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	<title>My Fair Lady - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>My Fair Lady - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Claire de Monteil et Aymeric Gracia – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-claire-de-monteil-et-aymeric-gracia-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre deux représentations de Medea à Würzburg (la Médée de Cherubini y est donnée en version italienne), Claire de Monteil est venu proposer un récital, à Paris cette fois, à nouveau accompagnée par son ami et complice le pianiste et compositeur Aymeric Gracia. La jeune chanteuse propose ici un programme composé de pièces déjà entendues &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre deux représentations de <em>Medea</em> à Würzburg (la <em>Médée</em> de Cherubini y est donnée en version italienne), <strong>Claire de Monteil</strong> est venu proposer un récital, à Paris cette fois, à nouveau accompagnée par son ami et complice le pianiste et compositeur Aymeric Gracia. La jeune chanteuse propose ici un programme composé de pièces déjà entendues à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/concert-claire-de-monteil-et-aymeric-gracia-bagneux/">Bagneux</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">Paris</a>, avec quelques nouveautés. Le timbre est toujours aussi lumineux, avec un médium superbement corsé. On aura toutefois noté quelques discrets accrocs dans la ligne de chant : il faut dire que le soprano avait chanté Médée la veille et qu&rsquo;elle revenait le jour même d&rsquo;Allemagne, ce qui a du induire une fatigue légitime. L&rsquo;artiste est toujours aussi attachante et sait transmettre son art à son public avec naturel et simplicité.</p>
<p>Son « Casta diva » est toujours chanté avec la même délicatesse et la technique est bien en place avec notamment le respect des trilles. Les mélodies françaises marquent un progrès dans l&rsquo;articulation et les textes sont généralement très intelligibles. « Le Soir », de Charles Gounod, nous a paru particulièrement inspiré, ainsi que la délicieuse « Solitude » d&rsquo;Aymeric Gracia, extraite du cycle complet donné à Bagneux. Au chapitre des découvertes, on notera <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Tq7Jd-xu6Uc">« Je ne t&rsquo;aime pas »</a>, chanson de Kurt Weill écrite pour Lis Gauty au début des années 30, qui donne l&rsquo;occasion au soprano d&rsquo;offrir tout un éventail d&rsquo;émotions, et de puiser sur divers registres musicaux, voire même d&rsquo;utiliser avec dramatisme la voix parlée. Autre découverte : une étonnante mélodie de Cécile Chaminade, sur un poème de Rosemonde Gérard, « Ma première lettre », où le désabusement se substitue de manière atypique à la traditionnelle nostalgie. « Over the rainbow », affecté d&rsquo;un embarrassant trou de mémoire, nous a semblé superflu dans le programme (il en serait différemment pour un bis), s&rsquo;agissant d&rsquo;un morceau à ce point identifié à sa créatrice, Judy Garland, dont ce fut la signature tout au long de sa carrière. L&rsquo;anglais reste de plus perfectible comme le démontre son « I Could Have Danced All Night », extrait de <em>My Fair Lady</em>, interprétation sympathique au demeurant. Entre ces deux airs, l&rsquo;extrait débridé de La Grande-Duchesse de Gérolstein, « Ah ! Que j&rsquo;aime les militaires ! », contraste par un médium opulent. Le récital se termine avec quelques morceaux particulièrement enthousiasmants qui mettent justement en valeur le médium profond et sombre du soprano. Le « Vissi d&rsquo;arte » de <em>Tosca</em> est toujours impeccable de musicalité et dramatiquement juste, sans histrionisme. Nouveauté au programme, « Pleurez mes yeux », extrait du <em>Cid</em>, nous donne envie d&rsquo;entendre la chanteuse dans le rôle entier. Le « Youkali » est à nouveau parfait vocalement et dramatiquement émouvant. Le succès de la soirée doit beaucoup aux talents d&rsquo;<strong>Aymeric Gracia</strong>, partenaire davantage que simple accompagnateur, en symbiose totale avec sa récitaliste. Un arrangement de <em>Rêve de valse</em> nous aura également permis d&rsquo;apprécier sa virtuosité et sa musicalité.</p>
<p>A ce stade, la <em>vocalità</em> de Claire de Monteil interroge. On a vu le soprano tout à fait à l&rsquo;aise dans des rôles de <em>lirico</em> demandant de la virtuosité (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">voir sa Leonora du <em>Trovatore</em> à Lucques</a> par exemple) mais c&rsquo;est peut-être dans des emplois plus dramatiques que le côté sombre de sa voix offre le plus de séduction, sachant toutefois qu&rsquo;il ne faut pas se frotter trop précocement à des rôles trop lourds. Pour confirmer son répertoire idéal, il faudra attendre que le soprano s&rsquo;essaie d&rsquo;abord dans différentes directions, au récital du moins : réussir la cabalette du « Casta diva », c&rsquo;est une fenêtre vers les reines de Donizetti ; défendre les airs d&rsquo;Éboli ou d&rsquo;Élisabeth de <em>Don Carlo</em>(s), c&rsquo;est plutôt le répertoire de Falcon qui s&rsquo;ouvre. Certes, les plus grandes y sont parvenu (de Callas à Caballé) mais nous n&rsquo;en sommes pas encore là : c<em>hi va piano, va sano e va lontano</em>. Enfin, à un moment où on peut s&rsquo;interroger sur l&rsquo;avenir des récitals, on notera que celui-ci aura eu lieu devant une salle quasiment pleine, malgré une publicité minimale et un lieu peu connu, recevant un accueil chaleureux du public.</p>
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		<title>Concert Claire de Monteil et Aymeric Gracia &#8211; Bagneux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-claire-de-monteil-et-aymeric-gracia-bagneux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 May 2024 04:54:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Claire de Monteil avait créé la surprise à Milan en remplaçant au pied levé la titulaire du rôle de Médée. Nous la retrouvons ce soir pour un concert entre amis et presque en famille dans l&#8217;église de Bagneux où elle s&#8217;est déjà produite à plusieurs reprises accompagnée d&#8217;Aymeric Gracia, violoniste, pianiste, compositeur et chef d&#8217;orchestre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Claire de Monteil</strong> avait créé la surprise à Milan <a href="https://www.forumopera.com/claire-de-monteil-je-nen-reviens-toujours-pas/">en remplaçant au pied levé la titulaire du rôle de <em>Médée</em></a>. Nous la retrouvons ce soir pour un concert entre amis et presque en famille dans l&rsquo;église de Bagneux où elle s&rsquo;est déjà produite à plusieurs reprises accompagnée d&rsquo;<strong>Aymeric Gracia</strong>, violoniste, pianiste, compositeur et chef d&rsquo;orchestre !</p>
<p>Le programme de la soirée s&rsquo;ouvre justement avec une de ses compositions. Après avoir étudié à La Sorbonne et au CRR de Rueil-Malmaison en tant que violoniste, Aymeric Gracia a intégré la Haute École de Musique de Genève où il a obtenu son Master d’Interprétation en 2015. Il a également reçu le Prix Spécial Adolphe Neuman de la ville de Genève. Le musicien a donné des concerts en soliste ou au sein de formations orchestrales (il est l&rsquo;un des premiers violon de l&rsquo;Orchestre Colonne) et il est également pianiste doué, comme on aura pu le voir au cours de ce concert. Gracia est aussi auteur, ayant appris la composition avec Francine Aubin*. Ce concert nous permet d&rsquo;apprécier quelques une de ses oeuvres. Dédié au danseur-étoile Jean-Guillaume Bart, présent dans la salle, artiste qu&rsquo;il découvrit en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris, <em>Le Jardin éveillé</em> est un poème chorégraphique dont nous entendrons ici la délicate valse. Son cycle de <em>Cinq mélodies à la manière de Reynaldo Hahn</em> (auquel il a ajouté une ouverture-féérie) est d&rsquo;un charme délicieusement suranné avec une musique élégante au idéales pour ces poèmes d&rsquo;Armand Silvestre qui semblent avoir été écrits pour être chantés. On y appréciera cette distance faussement désengagée, très typique du style français de cette époque, où le je-ne-sais-quoi et le presque-rien l&#8217;emportaient sur la boursouflure romantique. Le cycle est dédié à Claire de Monteil qui l&rsquo;interprète avec goût, délicatesse et intelligence.</p>
