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	<title>Radamisto - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Radamisto - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Radamisto — Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/radamisto-montpellier-standing-ovation-pour-philippe-jaroussky-et-un-plateau-de-reve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Oct 2021 06:50:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques mois après y avoir dirigé <a href="https://www.forumopera.com/caino-ovvero-il-primo-omicidio-montpellier-essai-transforme-et-parfois-meme-sublime"><em>Il Primo Omicidio</em> </a>de Scarlatti, <strong>Philippe Jaroussky</strong> retrouvait la scène du Corum, lundi dernier, le méconnu <em>Radamisto </em>de Haendel inaugurant en beauté sa résidence artistique à l’Opéra Orchestre National de Montpellier. S&rsquo;il se contente cette fois du rôle-titre, le contre-ténor est néanmoins à l’origine de ce projet et nous lui en sommes vivement reconnaissant. Ouvrage estimable et d’ailleurs estimé dès sa création au printemps 1720, <em>Radamisto </em>connut sa première représentation moderne en 1927, mais il ne s’imposa jamais. En vérité, parmi les joyaux dont regorge la partition, seul le <em>lamento</em> « Ombra cara » jouit d’une relative popularité. Mirobolante sur le papier, la distribution réunie pour cette version de concert tient toutes ses promesses et reçoit une <em>standing ovation </em>amplement méritée. L’excitation inhérente aux premières ne suffit pas à expliquer l’effervescence qui régnait sur le plateau. Tous, sans exception, font leurs débuts dans leurs rôles respectifs et ce challenge nourrit probablement aussi une connivence qui fait plaisir à voir et à entendre. Cette alchimie nous fait vite oublier l’absence de mise en scène, finalement dispensable quand les artistes sont aussi habités. Bonne nouvelle pour les absents : la soirée du 4 octobre marquait le coup d’envoi d’une tournée européenne (Barcelone, Essen, Madrid, Genève) qui fera étape le vendredi 8 octobre au Théâtre des Champs-Élysées.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="330" src="/sites/default/files/styles/large/public/6._radamisto_oonm_cmac_ginot.jpg?itok=CWR0jL75" title="Radamisto © Marc Ginot" width="468" /><br />
	Radamisto © Marc Ginot</p>
<p>Comparé aux intrigues alambiquées, voire filandreuses où s’enlise souvent l’<em>opera seria</em>, l’argument de <em>Radamisto </em>étonne par sa limpidité et frise même l’épure. Farasmane, roi de Thrace, voit son royaume assiégé par l’impétueux roi d’Arménie, Tiridate, son gendre, qui rejette brutalement sa légitime épouse, Polinessa, pour convoiter sans vergogne celle du fils de Farasmane, Radamisto, à savoir la princesse Zenobia. Unis dans l’amour comme dans l’adversité, Radamisto et Zenobia préfèrent se donner la mort plutôt que d’être séparés. Ils sont heureusement sauvés des eaux de l’Araxes par les soldats de Tiridate et alors que Zenobia est emmenée au palais du monarque, Radamisto trouve un allié inattendu en la personne du prince Tigrane, a priori son ennemi, mais qui est secrètement épris de Polissena. Radamisto réussit à s’introduire au palais, se fait reconnaître de son épouse et tente de tuer Tiridate, mais il est découvert et les époux sont jetés au cachot. </p>
<p>Tigrane parvient néanmoins à retourner les troupes arméniennes contre leur souverain, libérant ainsi Radamisto et Zenobia. <em>Lieto fine </em>oblige, Tiridate opère une volte-face si fulgurante qu’elle en deviendrait presque drôle : il retombe dans les bras de Polissena qu’il avait odieusement repoussée, Radamisto se montrant magnanime et pardonnant à son rival. Toutefois, hormis ce finale, « le plus long vaudeville » jamais mis en musique par Haendel (Jonathan Keats), le livret élaboré par Domenico Lalli n’a rien de léger et frappe plutôt par sa noirceur. Haendel a toujours excellé dans ces portraits de héros et surtout d’héroïnes dont l’amour et la fidélité sont mises à rude épreuve, en l’occurrence un couple (comme dans <em>Rodelinda</em>) menacé par un danger mortel. Ce schéma oppressant se révèle propice aux effusions et au pathétique, et il intègre le concept de l’honneur, essentiel dans la veine politique de l’<em>opera</em> <em>seria</em>. Témoin privilégié de la vie musicale à Londres, Burney salua une construction plus solide, ingénieuse et pleine de feu qu’aucun des drames produits jusque-là par le Saxon depuis son arrivée en Angleterre (<em>Rinaldo</em>, <em>Il pastor fido</em>, <em>Teseo</em>, <em>Silla</em>, <em>Amadigi</em>). </p>
