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	<title>Royal Opera House - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Royal Opera House - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Oct 2026 04:00:15 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette nouvelle production de l&rsquo;ultime chef-d’œuvre de Richard Wagner, <strong>Evgeny</strong> <strong>Titov</strong> choisit de situer l’ouvrage dans un univers un peu dystopique. Le premier acte nous plonge d’abord dans un entrelacs de blocs de béton rouillés et crasseux, qui fait un peu songer aux dessous du Périphérique parisien, et où les Chevaliers et Écuyers du Graal, placés devant des écrans de surveillance, évoquent des agents de sécurité. La seconde partie de l&rsquo;acte nous plonge ensuite dans une ambiance d’EHPAD, sans véritable changement de décors toutefois. Même si les chevaliers du Graal s’abreuvent du sang qui sourd de la plaie d’Amfortas, l’ambiance n’est guère mystique : on pourrait être tout aussi bien dans une secte déjantée, dans un asile de fous libéré de ses gardiens, ou dans un monde plus ou moins carcéral. Le deuxième acte est plus original. Le palais de Klingsor est aménagé dans ce même fond de décor. Les écrans de surveillance sont recyclés et diffusent devant huit petites filles des images animées astucieusement élaborées à partir de chefs-d’œuvre de la peinture religieuse (Adam et Ève chassés du Paradis, Cène, Crucifixion, Descente de croix, etc.). La lance qui transperça le Christ est dans une vitrine en verre, tout comme d’autres reliques, tel un masque de Toutankhamon. Mi-séduisantes, mi-horrifiantes (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dix-operas-sur-liliade-et-lodyssee/">comme les sirènes d’Ulysse</a>), les filles-fleurs semblent sorties d’un film de science-fiction des années 70. Dans un déshabillé transparent, Kundry donne le sein à Parsifal alors qu’elle évoque la mère de ce dernier, idée originale plutôt bien vue. Le dernier acte nous replonge dans des décors proches de ceux du premier. Quoi qu’ayant supprimé la plupart des références religieuses de son univers visuel, le metteur en scène respecte assez scrupuleusement l’intrigue et ses didascalies : ainsi, Kundry puise de l&rsquo;eau pour ranimer Parsifal (ok, elle la puise au robinet) ; elle lui lave les pieds, verse dessus un baume et les essuie avec ses cheveux, etc. En revanche, l’<em>Enchantement du Vendredi Saint</em> ne se manifeste visuellement par&#8230; rien. L’extrême fin constitue, ou pourrait constituer, la seule franche trahison du livret (attention : spoiler / divulgâchage à suivre) : alors qu’Amfortas attend d’être libéré de ses souffrances par la simple imposition de la lance, rien ne se passe comme attendu. Parsifal devra le tuer pour de bon en le transperçant une nouvelle fois, solution d&rsquo;ailleurs beaucoup plus authentiquement chrétienne que celle imaginée par Wagner (1). Autre élément de satisfaction, le travail de mise en scène est toujours parfaitement coordonné avec la partition. Il ne s’agit jamais d’une sorte de théâtre avec une musique plaquée par dessus. Pour prendre un dernier exemple, quand, au dernier acte, Parsifal fait son apparition coté cour, en ciré et la lance à la main, façon chasseur de cachalots, la lumière éclaire d’abord son visage, puis il tourne lentement la tête vers Gurnemanz dont l’attention s’éveille, avant de s’approcher de celui-ci à pas lents, tout ceci dans une suite de mouvements précis, dont on pourrait presque dire qu’ils sont chorégraphiés tant ils collent exactement à la musique, mais qui restent toujours naturels dans leur évidence. Au global, si la production peut avoir certains aspects irritants, elle demeure passionnante.</p>
<p>Pour ses débuts dans le rôle, <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> offre ici un sans-faute. Le chanteur aborde Parsifal plutôt en ténor lyrique qu’en authentique <em>heldentenor </em>: compte tenu de sa bonne projection, l’option est tout à fait admissible (et il n’est certainement pas le premier dans ce cas). L’émission est intelligemment balancée entre notes aigues émises <em>spinto</em> ou davantage mixées. La voix est plutôt lumineuse, avec un timbre clair et franc. La tessiture très centrale correspond idéalement à ses moyens. Par ailleurs, le ténor français porte beau sa quarantaine, ce qui lui permet de camper un personnage attachant, d’une jeunesse fougueuse, d’autant que la mise en scène le contraint souvent à chanter torse nu.</p>
<p><strong>Ekaterina Gubanova</strong> incarne Kundry avec davantage de métier que de passion. La projection reste un peu limitée pour exprimer les grandes envolées lyriques du personnage, et le timbre manque désormais du moelleux nécessaire pour en exprimer la sensualité. Les notes aiguës (que d’autres interprètes n’hésitent pas parfois à transposer) sont ici assumées crânement. On appréciera enfin un bel engagement dramatique dans cette mise en scène particulièrement exigeante scéniquement.</p>
<p>En Gurnemanz, le vétéran <strong>Brindley</strong> <strong>Sherratt</strong> offre un timbre au grave riche et profond. Les quelques notes aigues sont malheureusement désormais difficiles a atteindre et souvent écorchées. De plus, la basse britannique a du mal à tenir la distance de ce rôle particulièrement éprouvant en termes d’endurance. L’incarnation est en revanche subtile et pétrie d’humanité. On en profitera par ailleurs pour signaler que le chanteur a été récemment nommé directeur artistique du <em>Grange</em> <em>Festival</em> (Hampshire, à ne pas confondre avec <em>Grange</em> <em>Park</em>, Surrey).</p>
<p>Particulièrement gâté par la mise en scène, qui en fait une sorte de Christ souffrant, <strong>Christian</strong> <strong>Gerhaher</strong> campe un Amfortas absolument bouleversant. On sait le baryton allemand spécialiste du lied, mais c’est bien en chanteur d’opéra qu’il défend son personnage, sans surarticulation excessive et avec une incroyable présence scénique (<em>mutatis mutandis</em>, il faut sans doute remonter à Thomas Hampson pour un tel niveau d’investissement dans ce rôle).</p>
<p>Le Klingsor de <strong>Mark Stone</strong> offre un intérêt dramatique certain par son attention au texte plutôt que par ses moyens. Une plus grande présence vocale, associée a une meilleure maitrise du legato, rendrait davantage impressionnant un personnage ici plus proche d’Alberich que du chevalier déchu.</p>
<p>Dans sa brève intervention en Titurel, placé derrière Amfortas et dos au public, <strong>James</strong> <strong>Platt</strong> impressionne par la noirceur de son timbre et la puissance de sa projection.</p>
<p>Les rôles des chevaliers et écuyers sont uniformément excellemment tenus, et il faut se féliciter d’une telle qualité de distribution.</p>
<p>Préparés par <strong>William</strong> <strong>Spaulding</strong>, les chœurs sont excellents, tant vocalement que scéniquement. Pour quelques passages, on regrettera toutefois une spatialisation peu convaincante. La partition prévoit en effet qu’une partie des choristes (chœurs célestes et voix séraphiques : jeunes gens d’une part, enfants d’autre part) restent invisibles afin de donner l’impression de voix descendant du ciel. Ici, les voix en fond de scène sont insuffisamment audibles tandis que celles semblant provenir du fond de la salle donnent une impression de sonorisation. Au moins les intentions du compositeur sont-elles respectées, ce qui n’est pas toujours le cas.</p>
