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BELLINI, I puritani – Londres (RBO)

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Spectacle
8 juillet 2026
Mise en scène au cordeau

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Melodramma serio en trois parties de Vincenzo Bellini
Livret du Comte Carlo Pepoli d’après Têtes rondes et Cavaliers de J.F. Ancelot et Saintine
Créé à Paris au Théâtre Italien le 25 janvier 1835

Détails

Mise en scène
Richard Jones
Décors
Hyemi Shin
Costumes
Nicky Gillibrand
Lumières
Adam Silverman

Elvira
Lisette Oropesa
Lord Arturo Talbot
Francesco Demuro
Sir Riccardo Forth
Andrzej Filończyk
Sir Giorgio
Ildebrando D’Arcangelo
Sir Bruno Roberton
Giorgi Guliashvili
Enrichetta di Francia
Marcela Rahal
Lord Gualtiero Valton
Blaise Malaba

Orchestre et Chœurs du Royal Opera House
Chef des Chœurs
William Spaulding
Direction musicale
Riccardo Frizza

Londres, Royal Opera, jeudi 6 juillet 2026 à 19h

En raison des difficultés qu’il recèle (tant vocales que dramatiques), I puritani ne fait pas partie des ouvrages véritablement installés au répertoire, mais plutôt de ceux que l’on voit plus ou moins régulièrement. Jusqu’à présent, l’ouvrage n’avait eu droit qu’à deux productions au Royal Opera, mais pas des moindres toutefois : en 1964, le rôle d’Elvira était tenu par Dame Joan Sutherland dans une production de Franco Zeffirelli, et en 1992, June Anderson reprenait la production d’Andrei Serban (vue également à Favart) aux côtés de Giuseppe Sabbatini et Dmitri Hvorostovsky. Les difficultés vocales sont connues : l’ouvrage réclame des belcantistes de première force tant en termes de technique vocale que de purs moyens vocaux. On ne chante plus en effet I puritani comme ils furent créés (c’est-à-dire, par exemple, sans suraigus conclusifs pour le soprano et avec des suraigus en voix mixte ou de tête pour le ténor) : comme dans le sport, les « records » du passé renforcent les attentes du public (en tout cas de ceux qui disposent d’une certaine connaissance de l’œuvre). Dramatiquement, l’ouvrage pose un autre problème : son intrigue est d’une simplicité extrême mais son développement s’étend sur trois heures de musique (quand celle-ci n’est pas coupée), ce qui induit un certain statisme scénique et campe un personnage très touchant.

Dans cette production, Richard Jones propose une vision très sombre, qui correspond d’ailleurs à la lettre du livret. Le décor principal est celui d’une vieille place forte du XVIIe siècle, mais avec un mélange de costumes modernes et anciens. D’astucieux décors mobiles annexes (Hyemi Shin) viennent régler les changements de scène (chambre, chapelle, cellule…) sans interruption de la musique. Les détails de l’action sont extrêmement soignés. Pour donner un seul exemple, Enrichetta est enfermée dans sa cellule. Elle se lamente seule, puis se confie à Arturo qui s’adresse à elle par une fenêtre grillagée. Pendant ce temps, des « Cavaliers » (1) tentent de forcer sa porte après avoir neutralisé le gardien mais sont interrompus par l’arrivée d’Elvira venue visiter la reine dans sa prison, etc. Comme on le voit, le travail théâtral est complexe, millimétré, mais surtout bien vu et excellemment réglé. En quelques occasions, les chanteurs s’avançent au premier plan, avec un rideau de scène noir derrière eux sur lequel viennent s’inscrire, comme tracés par une plume virevoltante, leurs divers échanges épistolaires : les lettres d’amour d’Elvira pendant le prélude, la grâce de Cromwell au final, mais aussi, au début du dernier acte, les délires de l’héroïne qui font prendre conscience à Arturo de l’état mental de la jeune fille (voir l’une des photos de la production)… Sans grande surprise, Riccardo se vengera d’Arturo dans les dernières mesures, provoquant d’ailleurs une exclamation choquée bien sonore du public. Les éclairages d’Adam Silverman participent de l’esthétique très soignée de la production, avec de magnifiques clairs-obscurs qui contribuent à une ambiance oppressante et crépusculaire. Certains aficionados du belcanto reprocheront peut-être au metteur en scène la noirceur de sa production, mais le fait est que la mise en scène fonctionne bien et que l’action se déroule aisément sans faiblesse ni temps mort.