<p>Guère présente au-delà du premier acte, Polissena, l’épouse fidèle de l’infâme Tiridate, fait une entrée saisissante : la cavatine sur laquelle s’ouvre l’opéra (« Sommi dei ») révèle une grandeur quasi tragique qui en fait ni plus ni moins l’égale du <em>prime uomo </em>(Radamisto) et de la <em>prima donna </em>(Zenobia). Il faut dire qu’<strong><a href="https://www.forumopera.com/partenope-paris-tce-un-altra-volta-ancor">Emőke</a></strong><a href="https://www.forumopera.com/partenope-paris-tce-un-altra-volta-ancor"><strong> Baráth </strong></a>lui confère un relief inattendu. Nous avions déjà entrevu son <a href="https://www.forumopera.com/cd/voglio-cantare-barbara-strozzi-comme-vous-ne-lavez-jamais-entendue">puissant tempérament</a>, mais nous n’avions aucune idée de l’évolution de sa voix. Elle s’est élargie, le velours s’est enrichi de couleurs nouvelles et cette opulence se pare d’éclats d’une suffocante beauté. La virtuose a aussi gagné en maturité et prend des risques qui se révèlent proprement grisants lorsque déferle la rage trop longtemps contenue de Polissena (« Sposo ingrato »). Nous avons d’abord une impression de déjà vu et pour cause : cette page exubérante recycle un matériau qui a déjà servi à trois reprises au caro Sassone (<em>Il delirio amoroso</em>, <em>Rodrigo </em>et <em>Agrippina</em>) ! Mais Emőke Baráth le réinvente, pour notre plus grand bonheur, et nous nous réjouissons qu’un soprano de cette classe s’épanouisse dans l’opéra du XVIIIe.  </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="323" src="/sites/default/files/styles/large/public/3._radamisto_oonm_cmac_ginot.jpg?itok=BdRyhyIw" title="Alicia Amo (Fraarte), Anna Bonitatibus (Tigrane) et Zachary Wilder (Tiridate) © Marc Ginot" width="468" /><br />
	Alicia Amo (Fraarte), Anna Bonitatibus (Tigrane) et Zachary Wilder (Tiridate) © Marc Ginot</p>
<p>Une femme moins stoïque aurait certainement craqué plus tôt face au comportement abject de Tiridate. Point de basse, du moins dans la mouture originale de <em>Radamisto</em>, pour camper le méchant de service, mais un ténor dont, pour une fois, Haendel sollicite l’aigu et la vaillance. Solidement charpenté et d’une rondeur peu commune dans ce répertoire, celui de <a href="https://www.forumopera.com/actu/questionnaire-de-proust-zachary-wilder"><strong>Zachary Wilder</strong></a> affiche une flexibilité remarquable et son mordant fait merveille dans de rutilants airs de bravoure : « Stragi, morti », avec trompette <em>obbligato</em>, et « Alzo al volo », rehaussé d’une paire de cors – une première à l’époque dans un opéra joué à Londres. Et pour peu que l&rsquo;auditeur se concentre sur son brillant ramage, le monstre d’arrogance devient un salaud magnifique. Dommage que son troisième numéro, plus subtil et insinuant, n’ait pas été retenu pour ce concert qui mêle plusieurs versions de <em>Radamisto</em> – une liberté qui n’aurait choqué personne à une époque où les remaniements étaient monnaie courante. </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/22._radamisto_oonm_cmac_ginot.jpg?itok=4teIqyjc" title="Renato Dolcini (Farasmane), Philippe Jaroussky (Radamisto) et Marie-Nicole Lemieux (Zenobia)© Marc Ginot" width="468" /><br />
	Renato Dolcini (Farasmane), Philippe Jaroussky (Radamisto) et Marie-Nicole Lemieux (Zenobia) © Marc Ginot</p>