<p><strong>Jakub Hrůša</strong> est le grand triomphateur de la soirée, avec une direction éminemment théâtrale, peut-être plus compassionnelle et humaine que simplement mystique. Ici, la musique respire avec le drame. Les tempi sont idéaux, avec des variations subtiles auxquelles l’orchestre répond avec précision, un peu comme si le chef pilotait une grosse cylindrée impeccablement réglée, rugissant ou ronronnant suivant ses impulsions. Le rapport fosse / orchestre est également parfaitement maitrisée. La texture est à la fois riche et transparente. On regrettera quelques accidents dans les cuivres mais les cordes sont somptueuses. A rebours du metteur en scène, le nouveau directeur musical du Royal Opera restaure ainsi la dimension spirituelle que celui-ci a voulu déconstruire.</p>
<ol>
<li>
<pre>Comme on le sait, Wagner n’était pas croyant. Il ne faut donc pas trop prendre au premier degré l’utilisation qu’il fait dans <em>Parsifal</em> de l’imagerie chrétienne, surtout avec des chevaliers du Graal pour qui la communion est le moyen de prolonger la vie terrestre (alors qu’elle vise à s’assurer son salut, c’est-à-dire la vie après la mort) ou quand le Christ y maudit Kundry, tout comme le Pape maudit Tannhäuser en dépit de son repentir sincère. Paradoxalement, le fait qu’Amfortas puisse retrouver la paix après la mort donnée par Parsifal constitue une fin plus chrétienne que celle très matérialiste où un Parsifal, devenu une sorte de guérisseur spécialisé en médecines alternatives, apporte le soulagement à Amfortas dans le monde temporel.</pre>
</li>
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		<title>DONIZETTI, La fille du régiment &#8211; Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2007 à Covent Garden, la production de <em>La Fille du régiment</em> due à l&rsquo;imagination fertile de <strong>Laurent Pelly</strong> a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un nombre assez incroyable de reprises de par le monde : Vienne (avec la participation inénarrable de Montserrat Caballé pour la création locale), New York (avec une Kiri Te Kanawa beaucoup moins drôle), Barcelone, Séville, San Francisco, Madrid, Chicago, la Scala tout récemment, et même Paris. La production fonctionne toujours aussi bien, d&rsquo;autant qu&rsquo;à la longue un francophone finit par ne plus trop prêter attention aux dialogues un peu lourds et faussement familiers d&rsquo;Agathe Mélinand. Dans ce spectacle taillé sur mesure pour elle, Natalie Dessay fut longtemps une Marie légendairement déjantée. De nombreuses chanteuses ont été par la suite amenées à chausser les souliers du soprano français, mais avec des réussites diverses : la mécanique comique bien huilée de la mise en scène demande une impeccable précision, mais doit aussi donner l&rsquo;impression du naturel et des accents assez typiques du français d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>
<p><strong>Sara Blanch</strong> relève haut la main le défi et se révèle une Marie pleine de vie, au jeu naturel, visuellement crédible en garçon manqué. Comme celui de sa devancière, le chant manque un peu de couleurs, mais le soprano maîtrise quant à lui très bien la technique belcantiste, avec des vocalises précises et des trilles parfaitement battues. Sara Blanch offre également quelques beaux suraigus et des variations originales. Enfin, le français du soprano catalan est très correct, pratiquement sans accent, bien articulé, y compris dans les nombreux dialogues parlés, atout précieux dans un ouvrage où le théâtre compte pour beaucoup.</p>
<p>On a du mal à croire que <strong>Juan Diego Flórez</strong> puisse défendre <em>La Fille du régiment</em> depuis déjà une trentaine d&rsquo;années (il y fit ses débuts à Las Palmas en 1996). Le ténor est toujours aussi à l&rsquo;aise en Tonio, un rôle qui met en valeur son timbre argentin et la fraîcheur de son registre aigu, à peine entamé (un chanteur péruvien au timbre argentin, donc). Les neuf contre-ut de son premier air sont toujours émis avec la même facilité déconcertante. Si, en revanche (et comme déjà à la Scala un peu plus tôt cette saison), le ténor n&rsquo;extrapole plus jusqu&rsquo;au contre ré bémol dans son second air, il offre toujours deux contre-ut supplémentaires au final. Particulièrement à l&rsquo;aise dans cette production qu&rsquo;il a défendue de nombreuses fois (y compris pour la création londonienne), il y campe un Tonio subtil, gentiment séducteur, espiègle et virevoltant, au physique juvénile idéal, avec même un surplus de chaleur et d&rsquo;émotion par rapport à ses précédentes incarnations. Sa technique belcantiste impeccable, à la fois au service du texte et du chant, lui permet de colorer et nuancer avec justesse les moments les plus élégiaques, tout en apportant un surcroit d&rsquo;excitation dans les pages les plus spectaculaires. L&rsquo;Opéra de Paris devrait le retrouver la saison prochaine en Roméo, après une incompréhensible absence de près de 15 années.</p>
<p>Après avoir longtemps défendu quelques uns des rôles les plus difficiles du belcanto romantique, <strong>Sonia</strong> <strong>Ganassi</strong> s&rsquo;oriente désormais vers les rôles de caractère (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-madrid/">Gertrude dans <em>Roméo et Juliette</em></a> il y a peu), sans transiger avec l&rsquo;intégrité vocale. <strong>Paolo Bordogna</strong> est un Sulpice plein de verve mais sans caricature, d&rsquo;une grande justesse dans son double rôle de père protecteur et de vieux guerrier. La projection est très bonne et le français impeccable. <strong>Donald Maxwell</strong>, qui incarnait déjà Hortensius à la création de la mise en scène, est toujours plus hilarant, sa relative bouteille et son léger accent britannique apportant un surcroit de comique à son impeccable prestation. Hors de France, les rôles du jeune paysan (ténor) et du Caporal (basse) sont souvent sacrifiés, confiés à des seconds couteaux n&rsquo;ayant pas la moindre notion de la prononciation correcte du français, ni le moindre intérêt à s&rsquo;y essayer. Dans ces courtes parties, <strong>Luke Price</strong> fait exception à la règle avec un français soigné et un timbre agréable, de même qu&rsquo;<strong>Eugene Dillon-Hooper</strong> à la voix bien projetée et au timbre de basse bien profond. Comme à la création, le rôle du notaire est tenu avec justesse par l&rsquo;acteur <strong>Jean-Pierre Blanchard</strong>. Conformément aux intentions originales de Laurent Pelly, le rôle de la Duchesse de Crakentorp est confié à une actrice et non à une vieille gloire du chant (ce que nous regrettons à titre égoïstement personnel). Peu connue en dehors de la Grande-Bretagne, l&rsquo;actrice <strong>Tamsin Greig</strong> est absolument excellente. Son humour et son sens du timing redonne de l&rsquo;intérêt à cette scène que nous avons un peu trop vue (c&rsquo;était la douzième fois&#8230;) d&rsquo;autant que le texte a été légèrement revu et réactualisé (1).</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Yves Abel</strong> est idéalement contrastée, tantôt pleine de verve, légère et sautillante, tout en évitant les flonflons, tantôt retenue, élégiaque et délicatement poétique. Authentique chef de théâtre, il sait concilier les impératifs de la scène et le soutien aux chanteurs, avec une belle tenue stylistique. Il contribue ainsi grandement à la réussite de la soirée. Pour cela, il peut compter sur les forces de la maison : l&rsquo;Orchestre et les Chœurs du Royal Opera sont en effet en tous points excellents.</p>
<ol>
<li>
<pre>À la création londonienne de la production, en 2007, la Duchesse de Crackentorp était incarnée par l'excellente Dawn French. Pour justifier l'absence de son neveu, le Duc Scipion, à son propre mariage avec Marie, elle mettait en avant les <em>obligations</em> <em>olympiques </em>du Duc. Nous étions en effet à 5 ans de l'ouverture des jeux d'été, et tout Londres bruissait de travaux, ce qui justifiait l'allusion. Durant les quelques 20 années qui suivirent, que ce soit à Vienne, Paris, New York ou même à la Scala fin 2025, nous avons continué à entendre la Duchesse évoquer ces <em>obligations olympiques</em> alors même que les villes où se donnait la production n'étaient pas concernées par des JO. Singulier psittacisme. La malédiction a été rompue ce soir : la Duchesse évoque désormais des <em>obligations footballistiques</em> : « World Cup, my dear! » Par ailleurs, la Duchesse ne demande plus à la Marquise de « ne pas lésiner »  sur le champagne (<em>Pommery</em>, <em>Dom</em> <em>Pérignon</em> suivant les sponsors officiels des théâtres...) mais de prévoir des petits fours sans gluten !</pre>
