de <strong>Vincent Wolfsteiner</strong> se confirme une fois plus. Si l’on a connu des Empereurs plus langoureux, on reste pantois devant l’adéquation des moyens avec ce rôle dont la brièveté n’a d’égale que la complexité. <strong>Ambur Braid</strong> prend la relève haut la main des grandes Teinturières. Non seulement sa présence scénique au jeu simple et réaliste magnétise le plateau mais surtout la technique au cordeau, la puissance et le timbre lui permettent de mettre en lumière toutes les facettes du personnage. Barak, personnage pivot de l’opéra, se veut aussi le rôle le plus complexe notamment pour son versant théâtral. <strong>Josef Wagner</strong> l’aborde avec des moyens parvenus à leur pleine maturité. Il dispose en outre de ces couleurs chaleureuses si propices à faire naitre l’humanité du personnage. <strong>Lindsay Ammann</strong> enfin s’avère la meilleure Nourrice entendue sur le circuit actuel. On pourrait ne donner que l’exemple de son final du deuxième acte, jubilatoire et dont la dernière note est tenue au-delà du raisonnable malgré le déluge (de décibels) qui s’abat sur la scène mais ce serait passer sous silence toutes les fourberies vocales qu’elle sait colorer avec une justesse démoniaque.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Opera_LaFemmeSansOmbre_Generale_40_copyrightStofleth-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-148765"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup><strong>©</strong> Bertrand Stofleth</sup></figcaption></figure>


<p>A la tête de l’orchestre, <strong>Daniele Rustioni</strong> livre une lecture rapide, mais pas toujours tendue, où il s’affaire à rendre lisible les lignes force de l’œuvre. Certes, l’étroitesse de la fosse oblige une réduction orchestrale qui nuit au relief global de l’orchestre et aux couleurs de certains pupitres en particulier. Pour autant, les ambiances et l’esprit du conte irriguent la narration à chaque instant.</p>
<p><strong>Mariusz Trelinski</strong>, enfin, propose une mise en scène à la scénographie soignée et aux lumières léchées. C’est en somme<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-munich-kirill-petrenko-au-sommet-de-lolympe-straussien/"> une version assagie de celle de son compatriote polonais vue à Munich</a>, la surcharge de référence en moins, la lisibilité en plus peut-être. Le décor sur tournette permet d’opposer comme des miroirs les deux mondes. Comme souvent, l’étrangeté du conte peine à faire sens face au monde du travail des teinturiers, que l’on voit ici plutôt blanchisseurs. Les scènes domestiques entre Barak et sa femme s’avèrent les plus justes dans leur description d’une certaine misère sociale qui vient parasiter le couple et ses rêves d’avenir. Aux bourgeois restent les fantasmes d’enfants un peu grotesques qui se révèleront chimères dans un final convenu.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-lyon/">STRAUSS, Die Frau ohne Schatten – Lyon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Apr 2023 13:21:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival de Pâques, l’un des points d’orgue de la programmation du Festspielhaus de Baden-Baden, correspond cette année aux 25 ans de l’Institution et de l’immense salle aux 2500 places. Pour fêter l’anniversaire dignement, c’est un opéra hors normes qu’il fallait et on comprend aisément le choix de Die Frau ohne Schatten, opulent et fastueux &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[Le Festival de Pâques, l’un des points d’orgue de la programmation du Festspielhaus de Baden-Baden, correspond cette année aux 25 ans de l’Institution et de l’<a href="https://www.forumopera.com/actu/baden-baden">immense salle</a> aux 2500 places. Pour fêter l’anniversaire dignement, c’est un opéra hors normes qu’il fallait et on comprend aisément le choix de <em>Die Frau ohne Schatten</em>, opulent et fastueux chef-d&rsquo;œuvre s’il en est, qui nécessite cinq voix d’exception, un orchestre hors pair et d’amples moyens. Pour la première du spectacle, l’impatience fébrile des mélomanes présents bien avant les premières mesures était palpable et un contentement manifeste à l’issue d’un spectacle ovationné avec ferveur se voyait sur les visages lumineux et comblés. Il est fort à parier que l’on se souviendra longtemps de la fête sonore vécue dans la ville thermale ; en revanche, il n’est pas si sûr que la vision de <strong>Lydia Steier</strong>, qui avait déjà abordé <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/salome-paris-bastille-du-sang-du-sexe-et-une-grande-salome/">Salomé</a> </em>à Paris et <em>Le Chevalier à la rose</em> à Lucerne, puisse figurer parmi les mises en scène de référence de l’œuvre.