<p>Originellement écrit pour le soprano Margherita Durastanti, le rôle-titre sera adapté pour Senesino lors d’une première reprise en décembre 1720. Haendel transpose cinq airs, d’une tierce ou d’une quarte, et en compose de nouveaux. <a href="https://www.forumopera.com/recital-philippe-jaroussky-toulouse-le-maitre-du-detail"><strong>Philippe Jaroussky</strong></a> profite de ces arrangements pour évoluer dans une zone plus confortable et donner le meilleur de lui-même. Tout n’a-t-il pas déjà été dit, écrit, répété ? Il y a plus de vingt ans, la découverte de sa voix à nulle autre pareille nous a plongé dans une douce sidération. La publicité tente parfois de nous vendre le « nouveau Jaroussky » : quelle blague ! Quand ce n’est pas une supercherie éhontée, à grand renfort de marketing. Ce don des dieux ne serait évidemment rien sans la personnalité de l’artiste. Et cette prise de rôle consacre l’accomplissement d’un musicien et d&rsquo;un <a href="https://www.forumopera.com/alcina-salzbourg-une-carte-du-tendre-en-eclats">interprète d’exception.</a> Radamisto fait son entrée sur un <em>Largo</em> dépouillé, accompagné au continuo, un autre « Cara sposa » qui nous le montre tel qu’en lui-même : un amant éperdu et vulnérable. Trois heures plus tard, nous le retrouverons inchangé, dans l’ensorcelante sarabande « Son qual nave smarrita ». Certes, dans l’intervalle, il se sera également montré farouchement déterminé, colérique et prêt à terrasser son ennemi, une dimension que le contre-ténor n’élude pas, au contraire. D’ailleurs, son abattage dans la haute voltige reste aujourd’hui encore impressionnant. Toutefois, ce qui nous captive davantage et le distingue de ses pairs, c’est l’intelligence avec laquelle il développe son interprétation dans les mouvements lents : « Ombra cara », fascinante introspection, mais plus encore « Dolce bene », nimbé d’une infinie tendresse, et « Qual nave smarrita », le chanteur prenant furtivement et fort délicatement appui sur ses graves de baryton – ou quand la technique se met au service de la sensibilité. </p>
<p>Cinq ans après avoir chanté Almirena dans <em>Rinaldo</em>, Anastasia Robinson ne s’est pas transformée en machine à roulades, mais elle se produit désormais comme contralto lorsque Haendel lui destine la partie de Zenobia<em>. </em>Celle-ci donne une excellente idée des ressources de la chanteuse dont les admirateurs louaient le moelleux du timbre et l’expressivité. Avant même de découvrir ce qu’elle allait en faire, nous comprenions que Philippe Jaroussky ait pensé à <strong><a href="https://www.forumopera.com/rodelinda-paris-tce-comment-la-vocalise-vient-aux-heros">Marie-Nicole Lemieux</a> </strong>*. Sa composition se révèle grandiose. L’oreille est d’abord à la fête et nous ne boudons pas notre plaisir : investi par un authentique contralto, « Son contenta di morire » revêt une plénitude inouïe et les contrastes de registre accentuent le cours houleux de cet ébouriffant <em>Presto</em>. Ce sera l’unique incursion de Zenobia dans la pyrotechnie, mais d’autres pages exprimeront le caractère excessif de cette femme au bord de la rupture. Marie-Nicole Lemieux s’attendrit ou fulmine avec la même sincérité, entière et désarmante. Elle peut aussi bien nous ravir dans un dialogue fuyant avec le hautbois (« Quando mai spietata sorte ») que nous donner la chair de poule en sombrant dans la schizophrénie (formidable « Empio perverso cor » où elle s’adresse alternativement à Radamisto et Tiridate, tout miel avec l’un et tout fiel avec l’autre – neuf changements de tempo dans une pièce de dix-neuf mesures !) Il fallait sans nul doute une artiste de cette trempe pour rendre justice à l’acuité psychologique de Haendel. Autre moment fort, au III, « Deggio dunque » trahit à nouveau l’agitation extrême de l’héroïne, la section A balançant entre un <em>Adagio </em>où le violoncelle amplifie la déchirante plainte de Zenobia et un <em>Allegro </em>avec tout l’orchestre. <em>Radamisto </em>scelle également de belles retrouvailles. Marie-Nicole Lemieux et Philippe Jaroussky n’ont ensemble qu’un bref et frémissant duo où les amants réunis ont un avant-goût du paradis, mais leur complicité transparaît dans plus d’un tableau. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/15._radamisto_oonm_cmac_ginot.jpg?itok=PWaQWDb0" title="Marie-Nicole Lemieux (Zenobia) © Marc Ginot" width="468" /><br />