</li>
</ol>
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		<title>BELLINI, I puritani &#8211; Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-i-puritani-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En raison des difficultés qu&#8217;il recèle (tant vocales que dramatiques), I puritani ne fait pas partie des ouvrages véritablement installés au répertoire, mais plutôt de ceux que l&#8217;on voit plus ou moins régulièrement. Jusqu&#8217;à présent, l&#8217;ouvrage n&#8217;avait eu droit qu&#8217;à deux productions au Royal Opera, mais pas des moindres toutefois : en 1964, le rôle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En raison des difficultés qu&rsquo;il recèle (tant vocales que dramatiques), <em>I puritani</em> ne fait pas partie des ouvrages véritablement installés au répertoire, mais plutôt de ceux que l&rsquo;on voit plus ou moins régulièrement. Jusqu&rsquo;à présent, l&rsquo;ouvrage n&rsquo;avait eu droit qu&rsquo;à deux productions au Royal Opera, mais pas des moindres toutefois : en 1964, le rôle d&rsquo;Elvira était tenu par Dame Joan Sutherland dans une production de Franco Zeffirelli, et en 1992, June Anderson reprenait la production d&rsquo;Andrei Serban (vue également à Favart) aux côtés de Giuseppe Sabbatini et Dmitri Hvorostovsky. Les difficultés vocales sont connues : l&rsquo;ouvrage réclame des belcantistes de première force tant en termes de technique vocale que de purs moyens vocaux. On ne chante plus en effet <em>I puritani</em> comme ils furent créés (c&rsquo;est-à-dire, par exemple, sans suraigus conclusifs pour le soprano et avec des suraigus en voix mixte ou de tête pour le ténor) : comme dans le sport, les « records » du passé renforcent les attentes du public (en tout cas de ceux qui disposent d&rsquo;une certaine connaissance de l&rsquo;œuvre). Dramatiquement, l&rsquo;ouvrage pose un autre problème : son intrigue est d&rsquo;une simplicité extrême mais son développement s&rsquo;étend sur trois heures de musique (quand celle-ci n&rsquo;est pas coupée), ce qui induit un certain statisme scénique et campe un personnage très touchant.</p>
<p>Dans cette production, <strong>Richard Jones</strong> propose une vision très sombre, qui correspond d&rsquo;ailleurs à la lettre du livret. Le décor principal est celui d&rsquo;une vieille place forte du XVIIe siècle, mais avec un mélange de costumes modernes et anciens. D&rsquo;astucieux décors mobiles annexes (<strong>Hyemi</strong> <strong>Shin</strong>) viennent régler les changements de scène (chambre, chapelle, cellule&#8230;) sans interruption de la musique. Les détails de l&rsquo;action sont extrêmement soignés. Pour donner un seul exemple, Enrichetta est enfermée dans sa cellule. Elle se lamente seule, puis se confie à Arturo qui s&rsquo;adresse à elle par une fenêtre grillagée. Pendant ce temps, des « Cavaliers » (1) tentent de forcer sa porte après avoir neutralisé le gardien mais sont interrompus par l&rsquo;arrivée d&rsquo;Elvira venue visiter la reine dans sa prison, etc. Comme on le voit, le travail théâtral est complexe, millimétré, mais surtout bien vu et excellemment réglé. En quelques occasions, les chanteurs s&rsquo;avançent au premier plan, avec un rideau de scène noir derrière eux sur lequel viennent s&rsquo;inscrire, comme tracés par une plume virevoltante, leurs divers échanges épistolaires : les lettres d&rsquo;amour d&rsquo;Elvira pendant le prélude, la grâce de Cromwell au final, mais aussi, au début du dernier acte, les délires de l&rsquo;héroïne qui font prendre conscience à Arturo de l&rsquo;état mental de la jeune fille (voir l&rsquo;une des photos de la production)&#8230; Sans grande surprise, Riccardo se vengera d&rsquo;Arturo dans les dernières mesures, provoquant d&rsquo;ailleurs une exclamation choquée bien sonore du public. Les éclairages d&rsquo;<strong>Adam</strong> <strong>Silverman</strong> participent de l&rsquo;esthétique très soignée de la production, avec de magnifiques clairs-obscurs qui contribuent à une ambiance oppressante et crépusculaire. Certains aficionados du belcanto reprocheront peut-être au metteur en scène la noirceur de sa production, mais le fait est que la mise en scène fonctionne bien et que l&rsquo;action se déroule aisément sans faiblesse ni temps mort.</p>
<p><strong>Francesco Demuro</strong> campe un Arturo élégant et d&rsquo;une belle musicalité, au phrasé typiquement italien. Sa technique lui permet d&rsquo;offrir les nombreux suraigus de la partition sans donner vraiment l&rsquo;impression de forcer : ré bémol dans l&rsquo;air d&rsquo;entrée, deux ré et un ut dans le duo avec Elvira au début du III, ré bémol et contre fa dans l&rsquo;air final, cette dernière note « impossible » (et rarement tentée) étant plutôt bien négociée. Cet exploit est rendu possible par une technique vocale un peu particulière : le ténor sarde n&rsquo;attaque pas les aigus en voix de poitrine, mais avec une résonance utilisant largement la voix de tête, tout en évitant le fausset. Grâce à cette « voix pleine dans la tête » (la <em>voce piena in testa</em>), l&rsquo;aigu garde de sa puissance, mais il ne dispose pas toutefois du métal et du <em>squillo </em>des vrais ténors lyriques tels qu&rsquo;Alfredo Kraus ou le jeune Luciano Pavarotti, ce qui nous laisse un peu sur notre faim.</p>
<p>Méforme passagère ou fin de saison chargée, <strong>Lisette Oropesa</strong> n&rsquo;est pas apparue au mieux de ses capacités. Le suraigu est souvent tendu, le souffle un peu court, le chant assez monochrome. Peu exposées, les variations dans les reprises ne sont guère spectaculaires (le deuxième couplet de « Son vergin vezzosa » est d&rsquo;ailleurs coupée). On regrettera bien sûr la coupure (ou plutôt le non rétablissement) de la cabalette finale (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/">voir à ce sujet notre note de bas de page ici</a>). À la manière de l&rsquo;immense Beverly Sills, grande interprète du rôle, le soprano américain sait toutefois utiliser avec habilité son vibrato serré pour imprimer au texte des accents dramatiques bienvenus. Par ailleurs très sollicitée théâtralement par la production, le soprano fait preuve d&rsquo;une indubitable présence scénique.</p>
<p><strong>Andrzej Filończyk</strong> est un Riccardo plus verdien que belcantiste (la moitié des cadences vocalisantes qui concluent sa cabalette sont d&rsquo;ailleurs coupées, celle-ci étant tout de même conclue par un long sol aigu). Par ailleurs, la tessiture est sans doute un peu grave pour le baryton polonais qui chante parfois un peu haut, voire substitue des notes aiguës aux notes graves originales. Utilisé pour renforcer le texte, l&rsquo;effet dramatique est indéniable mais hors style.</p>
<p><strong>Ildebrando D&rsquo;Arcangelo</strong> est un Giorgio en tout point magnifique, véritable belcantiste. La voix est puissante, le timbre moelleux, sombre sans être caverneux. Le legato est impeccable. Une prestation en tous points remarquables.</p>