<p>Le jeune soprano, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">qui se produit depuis quelques mois dans plusieurs villes italiennes dans une coproduction d&rsquo;<em>Il Trovatore</em></a><em>, </em>consacre l&rsquo;autre partie du concert à quelques grands airs d&rsquo;opéra. Bien sûr, la voix est encore verte, mais ces pages ambitieuses laissent déjà augurer de belles prises de rôles futures (à condition toutefois de savoir prendre son temps pour ne pas forcer ses moyens). Le « Casta diva » est chanté avec la délicatesse requise et le souffle est impeccablement géré tout au long de ce périlleux morceau. Après une délicate « Élégie » de Massenet, « Un bel di vedremo » offre une émotion sincère et retenue, et le soprano y fait la démonstration d&rsquo;un aigu généreux. Toutefois, c&rsquo;est surtout chez les compositeurs hispanophones (Astor Piazzola pour <em>Maria de Buenos Aires</em> et Ruperto Chapí pour la zarzuela <em>Las Hijas del Zebedeo</em>) que Claire de Monteil peut déployer ce registre grave naturel, coloré et profond, qui est une de ses spécificités <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">comme nous l&rsquo;avions déjà souligné l&rsquo;année passée</a>. Deux bis viennent conclure la soirée : un endiablé « I Could Have Danced All Night » extrait de <em>My</em> <em>Fair</em> <em>Lady,</em> et une reprise des <em>Feuilles mortes</em>, avec un accompagnement très original d&rsquo;Aymeric Gracia au piano, qui achève d&rsquo;enthousiasmer un public qui sortira le sourire aux lèvres. Le programme est accompagnée par une belle phalange de jeunes artistes doués dont la visible complicité contribue au plaisir de la soirée.</p>
<ul>
<li>
<pre>* Francine Aubin, née Francine Agnès Gisèle Marie-Thérèse Tremblot de la Croix le 6 février 1938 à Paris et morte le 14 août 2016 à Boulogne-Billancourt, était une compositrice, chef d'orchestre, enseignante et artiste peintre française, connue pour être la première femme à avoir obtenu le certificat d'aptitude aux fonctions de directeur de conservatoire et en avoir occupé la fonction (source Wikipedia)</pre>
</li>
</ul>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/frederick-loewe-my-fair-lady-lausanne-lecole-des-femmes-version-broadway/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Dec 2022 05:09:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra de Lausanne est une petite maison, dont le madré directeur, Eric Vigié, ne considère pas qu&#8217;être léger soit déroger. Ni afficher complet. Le Candide de Bernstein, à mi-chemin de Broadway et de l’Opéra Comique, vu il y a quelques semaines, était une brillante réussite. Et l’on se souvient d’une Auberge du Cheval Blanc très &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra de Lausanne est une petite maison, dont le madré directeur, Eric Vigié, ne considère pas qu&rsquo;être léger soit déroger. Ni afficher complet. Le <em>Candide</em> de Bernstein, à mi-chemin de Broadway et de l’Opéra Comique, <a href="https://www.forumopera.com/bernstein-candide-lausanne-un-candide-petillant-et-doux-amer">vu il y a quelques semaines</a>, était une brillante réussite. Et l’on se souvient d’une <a href="https://www.forumopera.com/ralph-benatzky-lauberge-du-cheval-blanc-lausanne-folies-tyrol"><em>Auberge du Cheval Blanc</em></a> très pince-sans-rire lors de la fin d’année 2021.<br />
	Avec <em>My fair Lady</em>, le musical de Frederick Loewe et Alan Jay Lerner, c’est l’un des triomphes de Broadway qu’il propose mais aussi un des succès de la maison, puisque que c’est la reprise d’une production de 2015, où François Le Roux et Marie-Eve Munger tenaient les deux rôles principaux.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_11.jpg?itok=TVoVmE4K" title="Christophe Lacassagne et Catherine Trottmann © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Christophe Lacassagne et Catherine Trottmann © Jean-Guy Python</p>
<p>Avec une équipe en partie renouvelée, <strong>Jean Liermier</strong>, qui a la comédie dans les veines, est venu ressusciter sa mise en scène, qui met avec habileté les petits plats dans les grands. C’est un vrai plaisir de théâtre, avec changements de décors à vue, chanteurs-acteurs, clins d’yeux, ballets enlevés et sens aigu du rythme.<br />
	Et on replonge dans cette musique adorable, sentimentale, légèrement surannée, avec le plaisir qu’on a à retrouver un pull over doux et chaud auquel on ne pensait plus.<br />
	Combien de fois a-t-on regardé le film de Cukor en VHS et fait tourner le 33 tours ? Dès les premières notes de l’ouverture, se vérifie une fois de plus la théorie de la mémoire involontaire… Non seulement on se souvient de tout, mais on replonge dans son propre passé. L’un des mérites du spectacle lausannois, c’est d’arriver à tenir le choc face au souvenir d’Audrey Hepburn et de Rex Harrison, dont les moindres intonations sont indélébiles, on s’en rend compte.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_12.jpeg?itok=KKOZrPgm" title="Catherine Trottmann © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Catherine Trottmann © Jean-Guy Python</p>
<p><strong>Broadway ou l’American Dream</strong></p>
<p>C’est une belle histoire que celle de la rencontre chez Lamb&rsquo;s de deux boxeurs amateurs dont l’un, Frederick Loewe, né dans le sérail car fils d’un fameux Danilo, avait été élève pianiste à Berlin de Busoni et Eugène d’Albert, et dont l’autre, Alan Jay Lerner, de dix-sept ans plus jeune, écrivait des textes pour la radio comme un personnage de Woody Allen. De leur rencontre dans ce bar vont naître quelques fameuses comédies musicales, dont <em>Brigadoon</em> (1947, plus tard porté à l’écran par Vincente Minelli avec Gene Kelly), <em>Gigi</em> (Vincente Minelli, 1959, d’après Colette, avec Maurice Chevalier et Leslie Caron), <em>Camelot </em>(1960, avec Julie Andrews et Richard Burton, devenu en 1967 un film de Joshua Logan),  Alan Jay Lerner étant de surcroît, en solo, le scénariste d’<em>Un Américain à Paris</em> (Vincente Minelli, 1961, avec Gene Kelly, Oscar Levant et Georges Guétary).</p>
<p><strong>Gilles Deleuze version comédie musicale</strong></p>
<p>Le mythe de Pygmalion et Galatée avait fait l’objet d’une première adaptation théâtrale à Londres par W.S. Gilbert (celui de Gilbert &amp; Sullivan). Le caustique George Bernard Shaw s’empara du thème, pour y faire scintiller en Eliza Doolittle Mrs Patrick Campbell, gloire du West End londonien (créatrice en anglais de la Mélisande de Maeterlinck).</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/7abd1eb3c29b02d1193f39a2c90b3aad-my-fair-lady-broadway-production-photo-1956-08-hr.jpg?itok=YG4beNZS" title="Julie Andrews et Rex Harrison à Broadway en 1956 © D.R." width="468" /><br />
	Julie Andrews et Rex Harrison à Broadway en 1956 © D.R.</p>
<p>Sa pièce allait triompher en 1914 sur la scène du His Majesty’s Theater avec l’Higgins d’Herbert Beerbohm. En 1938, une première adaptation au cinéma (avec Leslie Howard et Wendy Hiller) serait directement à la source de <em>My fair Lady</em>, qui connaîtrait pas moins de 2700 représentations entre 1956 et 1962 au Mark Hellinger Theatre de la West 51st Street. Les interprètes seraient bien sûr pour beaucoup dans ce triomphe, et d&rsquo;abord l’irrésistible Rex Harrison et l’exquise Julie Andrews, à laquelle la MGM préfèrerait Audrey Hepburn pour le film de George Cukor qui sortirait en 1964. Audrey Hepburn inoubliable en fleuriste des faubourgs et portant à ravir les tenues importables dessinées par Cecil Beaton, mais doublée pour les <em>songs</em> par Marni Nixon (qui avait déjà été la voix de Natalie Wood dans <em>West Side Story</em>).</p>