	Marie-Nicole Lemieux (Zenobia) © Marc Ginot</p>
<p>Si le nec plus ultra de l’élégance se niche dans les accessoires, le comble du luxe en matière de casting réside dans les emplois secondaires. Tigrane, le prince qui noue une alliance décisive avec Radamisto et en pince pour la vertueuse Polissena, nous permet de retrouver <strong>Anna Bonitatibus</strong> au sommet de sa forme et de son art. Cette partie de soprano flatte la fraîcheur inaltérée du timbre qui se marie avec bonheur à celui des hautbois que la partition associe aux différentes interventions du prince. Vélocité et netteté de la vocalisation, galbe souverain de la ligne, raffinement du détail (« Con vana speranza ») : le mezzo nous livre, derechef, une impeccable leçon de <em>bel canto</em>. Révélation du magnifique <a href="https://www.forumopera.com/san-giovanni-battista-nantes-lincandescence-retrouvee-de-stradella"><em>San Giovanni Battista </em></a>de Stradella revigoré par Damien Guillon, <strong>Alicia Amo </strong>aborde la figure juvénile et candide de Fraarte, frère de Tiridate et lui aussi épris de Zenobia. Dispensable sur le plan dramatique et d’ailleurs supprimé ultérieurement, ce personnage apporte néanmoins une touche de légèreté et, partant, une heureuse diversion dans un opéra au climat sombre et souvent tendu. Prudente dans l’exquis « Mirerò quel vago volto », privé d’embellissements, la chanteuse gagne ensuite en assurance et porte haut l’étendard de la nouvelle génération lyrique. Réduit à la portion congrue, Farasmane s’avère le seul comprimario de <em>Radamisto</em>, mais le roi de Thrace hérite du grain séduisant et de la présence au texte de <strong><a href="https://www.forumopera.com/giulio-cesare-milan-cesar-sempare-de-milan">Renato Dolcini</a>. </strong>Certes, le baryton ne peut transformer en or le plomb d’une <em>aria </em>générique et qui vaut davantage pour son accompagnement que pour sa ligne de chant, mais il parvient en quelques mesures à traduire l’humanité inquiète de cette figure paternelle à peine esquissée.  </p>
<p>La performance d&rsquo;<strong>Il Pomo d&rsquo;Oro</strong> justifiait, elle aussi, les ovations du public, a fortiori pour un soir de première. L’un ou l’autre accident, très ponctuel, nous rappelle que la perfection n’est qu’un mirage du disque et il faudrait être à la fois sot et mesquin pour s’y arrêter quand le souffle de l’éloquence anime les musiciens. L’arrivée de<a href="https://www.forumopera.com/my-favorite-things-bayreuth-vous-aussi-vous-nous-avez-manque"> <strong>Francesco Corti</strong></a> comme chef invité en 2019 est probablement la meilleure chose qui soit arrivée à cette formation, lancée un peu trop vite sous les feux de la rampe puis orpheline après le départ de son directeur. Reprise en main par Maxim Emelyanychev en 2016, la phalange ne cesse depuis lors de se bonifier : précision des attaques, souplesse de l’articulation, sens de la pulsation et motricité rythmiques, autant de qualités au service d’une partition exigeante et qui sollicite aussi bien l’orchestre que ses individualités. De l’ouverture à la française, impeccablement architecturée, aux ballets entre les actes, en passant bien sûr par l’accompagnement des airs, Haendel n’a de cesse de renouveler l’écrin instrumental de son drame. « Orchestration on a big scale (…) for characters larger than life » pourrait-on résumer en citant Winton Dean. Nous avons déjà évoqué les <em>obbligati</em> destinés aux vents ou au violoncelle, mais il faudrait aussi mentionner les voltiges du violon dans le « Sposo ingrato » de Polissena, que <strong>Zefira Valova </strong>enlève avec un éblouissant panache.  </p>
<p>* Retrouvez également <a href="https://www.forumopera.com/actu/marie-nicole-lemieux-il-ny-a-que-dans-lart-que-lhumain-se-sent-moins-seul">Marie-Nicole Lemieux dans le long interview accordé à Charles Sigel</a></p>