<p>Les rôles complémentaires sont particulièrement bien distribués. On suivra avec intérêt l&rsquo;évolution de <strong>Giorgi Guliashvili</strong> (Bruno) ténor géorgien au timbre chaud et à la voix bien projetée. Mezzo brésilien, <strong>Marcela</strong> <strong>Rahal</strong> réussit à capter l&rsquo;attention dans le court rôle d&rsquo;Enrichetta par la chaleur de son timbre sombre allié à une belle projection. <strong>Blaise Malaba</strong> (d&rsquo;origine congolaise) est un Valton sonore et efficace. Devant tant d&rsquo;excellents artistes venus de tous les coins du monde, qui pourra dire que l&rsquo;art lyrique ne touche pas tous les cœurs&#8230;</p>
<p>À la tête d&rsquo;un orchestre du Royal Opera aux différents pupitres impeccables, <strong>Riccardo</strong> <strong>Frizza</strong> offre un tissu orchestral dépourvu de relief, ne faisant ressortir aucun détail d&rsquo;orchestration spécifique, battant la mesure de manière assez uniforme et ne créant, au final, aucune tension particulière. Plutôt qu&rsquo;être au service du drame, l&rsquo;orchestre est ainsi une élégante toile de fond qui permet toutefois aux voix de s&rsquo;épanouir sans forcer. On regrettera également quelques coupures.</p>
<p>&nbsp;</p>
<ol>
<li>
<pre>L'ouvrage dramatique ayant inspiré<em> I puritani</em> s'intitule <em>Têtes rondes et Cavaliers</em>. Le premier terme, « Roundheads », fait référence aux Puritains, lesquels portaient les cheveux coupés courts au niveau des oreilles, ce qui leur donnait un aspect « rond » à la Mireille Matthieu (quoique les femmes puritaines fussent dispensées de cette coupe au bol). Les Cavaliers étaient nettement plus <em>sexy</em> : ils portaient de longs cheveux bouclés, des habits colorés et luxueux contrastant avec l'austérité puritaine des partisans de Cromwell. Ce contraste est très bien rendu dans les costumes de <strong>Nicky Gillibrand</strong>.</pre>
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		<title>SAINT-SAËNS, Samson et Dalila – Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors qu’il vient de fêter ses 40 ans il y a quelques semaines, SeokJong Baek reste encore inexplicablement peu connu ce ce côté-ci de la Manche. Après des débuts aux États-Unis dans des rôles de baryton (Gregorio, Moralès), le chanteur sud-coréen avait, en 2019, décidé de retravailler sa voix en ténor (1) : la pandémie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors qu’il vient de fêter ses 40 ans il y a quelques semaines, <strong>SeokJong Baek</strong> reste encore inexplicablement peu connu ce ce côté-ci de la Manche. Après des débuts aux États-Unis dans des rôles de baryton (Gregorio, Moralès), le chanteur sud-coréen avait, en 2019, décidé de retravailler sa voix en ténor (1) : la pandémie du COVID lui en avait donné le temps, et il avait même obtenu un troisième prix à la 59e édition du concours Francisco Viñas en janvier 2022. En mai de cette même année, à Londres, il fait ses nouveaux débuts en Samson aux côtés de la Dalila d&rsquo;Elīna Garanča, dans une nouvelle production de Richard Jones : débuts impromptus puisque, pour l’occasion, il remplaçait Nicky Spence pour toute la série. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/tosca-a-covent-garden-la-revelation-de-tommaso/">Comme Freddie de Tommaso l’année précédente et dans des conditions un peu similaires</a>, le chanteur fait sensation et reviendra régulièrement sur la scène de Covent Garden (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-londres-rbo/">la dernière fois, en Calaf</a>). On retrouve ici les grandes qualités du chanteur : une émission homogène, avec un médium puissant et bien corsé associé à un aigu vaillant, une voix qui se projette aisément par dessus l’orchestre sans jamais donner la moindre impression d’effort. Le phrasé est élégant, mais l’articulation de la langue française gagnera à être travaillée. Son Samson est plutôt raffiné, avec un soupçon de fragilité, sans la rudesse brutale de beaucoup de titulaires du rôle : le chanteur sait au contraire colorer les moments de doute ou de douleur, avec un usage bienvenu de la voix mixte et des notes piano bien timbrées, campant un personnage plus subtil qu’à l&rsquo;ordinaire. <strong>Aigul Akhmetshina</strong> est une belle Dalila, d’une grande sensualité, au timbre riche et chaleureux. La voix est homogène, puissante sur toute la tessiture même si l’on sent qu’elle n’est pas ici dans son répertoire naturel, « Mon cœur s’ouvre à ta voix » la trouve ainsi un peu courte de souffle dans le grave même si la projection reste toujours très sonore. La chanteuse impressionne également par ses aigus dardés. On regrettera toutefois un français perfectible, d’autant que le mezzo-russe a été à plusieurs reprises une Carmen d’exception sur cette même scène. Scéniquement, sa composition est particulièrement réussie, mélange de séduction et de perversion manipulatrice. Enfin, l’alchimie entre les deux partenaires est impeccable, résultat d’autant plus remarquable qu’il s’agissait là de la première représentation de la série. En Grand Prêtre de Dagon, <strong>Łukasz Goliński</strong> offre une voix puissante et une interprétation véhémente. Le baryton polonais en fait d&rsquo;ailleurs un peu trop et, la voix ainsi poussée, il chante souvent trop haut les notes aiguës, au point qu&rsquo;il n&rsquo;est pas certain que Saint-Saëns reconnaitrait sa musique. <strong>Ossian Huskinson</strong> est un Abimélech idéal, avec une voix puissante et bien timbrée, un français impeccable et un excellent jeu théâtral (la mise en scène étant exigeante de ce point de vue). Même constat avec le vieillard hébreu de <strong>William Thomas</strong> : la voix est idéalement sombre, bien projetée et le français est parfaitement compréhensible. <strong>Emmanuel Fonoti-Fuimaono</strong> (premier philistin), <strong>Siphe Kwani</strong> (second philistin) et <strong>Emyr Lloyd Jones</strong> (un messager) complètent impeccablement la distribution, avec des voix bien posées, un français soigné et de vraies présences scéniques. Ces trois artistes, ainsi qu&rsquo;Ossian Huskinson, sont membres du programme <em>Jette Parker Artists</em>. Destiné au développement de jeunes artistes en résidence, le programme s&rsquo;est révélé très efficace depuis sa création en 2001.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ROH-Samson-et-Dalila-©2026-Mihaela-Bodlovic-180-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213515"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2026 Mihaela Bodlovic</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Alexander Soddy</strong> offre une direction vive et élégante, contrastée et dramatique, faisant ressortir les richesses de l&rsquo;orchestration. Dépourvue de vulgarité, la <em>Bacchanale</em> du dernier acte est notamment une réussite : globalement, le chef est plutôt sur une légère réserve (qui sied davantage au style français) que dans des excès dramatiques peut-être plus racoleurs mais hors-styles. Le chef britannique est également très attentif au plateau. Au vu de la versatilité de son répertoire et de ses nombreuses réussites dans des styles très variés, on espère le voir nommer rapidement à la tête d&rsquo;une grande institution lyrique. L&rsquo;orchestre est irréprochable et semble en harmonie avec sa direction. Très sollicités par la mise en scène, les chœurs sont excellents : puissants, bien chantants et au français correct. </p>