<p><strong>Des fatalités sociales et comment s’en échapper</strong></p>
<p>L’idée géniale de G.B. Shaw est d’avoir traité mine de rien de la lutte des classes, ou de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ascenseur social (ou de ce que Deleuze dénommait <em>la distinction</em>) en s’appuyant sur un des traits de la langue anglaise : les différentes musiques qu’elle fait entendre selon les origines géographiques et/ou sociales des locuteurs. Chacun trahit <em>volens nolens</em> ses racines, sa culture… et pour une oreille acérée comme celle du professeur Higgins, l’accent de Lisson Grove n’a évidemment rien à voir avec celui de Maida Vale.<br />
	L’histoire se déroule dans un passé romanesque gentiment désuet, où on prend le thé et où on va aux courses d’Ascot, néanmoins elle est de tous les temps et l’histoire d’Eliza, en transit entre deux mondes, reste assez grinçante dans une société où un accent des <em>quartiers</em> n’est pas forcément un atout pour réussir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_10.jpg?itok=MY9K1ZhY" title="© Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Jean-Guy Python</p>
<p>La mise en scène de Jean Liermier n’y insiste pas. Tout commence devant Covent Garden et se déroule dans un passé-présent de théâtre. Un jongleur à la coiffure d’Iroquois jongle côté jardin et fait la manche tandis que sortent du théâtre des bourgeois cossus. La neige tombe et une jeune bouquetière essaie de vendre ses violettes à des passants frileux.<br /><strong>Catherine Trottmann</strong> se débrouille comme elle peut pour transformer les intonations <em>cockney</em> d’Eliza en leur équivalent français : un sabir moitié parigot-moitié ch’ti, où on perçoit de loin en loin un « trottouère », un « souère », un « j’ai le droué » ou un « kekcé k’voudite ». On n’y entend pas grand chose à vrai dire, mais qu’importe, la silhouette est touchante.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_6.jpeg?itok=kPgvvTUz" title="Catherine Trottmann © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Catherine Trottmann © Jean-Guy Python</p>
<p>Au début, Catherine Trottmann chante en comédienne, sans donner trop de voix, sauf pour les notes hautes, mais au fur et à mesure que la bouquetière accèdera au beau langage, alors elle redeviendra chanteuse lyrique, pour triompher dans un rayonnant « I could have danced all night ». Elle sera particulièrement brillante dans les grands airs de la révolte d’Eliza, « Just you wait » (où elle se voit fusillant son mentor), « Without you »  (où elle ose l’affronter), « Show me » où face à son fade soupirant Freddy elle monte sur ses grands chevaux.</p>
<p><strong>Les moyens du bord</strong></p>
<p>De très habiles décors de <strong>Christophe de la Harpe</strong> évoquent le studio de Higgins puis virevoltent pour devenir la devanture du pub où Doolittle père a ses habitudes. Plus tard un décor de frondaisons peintes et deux barrières suggèreront le champ de courses d’Ascot (avec passages de têtes de chevaux, jockeys multicolores, chapeaux à aigrettes et hauts de forme), une grande toile peinte à l’ancienne suffira pour la salle de bal, et Freddy aura son réverbère pour se jucher face au perron très Chelsea et Pimlico du professeur Higgins.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_2.jpeg?itok=gQ-BJr8Y" title="Julian Dran © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Julian Dran © Jean-Guy Python</p>
<p>Le <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, très engagé comme toujours, sera à la fois le peuple des faubourgs et la gentry d’Ascot. Très astucieusement, Jean Liermier joue avec les codes de la comédie musicale américaine et avec nos souvenirs du film, et on prend plaisir à voir comment il se débrouille pour faire illusion.<br />
	Dans le programme de salle, il s’amuse à lister quelques points de repères, une manière de famille d’esprit : <em>L’Ecole des femmes</em> bien sûr, mais aussi <em>La Règle du jeu</em>, <em>Les Vestiges du jour</em> (James Ivory), <em>La Vie est belle</em> (de Capra), <em>Rosetta</em> (des Frères Dardenne) ou <em>Le Jeu de l’amour et du hasard</em>, où Dorante finit par reconnaître que « le mérite vaut bien la naissance ».</p>
<p><strong>Virtuosité et numéro d&rsquo;acteur</strong></p>
<p>Le spectacle est résolument bilingue, avec dialogues en français et <em>songs</em> en anglais. Parfois un vers en français s’interpose dans un couplet en anglais, et, si l&rsquo;on s’y perd, les surtitres sont là. De surcroît, ces chanteurs français parlent et chantent l’anglais plutôt pas mal. Pour des Français…<br />
	Dans cet exercice acrobatique, la performance de <strong>Nicolas Cavallier</strong>,<strong> </strong>jonglant d’une langue à l’autre avec virtuosité, est assez ébouriffante.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_15.jpeg?itok=_2aLSJb-" title="Catherine Trauttmann et Nicolas Cavallier © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Catherine Trottmann et Nicolas Cavallier © Jean-Guy Python</p>
<p><strong>Un rôle en or</strong></p>
<p>A l’instar de Catherine Trottmann, on le verra dans la première partie être davantage comédien que chanteur, puis, au fur et à mesure qu’il s’humanisera, devenir de plus en plus le baryton qu’il est. Comme comédien il enverra avec un cynisme réjouissant les horreurs misogynes effroyables d’Higgins que bien sûr plus personne n’oserait écrire aujourd’hui (« Misérable insecte ! »), puis, touché par la grâce (ou la fatalité) de l’amour, il chantera avec beaucoup de sensibilité son « I’ve grown accustomed to her face », morceau royal pour un chanteur qui a dans sa besace les quatre diables des<em> Contes d’Hoffmann</em>, Don Alfonso, Scarpia ou Méphisto… L’air commence par un « Dawn, dawn, dawn » interloqué, puis jouera sur le parlé-chanté… Rex Harrison se cantonnait (bien obligé) au parlé, Nicolas Cavallier a toute latitude, lui, de laisser ici cours à un riche timbre de baryton.</p>
<p>A ce moment-là, la scène sera quasi nue, à l’exception d’un divan Chesterfield (de psychanalyste ?) et Higgins, ébahi de ce qui lui arrive, dialoguera enfin avec lui-même. Moment où se laisse particulièrement entendre un beau pupitre de cuivres, de soyeuses trompettes notamment, reprenant doucement la mélodie sur un tapis de cordes. <strong>Roberto Forés Veses</strong> et l’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> mettent en valeur la qualité d’écriture de l’orchestration. Une vingtaine de cordes et une quinzaine de vents suffisent à lui donner toute son ampleur, particulièrement en évidence dans les pages purement instrumentales, les ouvertures, la valse de l’ambassade ou l’<em>Ascot gavotte</em>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_5.jpeg?itok=xIcsThiw" title="Catherine Trottmann © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Catherine Trottmann © Jean-Guy Python</p>
<p>Inutile de raconter l’histoire : un quiproquo de théâtre fait se rencontrer sous les piliers de Covent Garden le professeur Higgins et son vieux collègue venu des Indes, le colonel Pickering, alors que le premier est en train de noter phonétiquement le gromelot d’Eliza. D’où le pari de faire d’elle en six mois, uniquement en lui faisant perdre son accent popu et acquérir l’accent gratin, une invitée plausible au bal de l’ambassade…</p>