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		<title>HAENDEL, Radamisto — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/pisaroni-seducteur-malgre-lui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Feb 2013 15:52:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Au royaume des intrigues filandreuses et tarabiscotées où se fourvoie d’ordinaire l’opera seria, l’argument de Radamisto, a fortiori dans la mouture choisie par le Théâtre des Champs-Elysées, frise quasiment l’épure: Farasmane, roi de Thrace, voit son royaume assiégé par l’impétueux roi d’Arménie, Tiridate, son gendre, qui délaisse sa légitime épouse (Polissena) pour convoiter la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Au royaume des intrigues filandreuses et tarabiscotées où se fourvoie d’ordinaire l’opera seria, l’argument de <em>Radamisto</em>, a fortiori dans la mouture choisie par le Théâtre des Champs-Elysées, frise quasiment l’épure: Farasmane, roi de Thrace, voit son royaume assiégé par l’impétueux roi d’Arménie, Tiridate, son gendre, qui délaisse sa légitime épouse (Polissena) pour convoiter la princesse Zenobia, bru de Farasmane et compagne de Radamisto. Unis dans l’amour comme dans l’adversité, Radamisto et Zenobia préfèrent se donner la mort plutôt que d’être séparés. Ils sont heureusement sauvés des eaux de l’Araxes par les soldats de Tiridate, Zenobia est emmenée au palais du monarque alors que Radamisto se découvre un allié inattendu en la personne du prince Tigrane, a priori son ennemi, mais qui est secrètement épris de Polissena et réussit à retourner contre leur souverain les troupes arméniennes. <em>Lieto fine</em> oblige, Radamisto se montrera magnanime et pardonnera à son rival, chacun retrouvant sa moitié dans un finale expédié avec une diligence qui en deviendrait presque drôle.</p>
<p>			Ecrit pour l’inauguration de la Royal Academy of music et créé le 20 avril 1720, l’ouvrage fut profondément remanié par le compositeur en décembre, après l’arrivée à Londres des chanteurs recrutés par ses soins en Italie: Senesino (contralto) endossa le rôle-titre, créé par la Durastanti (soprano), qui elle-même reprit celui de Zenobia confié à l’origine au contralto Anastasia Robinson. Enfin, de ténor (Gordon), Tiridate devint basse (Boschi). Au-delà de ces transpositions, Haendel modifia l’intrigue et composa au total une dizaine d’airs nouveaux, un duo et un quatuor. Le caractère héroïque de Radamisto s’en trouve renforcé, Zenobia gagne aussi en profondeur et le troisième acte culmine sur un puissant climax. Lors d’une reprise en novembre 1721, Haendel supprimera également le personnage secondaire de Fraarte, frère de Tiridate, ce qui nous prive notamment du ravissant « Mirerò quel vago volto », mais resserre aussi le drame autour de ses vrais protagonistes. C’est précisément la version que dirigeait <strong>Harry Bicket</strong> le 6 février dernier, un choix judicieux auquel nous ne pouvons que souscrire.</p>
<p>			Modèle de construction et d’efficacité dramatiques, <em>Radamisto</em> ne s’est pourtant jamais imposé au XXe siècle: rarement donné, il n’a connu aucune production mémorable. Quant au disque, si l’intégrale de la version originale gravée par Alan Curtis éclipse celle de la seconde par Nicholas MacGegan, elle ne le doit guère qu’à la performance exceptionnelle, dans tous les sens du terme, de Joyce Di Donato. Hormis « Ombra cara », qui pourrait citer, au débotté, le titre d’un air de <em>Radamisto</em> ? Même cette page, une des plus admirables jamais écrites par Haendel, n’égale pas en popularité les tubes de <em>Rinaldo</em> (« Cara sposa », « Lascia ch’io pianga ») qui mirent l’Angleterre à ses pieds neuf ans plus tôt. Le défi était d’autant plus excitant pour l’équipe réunie sous la conduite d’Harry Bicket. En effet, elle ne pouvait pas s’appuyer sur l’enthousiasme d’un public déjà partiellement acquis et pressé de retrouver ses numéros favoris. En revanche, elle aurait pu le surprendre et le conquérir, avec l’avantage d’échapper au crible impitoyable des comparaisons. L’impossible triangle amoureux jouissait d’un autre atout : l’expérience, chacun ayant déjà abordé le rôle, qui plus est, au théâtre. Ainsi, en 2008, à Santa Fé, David Daniels (Radamisto) croisait déjà le fer avec Luca Pisaroni (Tiridate), Harry Bicket et David Alden assurant la direction et la mise en scène. Le mois passé, c’est au Theater an der Wien que David Daniels étreignait la Zenobia de Patricia Bardon, dans une version composite de l’opéra réalisée par René Jacobs.</p>