<p>La production de <strong>Richard Jones</strong> évite toute reconstitution pseudo-réaliste, tournant ainsi le dos à la vision classique très occidentale d&rsquo;un orient sensuel et exotique. Le metteur en scène semble avoir voulu montrer une société philistine décadente, adoratrice de l&rsquo;argent (Dagon est figuré comme une sorte de Schtroumpf qui vient de remporter la mise au casino), et un fanatisme religieux également réparti entre les deux factions. Certaines modifications aux didascalies nous ont semblé peu probantes (Samson perd ses moyens à la vue du corps du vieillard hébreux fraichement assassiné et non après être passé à la tondeuse, Dalila échappe à la destruction du temple&#8230;). D&rsquo;un intense dramatisme, la scène de la tempête à la fin de l&rsquo;acte II est très réussie. Globalement, les personnages sont bien caractérisés et la direction d&rsquo;acteur est précise. Avec leurs structures stylisées froides, géométriques et minimalistes, les décors de <strong>Hyemi Shin</strong> ne sont pas exactement un régal pour l&rsquo;œil mais délimitent efficacement les lieux de l&rsquo;action. Très athlétique et exclusivement masculine (y compris pour un pas de deux), la chorégraphie de<strong> Lucy Burge</strong> est convaincante et bien exécutée, et la <em>Bacchanale</em>, qui inclut les artistes du chœurs, quoique simple, produit son effet.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ROH-Samson-et-Dalila-©2026-Mihaela-Bodlovic-277-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213509"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2026 Mihaela Bodlovic</sup></figcaption></figure>


<ol>
<li>
<pre>Les cas d'artistes lyriques ayant démarré en baryton avant de « transitionner » restent rares mais pas exceptionnels. On citera, sans chercher l'exhaustivité, Renato Zanelli, Ramón Vinay, Jean de Reszke, Set Svanholm, Lauritz Melchior ou, plus près de nous, Carlo Bergonzi et bien sûr Plácido Domingo (qui aura même fait l'aller-retour). Pour ceux qui penserait que ce type de voix reste contrainte dans le suraigu, nous avons gardé pour la fin Angelo Lo Forese, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=ogWdRFrJmWM">qui chantait encore les contre-ut du « Di quella pira » à 90 ans passés</a>.</pre>
</li>
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		<title>BRITTEN, Peter Grimes — Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-peter-grimes-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De quoi nous parle Peter Grimes aujourd&#8217;hui ? Le chef-d&#8217;œuvre de Benjamin Britten est traditionnellement vu comme un drame de l’exclusion sociale. Grimes est incapable de s’intégrer à la communauté villageoise, décrite comme mesquine, oppressive et conformiste. Il est petit à petit ostracisé par celle-ci, malgré les efforts de rares proches comme Ellen Orford ou le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p style="font-weight: 400;">De quoi nous parle <em>Peter Grimes</em> aujourd&rsquo;hui ? Le chef-d&rsquo;œuvre de Benjamin Britten est traditionnellement vu comme un drame de l’exclusion sociale. Grimes est incapable de s’intégrer à la communauté villageoise, décrite comme mesquine, oppressive et conformiste. Il est petit à petit ostracisé par celle-ci, malgré les efforts de rares proches comme Ellen Orford ou le Captain Balstrode. Dans une interprétation un peu plus psychiatro-psychanalytique, Grimes est un personnage instable, reproduisant peut-être des traumatismes de jeunesse, ou ayant par exemple un rapport pathologique à la violence et à l’enfance. On a aussi pu faire un rapprochement partiel entre Grimes et Britten. Le compositeur était un artiste marginal par ses positions politiques (pacifiste en pleine guerre) et par ses orientations sexuelles (1). Une chose en entraînant une autre, on a pu lire des interprétations plus résolument <em>queer</em> de l’ouvrage (Grimes comme symbole de l’homosexualité refoulée car socialement interdite). Certains ont même été jusqu&rsquo;à voir en Grimes un pédophile irrésistiblement soumis à ses pulsions (sans que d’ailleurs les tenants de cette interprétation controversée ne semblent plus choqués que cela par la chose). La position de Britten sur ces diverses analyses est restée ambiguë. Il est toutefois de fait qu’il a imprimé un retournement radical à l’œuvre originale de George Crabbe (un chapitre du recueil de poèmes <em>The Borough</em> (1810)) : Grimes y était présenté comme alcoolique, paresseux, voleur, brutal et carrément sadique. Il mourrait dans les hallucinations d’un vague remords). Britten choisit d’en faire un individu complexe et contradictoire, suscitant à la fois répugnance et compassion (et intérêt pour le public). Peter Pears, créateur du rôle en 1945, résumait ainsi le personnage : « Neither a hero nor a villain » (« Ni un héros, ni un méchant »). Le portrait qu’en faisait le ténor britannique, compagnon de Britten, était semble-t-il avant tout celui d’un être faible. Le compositeur a également rejeté l’interprétation de Jon Vickers, pourtant reconnu comme une référence dans le rôle, car il la jugeait insuffisamment subtile. Les fortes convictions religieuses du ténor canadien étaient des éléments constitutifs de ses interprétations : son Grimes était une sorte de personnage biblique ou shakespearien, une âme damnée tiraillée entre violence et aspiration au salut (Vickers expliquait d’ailleurs qu’il chantait avec une voix pour le Grimes « intérieur » et une autre pour le Grimes « extérieur »). Ces diverses interprétations ont toutes un point commun : Peter Grimes est une victime. Elles font globalement l’impasse sur la violence faite aux enfants : Grimes est ostracisé par la communauté villageoise ; il cherche à s’enrichir pour être accepté de celle-ci et pour obtenir la main d’Ellen ; dans son aveuglement, des apprentis meurent, bêtes victimes collatérales de cette quête. C’est la vie. Or, ce serait plutôt l’inverse : Grimes est ostracisé parce qu’il cause la mort d’enfants (on serait presque ici dans un mécanisme d&rsquo;inversion accusatoire). Aujourd’hui, alors que la parole se libère sur ce type de violence, peut-on continuer à monter <em>Peter</em> <em>Grimes</em>, un peu comme on l’a toujours fait, quitte à susciter un certain malaise ? De nombreuses pistes sont pourtant possibles : par exemple, une recontextualisation dans l’époque de l&rsquo;écriture du poème de Crabbe permettrait de poser la problématique du travail des enfants au XIXe siècle en Grande-Bretagne et, par rebond, dans le reste du monde actuel (entre 1800 et 1840, les enfants représentent ainsi entre 20 % et 50 % de la main-d&rsquo;œuvre totale dans les mines de charbon en Grande-Bretagne). On pourrait également imaginer des lectures plus radicales, l’enfant n’étant ainsi qu’un double imaginaire du jeune Grimes, etc. Peut-être ont-elles d&rsquo;ailleurs été déjà proposées : notre connaissance des productions de l’ouvrage n’a rien d’encyclopédique et nos lecteurs nous signaleront éventuellement des lectures plus novatrices.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour ce spectacle <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-paris-contempler-flux-la-perte-reflux/">coproduit avec l’Opéra de Paris</a>, <strong>Deborah Wagner</strong> a toutefois choisi une approche plus classique. Le metteur en scène britannique, qui a monté nombre d’ouvrages de Britten, se contente ici d’une modernisation élégante et consensuelle. L’univers visuel est inspiré de l’Angleterre actuelle, avec des figurants en houligans tatoués, au torse nu et au crâne rasé brandissant des drapeaux britanniques : on comprend que les foules d’hier sont aussi nuisibles que celles du passé. Seule concession à la poésie, suspendu dans le ciel, un acrobate (trop vieux pour être l’enfant, trop jeune pour être Grimes) figure à quelques occasion un homme qui se noie. Certains détails clochent un peu comme le personnage de Keene, l’apothicaire, habillé comme une petite frappe alors que ce n’est plus vraiment de son âge. Ces réserves mises à part, le spectacle se tient bien et l&rsquo;action dramatique progresse impeccablement. Les chœurs sont également admirablement dirigés et chaque personnage est individualisé. Les décors de <strong>Michael Levine</strong> et les éclairages de <strong>Peter Mumford</strong> sont somptueux.</p>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Peter-Grimes-02-05-26-RBO-ROH-6125-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-213482"/><figcaption class="wp-element-caption"><br><sup>©  2026 Tristram Kenton</sup></figcaption></figure>