<p>Dans le rôle du colonel Pickering, <strong>Christophe Lacassagne</strong> dessine une solide composition à la Chrysalde, toute en bonhomie, et le duo des deux mufles, « You did it », exultant du succès d’Eliza au bal et de leur pari gagné, tandis qu’elle-même attend qu’on lui accorde, sinon un compliment, du moins un regard, est d’une énormité jubilatoire. De même que le monologue délicieux du sympathique goujat célébrant les qualités des mâles : « Pourquoi la femme ne ressemblerait-elle pas à l’homme ? L’homme est droit et carré, toujours noble et régulier, agréable et sociable. Dans l’ensemble, nous sommes merveilleux. Pourquoi la femme ne peut-elle être comme nous ? » Nicolas Cavallier fait un morceau de bravoure de cette bouffonerie moliéresque, et il aurait bien tort de s&rsquo;en priver.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_16.jpeg?itok=Bdg9BBeN" title="Nicolas Cavallier © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Nicolas Cavallier © Jean-Guy Python</p>
<p>L’amertume de G.B. Shaw, on la retrouve partout dans cette histoire, et par exemple dans le personnage du père d’Eliza qui dit joliment être « en indélicatesse avec la morale bourgeoise » et avoir choisi résolument le parti de « la pauvreté non méritante ». Cet homme aimable et de sens rassis viendra voir le professeur Higgins pour discuter « entre hommes de l&rsquo;monde » et lui proposer d&rsquo;échanger sa fille contre la somme de cinq livres « pas plus pas moins ». Dix livres, ce serait le commencement des soucis, donc du malheur.<br />
	Manque de chance, Higgins, épaté par la sagesse quasi socratique de ce philosophe de pub, suggèrera au colonel Pickering d&rsquo;écrire à une fondation américaine « pour la restauration morale » et recherchant des penseurs contemporains de premier plan, pour lui recommander cette épatante personnalité. D’où une rente, puis un héritage, bref un fatal enchaînement qui conduira à un mariage bourgeois l’insouciant ex-livreur de charbon à temps partiel.</p>
<p>Joli numéro de <strong>Rémi Ortega</strong>, truculent à souhait, pour un caustique « With a little bit of luck », qu’il chante en chœur avec trois jeunes cockneys complices et, encore plus exalté, un déluré « I’m gettin married in the morning &#8211; Get me to the church on time ». Ici se placent un cantique très joliment chanté par Joël Terrin, l’un des trois cockneys, et un ballet acrobatique, style jitterbug, impeccablement réglé par le chorégraphe<strong> Jean-Philippe Guilois</strong> pour six danseurs aussi survoltés que l’Orchestre de Chambre de Lausanne, particulièrement <em>punchy</em> dans l’exercice.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_7.jpeg?itok=mbnu78Dq" title="Rémi Ortega © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Rémi Ortega © Jean-Guy Python</p>
<p>Un ours mal léché s’humanisant, une jeune femme qui se révolte… Le schéma est vieux comme le théâtre. Face à cet Arnolphe ou cet Alceste, on retrouve les quelques comparses obligés. Dans le rôle du jeune premier, Freddy, le ténor <strong>Julian Dran</strong> fait apprécier un beau timbre chaud et charmeur dans « On the street where you live », <strong>Laurence Amy </strong>joue avec esprit le rôle parlé de la mère du professeur, <strong>Richard Lahady</strong> prête au Hongrois Karpathy un accent curieusement pied-noir et <strong>Shin Iglesias</strong> confère à la gouvernante, Mrs Pearce, une raideur un peu tudesque, à notre avis moins idoine que la douceur maternelle de Mona Washbourne dans le film.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_17.jpeg?itok=_-qSEfCR" title="Nicolas Cavallier et Christophe Lacassagne © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Nicolas Cavallier et Christophe Lacassagne © Jean-Guy Python</p>
<p>Mais on n’aura garde d’oublier ceux qui participent aux ensembles vocaux, à l’écriture très soignée : les deux servantes, <strong>Clémentine Bouteille</strong> et <strong>Aurélie Brémond</strong>, et les trois cockneys <strong>Maxence Billiemaz</strong>, <strong>Joël Terrin</strong> et <strong>Aslam Safla</strong>. Particulièrement drôle et musicalement savoureux, l’ensemble des gens de maison qui surgit à trois reprises des coulisses pour un chœur antique ou un chœur des anges, au choix, sussurant un suave et ironique « Oh, Professor Higgins »…</p>
<p>Ultime image, furtive : Eliza, tirant la langue au vieil atrabilaire. Fin ouverte. Va-t-elle s’envoler définitivement ? Va-t-elle lui revenir mais lui mener la vie dure ? Chacun choisira. Pirouette finale rusée d’une soirée de théâtre charmeuse.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="321" src="/sites/default/files/styles/large/public/my_fair_lady_._lopra_de_lausanne_c_jean-guy_python_14.jpg?itok=0wWjVTWP" title="Nicolas Cavallier et Catherine Trauttmann © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Nicolas Cavallier et Catherine Trottmann © Jean-Guy Python</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p class="legende" dir="ltr"> </p>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/my-fair-lady-marseille-une-oeuvre-en-sursis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jan 2018 06:39:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Curiosité pour un titre popularisé par le cinéma mais jamais représenté à l’opéra de Marseille ou option « sortie de fêtes » ? Que ces explications se complètent ou s’additionnent, le public est venu en foule et les prochaines représentations de My fair Lady devraient afficher complet. Beau succès donc pour ce spectacle – coproduit avec Lausanne où il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Curiosité pour un titre popularisé par le cinéma mais jamais représenté à l’opéra de Marseille ou option « sortie de fêtes » ? Que ces explications se complètent ou s’additionnent, le public est venu en foule et les prochaines représentations de <em>My fair Lady </em>devraient afficher complet. Beau succès donc pour ce spectacle – coproduit avec Lausanne où il fut créé en 2016 – salué par des applaudissements scandés sans fin à l’issue des trois heures de représentation. </p>
<p>L’ingénieuse conception des décors, dus à <strong>Christophe de la</strong> <strong>Harpe, </strong>contribue sans nul doute à ce succès. Suggestifs, ils évoquent de façon succincte mais suffisante les différents lieux où se situent les scènes successives. Mobiles, ils permettent des changements à vue ou très rapides derrière le rideau, devant lequel est jouée une scène de transition. La mise en scène de <strong>Jean Liermier </strong>peut dès lors se dérouler sans temps morts, alliant efficacité et sobriété et intégrant habilement les ballets dont la chorégraphie inventive de <strong>Jean-Philippe Guilois </strong>est défendue avec panache par six superbes danseurs. On passe ainsi sans rupture du trottoir devant Covent Garden à l’intérieur bourgeois du professeur Higgins, des abords du pub et de ses piliers, dont le père d’Elisa, au champ de courses d’Ascot, au salon du bal des Ambassadeurs ou dans le jardin de Mrs. Higgins. Mais si décors et mise en scène sont propices à donner au spectacle un rythme soutenu, infailliblement accompagnés par les lumières de <strong>Jean-Philippe Roy</strong>, c’est bien la symbiose des participants qui donne à la représentation son influx et son impact.</p>
<p>Tous, artistes des chœurs, danseurs, solistes, musiciens, s’impliquent avec une conviction qui ne faiblit pas et que <strong>Bruno Membrey</strong> veille sans relâche à stimuler en maintenant la pression. Il obtient ainsi la vigueur qui empêche la mièvrerie possible dans les moments d’attendrissement ou d’introspection tout en laissant la romance s’épancher. A cet égard sa direction est un modèle rare d’équilibre ! Il a apporté un soin particulier aux introductions orchestrales, l’ouverture en apportant aussitôt une preuve des plus savoureuses. La réponse de l’orchestre témoigne du plaisir qu’il a à jouer cette musique où passent des échos de Cole Porter, comme le public à s’interroger sur les traces qu’elle a pu laisser dans <em>West side story</em> ou son emprunt à la ballade de <em>Davy</em> <em>Crockett, </em>si populaire quelques années avant la création.</p>