La metteuse en scène américaine a choisi de rajouter un personnage fondamental, celui d’une toute jeune fille dont on perçoit le rêve (mention spéciale à la jeune interprète <strong>Vivien Hartert</strong>). L’action se situe dans le dortoir d’un couvent où l’héroïne et ses compagnes sont surveillées par des nonnes en cornettes. Dans des locaux sinistres à peine agrémentés d’une reproduction de la <em>Madone Litta</em> de Léonard de Vinci, la jeune héroïne a peut-être perdu son enfant ou a accouché, on ne sait trop, mais l’ambiance évoque l’univers du terrible film <em>The Magdalene Sisters</em>. Le monde de l’Empereur, le terrain de chasse où il a capturé une gazelle (magnifique costume de <strong>Katharina Schlipf</strong>), transformée en femme et devenue Impératrice, ressemble à une grande scène vide surmontée d’un escalier tout droit sorti d’une comédie musicale de Broadway. Lydia Steier assume avoir voulu s’adresser aussi bien aux fins connaisseurs qu’aux néophytes, dans une démarche très « <em>Entertainment</em> ». Le couple impérial esquisse ainsi des pas de danse dans une lignée hollywoodienne ou fellinienne, à la façon de Fred et Ginger au Lido. Le faucon porte d’ailleurs l’un de ces costumes. Quant à l’univers du teinturier et de son épouse, il est littéralement ancré dans les obsessions de l’intrigue : le manque d’enfants. Ainsi, une sorte de boutique-usine très années cinquante rose layette nous met en présence de manutentionnaires qui fabriquent des bébés dont on n’arrive pas très bien à comprendre s’il s’agit de petits baigneurs, de poupées, d’embryons ou de vrais enfants, que des couples viennent acheter et récupérer emballés dans du nylon, tout en s’extasiant devant leur acquisition comme s’il s’agissait de vrais poupons. Le spectateur peut demeurer dubitatif et se demander où veut vraiment en venir Lydia Steier : condamne-t-elle le trafic de bébés, l’emprise, voire l’esclavage, l’idée qu’une femme ne peut être entière si elle n’a pas enfanté ? Sans doute un peu tout ça. Mais les questions que suscitent ces tableaux visuels aux télescopages parfois abscons encombrent l’esprit jusqu’à la perplexité et une certaine frustration de ne pas tout saisir, ce qui va jusqu’à potentiellement perturber l’écoute. Cela dit, l’ambition qui se traduit par des recherches et des trouvailles visuelles vivifiantes reste à saluer, même si on aurait aimé qu’elles collent davantage au propos. À cet égard, le travail sur les ombres et l’absence de celle de l’impératrice est à souligner, car très réussi.