Francesco Demuro campe un Arturo élégant et d’une belle musicalité, au phrasé typiquement italien. Sa technique lui permet d’offrir les nombreux suraigus de la partition sans donner vraiment l’impression de forcer : ré bémol dans l’air d’entrée, deux ré et un ut dans le duo avec Elvira au début du III, ré bémol et contre fa dans l’air final, cette dernière note « impossible » (et rarement tentée) étant plutôt bien négociée. Cet exploit est rendu possible par une technique vocale un peu particulière : le ténor sarde n’attaque pas les aigus en voix de poitrine, mais avec une résonance utilisant largement la voix de tête, tout en évitant le fausset. Grâce à cette « voix pleine dans la tête » (la voce piena in testa), l’aigu garde de sa puissance, mais il ne dispose pas toutefois du métal et du squillo des vrais ténors lyriques tels qu’Alfredo Kraus ou le jeune Luciano Pavarotti, ce qui nous laisse un peu sur notre faim.

Méforme passagère ou fin de saison chargée, Lisette Oropesa n’est pas apparue au mieux de ses capacités. Le suraigu est souvent tendu, le souffle un peu court, le chant assez monochrome. Peu exposées, les variations dans les reprises ne sont guère spectaculaires (le deuxième couplet de « Son vergin vezzosa » est d’ailleurs coupée). On regrettera bien sûr la coupure (ou plutôt le non rétablissement) de la cabalette finale (voir à ce sujet notre note de bas de page ici). À la manière de l’immense Beverly Sills, grande interprète du rôle, le soprano américain sait toutefois utiliser avec habilité son vibrato serré pour imprimer au texte des accents dramatiques bienvenus. Par ailleurs très sollicitée théâtralement par la production, le soprano fait preuve d’une indubitable présence scénique.

Andrzej Filończyk est un Riccardo plus verdien que belcantiste (la moitié des cadences vocalisantes qui concluent sa cabalette sont d’ailleurs coupées, celle-ci étant tout de même conclue par un long sol aigu). Par ailleurs, la tessiture est sans doute un peu grave pour le baryton polonais qui chante parfois un peu haut, voire substitue des notes aiguës aux notes graves originales. Utilisé pour renforcer le texte, l’effet dramatique est indéniable mais hors style.

Ildebrando D’Arcangelo est un Giorgio en tout point magnifique, véritable belcantiste. La voix est puissante, le timbre moelleux, sombre sans être caverneux. Le legato est impeccable. Une prestation en tous points remarquables.

Les rôles complémentaires sont particulièrement bien distribués. On suivra avec intérêt l’évolution de Giorgi Guliashvili (Bruno) ténor géorgien au timbre chaud et à la voix bien projetée. Mezzo brésilien, Marcela Rahal réussit à capter l’attention dans le court rôle d’Enrichetta par la chaleur de son timbre sombre allié à une belle projection. Blaise Malaba (d’origine congolaise) est un Valton sonore et efficace. Devant tant d’excellents artistes venus de tous les coins du monde, qui pourra dire que l’art lyrique ne touche pas tous les cœurs…

À la tête d’un orchestre du Royal Opera aux différents pupitres impeccables, Riccardo Frizza offre un tissu orchestral dépourvu de relief, ne faisant ressortir aucun détail d’orchestration spécifique, battant la mesure de manière assez uniforme et ne créant, au final, aucune tension particulière. Plutôt qu’être au service du drame, l’orchestre est ainsi une élégante toile de fond qui permet toutefois aux voix de s’épanouir sans forcer. On regrettera également quelques coupures.

 

  1. L'ouvrage dramatique ayant inspiré I puritani s'intitule Têtes rondes et Cavaliers. Le premier terme, « Roundheads », fait référence aux Puritains, lesquels portaient les cheveux coupés courts au niveau des oreilles, ce qui leur donnait un aspect « rond » à la Mireille Matthieu (quoique les femmes puritaines fussent dispensées de cette coupe au bol). Les Cavaliers étaient nettement plus sexy : ils portaient de longs cheveux bouclés, des habits colorés et luxueux contrastant avec l'austérité puritaine des partisans de Cromwell. Ce contraste est très bien rendu dans les costumes de Nicky Gillibrand.

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Richard Jones
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