<p>Bien sûr, on aimerait que davantage de figurants meublent le salon du bal, bien sûr l’hétérogénéité des costumes de <strong>Coralie Sanvoisin</strong> déconcerte car elle génère une indécision chronologique que le portrait, puis la présence de la souveraine actuelle du Royaume-Uni, ne contribuent pas à éclaircir, quand le bureau de Higgins et sa gouvernante sont datés de la création de la pièce de George Bernard Shaw. Mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_5143_photo_christian_dresse_2017.jpg?itok=9KVvsjhz" title="Philippe Ermelier (Doolittle) Cécile Galois (Mrs. Hopkins) et les trois cockneys  (au premier plan Jacques Lemaire) © Christian Dresse" width="468" /><br />
	Philippe Ermelier (Doolittle) Cécile Galois (Mrs. Hopkins) et les trois cockneys  (au premier plan Jacques Lemaire) © Christian Dresse</p>
<p>Seul parmi les interprètes <strong>Philippe Ermelier </strong>a semblé en retrait au premier acte, avec une projection à éclipses, mais la verve scénique compense et son Alfred Doolittle s’accomplit dans sa grande scène du deuxième acte. Ses compagnons de beuverie, respectivement <strong>Jacques Lemaire</strong>, <strong>Arnaud Delmotte</strong> et <strong>Jean-Philippe Corre</strong> sont vocalement impeccables et d’une drôlerie irréprochable, sans aucun excès, une nécessité de l’œuvre et un autre mérite de la mise en scène. <strong>Raphaël Brémard </strong>fait valoir un timbre séduisant dans le personnage du jeune aristocrate désargenté qui se laisse prendre au plumage avant d&rsquo;être conquis par le ramage. <strong>Jean-François Vinciguerra </strong>est un Pickering tout ensemble imposant et discret. Il est vrai que le principal rôle masculin trouve en <strong>François Le Roux </strong>un interprète d’exception, qui allie la précision musicale et un art d’acteur consommé en une composition digne de tous éloges, très expressive dans une élégante sobriété.</p>
<p>Les interprètes féminines méritent les mêmes éloges, <strong>Elena Le Fur </strong>et <strong>Danièle Dinant</strong> en servantes dévouées, celle-ci jouant dignement les sosies d’Elisabeth II, et <strong>Carole Clin </strong>en mère impatiente du noble étourneau. Déconcertante la gouvernante de <strong>Jeanne-Marie Lévy</strong>, dont l’accent allemand à couper au couteau semble un défi au savoir de Higgins, mais constitue peut-être l’indice que le provocateur prêt à induire en erreur les notables qui dirigent l’Angleterre ne se soucie pas d’élever le niveau d’une employée de maison. Très sobre, la mère du professeur Higgins incarnée par <strong>Cécile Galois</strong>, sans le snobisme outrancier dont on l’accompagne parfois. Irrésistible l’Eliza de <strong>Marie-Eve Munger</strong>, qui joue de son origine canadienne pour remplacer l’accent cockney par le parler québécois, avant de s’exprimer en français de Touraine et en anglais d’Oxford. Quand on a Ophélie, Lakmé ou Gilda à son répertoire, on ne fait qu’une bouchée du rôle d’Eliza. A l’homogénéité du timbre et à l’extension vocale s’ajoute un sens très sûr de la scène qui expose le personnage dans sa diversité, comique et sentimentale. Elle remporte un très vif succès personnel.</p>
<p>C’est dans l’euphorie générale que le public se disperse lentement, comme à regret. On s’est bien amusés à suivre l’histoire d’Eliza et de son Pygmalion. Faut-il en profiter avant qu’il ne soit trop tard ? On espère qu’à notre époque si prompte à pourfendre l’omnipotence séculaire des mâles nul anathème ne viendra vouer au pilori une œuvre où la femme n’atteint la perfection que grâce à un misogyne convaincu, outrecuidant et prosélyte, près duquel elle vient volontairement reprendre sa chaîne, validant ainsi tous les discours qui dévalorisent son engeance !</p>
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		<title>Julie Andrews revient dans My Fair Lady</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/julie-andrews-revient-dans-my-fair-lady/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Mar 2016 11:24:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S’il y a bien une artiste qui incarne le monde de la comédie musicale des années 1950 aux années 1980, c’est sans doute Julie Andrews. Indissociable de The Sound of Music, Oscar 1965 de la meilleur actrice pour Mary Poppins, elle créa le rôle d’Eliza Doolittle dans My Fair Lady à Broadway en 1956, aux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il y a bien une artiste qui incarne le monde de la comédie musicale des années 1950 aux années 1980, c’est sans doute <strong>Julie Andrews</strong>. Indissociable de <em>The Sound of Music</em>, Oscar 1965 de la meilleur actrice pour <em>Mary Poppins</em>, elle créa le rôle d’Eliza Doolittle dans <em>My Fair Lady </em>à Broadway en 1956, aux côtés de Rex Harrison, qui eut le droit, lui, de camper au cinéma le professeur Higgins (alors qu’Audrey Hepburn fut imposée dans le rôle de l’héroïne). Soixante ans plus tard, l’actrice et chanteuse britannique, qui a soufflé en octobre dernier ses 80 bougies, s’apprête à faire son retour dans <em>My Fair Lady</em>, mais en tant que metteuse en scène, à la demande de l’Opéra de Sydney. Elle collaborera à cette occasion avec le chorégraphe Christopher Gattelli, les représentations ayant lieu au « Dame Joan Sutherland Theatre » du 28 août au 5 novembre. Pour l’occasion, les décors d’Oliver Smith et les costumes de Cecil Beaton conçus pour la création seront refaits d&rsquo;après les maquettes originales, mais on ignore encore qui sera l’interprète de la jeune fleuriste cockney.</p>
<p class="rtecenter">
<iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/o-CXhHfWGug" width="560"></iframe></p>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Massy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/my-fair-lady-massy-le-ciel-serein-despagne-nest-pas-sans-embrun/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Jan 2016 06:26:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Le ciel serein d’Espagne est sans embrun » (« The Rain in Spain… » en version originale) fait partie des phrases cultes du cinéma. Bercés depuis des lustres par la version cinématographique de My Fair Lady, on vient au théâtre rechercher malgré soi des émotions passées. La version théâtrale originale est arrivée en France avec beaucoup de retard &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Le ciel serein d’Espagne est sans embrun » (« The Rain in Spain… » en version originale) fait partie des phrases cultes du cinéma. Bercés depuis des lustres par la version cinématographique de <em>My Fair Lady</em>, on vient au théâtre rechercher malgré soi des émotions passées. La version théâtrale originale est arrivée en France avec beaucoup de retard (1995 à Mogador avec Richard Chamberlain), et n’a donc pu atteindre les chiffres record de Broadway (2717 représentations) et de Londres (2281 représentations), où triomphaient au début Julie Andrews et Rex Harrison. Plus récemment, un regain d’intérêt s’est manifesté avec de nouvelles productions, en anglais à Paris (Châtelet) en <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/un-peu-trop-sage">2010</a> et <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/quand-lascenseur-social-fonctionne">2013</a>, et en allemand à <a href="http://www.forumopera.com/my-fair-lady-karlsruhe-chassez-le-naturel-il-revient-au-galop">Karlsruhe en 2015</a>.</p>
<p>La production de ce soir, créée à Metz en 2012, a pour intérêt principal de faire revivre l’œuvre en version française, ce qui n’avait pas été le cas depuis fort longtemps (Genève en 1968, Lille en 1977 avec Claudine Coster, qui reprend le rôle à travers la France entre 1983 et 1986 dans la version française de Bruno Tellene et Pierre Carel – mais sans l’autorisation de la présenter à Paris). Malheureusement, même si la version d’Alain Marcel ne démérite pas vraiment, elle n’a ni le chic, ni l’impertinence, ni les envolées lyriques de celle du film de George Cukor. Donc pas de « Ciel serein… »</p>