<div>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Allan Clayton</strong> campe un Grimes complexe, bien chantant, quasi belcantiste dans son attention portée à la qualité du chant. Le ténor britannique a aussi le physique de l’emploi, à la fois inquiétant par son allure mais laissant aussi transpirer sa vulnérabilité dans son jeu dramatique. En Ellen Orford, <strong>Maria Bengtsson</strong> compense par une belle musicalité un matériau un peu étriqué, manquant de largeur dans le médium et de projection dans l’aigu. Elle offre toutefois de beaux moments de grâce dans les passages où la voix est moins exposée au flux orchestral. En excellente forme vocale, <strong>Bryn Terfel</strong> est un véritable luxe en Captain Balstrode. Le baryton gallois est absolument parfait dans le rôle, offrant un personnage mélange de bonhommie et de fermeté. La voix est par ailleurs superbement projetée et le timbre inaltéré. <strong>Clive Bayley</strong> est un Swallow (le coroner qui ouvre l’opéra avec le « procès » de Grimes) sonore et bien typé. Le baryton clair de <strong>Jacques Imbrailo</strong> convient parfaitement au personnage trouble de Ned Keene (l’apothicaire). Le révérend Horace Adams de<strong> James Gilchrist</strong> offre une voix de ténor percutante. Pour des raisons diverses, le reste de la distribution est globalement moins intéressant. Enfin, le <strong>Chœur du Royal Opera</strong> est particulièrement efficace.</p>
<p style="font-weight: 400;"> </p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête d’un orchestre attentif, <strong>Jakub Hrůša</strong> propose une direction d’une belle clarté, plutôt analytique, plutôt dépourvue de la sauvagerie que l’on attend habituellement dans certaines scènes, mais d’une certaine tension dramatique. Le nouveau directeur musical fait également ressortir les parentés de la partition avec celles de nombreux compositeurs : on distingue ainsi fugitivement des réminiscences de Moussorgski, Stravinsky, voire de Janacek ou Debussy, qui viennent inscrire l’œuvre dans un continuum musical. Enfin, on admirera en particulier les interludes orchestraux, presque hors du temps, ainsi que l’exceptionnel rendu des atmosphères marines.</p>
<p style="font-weight: 400;"> </p>
</div>
<div> </div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="673" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Peter-Grimes-02-05-26-RBO-ROH-5418-1024x673.jpg" alt="" class="wp-image-213473"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© 2026 Tristram Kenton</sup></figcaption></figure>


<pre>1. Ce n’est qu’en 1967 que les relations homosexuelles consensuelles entre hommes de plus de 21 ans, et en privé, n’ont été rendues légales pour l'Angleterre et le Pays de Galles (apparemment le législateur n’avait pas entendu parler des lesbiennes). Il faudra attendre 1980 pour l'Écosse puis 1982 pour l'Irlande du Nord. Pour qui s’imaginerait que ces lois répressives n’étaient pas appliquées, on rappellera l’affaire Alan Turing. Durant la seconde guerre mondiale, ce mathématicien de génie avait réussi à casser le code de la machine Enigma qui permettait aux allemands de chiffrer leurs communications. Pionnier de l’intelligence artificielle, on lui doit le test qui porte son nom et qui permet d’évaluer « l’intelligence » d’une machine. En 1952, il fut poursuivi pour homosexualité et « choisit » la castration chimique par prise d’œstrogènes. Deux ans plus tard, il est retrouvé mort à son domicile, empoisonné au cyanure. </pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/britten-peter-grimes-londres-rbo/">BRITTEN, Peter Grimes — Londres (RBO)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BRITTEN, The turn of the Screw &#8211; Londres (Linbury Theatre)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-the-turn-of-the-screw-londres-linbury-theatre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Linbury theatre, situé sous le Paul Hamlin Hall du Royal Opera House, convient tout à fait au format d’opéra de chambre, à orchestre réduit ou baroque. Il offre le confort d’une salle moderne et sa machinerie, le tout dans une acoustique équilibrée, bien aidée par les boiseries qui composent ses balustrades. Seule ombre au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Le Linbury theatre, situé sous le Paul Hamlin Hall du Royal Opera House, convient tout à fait au format d’opéra de chambre, à orchestre réduit ou baroque. Il offre le confort d’une salle moderne et sa machinerie, le tout dans une acoustique équilibrée, bien aidée par les boiseries qui composent ses balustrades. Seule ombre au tableau, sa jauge (400 places) rend l’obtention d’un sésame compliquée. De fait,</span><i><span style="font-weight: 400;"> The turn of the Screw</span></i><span style="font-weight: 400;"> affiche complet comme nombre des œuvres que le Royal Opera Ballet de Londres y programme en parallèle au « grand » répertoire dévolu au Royal Opera House. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nombreuses en sont les raisons et la première d’entre elles se trouve certainement dans la fosse. Les treize instrumentistes font preuve de belles individualités : velours duveteux de la flute</span><span style="font-weight: 400;">, étrangeté innée du célesta, accents plaintifs de la clarinette, précision et couleurs de contre-jour des percussions… tous les éléments sont réunis pour donner chair à cette histoire inquiétante et mystérieuse. <strong>Bassem Akiki</strong> en fait une lecture tendue, rapide comme une course contre la montre qui épouse la proposition scénique hitchcockienne, on y reviendra.</span></p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ROH-The-Turn-of-the-Screw-2026-%C2%A9Mihaela-Bodlovic-108-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1774968866644" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Mihaela Bodlovic</pre>
<p><span style="font-weight: 400;">Britannique dans son entièreté, la distribution maîtrise son Britten dans ses moindres recoins esthétiques. Outre une diction dans un anglais léché, rendant superflu le surtitrage, on reste épaté par l’aisance tant scénique que vocale de chacun des solistes. A commencer par les deux enfants, <strong>Emilia Blossom Ostroumoff</strong> qui installe une Flora un rien chippie et piquante quand <strong>Glenn Tong</strong> (qui remplace au pied levé Phoenix Matthews et enchaine une deuxième journée sur scène) fait montre d’un aigu aussi étrange que solide, au service d’un portrait tout en délicatesse d’un Miles au bord du précipice. <strong>Elgan Llȳr Thomas</strong> ouvre la représentation dans une salle plongée dans le noir total pendant tout le prologue. Il y soigne tout particulièrement l’élégance de la ligne, assise sur un timbre chaleureux et mordoré. A l’inverse, il donne à Peter Quint des couleurs plus mates qui installent toute l&rsquo;ambiguïté du personnage. Le trio féminin apporte toute satisfaction. <strong>Kate Royal</strong> compose une Miss Jessel tourmentée. <strong>Claire Barnett-Jones</strong> se démarque grâce à son timbre chaud avec lequel elle dessine une Mrs Grose un rien naïve et compatissante.<strong> Isabelle Peters</strong>, enfin, use d’une large palette de nuances et inflexions dans un portrait complet de la Gouvernante aussi maternelle qu’autoritaire, déterminée qu’effrayée.  </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;"><strong>Nathalie Abrahami</strong> (mise en scène) et <strong>Michael Levine</strong> (décors) opèrent des choix forts : le manoir se voit décomposé en praticables montés sur roulette que les chanteurs et deux figurants déplacent au besoin des scènes : chambres, bureau, hall d’entrée ou ponton près du lac. Des projections vidéos de <strong>Duncan McLean </strong>se superposent sur un rideau de scène transparent achevant ainsi les effets cinématographiques travaillés toute la soirée durant. Il puise à foison dans l&rsquo;iconographie née de la nouvelle de Henry James. Les deux figurants (<strong>Peter Willloughby</strong> et <strong>Clare Kate O’Brien</strong>) doublent la présence des deux défunts sur scène et hante littéralement chacun des tableaux. A noter enfin, que le sol est recouvert d’une fine couche d’eau dont l’incongruité renforce encore l’ambiance recluse de l’histoire. Tout semble donc réuni pour offrir une lecture fidèle et forte en images. Pourtant, l’exhaustivité des moyens et des signifiants donne en définitive trop à voir et il ne reste guère plus de mystère à l&rsquo;issue du spectacle, seule ombre au tableau d&rsquo;une excellente représentation. </span></p>
