Du soleil plein la voix

Récital Joseph Calleja - Paris (TCE)

Par Christian Peter | ven 19 Juin 2015 | Imprimer

Invité régulièrement sur les plus grandes scènes du monde, notamment le Metropolitan Opera de New-York, le Bayerische Staatsoper de Munich ou le Royal Opera House de Londres où il vient de triompher dans La Bohème aux côtés d’Anna Netrebko, Joseph Calleja n’a curieusement (ou devrait-on dire scandaleusement ?) jamais été engagé à l’Opéra de Paris. C’est pourquoi son unique concert de la saison dans la capitale fait figure d’événement et même si le Théâtre des Champs-Élysées n’affichait pas salle comble, une foule nombreuse d’admirateurs se pressait avenue Montaigne pour écouter le ténor maltais.

Annoncé souffrant à cause d’une allergie au pollen, celui-ci n’en a pas moins proposé l’une des soirées les plus excitantes de la saison.

Grand, les épaules carrées, le visage avenant, Joseph Calleja captive l’auditoire dès son entrée en scène et s’il ne ressemble pas à ces bellâtres qui font se pâmer les midinettes, son sourire chaleureux et son enthousiasme communicatif sont bien plus authentiquement séduisants.

Le programme, sans être d’une grande originalité, aligne quelques « tubes » fameux du répertoire qu’on était finalement ravis d’entendre interprétés avec d’aussi grands moyens et des raretés bienvenues, comme cette mélodie de Tchaïkovski qui permet au chanteur d’ouvrir en douceur son récital. C’est à peine d’ailleurs, si quelques graillons dans le registre aigu trahissaient, dans l’extrait de Rigoletto, le problème dont il souffrait. « Vaghissima sembianza », mélodie du compositeur franco-sicilien Stefano Danaudy, est chantée avec un gout exquis tandis que « Ah ! Lève-toi soleil ! » s’achève avec un impeccable diminuendo sur l’aigu final qui soulève l’enthousiasme du public. Voilà un Roméo à la voix ample, au timbre clair, reconnaissable entre mille grâce à son délicat vibratello, qui fait chavirer les foules. Ajoutons à cela que son français, sans être absolument impeccable -les « e » ressemblent parfois à des « é »- est tout à fait intelligible.

La première partie se termine avec une « Légende de Kleinzach » électrisante, que le ténor mime avec beaucoup d’humour.

Après l’entracte le programme est essentiellement dédié à la musique italienne de la fin du dix-neuvième siècle, Macbeth excépté. L’air d’Adriana Lecouvreur montre que Calleja a pleinement recouvré ses moyens : le son est plein et rond et l’aigu rayonnant porte en lui tout le soleil de la Méditerranée. « Ideale » de Tosti est un véritable bonheur et la déploration de Macduff tout en émotion contenue, est chantée dans un silence quasi religieux qui fait place, dès la dernière note, à un tonnerre d’applaudissements. Mais c’est le lamento de Federico, extrait de L’arlesiana de Cilea, interprété avec un raffinement inouï, un luxe de nuances et une parfaite maîtrise de la voix mixte, qui met la salle littéralement à genoux plus encore que l’air de Cavaradossi, parsemé de demi-teintes, qui conclut la deuxième partie.

Hélas, au pupitre, on est moins à la fête : à la tête d’ un Orchestre National d’Île-de-France en petite forme, Andrew Greenwood ne fait pas, lui, dans la nuance. La raideur de sa direction dans les airs plomberait l’ambiance si elle n’était compensée par le style impeccable du chanteur. Jetons un voile pudique sur le tintamarre qui nous est servi dans les pages orchestrales, auquel n’échappent ni la polonaise d’Eugène Onéguine, particulièrement indigeste, ni le ballet de Faust aussi aérien qu’un troupeau de pachydermes, ni surtout l’ouverture des Vêpres siciliennes dans laquelle le chef britannique s’en donne à cœur-joie au grand dam de nos tympans.

Fort heureusement, la soirée s’achève en beauté avec rien moins que sept bis au lieu des trois initialement prévus, à la suite desquels, porté par l’enthousiasme de la salle, le ténor  repropose l’air de la Tosca puis demande aux spectateurs s’ils préfèrent « O sole mio » ou « La solita storia » avant de finalement décider de chanter les deux et pour faire bonne mesure, termine en bissant son premier bis « No puede ser » dans une salle en délire. Comment résister à tant de générosité, de spontanéité dénuée d’afféterie, de chaleur communicative de la part d’un artiste visiblement heureux d’être là ? Formons des vœux pour que Joseph Calleja revienne très vite nous enchanter sur une scène parisienne.   

 

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