<p class="rtecenter"><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="284" src="http://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/myfairlady-2.png?itok=mmPfJbaz" width="468" /></p>
<p class="rtecenter">© Photo Arnaud Hussenot – Metz Métropole</p>
<p>Autre choix délicat, la décision de sonoriser la production. Peut-être cela est-il judicieux concernant certains interprètes non chanteurs, mais alors il aurait fallu y mettre le prix. Avec une installation sonore a minima, nous avons à subir une déferlante sans nuances, venant d’un point unique (aucune spatialisation), et si les moments sans sonorisation (comme le délicieux chœur des domestiques du professeur Higgins excellemment chanté par les chœurs de l’Opéra de Metz-Métropole) passent parfaitement bien, le reste met les oreilles à rude épreuve, sans parler de quelques dérapages (micro en panne). Et cela est d’autant plus désagréable que l’orchestre de l’Opéra de Massy, à côté de cette débauche de décibels, paraît presque éteint malgré les efforts de son chef <strong>Didier Benetti</strong>, et souvent même lourd, notamment au moment des courses d’Ascot.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Paul-Émile Fourny</strong> est plutôt fade, et la mayonnaise ne prend qu’à certains moments. Surtout, la frontalité de la représentation finit par être lassante, et les ballets limite ringards (les boys avec les mains tenant les revers de leur veste) ne sont rattrapés que par les excellents numéros de claquettes. Décors et costumes sont honorables pour une production destinée à voyager, mais là encore pourquoi avoir mis des inscriptions en français sur les bâtiments (messins ?) et servir la bière dans des chopes en grès, alors que l’on parle dans le texte de « langue anglaise » ? N’aurait-il pas été préférable d’éviter tous ces mélanges, et d’aller jusqu’au bout de l’adaptation en situant l’action aux Halles de Paris ou au marché de Metz, et enseigné à Elisa le français au lieu de « la gloire de la langue anglaise » ?</p>
<p>La distribution est fort honorable. Même si <strong>Jean-Louis Pichon</strong> paraît physiquement un peu âgé pour le rôle d’Henry Higgins, il en a la prestance et la distinction naturelle, une excellent diction et un parlé-chanté très agréable. Le délicieux <strong>Lionel Peintre</strong> campe un colonel Pickering bien agité, au point que l’on pense à un contre-emploi, mais au total il occupe bien l’espace et pimente un peu une production globalement trop sage. Quant à la Mrs Pearce de <strong>Marie-José Dolorian</strong>, c’est la parfaite gouvernante dont rêvent les Anglais. Le père d’Eliza est interprété de manière joviale et truculente par <strong>Philippe Ermelier</strong>, sans qu’apparaisse vraiment le côté parfois inquiétant du personnage. L’amoureux transi Freddy est joliment chanté par <strong>Raphaël Brémard</strong>, et Mrs Higgins bien personnifiée par <strong>Catherine Alcover</strong>. Les rôles secondaires sont bien distribués. Reste l’Eliza de <strong>Fabienne Conrad</strong>. Reprenant le rôle créé en 2012 par Julie Fuchs, elle a fort à faire avec ce personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Son argot est exagéré et peu naturel avec de fausses intonations flamandes et parfois même canadiennes, et ses attitudes sont souvent outrées et limite vulgaires. Plus à son aise dans la seconde partie, quand le papillon est sorti de sa chrysalide, elle n’en éprouve pas moins des difficultés vocales quand sa voix part par saccades, et présente une incapacité à articuler les parties chantées qui font ressembler ses airs à de simples vocalises.</p>
<p>Seul point amusant, la fin où Eliza chausse les mules d’Higgins, une manière astucieuse de contourner le dénouement trop machiste de la comédie musicale. Elle ne rejoint pas pour autant la fin du <em>Pygmalion</em> de George Bernard Shaw (où elle épouse Freddy), mais indique clairement ainsi qu’elle a décidé de rester et de prendre le pouvoir.</p>
<p> </p>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Karlsruhe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/my-fair-lady-karlsruhe-chassez-le-naturel-il-revient-au-galop/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Dec 2015 07:54:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment résister à la tentation de se précipiter à la première de My Fair Lady, l’une des plus belles comédies musicales qui soient ? Quand on a adoré le film aux huit oscars de George Cukor, fantasmé sur l’enregistrement de 1956 où Julie Andrews avait créé une Eliza inoubliable, essayé de revenir aux sources en lisant &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment résister à la tentation de se précipiter à la première de <em>My Fair Lady</em>, l’une des plus belles comédies musicales qui soient ? Quand on a adoré le film aux huit oscars de George Cukor, fantasmé sur l’enregistrement de 1956 où Julie Andrews avait créé une Eliza inoubliable, essayé de revenir aux sources en lisant la pièce de Shaw puis visionné le <em>Pygmalion </em>adapté au cinéma en 1938 avec le génial Leslie Howard, on court voir le musical lorsqu’un théâtre proche le programme. Sauf que l’œuvre est fondamentalement un hymne à la langue et à l’humour anglais et que la perspective de l’entendre dans la version allemande refroidit quelque peu les ardeurs… Traduire, c’est trahir, c’est bien connu, ou au moins affadir. Et pourtant, quelle réussite ! Chapeau bas pour les dialogues parlés et chantés de Robert Gilbert, drôles, précis et souvent hilarants. Le texte n’est pas ici qu’une traduction servile et poussive, mais une vraie adaptation, de quoi exister pleinement et donner l’envie de revoir le DVD de 1964 avec les sous-titres allemands, franchement croustillants. Après tout, <em>Pygmalion </em>de Shaw avait été créé en allemand à Vienne en 1913 avant d’être présentée à Londres en 1914 dans la langue originale… L’accent cockney est très avantageusement remplacé par un mélange détonnant d’expressions et surtout d’accents dialectaux entendus dans les différentes régions et forcément familiers aux frontaliers germanophones qui grossissaient les rangs du public badois de Karlsruhe.</p>
<p>L’obstacle de la langue franchi sans encombre, se posait ensuite le problème de la production. Comment concurrencer la splendeur visuelle du film, par exemple ? Là encore, bravo à <strong>Annemarie Woods </strong>et son décor simple mais fidèle à l’esthétique hollywoodienne tout comme à l’esprit de l’époque, magnifié par les costumes d’<strong>Ilona Karas</strong>, très proches de ceux de Cecil Beaton, avec quelques œillades du côté de <em>Downton Abbey</em> ou de <em>Mary Poppins </em>(clin d’œil et revanche pour Julie Andrews, remplacée par Audrey Hepburn elle-même doublée dans le film de Cukor ?). Les chorégraphies de <strong>Lucy Burge </strong>sont dignes de la 42<sup>e</sup> Rue et les danseurs excellents. Quant à <strong>Sam Brown</strong>, sa mise en scène force l’admiration par sa finesse et son ambition. Elle est dynamique, précise et caractérisée par une excellente gestion des ensembles. Le petit plus vient du choix dramaturgique de faire intervenir cycliquement des suffragettes. Alors que le musical se termine par le retour d’Eliza qui rapporte ses pantoufles à Higgins comme un petit chien soumis, la demande du professeur (« <em>Eliza, wo zum Teufel sind meine Pantoffeln ? </em>») reste ici sans réponse : Eliza est partie et devenue suffragette féministe (avec toutefois un visage désespérément triste). Voilà qui correspond à ce que voulait Shaw qui termine sa pièce par le mariage d’Eliza avec Freddy ; le dramaturge insistait avec cynisme sur le fait que rien n’allait vraiment changer dans sa condition si la jeune fleuriste restait avec son Pygmalion manipulateur. Au terme des courses d’Ascot, le public s’esclaffe en voyant surgir un jockey manifestement tombé de cheval qui traverse la scène avec des béquilles, mais rit jaune en entendant dans la foulée un hennissement suivi d’une détonation en coulisse. Un surtitre nous rappelle à la toute fin qu’une suffragette, Emily Davison, était morte en 1913 après avoir été piétinée au derby d’Epsom par un cheval appartenant au roi auquel elle voulait peut-être accrocher une écharpe militante (accident qui a été parfois pris pour un suicide… !). La comédie est ainsi constamment douce-amère, mais le rythme haletant : on ne s’ennuie pas une seconde tout au long des trois heures quinze de spectacle. Petite déception tout de même : après la pause, le trio est de retour du bal alors qu’on avait quitté Eliza et ses comparses sur le point de s’y rendre, juste avant le tomber de rideau. Ils ont fait l’économie de l’une des scènes les plus spectaculaires du musical, se dit-on, avant de se rappeler qu’après tout, on a pu avoir l’équivalent de la scène manquante dans les couloirs du théâtre pendant l’entracte.</p>