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		<title>WAGNER, Siegfried – Londres (ROH)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-londres-roh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=210873</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réussir Das Rheingold et confirmer avec Die Walküre simplifie beaucoup la vie d’un metteur en scène. L’inverse est tout aussi vrai et le Ring parisien en témoigne cruellement. Deux mois, après la capitale française, Londres poursuit l’exploration du cycle de Wagner emmenée par Barrie Kosky. Siegfried, opéra d’apprentissage presque picaresque, présente de nombreuses contraintes : on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-londres-roh/">Réussir <em>Das Rheingold</em></a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-londres/">confirmer avec <em>Die Walküre</em></a> simplifie beaucoup la vie d’un metteur en scène. L’inverse est tout aussi vrai et le Ring parisien en témoigne cruellement. Deux mois, après la capitale française, Londres poursuit l’exploration du cycle de Wagner emmenée par <strong>Barrie Kosky</strong>. <em>Siegfried</em>, opéra d’apprentissage presque picaresque, présente de nombreuses contraintes : on parlait traités, runes, trahison et peurs existentielles, nous voici dans une forge avec un ado insupportable et un nain grincheux. Il y a bien un dragon et un oiseau bavard mais il faudra attendre le troisième acte pour vraiment retrouver les affaires du monde, avant un duo d’amour. Que faire de ce héros antipathique ? Le metteur en scène australien va au plus simple. Il tire le fil du monde et des thèmes qu’il a installés jusqu’à maintenant. Erda vieillie demeure dans son rôle d’observatrice permanente de la tragédie du monde. Celui-ci touche le fond : Mime vit reclus dans une cabane juchée sur un tronc carbonisé, la limaille éparpillée tout autour finit d’assécher son univers. Le deuxième acte se retrouve plongé dans un hiver total où la neige permanente vient recouvrir la carcasse de Fafner et les traces des intrigants. Si l’on se rappelle du costume du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-bayreuth-2015-bayreuth-regler-le-cas-siegfried/">Waldvogel de Castorf à Bayreuth</a>, on se souviendra longtemps de celui du dragon tout en pépites d’or et pierres précieuses qui mettent en valeur un maquillage de <em>calavera</em>*. La cupidité et la captation des richesses du monde ont achevé de le désertifier. En comparaison, la prairie aussi verdoyante que fleurie où repose Brunnhilde donne le la de la rédemption à venir. Tout le duo se trouve transfiguré dans une belle scène naïve, où une Erda apaisée retrouve son rôle de Pachamama, gants et arrosoir en main. Barry Koskie capitalise sur son univers aussi lisible que parlant. Il peut dès lors se concentrer sur la direction théâtrale, supplément d’âme de cette intelligente proposition, très souvent adossée au leitmotiv et à leur signification dramatique. Siegfried se voit dépeint comme un ado (il joue de la « air batterie » et prend Notung pour une guitare), en conflit avec la figure masculino-féminine de son tuteur (Mime porte le tablier de Sieglinde vu dans la journée précédente). Si la relation entre les deux est faite de menaces, elle est aussi complice – ce qui permet beaucoup d’humour et de légèreté dans le jeu &#8211; et aimante à sa manière, ce qui explique pourquoi l’attelage des deux se maintient jusqu’au meurtre parricide. Enfin, au deuxième acte, Barry Koskie continue de tisser le fil du rapport à la nature. Siegfried, seul compagnon des animaux, confond Erda/Pachamama avec l’oiseau – chanté radieusement hors scène par <strong>Sarah Dufresne</strong>. Si l’anthropocène ne peut aller que vers l’effondrement en une chute des « dieux » humains inéluctable, ce Ring place l’espoir non dans la rédemption par l’amour mais dans le retour à une nature simple et naïve dont Siegfried ne peut être que le héraut parfait. La dernière journée, prévue au Royal Opera House en janvier 2027, apportera surement les dernières réponses à un projet rondement mené.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_bk_roh_232-1294x600.webp" />© Monika Ritterhaus</pre>
<p>De la rondeur justement, <strong>Antonio Pappano</strong> n’en manque pas. Son orchestre irréprochable fond les leitmotive avec la même évidence que lors des journées précédentes et supporte le plateau en l’irrigant du sens que la musique de Wagner construit méticuleusement. Le nuancier a encore progressé : des pianos diaphanes dans la forêt, en passant par la harpe ductile autour de Brunnhilde endormi, à une scène de la forge dantesque… le spectacle est haut en couleurs et porte tout le romanesque de la fresque.</p>
<p>Londres enfin réunit une distribution de tout premier plan, qui n’est pas exempte de défaut. On savait depuis <em>Die Walkure</em> que <em>Siegfried</em> serait un vrai défi pour <strong>Elisabet Strid</strong> tant Brunnhilde évolue dans le haut de la tessiture lors de cette deuxième journée. Passé un éveil laborieux, elle finit par s’installer dans le duo et dégage une belle complicité vocale avec son partenaire. Surtout, jamais elle ne va au-delà de ses moyens et cette probité lui permet nuances et interprétation qui au global compensent son manque de largeur. L’Erda de <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong> souffre de la comparaison avec elle-même. L’ampleur vocale lui manque ce soir dans cette scène pourtant resserrée. De même pour <strong>Christopher Purves</strong> (Alberich) qui possède la noirceur, l’intelligence musicale et scénique mais à qui il manque un demi-ton à chaque extrémité de la tessiture. On se demande pourquoi <strong>Solomon Howard</strong> est discrètement sonorisé – a part vouloir amplifier la « reverb ». Son volume suffit à lui seul à caractériser le dragon. Enfin <strong>Christopher Maltman</strong> achève son cycle magistralement. Le rôle lui tombe sans un pli dans la gorge. L’incarnation, entre noblesse et déchéance, splendeurs vocales et saillies perçantes, en font déjà un Wotan incontournable du circuit actuel. <strong>Peter Hoare</strong> délivre une performance géniale. Son Mime androgyne s’avère aussi attachant que répugnant. Il multiplie les facéties vocales et scéniques avec une aisance confondante. Faut-il encore présenter le Siegfried vitaminé et triomphant d’<strong>Andreas Schager </strong>? Le ténor fait ses débuts londoniens et se voit acclamé pour une soirée de chant galvanisante où le public aura pris autant de plaisir à l’écouter que lui à évoluer dans cette proposition scénique où, pour une fois, il a le beau rôle.</p>
<pre>* Maquillage traditionnel de la Fête des Morts au Mexique.</pre>