<p>			Il a beau rouler des yeux noirs en décochant ses traits rageurs, rien n’y fait : <strong>Luca Pisaroni </strong>demeure la séduction incarnée. Le détester relève de l’impossible. Alors que les érudits expliquent l’étonnante fidélité de Polissena, son épouse délaissée et brutalisée, par l’importance que revêt à l’époque le sens de l’honneur lorsque l’opéra s’intéresse aux têtes couronnées, le roi d’Arménie, sous les traits et avec la voix du baryton basse, semble devenir bien plus qu’un méchant magnifique : le héros, sadique et irrésistible, d’une autre histoire. <strong>David Daniels</strong> est toujours prêt à en découdre et investit le moindre récitatif avec cette énergie, cette présence, ce sens aigu du drame qui l’ont distingué dès ses débuts. En revanche, la voix paraît fatiguée. En perdant progressivement ses aigus de mezzo, elle ne s’est pas suffisamment étoffée dans le grave ni muée en contralto, la tessiture de Radamisto l’exposant à quelques décrochages malaisés. En outre, les vocalises dont se hérisse sa partie lui coûtent des efforts parfois trop audibles et il peine à nourrir la ligne dans un « Ombra cara » qui s’étiole et ne décolle jamais. Le contre-ténor retrouve néanmoins un certain panache au III et s’épanche enfin dans l’exquise sarabande en sol mineur « Qual nave smarrita ».</p>
<p>			L’abattage de <strong>Patricia Bardon </strong>(Zenobia), par contre, est intact, mais la sécheresse, les aspérités de l’instrument et son émission tendue dans le haut médium entravent toujours son expression. Elle arrive toutefois, ici ou là, à attendrir cette étoffe si rude et à en tirer des accents touchants qui affinent une composition très engagée où l’actrice finit par transcender les limites de la chanteuse. Son duo avec Radamisto est un régal.</p>
<p>			L’une a la voix – ronde, longue et souple – et l’autre les idées, un soupçon d’audace, serions-nous tenté d’écrire à propos de Brenda Rae (Polissena) et d’Elizabeth Watts (Tigrane). De la première, Christophe Rizoud saluait, à <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=2385&amp;cntnt01returnid=54">Bordeaux en février 2011</a>, la Zerbinetta inhabituelle et très féminine. Clément Tailla, un an et demi plus tard, déplorait le timbre trop sucré de sa <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=3936&amp;cntnt01returnid=54">Lucia viennoise</a> et plus encore le vibrato affectant ses suraigus, mais louait dans le même temps l’émouvante sincérité de son interprétation. Sa prise de rôle en Polissena suscite la perplexité. Appliquée et extrêmement prudente dans les airs après des récits d’une tout autre vivacité, <strong>Brenda Rae</strong> donne constamment l’impression de se brider – comme pour éviter l’accident ou la faute de style dans un univers qui lui reste fondamentalement étranger. Plus d’une fois un frémissement, un élan soudain relance nos espoirs (« Barbaro, partirò ») et nous porte à croire qu’elle va enfin prendre des risques, mais en vain. <strong>Elizabeth Watts</strong> n’a pas grand chose pour elle (<em>vocina</em> droite et impersonnelle, médium éteint, legato virtuel), mais elle peut s’enhardir à la faveur d’un <em>Da Capo</em> qui, du coup, retrouve sa raison d’être. Assis au clavecin, Harry Bicket bouge à peine et semble imperturbable, mais il connaît sa partition, qu’il conduit d’un geste sûr, dosant habilement les contrastes de tempo et les nuances dynamiques. Dommage que l’English Concert manque de basses et se montre avare de couleurs comme de galbe.</p>
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