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="535" class="wp-image-128405 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hartert_Heever_c-Martin-Sigmund7-1024x535.jpg" alt="" />
<figcaption class="wp-element-caption"><sup>Die Frau ohne Schatten © Martin Sigmund</sup></figcaption></figure>
<span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit">Si le plateau vocal est de haut vol, une voix se détache, absolument impériale, tout en déployant des trésors d’humanité, de délicatesse et de fraîcheur : il s’agit de celle d’</span><strong style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5)">Elza van den Heever</strong><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit">, merveilleuse impératrice. L’autorité, la puissance et la précision de l’émission laissent pantois, quand les aigus transportent tant ils sont agiles et fluides jusqu’à l’évanescence. En nourrice maléfique et perfide, </span><strong style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5)">Michaela Schuster</strong><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit"> s’impose d’abord par une présence scénique évidente mais aussi avec une noirceur de timbre où l’aigreur perverse alterne avec une douceur enamourée en présence de celle qu’elle vénère. </span><strong style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5)">Miina-Liisa Väreläschatten</strong><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit">, en teinturière exaltée et maîtresse femme qui ne s’en laisse pas conter, alterne néanmoins autorité et puissance d’avion au décollage avec frémissements amoureux irrésistibles de sensualité câline. </span><strong style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5)">Clay Hilley</strong><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit"> semble n’avoir pas plus de difficultés avec le répertoire de Strauss qu’avec celui de Wagner. Vaillance, expressivité teintée de noblesse, le ténor est souverain. Le Barack de </span><strong style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5)">Wolfgang Koch</strong><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit">, largement célébré par le passé, s’impose toujours davantage, dans toute la palette de ses contradictions si humaines. Les duos, trios ou quatuors sont d’une ductilité et d’une beauté à ravir. Les chœurs et voix de l’au-delà magnifient l’ensemble, quoique certaines interventions se font en coulisses et sont sonorisées, ce qui rend encore plus irréelle la qualité vocale générale.</span>

Mais les triomphateurs absolus de la soirée sont dans la fosse. <strong>Kirill Petrenko </strong>et les musiciens du <strong>Berliner Philharmoniker</strong> nous font apprécier la moindre note de l’immense partition de Strauss avec génie et opulence. Emportés dans une vague déferlante enivrante dont chaque gouttelette sonore scintille de tous ses feux, les spectateurs sont à la fois submergés et subtilement caressés de notes délicates et subtilement raffinées, sonorités encore magnifiées par les instruments de complément, dont l’harmonica de verre aussi limpide que luxuriant. Un pur enchantement.

Le Berliner Philharmoniker retournera à Salzbourg à partir du Festival de Pâques 2026 alors qu’il se produisait à Baden-Baden depuis 2013. Mais ce départ annoncé ne signifie pas la fin de la collaboration du prestigieux ensemble avec le Festspielhaus, qui continuera à l’accueillir régulièrement. En attendant, les musiciens animent le Festival de Pâques jusqu’au 10 avril prochain, une manifestation placée cette année sous le signe de la femme et de la musique à Vienne autour de 1900. On connaît du reste déjà le programme de l’Oster Festspiele Baden-Baden de l’an prochain : on reprend (presque) les mêmes pour un Pâques 2024 doté d’une <em>Elektra</em>, avec Kirill Petrenko et le Berliner, bien sûr, mais aussi Elza van den Heever, Michaela Schuster, Johan Keuter et Nina Stemme.<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-baden-baden/">STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Une saison bigarrée pour le centenaire du San Francisco Opera</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/une-saison-bigarree-pour-le-centenaire-du-san-francisco-opera/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Jan 2022 17:11:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra de San Francisco est en général le premier parmi les grandes maisons à dévoiler sa saison. Cette année, l’institution célèbre son centenaire avec une programmation bigarrée qui présente des tubes du répertoire (nouvelle production de La traviata, Madame Butterfly ou encore Eugène Onéguine) et s’aventure dans des sentiers moins rebattus sur les côtes pacifiques (Die Frau ohne Schatten dans