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		<title>Discothèque idéale : Verdi, Don Carlo (Solti, Decca – 1965)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-verdi-don-carlo-solti-decca-1965/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 20:30:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Georg Solti a largement contribué à l’image sonore du label britannique et au penchant maison pour les sonorités spectaculaires avec son Ring. Don Carlo se place entre Götterdämmerung (fruit de multiples sessions tout au long de 1964) et Die Walküre, dernière pièce de sa Tétralogie, mise en boîte en novembre 1965. Est-ce vraiment la version &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Georg Solti</strong> a largement contribué à l’image sonore du label britannique et au penchant maison pour les sonorités spectaculaires avec son Ring. <em>Don Carlo</em> se place entre <em>Götterdämmerung</em> (fruit de multiples sessions tout au long de 1964) et <em>Die Walküre</em>, dernière pièce de sa Tétralogie, mise en boîte en novembre 1965.</p>
<p>Est-ce vraiment la version idéale ? Moins peut-être que celle de Giulini, captée cinq ans plus tard par EMI, avec une distribution de rêve (Caballé, Domingo, Verrett, Milnes, Raimondi, et Covent Garden aussi), mais c’est avec les vinyls de Solti, cent fois réécoutés, que le signataire de ces lignes a découvert le chef d’œuvre politique de Verdi, de là sans doute un attachement sentimental.<br />Quelques années plus tard, une mise en scène de Luca Ronconi vue à la télévision (Scala, 1978, avec Price, Domingo, Obraztsova, Bruson, Nesterenko, dirigés par Abbado…) fut une autre révélation.</p>
<p>Mais il y a ici, outre la fougue de Solti, une distribution d’une <em>présence</em> formidable, avec en tête les deux plus parfaits stylistes d’alors, un <strong>Carlo Bergonzi</strong> idéal de legato, de cantabile, de délicatesse et de lyrisme, merveilleux dès son air de Fontainebleau (car cette version reprend l’acte que Verdi avait écrit pour Paris et supprimé pour Milan) et une <strong>Renata Tebaldi</strong>, à la ligne de chant d’une idéale élégance, enregistrée peut-être un peu tard, mais suggérant par là-même la vulnérabilité de la reine, en tout cas les deux chanteurs les mieux accordés qui soient (leurs duos sont ineffables, chacun prolongeant les phrases de l’autre).</p>
<p>Au chapitre des splendeurs vocales, il y a bien sûr la flamboyante Eboli de <strong>Grace Bumbry</strong>, aussi extravertie au deuxième acte, qu’elle est émouvante et bouleversée au quatrième (son « O mia Regina »). Si <strong>Martti Talvela</strong> est capté un peu trop tôt (son Grand Inquisiteur semble encore en devenir), en revanche quel Rodrigo compose <strong>Dietrich Fischer-Dieskau</strong>, exalté, idéaliste, fougueux, fraternel, grand diseur, allégeant sa voix, puis rivalisant de flamme lyrique avec Carlo (leur duo au 1er acte « Dio, che nell’alma infondere »). Son récit, « Signor, di Fiandra arrivo », est d’une noblesse, d’un implacabilité, d’un désespoir inouïs, rappelant quel verdien il fut (son Rigoletto, son Falstaff…) et est-il possible de mourir mieux ?</p>
<p>La scène de l’autodafé a bien sûr toutes les rutilances, toutes les flammes (et les cloches dans le lointain) qu’on peut attendre, mais il en va de <em>Don Carlo</em> comme de <em>Aida</em> : ce sont des opéras de l’intime, du secret, de la nuit, et <strong>Nicolai Ghiaurov</strong> est superbe de velours, d’introversion, de douleur, de solitude (et de phrasé) dans son lamento « Ella giammai m’amò » (écouter comment Solti, qu’on dit si autoritaire, le suit et brosse derrière lui les ombres de l’Escurial).</p>
<p>D’ailleurs, à la réécoute, ce sont bien la richesse de la palette de Solti, sa versatilité, sa souplesse, sa légèreté de touche qui surprennent, loin des images caricaturales qu’on a dessinées de lui.</p>
<p>Et puis il y a Bergonzi !</p>
<p><em>Don Carlo – Opéra de Giuseppe Verdi, sur un livret de Camille Du Locle et Joseph Mery, traduit en italien par A. de Lauzieres et A. Zanardini.</em><br /><em>Avec Carlo Bergonzi (Don Carlo), Renata Tebaldi (Elizabeth de Valois), Grace Bumbry (la Princesse Eboli), Nicolai Ghiaurov (le roi Philippe III), Dietrich Fischer-Dieskau (Rodrigo, marquis di Posa), Martti Talvela (le Grand inquisiteur), Tugomir Franc (un moine), Kenneth MacDonald (Comte di Lerma), Joan Carlyle (une voix céleste), Jeannette Sinclair (Tebaldo), John Wakefield (un héraut). Chœur et orchestre du Royal Opera House, Covent Garden. Direction musicale : Sir Georg Solti &#8211; Decca</em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>Discothèque idéale : VERDI – Luisa Miller (Maazel, DGG – 1979)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-verdi-luisa-miller-maazel-dgg-1979/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Feb 2026 17:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pourtant l’ouvrage ne manque pas d’atouts, une intrigue solide, inspirée d’une pièce de Schiller (Kabale und Liebe), une musique qui porte en elle les germes qui vont éclore dans les ouvrages postérieurs et qui recèle bon nombre de pages inspirées, dont l’un des plus beaux airs de ténor écrits par Verdi, et un rôle de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pourtant l’ouvrage ne manque pas d’atouts, une intrigue solide, inspirée d’une pièce de Schiller (<em>Kabale und Liebe</em>), une musique qui porte en elle les germes qui vont éclore dans les ouvrages postérieurs et qui recèle bon nombre de pages inspirées, dont l’un des plus beaux airs de ténor écrits par Verdi, et un rôle de soprano aux affects variés, propre à mettre en valeur les capacités vocales de son interprète. </strong></p>
<p>Longtemps la version de Fausto Cleva (RCA,1964, avec Moffo et Bergonzi) a constitué l’unique référence, puis vinrent s’ajouter celles de Peter Maag (Decca, 1975) et Maazel (DG,1979). En 91, Sony publie un enregistrement remarquablement dirigé par James Levine avec un Domingo vieillissant et une Aprile Milo dont la voix imposante peine à évoquer une jeune paysanne. Enfin en 2017, paraît sous le label BR Klassik une gravure qui vaut surtout pour l’éblouissante Luisa de Marina Rebeka.</p>
<p>Parmi ces intégrales, la plus équilibrée est assurément celle dirigée par <strong>Lorin Maazel</strong> que l’on n’attendait pas dans ce répertoire mais qui confère à l’ouvrage une unité de style et un climat d’une grande intensité dramatique. Contrairement à la version de Maag qui aligne des stars (Caballé, Pavarotti, Milnes) qui semblent chanter chacune pour soi, Maazel et ses principaux interprètes, à l’exception d’Elena Obraztsova, ont gravé leur intégrale dans la foulée d’une série de représentations au ROH. Il en résulte un esprit d’équipe et une urgence théâtrale perceptibles dans leurs prestations.  <strong>Wladimiro Ganzarolli</strong> campe un Wurm machiavélique à souhait, <strong>Renato Bruson</strong>, qui séduit par son élégant phrasé, incarne un Miller introverti et touchant. <strong>Placido Domingo</strong> est tout à fait convaincant en jeune homme romantique, la voix est solide, l’aigu glorieux. Si <strong>Obraztsova</strong> a tendance à noircir le trait, <strong>Katia Ricciarelli</strong>, captée dans ses meilleures années, est une Luisa proche de l’idéal, timbre brillant, aigus lumineux, demi-teintes exquises et coloratures impeccables. La cabalette « A brani, a brani » lui arrache des accents poignants.</p>
<p><em>Katia Ricciarelli (Luisa), Placido Domingo (Rodolfo), Renato Bruson (Miller), Wladimiro Ganzarolli (Wurm), Elena Obraztsova (Federica), Gwynne Howell (Il Conte di Walter), Chœurs et Orchestre du Royal Opera House. Direction Lorin Maazel. Parution : Deutsche Grammophon, 1979.</em></p>


<figure class="wp-block-image size-large"><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
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<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
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<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/">Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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