<p><strong>Kristina Stanek </strong>est une délicieuse Eliza, ravissante blonde pas idiote du tout, à l’aise dans la vulgarité ingénue tout comme dans l’élégance émancipée. Il faut la voir lâcher la bride et retrouver son franc-parler naturel quand elle vocifère, en direction du cheval qu’elle veut voir gagner, un « Lauf schneller, oder ich streu’ dir Pfeffer in den A… », équivalant au : « Magne-toi le c… ! » original, qu’on pourrait cependant traduire par « Cours plus vite, sans quoi je te saupoudre le c… de poivre ! », réplique qui manque peut-être de sel en français mais se révèle particulièrement pimentée voire salace en allemand (la salle accueille d’ailleurs la tirade avec un énorme rire franc du collier). La citation est devenue à peu près aussi culte que certains dialogues des <em>Tontons flingueurs </em>(et tout aussi intraduisible). Dotée d’un mezzo voluptueux et charnu, la chanteuse est une nouvelle venue dans la troupe de Karlsruhe. On attend avec impatience de découvrir son interprétation de Roméo dans <em>I Capuleti e i Montecchi</em> à venir en 2016. À ses côtés, <strong>Holger Hauer </strong>est un merveilleux Henry Higgins, troublant mélange de Rex Harrison et de Leslie Howard. Le comédien, très connu outre-Rhin, est parfaitement à son aise en misogyne irrésistible. <strong>Pavel Fieber</strong>, autre vieux routier, fait merveille en Pickering, tout particulièrement dans une inénarrable leçon de danse destinée à la fleuriste inexpérimentée. <strong>Cameron Becker </strong>est physiquement l’opposé du regretté Jeremy Brett, mais son Freddy, éthéré et romantique, se taille un beau succès, soutenu par une voix solaire et ample. <strong>Edward Gauntt </strong>est idéalement charpenté pour le rôle d’Alfred Doolittle, drolatique et solide à la fois. Le reste de la distribution est à l’unisson et on se réjouit tout particulièrement de la qualité des chœurs, qui nous rappellent constamment qu’on est bien à l’opéra. À la direction musicale, le fougueux <strong>Steven Moore </strong>ose avec talent le mélange des genres bien géré par l’orchestre : on s’amuse beaucoup, après l’ouverture, d’entendre, immédiatement enchaînée, la fin de <em>Götterdämmerung </em>qui accompagne la sortie des spectateurs de Covent Garden (Pickering se plaindra plus tard d’avoir dû subir Wagner alors qu’il se réjouissait d’aller voir <em>Aida </em>mais qu’on a changé le programme au dernier moment).</p>
<p>Quelques incidents ont émaillé cette première pourtant déjà bien rodée : les roulettes d’un piano sont restées momentanément bloquées dans le rideau qu’elles ont déchiré. Quelques instants plus tard, le rideau était rafistolé, puis recousu après l’entracte sans qu’il n’y paraisse plus. Freddy a été tiré sans ménagements en coulisses alors qu’il s’élançait sur la scène, sans doute pour mieux ajuster son harnais, sans qu’il ne cesse jamais de sourire niaisement comme si de rien n’était, avant d’être soulevé dans les airs, aussi léger que le ballon qu’il portait à la main. Au cours des saluts, on jette son bouquet à Kristina Stanek de la salle, mais les fleurs atterrissent dans la fosse d’orchestre avant de repartir vers la scène, récupérées par une servante qui va les porter au chef d’orchestre avant qu’elles ne se retrouvent dans les mains de la jeune femme. Autant de dérapages plus ou moins contrôlés qui n’enlèvent rien au plaisir pris au spectacle, bien au contraire. On se délecte de cette soirée digne du meilleur Broadway. À tel point qu’on se réjouit de se dire qu’il y a une deuxième distribution à découvrir ! </p>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Paris (Châtelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/quand-lascenseur-social-fonctionne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Angonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Dec 2013 06:05:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Chef d&#8217;œuvre de la comédie musicale répondant aux règles essentielles du genre, My Fair Lady — présentée pour la première fois à Paris au Théâtre du Châtelet en 2010 — se distingue par son intrigue originale. La jeune héroïne Eliza Doolittle incarne à la fois les thèmes de la confrontation des classes sociales ainsi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Chef d&rsquo;œuvre de la comédie musicale répondant aux règles essentielles du genre,<em> My Fair Lady</em> — présentée pour la première fois à Paris au Théâtre du Châtelet en 2010 — se distingue par son intrigue originale. La jeune héroïne Eliza Doolittle incarne à la fois les thèmes de la confrontation des classes sociales ainsi que la rivalité entre homme et femme. Avec une pointe d’audace, elle mène ces deux combats de front faisant basculer son destin de la rue aux salons des plus luxueux.<br />
			 </p>
<p>			Sous la direction précise et rythmique de <strong>Jayce Ogren</strong>, l&rsquo;<strong>Orchestre Pasdeloup</strong> dote chaque passage musical d&rsquo;une couleur particulière restituant des atmosphères différentes au fil du spectacle. Ainsi s&rsquo;enchaînent les nombreux airs entêtants comme « With a little bit of luck », « I could have danced all night », « You did it », ou encore « Show me ». Les transitions soignées entre la musique et les passages théâtraux permettent d&rsquo;apprécier les dialogues — exceptionnellement abondants pour une comédie musicale — poétiques et fuselés du librettiste Alan Lerner. Ce texte nécessite une distribution de haute volée, capable d&rsquo;exprimer avec subtilité les émotions multiples qui en feront jaillir la substantifique moelle.</p>
<p>			Le plateau réuni pour l&rsquo;occasion répond aux exigences les plus pointues. <strong>Katherine Manley</strong> dans le rôle complexe d&rsquo;Eliza Doolittle est proche de l&rsquo;idéal. Elle déploie une large palette expressive soulignant ainsi étape par étape l&rsquo;évolution du personnage : de la petite vendeuse de fleurs cockney à l&rsquo;éblouissante Lady de la haute société. Ces prouesses d&rsquo;actrice s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une performance vocale d&rsquo;où s&rsquo;échappent des aigus moelleux saisissants. <strong>Alex Jennings </strong>(Henry Higgins) excelle en bourreau de la phonétique usant d&rsquo;une interprétation chargée de prétention et d&rsquo;afféterie. L&rsquo;intelligence de son chant souligne les sentiments amoureux qui s’éveillent en lui, le rendant définitivement sympathique. <strong>Nicholas Le Prevost</strong> souligne avec justesse les qualités humaines et comiques du colonel Pickering, indispensables pour alléger les moments de tension (une comédie musicale doit rester divertissante). Dotée d&rsquo;une voix ronde et charnue, <strong>Donald Maxwell </strong>campe un Alfred P. Doolittle plein d&rsquo;entrain. Ton maitrisé, jeu méticuleux, <strong>Caroline Blakiston</strong> (Mrs. Higgins) et <strong>Lee Delong</strong> (Mrs. Pearce) sont remarquables dans leurs rôles respectifs. Enfin, <strong>Ed Lyon </strong>se révèle convaincant en amoureux transi. Annoncé souffrant, rien ne transparaît durant son interprétation solide de « On the street where you live » où le timbre solaire du chanteur achève son opération de séduction.</p>