la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra de San Francisco est en général le premier parmi les grandes maisons à dévoiler sa saison. Cette année, l’institution célèbre son centenaire avec une programmation bigarrée qui présente des tubes du répertoire (nouvelle production de <em style="font-size: 14px">La traviata</em>, <em style="font-size: 14px">Madame Butterfly</em> ou encore <em style="font-size: 14px">Eugène Onéguine</em>) et s’aventure dans des sentiers moins rebattus sur les côtes pacifiques (<em style="font-size: 14px">Die Frau ohne Schatten</em> dans la production historique de<strong style="font-size: 14px"> David Hockney</strong>), <em style="font-size: 14px">Dialogues des Carmélites </em>(dans la production d’<strong style="font-size: 14px">Olivier Py</strong>), ou encore <em style="font-size: 14px">l’Orphée et Eurydice</em> de Gluck (en italien) avec les débuts de <strong style="font-size: 14px">Jakub Józef Orliński</strong> au War memorial hall. Surtout deux opéras contemporains viendront consacrer le dynamisme de la maison en ouverture et en fermeture de la saison : <em style="font-size: 14px">El ultimo sueno de Frida y Diego</em> de la compositrice <strong style="font-size: 14px">Gabriela Lena Frank </strong>où les mânes de Kahlo rendent visite à son mari le jour de la fête des morts ; <em style="font-size: 14px">Anthony and Cleopatra</em> (d’après Shakespeare) le dernier né de de<strong style="font-size: 14px"> John Adams</strong> qui réunit un cast de première volée (<strong style="font-size: 14px">Julia Bullock</strong>, <strong style="font-size: 14px">Gerald Finley</strong>, <strong style="font-size: 14px">Paul Appleby</strong> et <strong style="font-size: 14px">Elizabeth DeShong</strong>). Les distributions et chefs invités font partie du gratin mondial lyrique :<strong style="font-size: 14px"> Donald Runnicles</strong> et <strong style="font-size: 14px">Nina Stemme</strong> dans <em style="font-size: 14px">Die Frau ohne Schatten</em>, <strong style="font-size: 14px">Heidi Stober</strong> (Blanche), <strong style="font-size: 14px">Ben Bliss</strong> (Chevalier de la Force), <strong style="font-size: 14px">Pretty Yende</strong>, <strong style="font-size: 14px">Jonathan Tetelman</strong> ou encore <strong style="font-size: 14px">Simone Piazzola</strong> dans <em style="font-size: 14px">La Traviata</em>.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-streaming-vienne-staatsoper-incontournable-nina-stemme-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de Die Frau ohne Schatten  (visible lundi 1er juin à 19h00 et pour 24 heures), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 25 mai 2019. L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr"><strong>A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>Die Frau ohne Schatten </em> (<a href="https://www.staatsoperlive.com/event/0/dead639f-c5ff-40fb-a0c9-e4a0cd330c24/watch">visible</a> lundi 1er juin à 19h00 et pour 24 heures), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 25 mai 2019.</strong></p>
<hr />
<p dir="ltr">L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement par le public, l’institution fête fièrement ses 150 ans et lève le rideau sur une nouvelle production de <em>Die Frau ohne Schatten</em>, chef-d’œuvre créé in loco, centenaire en octobre prochain. Sur le papier, la soirée promettait d’être un des sommets lyriques mondiaux de l’année ; les mérites et la réussite s’en partagent également entre le plateau et la fosse.<br />
	Dominique Meyer, dans une institution de répertoire où les nouvelles productions sont par comparaison choyées, pourra s’enorgueillir d’avoir offert à <strong>Nina Stemme </strong>ses trois dernières prises de rôle : une <a href="https://www.forumopera.com/elektra-paris-philharmonie-grandiose">Elektra devenue référence depuis</a>, <a href="https://www.forumopera.com/parsifal-munich-de-haut-en-bas">une Kundry fatale désormais pleinement aboutie</a> et aujourd’hui une Färberin déjà irremplaçable. De ces trois icônes c’est en celle-ci que la voix immense, la suavité du timbre et le tempérament de feu glacé de la « Kammersängerin » s’expriment avec le plus d’évidence. Chaque piège de Richard Strauss, chaque écart, chaque phrase vocale, si étendue soit-elle, tombent tout naturellement dans la voix et les intentions de Nina Stemme. Cette teinturière mord, griffe et peste dès qu’on lui en donne l’occasion ; elle aime, pleure, cajole aussi, tel Janus, d’une réplique à une autre. La soprano suédoise porte son interprétation à un niveau d’incandescence tel qu’on peine à croire à une prise de rôle tant elle domine le plateau vocal par le volume et la chair du chant, l’intelligence théâtrale et musicale. Autre