<p>			« <em>Mon rôle est de mettre en place une vision cohérente et convaincante en abordant les difficultés scéniques, les nombreux changements de décors, le passage fréquent d&rsquo;un univers à l&rsquo;autre, du langage parlé au texte chanté, du monde ouvrier à la haute société et ce, parfois de façon très rapide</em> ». Voici l&rsquo;objectif largement atteint du metteur en scène<strong> Robert Carsen</strong> qui garantit un spectacle aussi fluide que la musique ou le livret. <strong>Tim Hatley</strong> y contribue par des décors astucieux, frais et lumineux. Il présente sur scène avec ingéniosité des colonnes à l’aspect majestueux qui suggèrent rapidement et efficacement les divers lieux, extérieurs puis intérieurs de l’intrigue. L’excellent travail des lumières d’<strong>Adam Silverman </strong>rend sublime l’originalité des décors. Autre point fort de cette production, les somptueux costumes d&rsquo;<strong>Anthony Powell</strong>, qui, des plus sophistiqués (milieux aristocratiques) aux plus sobres (milieux pauvres) sont le résultat d&rsquo;un travail méticuleux sur le choix des couleurs comme sur la coupe ou encore la matière.</p>
<p>			Réunissant le meilleur de son équipe, Robert Carsen s&rsquo;impose en véritable magicien de la scène sachant harmoniser l&rsquo;ensemble du spectacle sans déséquilibre aucun. De ce bouquet d&rsquo;élégance et de raffinement jaillissent des scènes mythiques comme les courses d&rsquo;Ascot, l&rsquo;apparition d&rsquo;Eliza en robe du soir ou encore la scène du bal de l&rsquo;Ambassade au cours de laquelle douze couples de danseurs exécutent une valse — avec changement de ligne — digne des plus grandes formations de danses standards&#8230;.</p>
<p>			 </p>
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		<title>LOEWE, My Fair Lady — Paris (Châtelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/un-peu-trop-sage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Buch]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Dec 2010 08:38:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fort de l’immense succès remporté l’an passé avec The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur), Jean-Luc Choplin a souhaité convier au Théâtre du Châtelet un nouveau musical très célèbre , My Fair Lady. Il n’a donc pas hésité à constituer une dream team composée de la fine fleur musicale et théâtrale britannique toujours avec l’orchestre Pasdeloup &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Fort de l’immense succès remporté l’an passé avec <em>The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur), </em>Jean-Luc Choplin a souhaité convier au Théâtre du Châtelet un nouveau <em>musical</em> très célèbre , <em>My Fair Lady</em>. Il n’a donc pas hésité à constituer une <em>dream team </em>composée de la fine fleur musicale et théâtrale britannique toujours avec l’orchestre Pasdeloup et les chœurs du Châtelet. Cerise sur le gâteau, il a invité le metteur en scène Robert Carsen, très en vue sur la scène internationale, avec lequel il avait fait équipe pour <em>Candide</em> de Bernstein en 2006.Tous les ingrédients semblaient donc réunis pour que la magie de <em>The Sound of Music </em>se renouvelle. Et pourtant, malgré les qualités indiscutables du résultat obtenu, on reste un peu sur sa faim.</p>
<p> </p>
<p>Il faut dire que cette comédie musicale créée en 1956 à New York, avec Julie Andrews et RexHarrison dans les rôles respectifs d’Eliza Doolittle et Henry Higgins, connut un succès considérable qui ne s’est jamais démenti au fil des ans, et même plutôt renforcé grâce au film mythique réalisé en 1964 par George Cukor avec toujours Rex Harrison en Higgins et la divine Audrey Hepburn, qui fut préférée à Julie Andrews, en Eliza. Hepburn était doublée pour la voix chantée par Marni Nixon mais ses qualités incontestables de comédienne et son charme magique firent le reste. Elle n’obtint pourtant pas l’oscar de la meilleure actrice pour ce chef-d’œuvre qui en reçut huit, dont celui du meilleur film. De ce côté-là, donc, la concurrence est rude, bien que par ailleurs sur le plan scénique, <em>My Fair Lady</em> soit plutôt rare en France. En 1995, à Paris, on avait pu applaudir pour quelques représentations au Théâtre Mogador, une excellente production venue de Broadway, avec dans le rôle d’Higgins, rien moins que <strong>Richard Chamberlain</strong>, éblouissant de charme et d’élégance. </p>
<p> </p>
<p>Cette nouvelle production du Châtelet fait preuve d’un savoir-faire incontestable et d’un travail théâtral accompli, tant par la qualité de ses décors &#8211; sobres et très chic, dans des dégradés subtils de blanc, de beige et de gris -, le raffinement des éclairages, le choix des costumes, toujours de très bon goût, et la qualité de sa direction d’acteurs. Mais il y manque le grain de folie, l’exubérance, voire la luxuriance des formes et des couleurs qu’on trouvait dans le film de Cukor, une certaine extravagance aussi – les décors et costumes plutôt délirants de Cecil Beaton y étant certainement pour quelque chose.  </p>
<p> </p>
<p>Là tout est parfait, tellement parfait que cela ressemble à des photos de mode dans un album, magnifiques certes, mais un peu glacées. Pour le coup, la passion, l’émotion et la fantaisie débridée qu’on serait en droit d’attendre dans ce genre d’œuvre font plutôt défaut, et aussi, il faut bien le dire, quelque chose qui pourrait s’apparenter au charme, qui on le sait, nait souvent de l’imperfection.</p>
<p> </p>
<p>Les rôles secondaires sont remarquablement tenus : la grande <strong>Margaret Tyzak, </strong>spirituelle à souhait<strong>, </strong>en mère d’Higgins, <strong>Nicholas le Prevost</strong>, savoureux Colonel Pickering, <strong>Donald Maxwell</strong>, haut en couleurs en père d’Eliza, <strong>Jenny Galloway</strong>, désopilante Mrs Pearce, la gouvernante, et le très charmant et bien chantant <strong>Ed Lyon</strong> en Freddy Eynsford-Hill, l’amoureux transi d’Eliza. Et tous les autres, excellents, même dans les plus petits rôles.</p>
<p> </p>
<p>D’où vient alors que le couple vedette Eliza/Higgins semble ne pas fonctionner tout à fait ? Pris individuellement, ils ont pourtant des qualités incontestables : <strong>Sarah Gabriel</strong> est une musicienne accomplie, bien qu’on eût préféré un timbre plus rond et une caractérisation plus piquante. Quant à <strong>Alex Jennings</strong>, formidable acteur-chanteur à la diction vertigineuse, il a souvent tendance à utiliser toujours le même registre, loin des fulgurances ambigües de Rex Harrison, et même de Richard Chamberlain.</p>
<p> </p>
<p>Il est vrai que Robert Carsen a souhaité se référer pour les relations entre Eliza et Higgins aux théories de George Bernard Shaw, fort contrarié de voir la comédie musicale inspirée de sa pièce aboutir à un <em>happy end</em> qu’il n’avait absolument pas souhaité. D’une telle optique nait sans doute une certaine distanciation du flux émotionnel entre les deux protagonistes, qui rend finalement assez peu convaincante leur relation amoureuse. Ce qui est dommage, surtout lorsqu’on songe au film de Cukor, où Harrison et Hepburn étaient tout bonnement bouleversants.</p>
<p> </p>
<p>Heureusement que côté fosse, <strong>l’Orchestre Pasdeloup </strong>rondement mené par <strong>Kevin Farrell</strong> est au top, que les chœurs sont excellents, que les dialogues sont percutants, spirituels et jubilatoires, et qu’il y a cette musique délicieuse et pleine de charme, ce fameux charme dont il était question plus haut.</p>
<p> </p>
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