prise de rôle, <strong>Evelyn Herlitizius</strong> poursuit sa transition des emplois de soprano dramatique (hier encore elle était <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ou-lon-aurait-prefere-une-version-de-concert">la Teinturière de Christian Thielemann à Salzbourg</a>) vers des rôles de grand mezzo. <a href="https://www.forumopera.com/jenufa-amsterdam-bis-repetita-non-placent">Kostelnicka lui allait comme un gant</a>, la Nourrice est une autre paire de manches, dont la longueur du premier acte et les exigences la déstabilisent quelque peu. Il faut compter sur les sons rauques et les feulements habituels pour qu’elle dessine toute l’ambiguïté du personnage. Le registre grave manque encore de l’épaisseur nécessaire pour croquer la noirceur de cette Reine de la Nuit de l’ombre, lacune que le tempérament scénique vient heureusement contrebalancer. <strong>Stephen Gould</strong>, lui aussi déjà présent à Salzbourg, retrouve les habits et les chausse-trappes du Kaiser avec une aisance toute renouvelée. Le chant se déploie vaillant, puissant et brillant. Enfin, on ne présente plus le Barack pétri d’humanité de <strong>Wolfgang Koch</strong> : Munich, Berlin et Vienne s’en sont déjà régalé les oreilles. Le baryton possède quasiment toutes les qualités requises : longueur du souffle, rondeur du timbre, endurance et un charisme scénique discret pour que le teinturier attendrisse le spectateur. Enfin, triomphatrice à égalité de l’applaudimètre,<strong> Camilla Nylund</strong> s’envole à tire-d’aile de faucon vers <a href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper-un-cauchemar-de-reve">les mêmes sommets berlinois</a> qu’il y a deux ans. Le timbre toujours aussi cristallin installe l’impératrice dans son royaume d’en-haut. La précision du chant tient de l’orfèvrerie tant aucune des attaques les plus ardues, aucun des sauts de registres les plus périlleux ne lui résiste. Les forces du Wiener Staatsoper et les seconds rôles (mention pour les trois frères de Barack particulièrement bien tenus par <strong>Ryan Speedo Green</strong>, <strong>Samuel Hasselhorn</strong> et <strong>Thomas Ebenstein</strong>) complètent ces premiers rôles dignes d’un certain âge d’or. Dommage toutefois que les interventions hors-scène soient systématiquement sonorisées, ce qui en aplatit tout le relief.<br />
	 </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="284" src="/sites/default/files/styles/large/public/19_die_frau_ohne_schatten_119878_nylund_stemme.jpg?itok=OsaA051Y" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p dir="ltr">Du relief, l’orchestre n’en manque à aucune mesure. Fidèle à ses talents de coloriste, <strong>Christian Thielemann</strong> brode un premier acte foisonnant où les Wiener n’ont pas leur pareil. Le tempo retenu va cheval galopant et si au deuxième et au troisième acte l’on va perdre en détails, l’on gagnera d’autant en scansion dramatique.</p>
<p>	Dans le foisonnement des propositions scéniques actuelles – <a href="http://Samuel Hasselhorn Der Einarmige Ryan Speedo Green Der Bucklige  Thomas Ebenstein">la plongée psychanalytique d’un Claus Guth</a> ou <a href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-munich-kirill-petrenko-au-sommet-de-lolympe-straussien">l’onirisme vénéneux d’un Krzysztof Warlikowki </a>pour ne citer que les plus en vue – <strong>Vincent Huguet</strong> fait le choix d’un troisième voie bien plus traditionnelle : le conte. Dans l’opéra qui l’a vu naître cela revêt un sens particulier, les pères de <em>Die Frau ohne Schatten</em> l’ayant conçu comme un pendant à <em>Die Zauberflöte</em> après un <em>Rosenkavalier</em> écho des <em>Nozze di Figaro</em>. En dehors d’une première scène traitée avec un soupçon d’orientalisme au travers de la cabane sur pilotis de l’Impératrice, l’équipe technique fait le choix d’un décor unique minéral, composé de parois de pierre grise. Des projections vidéos en ultra-haute définition viendront colorer ces murs froids pour donner vie aux péripéties du livret. Dommage que la direction d’acteur reste sommaire et affublée de quelques tics (les personnages féminins passent leur temps à se pousser au sol). Sur le fond, peu d’idées viennent pimenter cette mise en image et ce ne sont pas les références à l’époque de composition, à savoir la Première guerre mondiale, que l’on retrouve dans deux scènes (la chasse de l’Empereur et le duo Barack/Färberin du troisième acte) ou l’impuissance sexuelle de Barack ou de l’Empereur, à peine esquissée, qui relèveront cette proposition.</p>
<p dir="ltr"><a href="https://www.staatsoperlive.com/event/0/dead639f-c5ff-40fb-a0c9-e4a0cd330c24/watch">Voir la vidéo</a></p>
<p> </p>
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